‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 16 sur 198 · OBSERVATEURS · texte numérisé non relu

OBSERVATEURS

8,080 mètres.

Paris.

6 juin 1712.

De l'Isle.

Tobolsk.

13 juillet 1761.

Chappe.

Id.

Id

Pondichéry.

Le Gentil.

Halle.

5 juin 1834.

Kaemtz.

Abyssin ie.

lo lévrier 1844.

D'Abbadie (1).

Berlin.

25 mai 1773.

i.ambert.

Abyssinie.

12 février 1844.

D'Abbadie.

Berlin.

17 juin 1773.

Lambert.

Halle.

21 juillet 1834.

Kaemtz.

900 au plus.

Ile-de-France.

Le Gentil.

Pondichéry.

Id.

Manille.

Id.

800 à 600 met.

3 cas Tobolsk.

Chappe.

6 cas id.

Id.

292 mètres.

Id.

Id.

Id.

id.

Abyssinie.

20 octobre 1843.

D'Abbadie.

Gratz.

15 juin 1826.

Haidinger(2).

Admont.

26 août 1827.

Haidinger.

(1) Comptes rendus, t. XXXHI, p. 894.

(2) Cosmos, t. I, p. 634.

Ce fut une nuée très-épaisse et fort basse qui lança, le 8 juin 1747, un globe de feu sur le clocher des Grands-Augustins, à Paris (Rabiqueau).

La nuée d'où partit la foudre qui incendia, dans la nuit du 25 avril 1760, l'église de Notre-Dame de Hain était trèsbasse et paraissait immobile (de Champion).

Dans l'été de 1781, pendant un violent orage, la tour de la ville de Sèze fut atteinte par une foudre globulaire qui parlit d'une nuée tellement basse qu'elle paraissait très-peu éloignée du faîte des maisons (1) (Daquin).

La foudre qui, le 30 avril 1822, frappa perpendiculairement le clocher de Rosstall, partit d'un nuage très-bas et d'une densité extraordinaire (Yelin).

Les nuages étaient très bas, lorsque la foudre tua quatre personnes et en blessa plusieurs autres, à Éverdon (Vallis).

Dans un orage qui eut lieu à Paris le 28 août 1839, les nuées noires et surbaissées touchaient presque au sommet des bâtiments (2) (l^eltier).

L'amiral Ross dit que l'orage de 1803, qui brisa les mâts de /{/ Désirée dans le port Antonio (Jamaïque), fut contemplé par un observateur placé sur une colline près de là; et quoique à une si faible hauteur, ce témoin voyait l'orage à ses pieds, tandis qu'au-dessus de sa tête le ciel était clair et étoile (3).

Le nuage épais et noir d'où partit la foudre qui atteignit le PhaétoUj le 14 septembre 1824, dans la rade de Gibraltar, était tellement bas qu'il frôlait les parois des rochers de la rade (4).

En comparant les deux tableaux qui précèdent, nous voyons :

1*^ Que la hauteur des nuées orageuses au-dessus du niveau de la mer est très-variable, depuis 8,080 mètres jusqu'à 28 mètres et même au-dessous.

2*^ Ce n'est pas seulement dans les pays de montagnes

(1) Daquin, Note à la traduction de l'essai météorologique de Toaldo, p. 270.

(2) Peltier, Dict. dliist. nat. de d Orhigmj, t. V, p. 689.

(3) Marris, Tliund, p. 54, et Nautic. mag., t. XII, p. 433.

(4) Nautic. magazine, l. XXI, p. 471.

que les nuées orageuses sont souvent très-élevées au-dessus du niveau de la mer; le même phénomène est maintes fois observé dans les pays de plaines; souvent elles y ont été de 1,600 à 3,470 mètres de hauteur; on en aurait même remarqué à 8,080 mètres, c'est-à-dire à une hauteur plus grande que celle jusqu'ici assignée aux orages dans les montagnes.

Hauteur des images orageux observés dans F Océan. — Pendant la campagne de la Vénus, on a trouvé sur l'océan xUlantique et la mer du Sud 900 à 1,400 mètres comme termes extrêmes de la hauteur des nuages orageux (Kaemtz).

Mensuration de la hauteur des nuages. — Plusieurs méthodes peuvent être mises en usage pour déterminer avec quelque précision la hauteur des nuages. Les deux suivantes sont généralement adoptées :

1° On établit un parallélisme ou une sorte de nivellement entre les nuages et d'autres objets dont on connaît la hauteur. Dans les pays de montagnes, par exemple, on apprécie la hauteur du nuage d'après la hauteur des sommités que ces nuages couvrent ou vont couvrir, In-iteur (jue l'on connaît déjà, ou que l'on mesure plus tai' 1 à i'aide du baromètre ou de la trigonométrie.

2' Dans les pays de plaines comme aussi dans les pays de montagnes, une méthode de mensuration consiste : dans un premier temps, à déterminer avec un chronomètre le nombre de secondes comprises entre l'arrivée de l'éclair et celle du tonnerre; dans un second temps, à reconnaître la hauteur angulaire de l'extrémité de l'éclair la plus voisine du lieu où l'on observe, à l'aide du graphomètre, du théodolite ou d'un instrument à réflexion et en se guidant sur les accidents de forme ou de clarté que présentent constamment les nuages.

L'observateur qui aura déterminé, avec un chronomètre, le nombre de secondes comprises entre l'arrivée de l'éclair et celle du tonnerre, en déduira facilement la distance qui le sépare du point où le météore s'est manifesté. Il lui suffira de multiplier ce nombre entier ou fraction-

naire par 337. Le produit sera la distance cherchée exprimée en mètres.

Ce résultat, il faut bien le remarquer, est en général la distance rectiligne des nuages, mesurée sur une ligne inclinée à l'horizon ; c'est l'hypothénuse d'un triangle rectangle dont les deux autres côtés sont d'une part une portion de l'horizontale du lieu de l'observation, de l'autre, la hauteur verticale du nuage sur cette mesure horizontale.

Pour déduire de la longueur de l'hypothénuse la hauteur verticale du nuage il faut connaître la hauteur angulaire de l'exlrémité de l'éclair la plus voisine du lieu de l'observation: il fout savoir si elle est de ^0^ de 20^ do 45^ etc. Cette hauteur, on la mesure avec une précision suffisante à l'aide d'un graphomèlre, d'un théodolite ou d'un instrument à réflexion en prenant pour repère, pour point de mire, les accidents fortuits de forme ou de clarté les plus voisins du point où l'éclair s'est montré et dont les nuages orageux ne sont jamais exempts. Cela une fois connu, le calcul s'effectue en un trait de plume. (Arago) .

M. Pouillet a publié une note sur un moyen photographique de déterminer la hauteur des nuages ; dans cette note on trouve un historique de la question (1).

Translation. — Les orages stationnaires dont la durée peut être fort longue sont assez généralement remarquables par la simultanéité ou la succession rapide de leurs décharges sur des points fort circonscrits.

Le capitaine Ward rapporte qu'en 1806 le navire le Pélican fut assailli dans la baie de Honduras (Judes occidentales) par un orage dont la durée fut d'une heure environ. Pendant tout ce temps, les éclairs, le tonnerre, les décharges foudroyantes se multiplièrent d'une manière effrayante. Le Pélican fut gravement endommagé par la foudre (2) .

Parfois l'orage n'est pas stationnaire ; il ne se meut pas non plus dans une seule direction, comme nous le verrons

(1) Cornistes rendus,x. XL (i855), p. 1157.

(2) Harris, Thund, p. 52.

bientôt; mais il se promène en quelque sorte et pendant plus ou moins longtemps sur une même contrée. — Ainsi M. Clos, dans ses Études sur la météorologie du pays toulousain (p. 161), rapporte que le 25 juin 1829 un gros orage commença à trois heures du soir et n'avait pas tout à fait cessé à sept heures et demie. Pendant plus de quatre heures, toute la contrée fut dans une inquiétude continuelle, car cet orage terrible se portait tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, entraîné par la lutte des vents.

Ou bien encore les orages se propagent dans des directions curvilignes, comme les tornados des régions intertropicales, il en est souvent ainsi, d'après M. Fournet, des orages des environs de Lyon (1).

Mais le plus orainairement, les orages suivent une didirection presque rectiligne, poussés par un vent plus ou moins fort.

En Europe, la plupart des orages sont amenés par des vents du sud-ouest.

A Stockholm les orages viennent ordinairement du sudouest. (Winkler).

Dans les zones d'Allemagne, leur marche générale est du sud et du sud-ouest (Keforstein, Schon, Schiibler, Schweigger).

Schiibler dit que sur quarante-trois orages observés à Giengen, en 1824, cinq seulement marchaient de l'est à l'ouest ; et qu'en 1821, sur cinquante-cmq orages, vingt-huit vinrent de l'ouest et seize de l'est. — 11 ajoute qu'en 1823 les orages traversaient le Yv iirtembcrg , en général, de l'ouest a l'est.

A Berlin, suivant Gronau, la direction des orages est le plus communément du sud-ouesL et rarement du nord et de nord-est.

A Kiel, les orages viennent généralement du sud-ouest et se dirigent vers l'est, peut-être attirés par la grande masse d'eau de l'Ost-See.

M. Herrenschneider, dans son résumé des observations

(1) Comptes rendus, "t. XV, p. 631 (1842).

météorologiques faites à Strasbourg, pendant l'année 1829, (lit que sur seize orages avec tonnerre, sept vinrent du sudouest, cinq du sud, deux du nord-est, un seulement de l'ouest ainsi que du nord-ouest.

Enfin, suivant M. Clos, les orages dans le pays toulousain viennent presque constamment du couchant.

Nous verrons, en parlant des moyens de se garantir de la foudre, qu'il est fort important de connaître la direction ordinaire des orages dans telle ou telle région.

Plusieurs circonstances modifient la direction que suivent les orages.

Parfois les nuages orageux abandonnent la direction du vent qui les pousse pour suivre les cours d'eau. M. Sturgeon dit avoir souvent observé ce phénomène au confluent de la Medway et de la Tamise.

Les montagnes les arrêtent, les dévient, les coupent en deux ; aussi quelques-unes d'entre elles ont reçu en Allemagne le nom de IVetterschnelden (coupe-orages).

Les forêts jouent encore ici un rôle important.

La vitesse des orages est très-variable.

Il est très -ordinaire, suivant M. Wilson, qu'une nuée à tonnerre fasse 4 ou 5 milles marins dans une heure. (Le mille marin, en Angleterre comme en France, de 60 au degré, est de 1,852 mètres.) — D'après le physicien anglais Canton, et aussi selon M. Schubler, un orage qui a un mouvement rapide peut parcourir 8, 15 et même 24 milles marins ou géographiques par heure.

Certains orages parcourent une grande étendue de pays, en causant de grands ravages. Des orages ont ainsi passé du côté sud de l'Angleterre jusqu'au nord de l'Ecosse et de l'Irlande. — Un orage de cette sorte eut lieu au mois de juillet 1827 : il commença le dimanche soir sur la partie sudouest du Devonshire, atteignit Cheltenham la même nuit et Glascow le matin suivant (1).

Parfois les orages reviennent en arrière, phénomène plus particulièrement remarqué dans les pays de montagnes.

(1> Harris, Tkuud, p. 62.

Suivant M. Perrot, les orages affectent, dans le département du Haut-Rhin, une marche assez réguhère : quand ils se forment avant trois heures, ils ont d'abord une tendance à se perdre dans le nord-ouest ; tandis que vers le soir, ils semblent rétrograder vers le sud-est; mais quand ils naissent le soir, ce qui est le plus ordinaire, ils s'avancent peu vers le nord et reviennent presque aussitôt dans la direction du sud-ouest (1).

Parfois deux orages distincis , accompagnés chacun d'éclairs et de tonnerre, viennent de deux côtés opposés, se rencontrent et sont la cause de très-graves accidents. — Le pasteur Bus, à Vilbet (Hesse), a signalé un orage de ce genre.

Nous avons, d'une autre part, cité plusieurs exemples de nuées fortement chargées d'électricité et dont la rencontre a formé un orage (2).

Orages rapidement successifs. — Parfois plusieurs orages se succèdent rapidement et en peu de temps sur la même région; généralement alors ils suivent la même direction, ou à peu de chose près. En voici un exemple remarquable :

Le 8 août 1717, on observa à Olau (Silésie) une succession fort remarquable d'orages, tous poussés par des vents de l'ouest ou sud-ouest. Le vent du nord mit fin à ce phénomène.

A midi : violent orage avec pluie. Vers le coucher du soleil : orage venant de l'ouest, bientôt suivi de deux autres, l'un de l'ouest, l'autre de l'ouest-sud-ouest, et se dirigeant tous trois vers le nord. Un quatrième orage survint et suivit les trois premiers ; — bientôt après en arriva un cinquième, du sud-ouest. Vers neuf heures et demie, un vent très- vicient de l'ouest en amena un sixième. Enfin le vent du nord dissipa tous ces orages.

On observa, le 14 du même mois, à peu près la répétition de cette suite d'orages (3).

(1) Statist. gén. du dép. du Haut-Rhin.

(2) Voigfs magaz., t. III, p. 234.

(3) Bresl. Sammlung, p. 154 (1717).

Mouvement intestin. — Les nuages orageux présentent souvent à la vue simple ou aidée de la lunette d'approche, des mouvements intestins très-variables dans leur étendue et leur vivacité; ils semblent formés d'une fumée très dense qui roule en flocons sur elle-même ; leurs diverses parties s'approchent les unes des autres, s'éloignent, semblent se confondre pour se séparer bientôt; souvent alors de très-petits éclairs jaillissent de ces petites masses si mobiles. — Parfois, dit Beccaria, les nuages orageux paraissent éprouver une sorte de fermentation dont les autres nuages sont privés, et M. Forster la compare au mouvement qu'on remarque à la surface d'un fromage rempli de vers.

« La tendance immédiate à une explosion électrique est » toujours manifestée à ceux qui portent leurs regards sur » la partie inférieure des nuages par une surprenante vibration » des portions détachées, déchirées des masses qui les en- » tourent; elles semblent obéir en hâte à l'attraction irrésisfi tible de la masse et prendre leur place dans l'arrangement » général dont probablement les effets dépendent (1). »

Épaisseur de la couche des nuages orageux. — -

La distance qui sépare la face inférieure de la face supérieure de la masse orageuse est très-variable ; malheureusement nous ne possédons encore sur ce point qu'un fort petit nombre d'observations. Dans les quatre relations que nous allons citer l'épaisseur de la couche a été de 850, de 4oO, de 36 et même de 8 mètres seulement.

Le 29 septembre 1826, près de Saint- Jean-Pied-de-Port (Pyrénées), MM. les capitaines d'état-major Peytier et Hossard se trouvaient placés de manière à voir au même instant les deux surfaces opposées d'un nuage :

La plus basse était à .... . 450 mètres. La plus haute. — 900 id.

Épaisseur de la couche . 450 id.

(1} Howard, i. II, p. 306.

Le lendemain 30 septembre :

Le plan inférieur du nuage paraissait à 600 mètres. Le plan supérieur. 1450 id.

D'où épaisseur totale du nuage. . 850 id. (1)

M. Haidinger, comme nous l'avons vu en étudiant la hauteur des nuages orageux, a cité deux cas observés à Gratz et au couvent d'Admont, où la couche moyenne n'avait que 36 mètres, et même 8 mètres d'épaisseur. Nous ne reviendrons pas sur la méthode alors suivie pour s'en assurer.

Les nimbus se formaient toujours au-dessous des sommets de 3,100 mètres d'altitude, et le plus généralement entre 1,400 et 2,000 mètres d'altitude. Ils constituaient souvent une couche dont l'épaisseur variait entre 1,000 à 3,000 mètres. M. Rozet a vu éclater de violents orages sur des points de cette couche, tandis que des régions très- étendues demeuraient tranquilles (2).

Solidarité, action mutuelle. — Les nuages orageux paraissent être dans une sorte de solidarité; si l'état fulminant de l'un d'eux est changé, à l'instant même les autres nuages s'en ressentent jusqu'à de très-grandes distances. Un éclair part fort loin de l'endroit où l'on observe un électromètre et les signes que fournit l'instrument peuvent précéder d'une demi-minute entière, et même plus, le moment où le bruit du tonnerre arrivée l'oreille de l'observateur (Arago).

Suivant M. le comte de Tristan (3), une nuée orageuse en attire une autre qui se trouve à peu de distance et la dévie de sa route. H y a heu de croire que l'action est réciproque et que, par conséquent, la déviation de chaque nuée est en raison inverse de sa puissance, sauf l'effet des circonstances accessoires.

Une nuée attirée par une plus forte hâte son mouvement à mesure qu'elle approche de l'orage principal.

Quand il y a une nuée affluente qui, de son côté, faisait

(1) Comptes rendus, t. IV, p. 23 (1837).

(2) Ibid., t. XXVIT, p. 647 (1848).

(3) Ann. de la Société royale des sciences, belles-lettres et arts d'Orléans.

Sestier. 1—2

des ravages, elle les suspend quelquefois en approchant de l'orage principal, ce qui peut être une suite de l'accélération de son mouvement, mais après la réunion le mal s'accroît ordinairement.

Action des nuages à distance. — Les nuages électrisés peuvent produire sur les objets terrestres divers effets remarquables, même quand iis sont trop élevés pour donner des coups de foudre. C'est surtout sur les eaux que des effets d'attraction se font sentir. M. Liais a observé en 1852, à Cherbourg, un ras de marée pendant lequel la mer a baissé en dix minutes de la quantité dont elle baisse ordinairement en deux heures, ce qui fut attribué à l'action des nuages qui attiraient les eaux en pleine mer après un orage qui s'éloignait de la ville. On a vu fréquemment, sous l'influence des nuages orageux, l'eau s'élever en cône et retomber, pour être soulevée de nouveau.

Brugnalelli a vu, à la suite d'un orage, les eaux d'un lac du territoire de Lucques devenir blanches et troubles, et les jours suivants, il y avait une foule de poissons morts sur les bords.

Dimensions horizontales. — Les masses de nuées orageuses, souvent peu étendues, ont parfois des dimensions horizontales considérables; elles couvrent alors de vastes pays et produisent des décharges presque simultanées sur divers points.

Ainsi, pendant la nuit du 14 avril 1718, un orage couvrit à la fois la côte de Bretagne entre Landernau et St. -Paulde-Léon et n'endommagea pas moins de vingt-quatre clochers.

En 1774, un violent orage s'étendit au-dessus de Londres et la foudre tomba en plusieurs endroits assez éloignés les uns des autres; l'église de Saint-Pierre, un navire hollandais, près delà tour, Fobéhsque de Saint-George, dans le faubourg de Southwark, une cheminée à Lambethy et une maison au Vaux-Hall, aux extrémités de Londres, furent foudroyés (1).

(1) PMI. trans,, t. LXIV

' Le 15 janvier 1815, un orage occupa la vaste étendue comprise entre la mer du Nord et les provinces rhénanes, y frappa et endommagea plus de douze clochers.

« Les orages, dit M. Kaemtz, s'étendent souvent sur une » superficie de plusieurs myriamèlres carrés, et l'électricité de » chacune de leurs parties réagit sur l'autre.

» L'observateur placé dans la plaine, n'a pas une vue » assez étendue pour l'embrasser tout entier et celui qui est » sur une montagne est le plus souvent entouré de nuages. » Dans un orage que j'ai observé du Faulhorn, le 13 août 1833, » ajoute M. Kaemtz, les nuages inférieurs n'existaient pas et » j'ai pu contempler le phénomène dans toute sa grandeur; » plusieurs fois pendant la journée il avait plu au loin et près » de moi. Vers sept heures du soir, la masse des nuages, com- » posée de plusieurs couches, avait une apparence orageuse; » leur surface inférieure était à une élévation de 3,300 mètres » environ. Au delà des Diablerets dans le Bas- Valais, et du V Glaernisch dans le canton de Glaris, on ne voyait rien. » Dans cet orage, qui avait une étendue de plus de 150 kilo- » mètres, les éclairs venaient distinctement de cinq points » différents. Plusieurs heures d'observation m'ont prouvé que » les électricités de ces cinq points agissaient et réagissaient » les unes sur les autres. Sur un tiers au moins des éclairs » voici ce que je constatai : un éclair partait dans le pays de » Vaud entre deux couches de nuages, car la couche infé- » rieure était peu éclairée; immédiatement après, souvent » en même temps, on voyait dans le voisinage du Rinderhorn » un éclair en zigzag dirigé de haut en bas. Quelques instants » après, des lueurs électriques brillaient au-dessus de Berne; » un éclair en zigzag leur répondait dans la direction de » Lucerne, puis dans celle de Schwitz. Lorsque le temps » devint plus sombre, je vis aussi des éclairs dans l'est, mais i> ils étaient trop éloignés pour que je pusse les étudier. îl est » évident que le premier éclair parti dans le pays de Vaud » troublait l'équihbre de tout le système : un observateur » placé à Schwitz aurait donc observé des oscillations dans . » l'électromètre, dont la cause première dépendait d'un » éclair parti dans le voisinage du lac Léman. »

Nuages colorés. — La couleur des nuages orageux est très-variable : ils sont blancs, gris, plombés, ardoisés, noirâtres ou noirs; ils sont parfois aussi d'un bleu d'indigo foncé, d'un noir jaunâtre, verdâtre ou rougeâtre, et souvent ils passent d'une teinte à une autre.

Maintes fois parmi les nuages orageux qui couvrent le ciel on en voit un plus petit et plus bas que les autres, dont la figure sinistre, extraordinaire, exige une surveillance attentive, car c'est lui qui va très-probablement lancer la foudre. On doit alors particulièrement redouter les nuées noires, surtout celles qui passent du noir au rougeâtre, et plus encore celles qui passent du noir au verdâtre. Un grand danger menace l'homme, lorsque à son zénith ou près de là passe une nuée de ce genre, surtout si eile est fort basse.

Parfois arrivent des nuages noirs sur lesquels se détache un nuage blanc, qui leur est inférieur et qui, d'après une observation vulgaire et souvent vériiiée par l'événement, est un signe précurseur de la grêle dont l'orage va être accompagné. M. Dutrochet est disposé à croire que ce nuage blanc est formé par les grêlons eux-mêmes qui restent suspendus pendant un certain temps dans l'atmosphère avant de se précipiter vers la terre; retenus probablement en suspension par la puissante force électrique des nuages orageux (1).

Quant à la nature de l'électricité dont un nuage est surchargé, M. Peltier dit avoir observé que les nuages fortement négatifs ont une teinte grise, plombée ou ardoisée, tandis que les nuages positifs sont blancs, rosés ou orangés. Quand on aperçoit un nuage d'une teinte bleue, plombée en tête et blanchâtre à la suite, on est certain, dit-il, de trouver successivement les signes de chacune des deux électricités.

M. Quételet a signalé à l'Académie de Belgique un nuage vert pomme immense qui se trouvait au milieu de nuages orageux d'une teinte plus ou moins cuivrée (2).

Nuages lumineux. — Les nuages orageux sont par ibis lumineux d'une manière continue.

(1) Comptes rendus, t. XVÏI, p. 309.

(2) L'Institut (1853).

iNUAGES ORAGEUX 21

Plusieurs fois on a vu deux nuages orageux rester lumineux, comme phosphorescents, pendant un temps plus ou moins long. Tantôt, c'est un nuage mamelonné et semblable par sa forme aux nuages ordinaires, qui est lumineux dans toute son étendue. Tantôt les nuées lumineuses forment des zones séparées par des intervalles obscurs. D'autres fois encore ce sont les bords, les déchiquetures marginales des nuages qui présentent cet aspect lumineux et persistant. — Et il n'est pas rare que la foudre et des éclairs de formes diverses partent de ces zones brillantes, de ces nuages phosphorescents. Dans un cas, des éclairs en zigzag n'étaient pas accompagnés de tonnerre. — Cette apparence lumineuse est due sans doute à une surcharge électrique et à la succession d'innombrables petites décharges entre les innombrables particules de ces nuages; elle est analogue à celle qu'on voit à l'extrémité inférieure de certaines trombes.

Suivant M. Peltier, ce phénomène serait un des plus propres à constater l'existence des nuages transparents et la dispersion de leur électricité. Cette électricité répartie autour des particules de vapeur n'offre point à la périphérie de ces charges libres qui se neutralisent en masse et forment une vive explosion; leur neutrahsation, au contraire, se fait peu à peu, par une suite de rayonnements réguliers qui produisent une lumière durable mais d'une intensité beaucoup plus faible que celle des éclairs.

L'abbé Rozier a rapporté une observatioii de nuages lumineux ayant la couleur blanche éclatante du phosphore qui brûle (l), qu'il observa le 15 août 1781 à Beauséjour, près de Béziers.

Nicholson a observé à Londres, le 30 juillet 1797, des nuages épais d'un bleu foncé et d'un rouge très-accusé sur les bords (2).

Un autre exemple de nuages colorés pendant l'orage est rapporté dans les Annales de Gilbert (3).

(1) Journal de physique, t. XVIII, p. 276, année 1781.

(2 J. of natur. philos., n» 6 (1797), et Gilbert's, Ann., t. VI, p. 2o8 (1800).

(3) t. LXXII (1822).

M. Colla, directeur de l'observatoire météorologique de Parme, rapporte que dans la soirée du 18 juin 1840, par un ciel parsemé de nuages orageux, il observa depuis 9 h. jusqu'à 10 h. 1/4, dans la direction du midi, des éclairs trèséblouissants de couleur jaune, presque toujours en forme de zigzag; ils partaient, suivant toutes les directions, d'un endroit du ciel occupé par une espèce de miage brillant d'une lumière pJiospJiorique dont l'élévation au-dessus des montagnes pouvait être de 4^ à 5^ et qui avait une étendue de 15° à 20^ Les éclairs se montraient à quelques secondes d'intervalle et s'élançaient constamment du nuage phosphorescent qui resta lumineux sans changer d'intensité et de figure pendant tout le temps énoncé. A 10 h. 25 m. le ciel, vers cet endroit, se couvrit de nuages obscurs à protubérances ; ils devinrent bientôt le foyer d'un violent orage qui continua jusqu'à minuit un quart (1).

L'observation suivante nous paraît devoir trouver sa place ici. Dans une nuit du mois de juillet, il y eut à Bramley, dans le comté de Kent, un violent orage qui, sans faire aucun dégât, présenta un phénomène fort remarquable. La foudre, dit l'auteur de la relation, mit le feu aux brouillards extraordinaires qui depuis un mois rendaient l'atmosphère trouble. Après chaque éclair, il paraissait une flamme claire et sans bruit, qui, après la cessation du tonnerre, devenait si blanche et si resplendissante qu'on pouvait lire à sa lueur. Les insectes qui couvraient en abondance les arbres avaient disparu le jour qui suivit cet orage (2) .

Dans les relations suivantes nous voyons des nuages, sans être orageux, offrir cependant l'aspect phosphope^cent ou brillant que nous avons signalé dans des nuages manifestement orageux. Doit-on chercher encore ici l'expUcation de ce phénomène dans la multiplicité et le renouvellement de petites décharges fulgurantes ?

« Me retirant chez moi, à Londres, vers les 11 heures » d'un soir d'hiver, l'air étant très-serein, sans être bien » froid, n'y ayant point de clair de lune, je vis, dit de Luc,

(1) Acad. des sciences de Bruxelles, séance du i*"'' août 1840.

(2) Gesellschaft naturforschatiden Freunde zu Berlin neue scrifl, 1. 111, p. 141.

n {Idées sur la météorologie), une pommelure lumineuse, » formant une zone de plusieurs degrés de largeur, qui » s'étendait à peu près d'orient en occident, passant à i 30° ou 40° du zénith, du côté du sud, et atteignant pres- )) que l'horizon de part et d'autre. Je loge très-près de la » campagne, ce qui me rendit facile d'observer ce phéno- » mène dans toute son étendue, et je le fis du moment où je » commençai à l'apercevoir jusqu'à la fin. Cette espèce de » nue, aussi brillante dans toute sa longueur qu'une nue » mince devant la lune, cachait d'abord toutes les étoiles. » Peu à peu sa pommelure se discerna mieux et les étoiles » parurent dans les intervalles des pelotes ; je les ai aperçues » ensuite dans les pelotes mêmes, qui ne ressemblaient plus » qu'à de la gaze; et enfin, au bout d'environ dix minutes, » elle se dissipa presque partout en même temps. Il y avait » là quelque décomposition phosphorique: car d'oij aurait » procédé cette lumière qui partait de toute la nue? Mais il » n'y avait pas le moindre signe électrique ; car tout était » au repos, à l'exception d'un petit mouvement qu'avait » l'ensemble de cette zone. »

« Il m'est fréquemment arrivé, ditBeccaria, dans les nuits entièrement obscures, particulièrement en hiver, de voir des nuages épars, s'agglomérer et former ensuite dans leur ensemble un nuage général uniforme, à surface unie, et d'une densité apparente peu considérable. De tels nuages répandent dans tous les sens une lueur rougeâtre, sans limites définies, mais assez intense pour qu'elle m'ait permis de lire des livres imprimés en caractères ordinaires. Les clartés nocturnes provenant des nuages, je les ai surtout observées dans les nuits d'hiver, entre deux averses de neige... Quant à moi, je les attribue à la matière de la foudre (feu électrique) et c'est à elle qu'il appartient universellement de former les nuages généraux, sans ondulations apparentes. Cette matière circulant dans les vapeurs en quantité un tant soit peu plus considérable qu'elles ne peuvent en transmettre, doit se manifester à l'état lumineux, ainsi que le constatent tant d'expériences de cabinet. S'il existe des traits de lumière très-déliés et extrêmement fréquents dans tous 1er

points OÙ les vapeurs présentent de légères variations de densité, il ne saurait évidemment manquer d'en résulter une lueur générale sans limites définies (1). »

Pendant ses voyages pour la détermination des lignes d'intensité magnétique en Ecosse, le major Sabine resta plusieurs jours à l'ancre à Lough-Scavig, dans l'île de Sky. Cette île est entourée de montagnes nues et élevées parmi lesquelles on en remarque une qu'enveloppe presque toujours un nuage résultant de la précipitation des vapeurs que les vents à peu près constants de l'ouest y amènent de l'Atlantique. Ce nuage, la nuit, était lumineux par lui-même et d'une manière permanente. Plusieurs fois M. Sabine en vit sortir en outre des jets semblables à ceux des aurores boréales ; cependant il repousse bien loin l'idée que ces jets dussent être attribués à des aurores véritables, voisines de l'horizon et dont la montagne aurait dérobé la vue directe. Suivant lui, tous ces phénomènes de lumière continue, de lumière intermittente avaient leur cause, quelle qu'en puisse être d'ailleurs la nature, dans le nuage même.

M. Robinson a fait, en Irlande, diverses observations sur les propriétés phosphorescentes du brouillard ordinaire.

Les matières étrangères qui se mêlent quelquefois à notre atmosphère lui communiquent la faculté phosphorescente à un très-haut degré. — Un mémoire de M. Verdeil, médecin à Lausanne, nous apprend, par exemple, que le célèbre brouillard de 1783 ^( répandait la nuit une lumière qui permettait de voir les objets à une certaine distance et qui s'étendait également sur tout l'horizon; — cette lumière ressemblait assez à celle de la lune lorsque, étant dans son plein, cet astre se cache derrière un nuage épais ou que le ciel est couvert. »

Le brouillard de 1783 a été le foyer, la cause peut-être, de fréquents orages.

D'autres faits de ce genre sont signalés (2).

(1) Dell' Elettric, terr. atmosf., p. 288.

(2) Gilbert, Ann., t. LXXII, 1822. Mém. de M. E g en sur les matières de feu. Colla, Acad. des sciences de Bruxelles, séance du 1" août 1840. UInstitut, t. IX, p. 4 (184i).

Densité. — Les nuages orageux sont généralement remarquables par leur densité; elle est quelquefois si grande qu'ils paraissent formés par une matière solide ; mais d'un autre côté, M. d'Abbadie a remarqué, en Ethiopie, des nuages orageux, qui, malgré les fortes manifestations électriques dont ils étaient le foyer, n'empêchaient pas la vue des étoiles à travers leur masse.

Électricité. — Augmentation de volume du nuage par le fait de son électrisation. Une nuée électrique est plus dilatée que celle qui ne l'est pas; et c'est là une des causes de son ascension ou de l'élévation à laquelle elle se soutient.

Van Marum ayant fait avec la peau de l'amnios du veau deux ballons contenant chacun 2 pieds cubiques d'air inflammable et les ayant lestés de manière qu'ils se soutinssent dans la partie inférieure de l'atmosphère, il les électrisa, l'un positivement et l'autre négativement. Ils s'élevèrent aussitôt, puis se rapprochèrent pour combiner leur électricité et ensuite descendirent lentement (1).

Espèce d'électricité. — Au point de vue de l'espèce d'électricité dont les nuages sont chargés, il y a, dit M. Peltier, deux sortes de nuages : les nuages vitrés et les nuages résineux.

Les nuages vitrés sont d'un blanc vif et sont propres à refléter le rouge ; ils sont bien limités, bien circonscrits ; ils sont denses et assez compactes ; ils s'étendent toujours beaucoup en hauteur et fort peu en superficie ; ils présentent donc toujours une assez grande épaisseur : ce sont les cumulus d'Howard.

Les nuages résineux, au contraire, sont gris, gris plombé ou ardoisé, quelquefois même bleuâtres; ils ont des bords mal définis; ils sont toujours assez minces, mais très-étendus: ce sont les stratus d'Howard (2).

Les premiers donnent toujours des pluies douces, régulières, sans beaucoup de vent ou de la neige ; les seconds

(1) Expériences faites avec la machine Teylérienne, J. de physique, t, XXXI, p. 347(1787).

(2) Voir Howard, Phil. mag., t. XVI, p. 97 et 344 (1803).

donnent des averses violentes accompagnées de rafales de vent, ou bien de la grêle ou du grésil. Ils sont toujours plus bas que les premiers.

De la distributio7i de l' électricité dans les nuages. — L'expérience montre que l'électricité se porte à la surface des corps conducteurs, et qu'il ne s'en manifeste aucune trace dans leur intérieur; en est-il de même pour les nuages?

Suivant Gay-Lussac, les nuages qui présentent quelque densité sont analogues aux conducteurs ordinaires ; l'électricité se porte simplement à leur surface. Mais comment expliquer que l'électricité ne se neutralise pas par une seule explosion ou au moins par un petit nombre d'explosions? Comment les décharges d'électricité peuvent-elles se reproduire aussi nombreuses et aussi rapprochées? En outre les explosions devraient cesser avec la première pluie, puisque la communication de celle-ci entre le nuage et la terre permet à l'électricité de s'écouler librement.

Kaemtz pense qu'il est probable que chaque vésicule d'un nuage conserve une portion de son électricité, de manière cependant que cette portion est d'autant plus considérable que la vésicule est située plus près de la surface du nuage. Quant à la cause qui retiendrait ainsi l'électricité autour de chaque vésicule, M. Kaemtz la trouve dans la résistance que doit éprouver l'électricité pour passer d'une vésicule à la suivante, résistance qui provient de l'imparfaite conductibilité de l'air interposé. Mais, comme le fait remarquer M. Duprez, cette manière de considérer la distribution de l'électricité dans les nuages n'explique pas comment les vésicules de vapeur libres et électrisées de la même manière forment cependant des masses limitées comme le sont les nuages, au lieu de se répandre uniformément par leur répulsion mutuelle.

M. Peltiera donné une autre théorie (1). Nous ne pouvons l'exposer en entier dans cet ouvrage, nous disons seulement que l'auteur admet deux sortes de tension : i^ la tension périphérique ou celle de l'électricité libre à la surface ; 2° la ten-

(1) Voir Mémoire de météorologie électrique, pair F ellier, p. 441.

sion particulaire ou celle de l'électricité conservée autour de chacune des molécules de vapeur. La tension individuelle des particules les tient à distance, tandis que l'électricité de la surface les rapproche, les groupe, les maintient en corps, tout en laissant à chacune d'elles son individualité, si la tension extérieure est modérée et proportionnée à celle de l'intérieur, et entin les rapproche jusqu'à la condensation liquide si la tension extérieure est très-puissante.

Les nuages n'ayant pas autour d'eux toute leur électricité, comme dans nos conducteurs métalliques, la neutralisation de leur électricité pourra se faire à tous les degrés possibles d'instantanéité, depuis l'explosion la plus vive jusqu'à l'écoulement lumineux de quelques minutes. Dans les orages ordinaires, l'éclair étant presque toujours le produit de la décharge de l'électricité libre agglomérée à la surface des nuées est instantané et rien n'en peut mesurer la durée. Mais il arrive quelquefois, pendant des orages excessivement chargés d'électricité, que les éclairs ont une durée qu'on apprécie facilement, et souvent aussi on remarque divers météores ignés qui durent plusieurs minutes.

M. Grosse a émis une autre opinion sur la constitution des nuages à tonnerre.

Le nuage à tonnerre est formé, d'après lui, d'un certain nombre de zones concentriques d'électricité, alternativement positive et négative; la zone centrale ayant la plus haute intensité et la tension diminuant dans les zones successives jusqu'à ce qu'elle devienne inappréciable dans celle qui est la plus éloignée. Cette opinion a été adoptée aussi par M. Baggs et par plusieurs autres savants (1).

M. le docteur Noath, dans une visite qu'il fit à son ami Crosse de Broomfield, près de Bridgewater, eut l'occasion de constater expérimentalement la constitution d'un nuage orageux. On trouvera le détail de ces expériences dans le Cosmos, t. VI, 1855, p. 384. L'auteur de ces observations conclut que la distribution de l'électricité au sein d'un nuage orageux semble être toute différente, ou mieux est, en réalité,

(11 Lond., Edinb., Oubl. Philos, mai)., 3« série, t. XXXII, p. 391 (1848).

l'inverse de la distribution que l'on observe au sein d'un conducteur isolé. Dans le conducteur, la force rayonne du centre à la circonférence, augmentant d'intensité proportionnellement au carré de la distance au centre; tandis que dans le nuage orageux, l'intensité électrique diminue du centre à la circonférence. Il semble se former d'abord un noyau d'électricité positive, par exemple, occupant un large espace au centre du nuage ; autour de ce noyau naît une zone d'électricité négative, d'intensité égale en valeur absolue à celle de l'électricité du noyau ; viennent ensuite d'autres zones accouplées par paires alternativement positives et négatives, mais dont les charges vont sans cesse en diminuant, à mesure que l'on s'approche du bord du nuage.

Directement au-dessous du noyau central du nuage, il doit exister à la surface de la terre un noyau d'électricité de nom contraire ou d'électricité négative correspondant à la zone d'électricité positive ; il en est de même de toutes les zones électriques du nuage qui doivent avoir sur la terre, en vertu des lois de l'induction, leurs zones correspondantes d'électricité opposée. Il peut arriver que l'électricité positive du noyau central du nuage se décharge sur le noyau d'électricité négative qui lui correspond à la surface de la terre, et c'est ce qui a lieu ordinairement lorsqu'un éclair luit; des décharges peuvent avoir lieu entre deux zones concentriques ou correspondantes quelconques sans autre changement dans leur état électrique relatif qu'une diminution d'intensité par la soustraction au noyau central d'une certaine portion de sa charge primitive ; chaque éclair successif affaiblissant la tension électrique de la couche d'air dont le nuage et la terre sont comme les deux armatures (1).

Constitution des nuages. — Les nuages opaques sont formés par la réunion de petits corps sphériques, visibles à la vue simple, lorsqu'ils sont projetés sur un fond brun ou noir : leur grosseur est d'environ 0'"'^ 0224.

(1) Voir sur ce sujet : Quételet, Électricité des nuages orageux. L'Institut, t. XXII, p. 344-46. — Becquerel, Causes de V électricité atviosfhérique. Comptes rendus, t. XLII, p. 661.

Suivant la plupart des auteurs ces corps sphériques seraient formés d'une vésicule mince d'eau liquide contenant un gaz ou une vapeur plus légère que l'air, qui compensait la pesanteur spécifique de l'enveloppe. Mais cette hypothèse n'est point démontrée. (Peltier.)

Désaguliers(l),Eales(2), Monge(3), M.deTessan(4), l'abbé Raillard (5) ont prouvé depuis longtemps que de telles vésicules ne pourraient exister sous la pression atmosphérique et à la basse température des couches où se maintiennent les nuages, et d'après les observations de M. Peltier ces petits corps sont mamelonnés et non lisses comme devraient être des vésicules (6). — Si on les observe sous un rayon lumineux en tenant l'œil dans l'obscurité, on remarque qu'ils ne réfléchissent pas la lumière spécialement, mais qu'ils la dispersent, que leur aspect est mat et non brillant. Avec un grossissement de 8 à 10 diamètres, on voit que ces corps sont formés par la réunion de globuUns plus petits; ces globulins, présentant eux-mêmes une lumière mate et dispersée, doivent être également formés par la réunion de globuhns plus petits encore. Pendant leur agitation par le vent, ou au-dessus d'un vase d'eau chaude, tous ces globules se maintiennent isolés les uns des autres et ne paraissent jamais s'atteindre. Lorsqu'ils retombent sur la surface du liquide, on les voit rouler et souvent rebondir, comme de petites balles. Cet isolement des globules se fait surtout remarquer lorsqu'ils sont chargés d'électricité libre.

Pour bien comprendre les phénomènes électriques des nuages et en suivre les développements il faut se familiariser avec l'idée de ces individuahtés. Elles sont aussi nombreuses qu'il y a d'atomes, de molécules, d'agglomérations parcellaires, depuis le plus petit flocon jusqu'aux plus gros cumulus, toutes agissant par leur propre force sur les parcelles

(1) Cours de physiqite expérimentale, t. II, 10« leçon.

(2) Philos, irans., t. LXIX, p. 126 et SLiiv. (17o5),

(3) Ann. de chimie, l. V, p. 1 (1800).

(4) L'Institut, t. XXIV, p. 169.

(5) Comptes rendus, t. XLIII, p. 906.

(6) Peltier, Mém. de météoroL élect. et Archiv. d'élect.

ao DES FORiMES DE LA FOUDRE

voisines avec lesquelles elles forment des corps vaporeux.

Un nuage est donc ainsi composé : les globules opaques sont groupés par petits flocons ayant leurs limites et leur sphère d'action comme les globules eux-mêmes. Les petits flocons en se groupant forment des flocons plus gros ; ceux-ci des mamelons, un certain nombre de ceux-ci forment une nuelle; les nuelles forment à leur tour des nuages définis; le groupe des nuages définis forme un cumulus; et plusieurs cumulus un nimbus. C'est d'ailleurs ce que l'observation directe démontre.

Mais les nuages ne sont pas seulement formés de globules de vapeur opaque, on y trouve des globules de vapeur transparente. Tous ces globules sont tenus à distance les uns des autres par le calorique latent et par l'électricité. Si une cause quelconque enlève à un nuage la plus grande partie de son électricité, l'une des deux forces qui concouraient à tenir les globules écartés se trouve supprimée. Les globules de vapeur transparente se condensent, se transforment en vapeurs opaques; les globules de vapeurs opaques, par la même raison, passent à l'état liquide; la densité du nuage, sa pesanteur spécifique se trouve augmentée ; le nuage s'abaisse et tombe sur la terre en forme de pluie. En arrivant sur le sol, le nuage dégage la chaleur latente qu'il possédait, ce qui réchauffe d'autant le sol et l'air ambiant.

Formation des orages. — La formation des orages présente de très-nombreux aspects parmi lesquels nous signalerons les quatre suivants :

1° Un nuage épais s'élève directement de la terre. Ainsi :

Plusieurs observateurs se sont accordés à reconnaître que les orages si violents du Haut-Canada s'élèvent en quelque sorte de la surface de la terre en un nuage épais, isolé, qui monte fort lentement et se meut dans la direction du nord, du nord-ouest et jamais du sud.

Signalons aussi une singulière forme d'orage local naissant et se terminant au-dessus d'une mine métallique.

2° Le germe de l'orage se forme autour d'une ou de plusieurs cimes de montagnes.

Les cimes des montagnes ont en effet une notable influence sur la" formation des orages, et semblent exer^r une force attractive sur la matière nuageuse électrisée. — Souvent des nuages, dits parasites, s'attachent à un sommet et sont les précurseurs d'orages, comme M. du Caria l'a fort bien exposé dans un mémoire (1). Ce phénomène a été observé sur les montagnes des diverses parties du globe. Ainsi :

M. Boussingault a souvent remarqué dans les Andes des nuages parasites immenses en largeur qui venaient s'attacher à la partie moyenne des cônes de trachyte; ces nuages y adhéraient et le vent ne pouvait les en détacher. La foudre sillonnait cette masse de vapeurs, et de la grêle mêlée de pluie ne tardait pas à inonder le bas de la montagne.

Les nuages parasites ont souvent été sigalés sur le sommet delà montagne de la Table, au cap de Bonne-Espérance; et M. d'Abbadie a vu maintes fois, en Ethiopie, les orages se former autour des cimes les plus élevées.

En Europe les nuages parasites ont été souvent observés sur le Mont-Blanc. « Ils paraissent immobiles, dit M. de Saus- )) sure, et ils le sont réellement dans leur totalité; mais si » l'on en observe un de près et avec attention, on y distingue » un mouvement intestin extrêmement vif; on voit aussi que » de petites parties et souvent des flocons plus obscurs que » sa masse sont entraînés avec beaucoup de rapidité dans la » direction du vent (2). »

Suivant M. de la Tourette, la plupart des orages de Lyon et du Dauphiné se forment au mont Pilate; ils s'y rassemblent comme un chapeau, ce qui lui donne son nom.

Nous avons dit que M. Hossard vit se former au,tour du sommet du Jura, nommé le Coiombier-de-Gex, un petit nuage d'où partit bientôt un fort coup de tonnerre.

Les orages qui éclatent sur les Pyrénées ont souvent pour germe quelques lambeaux de nuages formés sur le bas pays, ou détachés des immenses couches dont les plaines environnantes étaient précédemment couvertes. Placé sur un des

(1) J. de Phys., t. XXV, p. 94 (1784). (2) Voy. au col du Géant, t. IV, p. 280.

*i-2 DES FORMES DE LA FOUDRE

pics de la chaîne, on voit, plusieurs heures après le lever du soleil, se former, au-dessus de la plaine, des nuages qui souvent s'élèvent avec rapidité, vont se grouper tous, tantôt sur une cime, tantôt sur une autre, le plus ordinairement y engendrent un orage.

Palasson a aussi décrit les diverses circonstances de la formation des nuages dans les Pyrénées (1).

M. Lartigue a aussi observé et décrit la formation des orages dans les Pyrénées (2).

L'influence des cimes ou des roches élevées sur la formation des orages nous paraît encore démontrée par le fait suivant :

Un voyageur qui a gravi le mont Pilate, dont la position est très-dégagée au-dessus du lac de Lucerne, rapporte qu'à Brundeln, site habité, le plus élevé de cette montagne, se trouve un petit lac très-profond au-dessus duquel se forment presque tous les orages de cette localité. Ils commencent par un très-petit nuage de la grosseur d'un chapeau, qui s'appuie sur le rocher voisin, très-élevé, y reste immobile et s'accroît rapidement. A mesure qu'il augmente de volume, il s'abaisse et devient bientôt un massif noir qui tonne violemment. La personne qui se ti'ouve sur le rocher voit alors l'orage sous ses pieds ; mais elle n'est pas pour cela en sûreté, puisque la foudre se meut aussi bien d'en haut que d'en bas (3).

Le germe d'un orage apparaît sous la forme d'un seul nuage ou d'un très-petit nombre de nuages dans un ciel d'ailleurs serein ou dont le bleu est très-pâle. —Ces nuages sont d'abord de petites dimensions; mais ils grossissent très-rapidement et se réunissent bientôt. — C'est surtout après un premier coup de tonnerre échangé entre ces quelques nuages isolés" qu'on voit le ciel se couvrir avec une singulière rapidité ; et, à mesure que les coups se succèdent, il se couvre de nuages nouveaux qui cependant ne sont pas

(1) Palasson, Nouv. mém. pour servir à Vhist. nat. des Pyrénées, t IV p. 150(1823). !f > y,

(2) Comptes rendus, t. XLl, p, lOlo (1855).

(3) Hannov, Samml., 4st., p. 53 (1757).

apportés par les vents. — On ne doit pas confondre ici le cas 011 l'orage se forme dans la voûte céleste de l'observateur avec celui où l'orage y arrive tout formé d'un pays voisin. Alors, en effet, la masse nuageuse, d'abord très-petite à l'horizon, prend rapidement, en s'approchaut, d'énormes et d'étonnantes dimensions.

Parfois un seul nuage se ''orme sous un ciel serein, et cependant il constitue à lui seul un orage; car il lance la foudre, comme nous en avons cité ailleurs plusieurs exemples.

4° Par opposition aux orages précédents, signalons ceux qui se forment sur un vaste appareil de cumulus et de cirnis. Le matin, le ciel, est complètement pur; vers midi, on remarque des cirrus isolés; le soir, le ciel a un aspect blanchâtre; le soleil est pâle et blafard ; il y a des parhélies ou des couronnes autour du soleil. Plus tard les cumulus apparaissent, et bientôt l'orage est formé. — C'est à ce mode de formation que nous rapporterons les deux descriptions suivantes :

Beccaria a soigneusement décrit la formation des nuages et des orages à Turin, pays tout entouré de hautes montagnes (1).

M. Rozet, dans un exposé de ses observations météorologiques faites de 1848 à 1851, sur les Pyrénées, sur les montagnes de Provence, sur les Alpes françaises, a aussi décrit la formation des nuages (2). Cet observateur conclut que le développement d'électricité qui accompagne les nuages est simplement un résultat de l'approche, de la rencontre des nuages de nature différente.

Au reste, parfois les orages se forment en même temps sur plusieurs et même sur cinq points différents au-dessus de l'horizon; tantôt ils agissent séparément et tantôt ils se réunissent en un seul.

M. Hossard a indiqué à M. Arago un signe précurseur des orages dont aucun météorologiste n'avait, à ce qu'il paraît, fait mention avant lui. Cet officier a remarqué que, durant les grandes chaleurs, il se produit tout à coup sur plusieurs points de la couche des nuages inférieurs des soulèvements

(1) Lett. deW Elett.,i>. 151-167.

(2) Comptes rendus de VAcad. des sciences, t. XXXIII, p. 652(1851).

Sestier. I — Ij

qui se prolongent comme de longues fusées verticales, et à l'aide desquels des régions atmosphériques assez distantes peuvent se trouver en communication.

De la fréquence des orages. — Dans les hautes latitudes des hémisphères Nord et Sud, les orages sont tout à fait inconnus, et on les regarde même comme très-rares dans l'Océan, à de grandes distances des continents (1).

Au contraire, sur quelques points du globe, pendant certains mois de l'année, les orages avec tonnerre peuvent être considérés comme un phénomène quotidien. Sur les montagnes de Port-Royal (.Jamaïque), le tonnerre gronde chaque jour vers midi, depuis le milieu de novembre jusqu'au milieu d'avril (2).

En Irlande, il tonne très-rarement. Le docteur Tortensen dit qu'en deux ans il n'a tonné qu'une fois à Reikiavik (latitude 65° (3).

A Lima, on ne connaît ni les éclairs ni le tonnerre, il n'y a même jamais de véritables nuages.

Plutarque (4) pensait que le tonnerre ne se faisait jamais entendre en Ethiopie ; les observations de M. d'Abbadie démontrent le contraire pour l'Abyssinie, l'Egypte.

(1) Scoresby, Parry. Voir Arago, Notice, p. 388.

(2) Cosmos, t. VI.

(3) Arago, Notice, p. 391.

(4) « Geluy qui ne navigue point ne craint point la mer, ny ceîuy ffui ne suit » point les armes ne doubte point la guerre, ny les voleurs et espieurs de che- « mins celuy qui ne bouge de sa maison, ny le calomniateur celuy qui n'a rien, » ny l'envie celuy qui n'a point d'estats, ny le tremblement de terre celuy qui » habite en la Gaule, ny le tonnerre c-iluy qui demeure en Ethiopie. » (Trad. d'Amyot, De la superstition, p. 120, Paris, 1575.

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