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CHAPITRE F

Sommaire. — Déplacement. — Transport par action directe de la foudre. — Du rôle du soufre dans les transports opérés par la foudre. — Déplacement des corps non touchés par la foudre. — Déplacement par action ;i distance de la nuée orageuse. — Incision. Section. Perforation. — Calorification. Conductibilité. — Apparences lumineuses sur les individus. — Apparences lumineuses sur le sol et sur les édiliees. — Fumée. Vapeur.

Déplacement. — Le déplacement des corps est un des effets les plus ordinaires de la foudre. Nous distinguerons la dispersion qui se fait dans tous les sens dit transport qui s'opère dans une direction précise.

Dispersion par action directe de la foudre. —

La dispersion s'exerce sur des matières de nature, de poids et de volume fort divers. Des fils métalliques fondus, brisés, volatilisés, des matériaux de construction, des parties d'édifices, sont très-fréquemment dispersés au loin.

Le R. George Low dit qu'à Funzie in Fetlar (Ecosse), vers le milieu du siècle dernier, une roche de micaschiste de 32 mètres de long, 3 mètres de large et sur quelques parties de 1"' 20 d'épaisseur, fut arrachée par la foudre et brisée en trois gros fragments, sans compter les petits. L'un d'eux avait 7™ 90 de long, 3 mètres de large, et fut simplement renversé sur lui-même ; un autre fragment de 8"' 50 de long, 2"' 10 de large et 1'" 50 d.'épais^cur, fut lancé par-dessus un tertre et alla tomber à 45 mètres. Le troisième, qui avait 12 mètres de long, fut lance dans la même direction plus loin encore et tomba dans la mer (1).

(1) E.xtr. par Hibbcrt des Manmcrils du R. G. Low, cité par Lyell, Géologie- Sestier. i 1,15

On a vu des moellons considérables arrachés à des édifices et lancés à 150 eL 200 pieds de dislance, des poutres ont été enlevées et lancées au loin.

Le grand màt du Rodney pesait 800, il fut brisé par la foudre, et réduit en copeaux qui llottèrent le long du vaisseau comme des rebuts de charpente.

A Cherbourg, dans la nuit du 11 au 12 juillet 1852, le màt de misaine du navii e le Patriote fut fendu sur une longueur de 26 mètres, un fragment de 2 mètres, ayant 20 centimètres d'équarrissage par le bout le plus épais, est venu, à 80 mètres de distance, enfoncer une cloison en chêne de 3 centimètres d'épaisseur, et la pénétrer par le bout le plus gros (Liais, Arago).

Pour expliquer la dispersion qui se f^iit dans toutes les directions ou ne peut pas invoquer un choc direct qui ne pourrait imprimer qu'une direction. Faut-il, comme Arago, l'attribuer à la vaporisation de l'eau? La tension de la vapeur d'eau est déjà de 45 atmosphères à 260°, quelle ne doit pas être la force qui résulte de cette vaporisation quand elle est produite par un courant électrique aussi puissant que la foudre?

« Plaçons, dit Arago, de l'humidité dans les fissures, dans » les alvéoles d'une pierre de taille, et si la foudre vient à » frapper cette pierre, le développement subit de la vapeur ï la brisera et ses fragments seront projetés au loin, suivant » toutes les directions. Dans les mômes circonstances, la » brusque transformation en vapeur éminemment élastique » de l'eau mêlée à la couche terrestre sur laquelle les fon- » dations d'une maison reposent, suffira pour soulever la V maison en masse et pour la transporter à quelque dis- » tance. »

Mais celte théorie ne saurait s'appliquer aux corps qui ne renferment point d'eau ; dans quelques circonstances la décomposition chimique, c'est-à-dire la séparation des cléments constitutifs des corps en tout ou en i)artie à lolat de gaz ou de vapeur peut bien expliquer la dispersion dans toutes les directions, mais il faut avouer aussi qu'il nous serait bien difficile de l'établir dans tous les cas.

EFFETS GÉNÉRAUX DE LA FOUDllE 227

Transport par l'action directe de la foudre. —

Le iraiisporL des inaîières poiulérubles opéré par acLioii direclc est déinoiilré par des lails nombreux; dans beaucoup d'entre eux le point de départ et le point d'arrivée sont trôsnetleinent accusés.

Il s'agit le plus souvent du transport d'objets nnétalliqucs.

Le 31 mai 1709, la foudre tVaj)pa une maison à Hanovre; elle fondit et vilrilia de la terre glaise qui recouvrait une poutre, se jeta sur un iil de fer de sonnette, emporta la terre glaise fondue et les globules de fer et les déposa en partie sur les parois de la sonnette, en partie contre les parois d'un trou d'un pouce de diamètre qui donnait passage au tll de la sonnette (libcl).

En 1854, un individu fut alteint par la foudre, près d'Aix; tout son corps fut sillonné, et particulièrement épilé, et ses poils roussis et racornis furent roulés en petites pelotes, transportés et incrustés dans le gras de la jambe d'où il fallut les extraire.

Dans d'autres circonstances le point de départ n'est pas aussi précis. On a trouvé très-souvent sur les cimes des rochers des matières métalliques fondues qui semblaient y avoir été transportées par la foudre (1).

M. Fusinieri a observé sur les murs d'une maison récemment foudroyée, des dépôts pulvérulents de couleur variant du noir au jaunâtre et qui furent reconnus pour du fer à divers degrés d'oxydation. Sur des pierres du mur, il y avait çà et Icà une couche épaisse et fondue d'un demi-millimètre qui fut reconnue pour du sulfure de fer. Les fenêtres avaient des vitres unies entre elles par des lames de plomb : cellesci offraient de nombreuses petites cavités opérées par la fusion, sur les bords desquelles il y avait un petit dépôt ferrugineux.

Ces dépôts ferrugineux ont encore été observés par M, Fusinieri dans une maison frappée à Schio, le 9 août 1831.

Dans quelques circonstances, les dépôts ont pris l'aspect de taches qui semblaient dues à du noir de fumée ou à de la

(1). Babinet, Revue des Deux-Mondes (iS mai 1884).

poudre à canon, ayant parfois la forme de traînées sinueuses ou de zigzags.

Le transport s'opère souvent sur des arbres, en particulier sur des peupliers; dans plusieurs cas, M. Fusinieri trouva sur les parties mises à nu de petites taches noirâtres qu'il reconnut ferrugineuses par une analyse directe. La plupart de ces arbres étaient décortiqués, l'aubier séparé, les racines déchirées et imprégnées d'une matière brunâtre ferrugineuse. On avait senti une forte odeur d'hydrogène sulfuré sur le terrain peu après l'accident, on en sentit une plus forte encore en enlevant l'écorcc. On a trouvé de la matière ferrugineuse jusqu'au centre de l'arbre.

Dans quelques autres cas, on ne découvrit ni odeur sulfureuse ni trace de fer; c'est ce que MM. Fusinieri et Boussingault ont pu observer à deux époques distinctes sur des poiriers foudroyés.

En étudiant l'action de la foudre sur 1 homme , nous aurons à parler des taches nombreuses et des colorations diverses que l'on remarque sur les foudroyés.

M. Fusinieri a publié de nombreuses observations sur les effets de transport des étincelles des machines dans le Journal de Pavie (1821-1825).

Du rôle du soufre dans les transports opérés par la foudre. — Nous avons déjà signalé l'odeur sulfureuse et la présence du sulfure de fer sur des troncs d arbres foudroyés ; dans un cas, M. Fusinieri a trouvé de petits cristaux de sulfure de fer sur une barre de fer que la loudre

avait frappée. , o • *

Le 14 juin 1846, la foudre tomba dans 1 église de Saint- Thibault, de Ceux, qui se trouva tout à coup remplie de fumée et d'une forte odeur sulfureuse.

Un cadre doré et six chandeliers dorés étaient devenus complètement noirs, tandis qu'une croix dorée placée au milieu d'eux n'avait subi aucune altération. Des expériences chimiques ont démontré que cette couche noire était un sulfure (1).

(i) Bonjcan, Comptes réndus(U VAcad. des se, t. XXllI, p. m (1846).

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Ouciqucs observateurs ont l'ogardé comme Ibi-més de narticulcs de soufre les nuages de fumée que l'on observe dans les endroits où vient de tomber la foudre; d'autres disent que l'on a trouvé du soufre en nature sur des arbres foudroyés.

Le 24 août 1764, la foudre frappa le cbâteau électoral d'Heidelberg, et le lendemain on trouva les ardoises couvertes de petits corps jaunes qu'on reconnut pour du soufre (1). Le même auteur dit que l'on a souvent trouvé les murailles atteintes par la foudre couvertes d'un enduit jaune; malheureusement les recherches chimiques rigoureuses n'ont pas été faites pour s'assurer de la nature exacte de ces dépôts.

Bergman (2) dit que la foudre tomba sur la cathédrale d'Upsal; en examinant les débris de la toiture, il put recueilUr une poudre assez semblable à celle du soufre, mais un examen consécutif lui démontra que c'était du cuivre calciné, qu'il put revivifier. La toiture de la cathédrale, comme cela est d'usage en Suède, était couverte en cuivre.

Le cuivre que nous venons de voir transporté par la foudre avait été évidemment enlevé à la toiture. Mais le fer et le soufre si souvent signalés, à quelle cause faut-il attribuer leur présence? C'est au sol le plus généralement ou aux objets voisins de ceux qui ont été foudroyés. Le sol renferme du fer à peu près partout, à l'état d'oxyde, de sulfure, de sulfate ; le soufre lui-même non-seulement existe libre dans la nature, mais sous la forme combinée, celle de sulfures métalliques, de sulfates, et en particulier de sulfate de chaux, il est un des corps les plus répandus. Le rayon fulminique décompose ces matières et en transporte les éléments sur les corps qu'il a frappés.

Dans quelques cas, il est possible que le dépôt de soufre provienne de la nuée orageuse d'où la foudre est partie.

Déplacement des corps non touchés par la foudre. — La foudre peut déplacer les corps sans les tou-

(1) Hemmer, Act. Acad. Theod. M., VI, p. 342 et IV, p. 44.

(2) Hist. de l'Acad. des se, p. 33 (1767).

cher; elle peut agir en communiquant une impulsion à l'air, ou par inlluencc.

La Tondre, en ciïet, dilate l'air des chambres qu'elle traverse, au point de lancer au dehors' les vitres et même les châssis des fenêtres ; on a môme vu des cloisons et des murs renversés par l'excessive et subite dilatation de l'air.

Dans d'autres cas, la foudre, en traversant Tair, laisse un vide derrière elle; l'air se précipite, de là'un double courant en rapport d'intensité avec la violence du courant électrique.

Le souftle de la foudre Qst analogue au vent électrique qui a lieu au-devant d'une pointe métallique d'où s'échappe un courant que l'on sent très-bien sur la peau, qui produit des rides sur la surface de l'eau et devient encore plus manifeste, s'il est possible, quand on le dirige sur la flamme d'une bougie ou contre les ailes d'un petit moulin de carton. Des expériences faites avec les courants des machines ont été faites par le professeur Abria, et par M. Lehot (1).

La foudre peut agir aussi par influence. Tantôt elle agit sur les corps placés dans son voisinage, chargés d'électricité de même nom ou de nom contraire, pour les repousser ou les attirer. D'autres fois, la nuée orageuse électrise les corps placés à la surface du sol, et quand la décliarge a lieu dans leur voisinage, ces corps, reprenant subitement leur état électrique primitif, subissent les effets du choc en retour qui peut leur faire subir un déplacement plus ou moins considérable.

Le déplacement des corps peut se faire encore par un autre mécanisme : Quand un conducteur est suffisant pour donner passage à la décharge, il n'y a que les effets dynamiques qui se manifestent (élévation de température, vaporisation des liquides, action sur l'aiguille aimantée, action chimique) ; mais il n'y a aucune des altractions et des répulsions qui appartiennent à Télal slalique.

Lorsque le conducteur est insuffisant, les deux ordres de phénomènes existent simultanément: les phénomènes dyna-

(1) Comptes rmdus, t. XI, p. 166 (1843); Ainu de ch. et de phiiK , l. ÎXXIV, 2« série, p 186; Gwrnale di fisica, l. VI, p. 214 (1823); Bull. univ.. p. malliém., t. 1, p. 38.

EFFETS GÉNÉRAUX DE LA POUDRE 23i

mi(|uos sonl produils par la porlion qui s'écoule à Iravers le conclucleur; les phénomènes slaliques, par la porlion arrûlce par son insullisance. La plus grande partie des malériaiix (pji entrent dans la consti'uclion des bâtiments sont dans la classe des plus mauvais conducteurs (nous en excepterions aujourd'hui les édifices et les maisons dans lesquels il entre des quantités si considérables de fer); si la foudre vient à les frapper, il y a, par suite de conductibilité insuffisante; des actions puissantes d'électricité statique. L'arrangement même des matériaux qui constituent les édifices les rend encore plus mauvais comlucleurs, ou plus inégalement conducleurs. Les parties qui conduisent bien le courant, comme les barres de fer, qui sont plus ou moins également disséminées dans la plupart des maisons, produisent à leurs extrémités, par le défaut de conductibilité des matériaux (jui sont à leur suite, une accumulation d'électricité statique. Cest dans ces points d'arrêt des courants, c'est entre les portions de plancher et de mur qui reçoivent ces décharges électriques, que se produisent les puissants effets d'attraction qui arrachent les parquets, jes plinthes et les meubles rapprochés d'un sol humide et conducteur. C'est alors que l'eau des vases ou du sol s'évapore et ajoute son appoint conducteur à tous les conducteurs voisins; c'est alors que les objets légers sont soulevés et forment la danse électrique entre des tensions opposées des planchers (1).

Déplacement par action à distance de la nuée orageuse. — La foudre semble agir quelquefois sur les corps successivement par influence et par action directe.

Jl arrive en effet que des hommes foudroyés sont soulevés et emportés à une dislance plus ou moins considérable. M. Brillouët fut transporté à vingt-cinq pas, suivant une parabole. Un homme fut transporté h 33 mètres de dislance dans une touffe de châtaignier , d'où il fut retiré blessé par la foudre et à demi mort; un autre fut enlevé d'un chariot et projeté dans une pièce de terre voisine. M. Pel-

(1) Peltier, Comptes rendus, t. XIX, p. 1364 (1844), et Archiv. de l'élect., t. IV.

tier (1) admet que ces individus, fortement cliargés d'électricité, ont été attirés par le nuage orageux jusqu'à ce que leur rapprochement ait permis une explosion avec l'électricité libre, et qu'ils sont alors retomljés.

On a vu des enfants à la mamelle, enlevés des bras de leurs mères, transportés et déposés sans lésions, à plusieurs pas de distance, les mères ayant été tuées ou blessées par le météore; il semble qu'ici la nuée orageuse s'est déchargée, puis rechargée suffisamment pour effectuer ce transport.

Incision. Section. Perforation. — Il est assez commun que la foudre coupe, incise les corps inertes ou vivants, à l'instar d'un instrument tranchant, sans aucune trace de combustion. Des poutres, des mâts de navires, des troncs d'arbres ont été sillonnés comme par une lame d'acier; des chapeaux, des chaussures ont été finement découpés en lanières; les tissus vivants, comme nous aurons à l'établir plus loin, ont souvent présenté des lésions analogues.

La foudre perfore des lames métalliques, des briques, des roches, des murs épais, et produit dans le sol ces tubes appelés fulgurites. Les plus souvent ces perforations sont arrondies, plus ou moins régulières, quelquefois eUes sont carrées. Quand les corps sont en couches superposées, on a vu la foudre percer, déchirer les couches de rang impair et épargner complètement les couches de rang pair ; dans d'autres cas, la foudre perce la couche extérieure d'un trou unique, puis l'étincelle, se divisant en un grand nombre de rayons, crible de trous infiniment nombreux les couches profondes.

Calorification. Conductibilité. — Toutes les fois qu'un courant électrique traverse une barre métallique, il en élève la température; on comprend comment la foudre, qui est si puissante, puisse porter à l'incandescence et fondre des barres d'une dimension déjà considérable, volatiliser les fils métalliques, briser, fondre, projeter au loin le verre, le sable

(1) Complcs rendus, t. X, p. 202 (1840).

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vitrifié, incendier rapidement des édifices, tles meules de blé, produire de profondes eschares sur l'honuneet les animaux.

On a vu la foudre traverser des corps combustibles sans y mettre le feu, des masses de paille, de copciiux ; on l'a vue pénétrer dans un magasin à poudre, réduire en parcelles des tonnes de poudre sans y mettre le feu. On sait d'ailleurs que l'étincelle des batteries dirigée sur la poudre la réduit en poussière sans renfiammer, cela tient probablement a la non-conductibilité de la poudre à canon; on sait que l'approche d'un corps porté à une très-haute température, comme un boulet rouge, ne suffit point à enllammer la poudre, et qu'il faut un contact direct pour y arriver, à moins que l'action calorifique ne soit très-prolongée. C'est ainsi qu'en ralentissant la vitesse de la décharge électrique des machines en la faisant passer à travers des corps peu conducteurs, comme du pa])ier ou un fil légèrement humectés, on voit les corps combustibles prendre feu (M. Sturgeon).

On sait qu'aucun corps ne possède le pouvoir d'isoler complètement l'électricité.

Dans le tableau suivant les corps conducteurs sont disposés suivant l'ordre de leurs facultés conductrices ou isolantes.

Corps conducteurs suivant l'ordre de leur pouvoir conducteur.

Les métaux. L'eau de pluie.

Le charbon bien calciné (la braise. La neige.

le charbon de cornue) . Les végétaux vivants.

La plombagine. Les animaux vivants.

Les acides étendus. Lallamme.

Les solutions salines. La fumée.

Les minerais métalliques. La vapeur aqueuse.

Les fluides animaux L'air raréfié.

L'eau de mer. Les terres et les pierres humides. L'eau de source.

Corps isolants suivant l'ordre inverse de leur faculté isolante.

Les oxydes métalliques. La craie sèche.

Les huiles. Le caoutchouc.

Les cendres des végétaux. Pierres siliceuses, argileuses.

Les cendres des animaux. Le marbre sec.

La glace. La porcelaine.

La chaux. Les corps végétaux secs (paille) .

Les toiles sèches (cordes sèches de Les fourrures.

chanvre). La laine.

Le bois fortement échauffé. La soie.

L'air sec. Le verre.

Le cuir. La cire.

Le parchemin. Le soufre.

Le papier sec. La résine.

Les plumes. La gomme laque.

Les cheveux.

Le chnrbon de cornue à gaz est un excellent conducteur, le chnrbon de bourdaine calciné à est, d'après M. Violette, un meilleur conducleur. La suie, la peinture au noir de fumée sont d'assez bons conducteurs. Les plus mauvais conducteurs, quand ils sont mouillés, ou seulement humides, deviennent bien meilleurs conducteurs.

Nous ne pouvons pas développer ici tout ce qui a rapport à la conductibilité électrique, nous renvoyons pour tout ce qui concerne cette partie de la physique aux traités spéciaux.

Quand la foudre s'élance d'un nuage, elle rencontre sur son passage des corps inégali^ment conducteurs, elle tend à suivre la ligne qui lui offre le moins de résistance, des métaux, des murailles humides, et malheureusement aussi les hommes et les animaux.

La marche de la foudre n'est pas tracée seulement par quelques places isolées, mais par les conditions de tout l'espace qu'elle doit parcourir. Elle ne prend dès lors pas toujours et nécessairement la route la plus courte. Très-souvent, au contraire, elle affecte des directionsobliquesetmèmeliorizontales.

En suivant les meilleurs conducteurs, très-souvent elle laisse intacts les corps moins bons conducteurs et les corps isolants voisins. On sait qu'en formant une espèce de fourreau à une épée en la faisant tenir à poignée par plusieurs personnes, l'électricité suit cette lame sans qu'aucune d'elles ressente dans les mains la moindre commotion, quoique le corps humain soit un bon conducteur. Si, au lieu d une épée, on employait une corde non métallique, mais mouillée, les expérimentateurs recevraient une partie de la décharge. Si la foudre rencontre sur la route, qu'en définitive elle est obligée de parcourir, de mauvais conducteurs, du bois, des

nierres détaille, de la maçonnerie, etc., tantôt elle les contourne- mais le plus ordinairement, elle les perce, les lend, les brise, les pulvérise, les projette au loin, faisant ainsi explosion partout où le conducteur est insullisant.

C'est surtout en sortant d'un métal que la foudre produit ses plus violents elïets. Nous aurons l'occasion d'en citer de nombreux exemples : en voici un fort remarquable.

Sur une montagne nommée Teufehbmj, près du village de Philippsthal, dans la partie est de la Prusse, se trouvait un énorme rocher qui s'élevait à 14 pieds au-dessus du sol. Pour enlever à peu de frais cette pierre incommode, on eut l'heureuse idée d'employer le secours de l'électricité atmosphérique. On pratiqua dans la pierre un trou dans lequel on planta une barre de fer de 28 pieds de hauteur. Au premier orage la foudre, attirée par la barre métallique, tomba sur la pierre et la réduisit en plusieurs fragments, qu'il fut facile

de transporter (1). , . .

En général, les fulminationspar l'entremise d un métal tont plus de ravages que les fulminations par un jet de foudre libre. Ainsi, tandis qu'un rayon fdlminant qui sort de la pointe d'un clou enfoncé dans un mur, pourra faire sauter une partie de ce mur ; un rameau de foudre libre se contentera de percer une planche, de passer à travers les interstices des briques ou des moellons sans les soulever, sans les briser. L'abbé Chapsal a tout spécialement insisté sur cette différence. Si le conducteur est insuffisant, la foudre se dir vise souvent en plusieurs rayons qui se jettent sur les corps conducteurs voisins, sur les hommes et sur les animaux en particulier.

Enfin, si le conducteur est insuffisant, la portion de la matière fulminique qui ne peut pas passer, et qui attend en quelque sorte son tour, détermine des effets d'électricité s alique ou de tension, c'est-à-dire, des effets d'attraction et de répulsion.

Apparences lumineuses sur les individus. —

L'homme, frappé très-gravement delà foudre, parait ordi-

(1) Écho du monde tavanl (2o septembre 1836).

nairement inondé de lumière, enveloppé d'une flamme brillanlc; ce phénomène a été souvent conslalé.

Les individus atteints légèrement ou qui se trouvent trèsprès du point que le météore frappe, se voient aussi subitement enveloppés de lumière et de flammes.

Un jeune homme, dont a parlé M. Biot, fut légèrement atteint par le météore dans la rue de Grenelle-Sainl-Germain, vers 11 heures du soir; il se sentit tout à coup comme enveloppé (Vime lumière si forte qu'il en resentit une assez vive douleur dans les yeux; un coup de tonnerre effroyable retentit instantanément. Il ne perdit pas connaissance et ne fut pas blessé; mais plusieurs objets métalliques qu'il portait furent fondus.

Le 28 juin 1778, entre 7 et 8 heures du matin, près de Marsillargues, M. Mourgue et son jeune fils, âgé de sept ans, se trouvèrent dans les champs, et près de leur maison, enveloppés par un violent orage. La foudre tomba à plusieurs reprises tout près d'eux. « A chaque coup, dit M. Mourgue, » nous nous trouvions environnés du feu de l'éclair, nous en » sentions la chaleur... Il faut, ajoute-t-il, avoir été au centre » d'un orage, au foyer du tonnerre, pour concevoir la sen- » sation que cette atmosphère épaisse et enflammée fait sur le » corps, et surtout sur la respiration; à peine pouvions-nous » prendre haleine ; il semblait que le feu de l'éclair se tirait » de nous, de nos entrailles.... » Cette même sensation fut éprouvée par plusieurs personnes retirées très-près de là dans un petit espace...

Parfois, ce ne sont plus que des étincelles ou de petites flammes que les personnes atteintes voient courir sur leurs vêtements.

Le 20 juin 1776, vers 7 beures du soir, et pendant un orage, l'abbé Robert Seconditi se trouvait dans le dortoir du monastère de Sainte-Marie-des-Anges, de Faënza ; il était alors occupé près de la fenêtre, à retirer, avec un fil de fer, un bouchon tombé dans une bouteille lorsqu'un trait de feu illumina le clocher. En même temps, il éprouva une forte secousse électrique entre les épaules; il se releva précipitamment et courut à une autre fenêtre ; le ciel, de ce côté, était

serein ; il se voyait autour du bras droit et de la jambe droite dessinons et des étincelles d'un feu d'une couleur bleu clair; et dans l'instant où il allait atteindre la fenêtre, il vint à lui un nouveau trait de feu en serpentant, et sans aucun bruit; alors, effraye et toujoiirs environné d'étincelles, il courut à une petite terrasse pour appeler du secours, et, dans ce moment même, un nouvel éclair se porta vers le clocher avec une lumière si vive qu'elle l'éblouit.

Apparences lumineuses sur le sol et sur les édifices. — Quand la foudre arrive sur le sol ou tout près du sol, elle présente des aspects lumineux très-différents de ceux qu'elle offre dans son trajet supérieur. Elle tend à s'étaler sur une large surface, ou à se diviser ; dans certains cas, on a pu croire à un incendie, bien que le feu prenne assez rarement dans ces circonstances.

Le 20 mai 1711, au moment où la foudre tomba à Berne sur plusieurs maisons contiguës, un homme qui se trouvait tout près de là , dit que ces maisons lui apparurent enveloppées de flammes (Scheuchzer).

Au moment où la foudre tomba, le 6 octobre 1807, sur le château de Lichtenstein, des témoins, placés dans le voisinage, virent l'édifice enveloppé de flammes. Les appartements parurent tout en feu, et l'on crut à un incendie général (1).

Si la foudre pénètre dans une chambre, cette chambre est subitement inondée d'une lumière éclatante.

Madame jVlarsh se trouvait dans un cabinet, dont la porte était fermée, lorsque la foudre y pénétra en passant à un pied d'elle. Le bruit fut effrayant, pareil à une détonation de canon. Elle éprouva une chaleur affreuse, comme si elle eût été enveloppée de flammes; au premier abord, elle vit une lumière intense, mais elle ne put rendre compte de ce qui s'était passé à partir de ce moment. Elle n'éprouva cependant aucun mal, put sortir de ce cabinet et s'élancer dans l'escalier, s'atlendant à trouver sa famille frappée de mort. Lorsque la foudre tomba, le 30 mai 17G9, sur l'auberge

(l) Gilbert, An?!..

de l'Étoile, à Stockholm, un individu qui se trouvait dans une chambre, la vit pleine de l'eu ; il n'épiouva qu'une forte commotion, el l'on ne trouva dans celte chambre aucun dégât (Wilke).

D'autres fois, on aperçoit des traits de feu courant dans diverses directions.

La foudre étant tombée sur la cheminée d'une maison, rue Plumet, plusieurs habitants dirent qu'ils avaient été couverts de plâtras et d'autres débris avant d'avoir entendu le tonnerre, que les traits de feu qu'ils virent dans leurs chambres étalent si vifs qu'ils n'en pouvaient soutenir réclat (Sigaud).

En arrivant sur le sol, la foudre se divise parfois en courants de feu, d'autres fois en forme de cône, et c'est sans doute à cette disposition que nous devons attribuer la formation des cercles de fées.

Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1767, la foudre se dirigea sur un étang de la paroisse de Châtillon, près de Parlhenay, en Poitou. On aperçut toute la surface de cet étang couverte d'une ilamme si épaisse qu'elle dérobait l'eau à la vue. Tous les poissons périrent (Richard).

Le 30 mai 1769, la foudre en globe tomba sur l'auberge de l'Étoile à Stockholm; on vit dms la rue des courants de feu se diriger vers le bâtiment (Wilke).

Fumée. Vapeur, — La foudre laisse souvent dans les lieux qu'elle a parcourus une vapeur ou une fumée ordinairement odorante. Tantôt ce phénomène s'observe à l air libre, sur le sol, sur des arbres, tantôt c'est à l'intérieur môme des édifices.

Hemmer et Cummenus ont cité des cas où les habitants de maisons diverses ne pouvaient plus se distinguer, tant la fumée était épaisse. Musschenbroek rapporte que la fumée qui se répandit dans le château de Leisnig, en 1753, était noire et épaisse. En général, cette fumée a une odeur sulfureuse, elle est suffocante, chargée de vapeur d'eau, et en s'échappant par les fenêtres, par les différentes issues des édifices, elle fait croire à un incendie.

Lorsque le navire Hnrriot fut frappé par la foutlrc, il se développa une telle fumée sur le navire, que, le croyanl en feu, on jcla une grande quanlilé d'eau dans la cabine dans l'idée que le feu y avait pris, bien qu'il n'en fut rien (1).

(1) Lettre de Watson, Phil. Trctns., LU, p. 629, 2« partie (1762),

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