‹ De la foudre, de ses formes, et de ses effetsChapitre 41 sur 72 · ART. 3. — MÉTÉOROLOGIE · texte numérisé non relu

ART. 3. — MÉTÉOROLOGIE

Rapport entre la foudre en globe et les orages.

— Une chose assez curieuse et qui est consignée dans plusieurs ouvrages, c'est que les éclairs globulaires apparaissent fréquemment au milieu des orages volcaniques; mais ils ne se montrent pas exclusivement dans les orages de cette espèce et, de plus, il arrive que des foudres globulaires se mêlent aux éclairs linéaires ordinaires (Babinet), — Parfois aussi des coups de foudre ordinaire se compliquent de la présence de foudres globulaires.

Rapport entre l'apparition du globe, l'éclair, le tonnerre et le foudroiement. — Lorsque, pendant un orage, la foudre en globe tombe sur la terre, on observe, dans un certain nombre de cas, un éclair diffus et instantané, puis la boule de feu elle-même. On entend le tonnerre proprement dit dans la nuée et le bruit que fait le globe foudroyaiit en éclatant. Or, nous avons à faire quelques remarques sur la succession de ces phénomènes.

Parfois l'éclair diffus brille instantanément ; il est presque

immédiatement suivi d'un éclat de tonnerre, puis l'on voit un globe de feu s'échapper du nuage orageux. Cette succession a été ainsi indiquée dans une relation de M. Hapouèle. — M. Meunier se trouvait dans une rue de Paris (la rue de Montholon) lorsqu'un éclair ordinaire fut presque immédiatement suivi d'un coup de tonnerre ; alors apparut une boule énorme et lumineuse qui éclata au milieu de la rue. — Selon Daquin, un éclair diffus et un coup de tonnerre se suivirent presque subitement et un globe de feu vint frapper une tour.

Plusieurs fois aussi on a entendu un coup de tonnerre sans qu'il soit fait mention de l'éclair instantané, qui sans doute a eu lieu ou qui peut-être a manqué réellement, et l'on a vu une boule de feu apparaître dans une des pièces de la maison où l'on se trouvait. Ainsi :

Un ouvrier serrurier-mécanicien entend un violent coup de tonnerre et voit un globe de feu pénétrer dans son atelier. — Un ouvrier tailleur entend aussi un grand éclat de tonnerre et, bient(3t après, un globe lumineux, gros comme la tête d'un enfant, sort doucement de la cheminée, se promène dans la chambre et remonte par la même cheminée; alors a lieu une explosion épouvantable qui détruit en partie le faîte de cette cheminée. — Les révérends Wainhouse et Pitcairn, alors dans une chambre, furent subitement interrompus dans leur conversation par un coup de tonnerre, et au même moment, ils virent entre eux un globe étincelant. — M. Steinheim cite un cas semblable. — Ce fut encore après avoir entendu deux violents coups de tonnerre que plusieurs personnes virent un globe de feu entrer dans la cuisine oij elles étaient assises.

D'autres fois, au contraire, le bruit du tonnerre dans la nue suit de près la chute du globe foudroyant sur la terre : dans un cas, par exemple, un éclair diffus et instantané brilla, puis un énorme météore igné apparut près d'un four à tuiles et ce ne fut qu'après son entrée dans ledit four qu'on entendit l'explosion du tonnerre dans les nuages. — Un nuage noir et épais était au-dessus de Rossnau : on vit briller un éclair, puis il sortit de ce nuage un globe de feu qui se dirigea rapi-

dément sur une maison; enfin on entendit un coup deton-

"^Ainsi le bruit du tonnerre dans la nue tantôt tantôt .,,,7 l>,nna ition du globe de foudre ; cette d.Kerence peut , •1 i que rtout par la rapidité plus ou moins grande avec laS ce globe se meut dans l'atmosphère, en sorte qu d pTt ma.^ber plus lentement ou plus rapidement que 1 onde

'° nTdit nu'on n'a pins rien à redouter d'une décharge fou- H,.„v,nte donîon a vu l'éclair diffus et à plus forte raison d^ on a entendu 1 bruit. Cela est vrai s'il s'agit de la foudre tZTeet instamnée; mais cela ne l'est plus de la.toudre en lobé Après avoir vu un éclair et même après avoir entendu fe bmlidu tonnerre qui lui correspond, on court encore e sq ë, très-rare, ,1 est vrai, d'être atteint par le globe loudrovant qui peut accompagner cette même décharge.

Loi - Sur cent treize cas de foudre en globe, obser- ■ vés pour la plupart en Angleterre, en France, en Allemagne et q?elques-uns seulement en Belgique, en Suéde, en Suisse, dans le nord de l'Italie et en Espagne, nous avons trouve la répartition suivante :

Février ^

^'^""^j 4 t 23 pour le printemps.

Mli.:::::::::".'..'.-.- jo|

Août 18 I

Novembre ^ \

Ainsi la foudre en globe a été au moins deux fois plus fréquente en été, c'est-à-dire dans la saison des orages, que dans chacune des autres saisons et surtout qu'en hiver et en automne. Notons cependant la fréquence relative encore assez grande en hiver. Nous signalerons bientôt les différences qm

existent, sous ce rapport, entre la foudre en globe, les globes de feu et les météorolithes.

Quant à son point de départ, le plus ordinairement la foudre en globe est descendante ; il n'est pas rare cependant qu'elle soit ascendante. En effet nous avons cité plusieurs cas où l'on a vu des globes de feu s'élever du sol dans l'atmosphère; et, s'il faut en croire quelques relalions dont nous laissons la responsabilité à leurs auteurs, on aurait surpris, en quelque sorte, la foudre globulaire ascendante au moment de sa naissance ; on l'aurait vue, par exemple, se former à une trèspetite distance du sol, à la surface du pavé, sortir du plancher d'une église, d'une excavation rempUe d'eau croupissante ou d'eau pluviale, d'un terrain humecté par de l'eau de fumier ; ou bien, au contraire, d'un brasier et même d'un tison à demi-consumé. — Nous avons compris à dessein, dans cet exposé, non pas seulement les météores en forme de globes, mais encore ceux sous forme de flammes ou de masses ignées sans contours bien réguliers.

Éclairs en plusieurs branches dont quelquesunes sont terminées en boule. — Il arrive que les ramifications de certains éclairs se terminent par des boules de feu.

Le professeur Mûncke rapporte qu'un éclair descendant verticalement, qui paraissait avoir une soixantaine de mètres de longueur, se transforma sous ses yeux en un grand nombre de petites boules (Arago).

P. Clare rapporte le fait suivant (1) : « Vers 9 heures, les nuages étaient très-épais , on a observé de fréquents éclairs en nappe ; parfois ils ont pris l'aspect des racines d'un arbre souvent terminées par des boules de feu, à l'extrémité de tous ou de quelques-uns seulement des rameaux.» — A plusieurs reprises, on a vu un torrent de lumière ; puis on a vu apparaître subitement un globe d'une dimension considérable qui s'est mis dans la direction des torrents de lumière, avec une si faible vitesse qu'on a pu aisément observer sa

(1) Assoc. bnt.,2' session (ISbO).

marche, et ce phénomène s'est répété plusieurs fois dans le voisinage du même point.

Foudre globulaire des éruptions volcaniques

Des cilobfs lunUneax se montrent plus fréquemment encore au milieu des orages volcaniques que pendant les orages ordinaires. Durant les éruptions du Vésuve de 1775 à 1794, Hamilton et d'autres observateurs en vu-ent a plusieurs reprises de très-considérables qui, après s être élancés de l'épais nuage de cendres, éclataient en l air comme les bombes de nos feux d'artifice au milieu desquelles on a placé des serpenteaux, l.es flammes que ces globes projetalent dans tous les sens, au moment de leur explosion, se mouvaient toujours en zigzag.

Foudre en globe des tremblements de terre.

— Le 13 mai 1682, il y eut à Remiremont, sur la Moselle, un violent tremblement de terre accompagné d'un bruit semblable au tonnerre et d'éruptions de flammes, sortant d une ouverture ou fente dont on voulut en vain mesurer la profondeur et qui se referma d'elle-même : les flammes qui étaient plus abondantes dans les lieux plantés n'embrasaient rien. Ce dernier phénomène, dit Bertholon, indique bien un feu électrique.

Le 7 juin 1779, dit M. Chabot, on ressentit à Bologne des secousses de tremblement de terre, et ce même jour, à six heures du soir, plusieurs personnes étant sur la Montagnola, à la porte de ja ville, aperçurent sur la montagne di San Michaël in Bosco, une grande quantité de globes lumineux qui s'élevaient avec force de la terre dans l'air et qui, par leur nombre prodigieux, ressemblaient à une pluie de feu (1).

En 362, lorsque Julien entreprit follement de rebâtir le temple de Jérusalem, il sortit tout d'un coup des globes terribles de feu pendant des secousses de tremblement de terre (2).

(1) Bertholon, Mém. sur les causes électriques des Iremblements de terre, Soc. roy. des se. de Toulouse.

(2) Ihid., p. 80.

Foudre en globe sous forme de nuage obscur roulant. Parfois, au lieu d'un globe lumineux, brillant et régulièrement circonscrit, on voit un petit nuage blanc gris ou noir, assez bien délimité, qui se meut ou roule lentement sur la terre ou sur le plancher, et répand une odeur sulfureuse. Ce fait intéressant est signalé dans deux observations qui nous laissent malheureusement dans l'ignorance sur le mode de naissance et de disparition du météore

Au rapport de Scheuchzer (1), le 23 mai 1712, entre deux et trois heures après midi, la maison de M. Escher, près de Bade, fut atteinte par un globe de feu qui s'y divisa et agit sur elle comme la foudre ordinaire. Nous signalerons cependant un phénomène tout à'fait exceptionnel : une personne entrait dans une des chambres de cette maison lorsqu'elle vit un petit nuage blanc d'un pied et demi environ , il fumait à son sommet et se mouvait assez lentement sur le plancher. Le témoin recula effrayé et alla chercher du secours.

De la nature de la foudre en globe. — M. de Tes-

san considère la foudre en globe «comme une bouteille de » Leyde fortement chargée, dont les parois isolantes, au lieu » d'être en verre, sont formées d'une couche sphérique d'air » sec, fortement comprimé par suite de l'attraction mutuelle » des deux électricités accumulées sur les faces de cette » couche, et dont l'intérieur contient de l'air plus ou moins » raréfié, et par suite plus ou moins conducteur de l'élec- » tricité.

» En eiïet, une bouteille de Leyde ainsi constituée présen- » terait l'aspect d'une sphère lumineuse par suite delà com- » binaison lente des deux électricités qui s'effectuerait à » travers la couche d'air comprimé, qui ne peut être par- » faitement isolante. Elle n'exercerait à distance que de B faibles actions attractives et répulsives sur les corps exté- » rieurs, puisque l'électricité y serait, pour la plus grande » partie, dissimulée. Elle pourrait être, ou moins pesante ou » plus pesante que l'air déplacé, suivant la plus ou moins

(I) Eph. ne. N. c. d'Anv., IV cent., 1-2, obs. I8o (1712).

FOUDRE KN GLOBE iH •

o-rande raréfnction de l'air intérieur, suivant la compression moins grande ou plus grande do la couche isolante, et • enlin suivant l'élévation de sa température. Elle peut donc avoir une densité telle, qu'elle obéisse à la momdrc impulsion de l'air aml)iant. Mise, par simple contact extérieur, en communication électrique avec la terre, elle persisterait dans son état primitif, puisqu'elle ne perdrait par ce contact que la taible quantité d'électricité qm pourrait se trouver libre à cet instant sur sa face extérieure. Mais si un corps conducteur, même isolé, pénétrait la couche isolante de manière à mettre en communication directe la face extérieure de cette couche avec sa face intérieure, alors les x deux masses d'électricité accumulées sur ces faces se com- . bineraient instantanément à travers le corps conducteur, « et l'air de la couche isolante n'étant plus comprimé par » l'action mutuelle de ces deux masses d'électricité , se dila- » terait subitement en se projetant dans le vide mtérieur et » vers l'extérieur : il y aurait en un mot explosion.

» Et cette explosion serait d'autant plus forte, que la >. couche isolante était auparavant plus comprimée, c'est-à- ). dire que la charge électrique était plus forte, et aussi que ). l'air intérieur était plus raréfié et la température plus » élevée. D'ailleurs la recomposition des deux électricités à » travers la couche isolante ayant dû produire de l'ozone, on » percevrait son odeur après l'explosion. Tous ces phéno- » mènes sont précisément ceux que l'on a observés dans le » cas de foudre en boule (1). »

Si une décharge électrique intense qui a suivi d'abord un corps bon conducteur, se trouve arrêtée tout à coup, par exemple, parce que le conducteur se replie à angle droit ou aigu, elle se condense. Les atomes qui la constituent, et qui, comme tous les atomes matériels, s'attirent en raison inverse du carré de la distance, devenus alors très-rapprochés et pressés l'un contre l'autre, peuvent céder h leurs attractions mutuelles et prendre momentanément la forme sphérique, qui est la forme naturelle d'équilibre, en même temps que

(1) Comptes rendus, l. XLIX (1839).

leur vitesse de translation se ralentit. La foudre alors n'est plus animée d'une grande vitesse ; elle chemine au contraire lentement, et l'œil peut la suivre pendant quelques secondes. Mais, en raison de la faible masse des atomes, cet équilibre serait très-instable; associés un instant, les éléments de la foudre en boule sont tout prêts à se séparer en faisant explosion ; il suffirait pour les disjoindre et les faire éclater du contact d'un corps solide, et c'est ce qui arrive en eiïet dans la nature (1).

(1) Abbé Moigno, Cosmos, l. XIV, p. 674 (1839).

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