‹ De la foudre (volume 2)Chapitre 24 sur 198 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sommaire. — Observations. — Foudre en globe descenilanle. — Foudre en globe ascendante. — Foudre en globe se mouvant de haut en bas et de bas en liaut îi plusieurs reprises. — Foudre en globe entre deux nuages. — Effets divers. — Elfets sur les (églises, les clochers, les tours, les autres éditices, les maisons, les tentes, les meules de foin, les arbres, les four> à tuiles. — (^hule de la foudre en globe sur des paratonnerres. — Chute de la foudre en globe sur un appareil électrico-atmosphérique. — Foudre en globe parcourant les armatures naturelles des bâtiments.

Histoire générale. — Caractères. Nombre. Forme. Volume. Mouvement propre. Jet de flamme et d'étincelles. Division. Siftlement. Bruit de torrent. Odeur, vapeur, fumée. Direction. Passage à travers des orilices. Mouvement de translation. Vitesse. Disparition, iîruit d'explosion. — Effets généraux sur le sol, les édifices, les maisons, les navires. — Perforations, brûlures. — Effets sur l'homme. — Action des paratonnerres sur la foudre en globe. — Rapport entre la foudre en globe et les orages. — Rapport entre l'apparition du globe, l'éclair, le tonnerre et le fouilroiement. — Eclairs à plusieurs branches dont quelques-unes sont terminées en boule. — Foudre globulaire des éruptions volcaniciues.— Foudre englobe des tremblements de terre. — Foudre en globe sous la forme de nuage roulant. — De la nature de la foudre en globe.

Nous appelons foudre en globe une classe de météores produisant le plus souvent les effets généralement attribués à la foudre vulgaire, et présentant certains caractères particuliers, bizarres, entre autres celui de se montrer squs la forme d'une boule, d'une sphère, d'un giobe, et de se mouvoir avec une vitesse toujours bien moindre que 1-éclair linéaire.

Nous allons en donner quelques observations, puis nous en exposerons l'histoire générale.

SEGTIOxN I. — OBSERVATIONS ART. l'^^ — TRAJET ATMOSPHÉRIQUE

Foudre en globe descendante. — 1. Le professeur Schijbler rapporte que pendant l'orage du 31 mai 1823, qui causa des dommages en plusieurs endroits par la foudre et oar la grêle, on vit à Simmersfeld, dans la Forêt-Noire, vers iiuit heures du soir, au moment où l'orage était le plus proclie et vers le sud, deux éclairs d'une forme extraordinaire qui se succédèrent à cinq ou six minutes d'intervalle. Ces éclairs formaient une trahiée de feu qui se dirigeait vers la terre et à l'extrémité de laquelle on remarquait un globe enflammé.

Ce globe brillait d'un éclat plus étincelant encore que la traînée de feu même. La trace du premier éclair se dirigeait en ligne droite ; celle du second allait en zigzag. On croyait voir des fusées de feu d'artifice. Ces deux éclairs furent accompagnés de tonnerre; mais ce ne fut ni avec la vitesse ni avec la force qu'on a coutume de remarquer, lorsque le tonnerre tombe. Aussi n'apprit-on pas qu'on eût été foudroyé dans les environs de Simmersfeld.

2. Le 16 juillet 17o0, au milieu d'un épouvantable orage, on vit à Dorkin (Surrey), comme des tourbillons et des globes de feu qui en tombant sur plusieurs maisons s'éparpillaient dans toutes les directions (1).

3. En décembre 17oi, pendant un orage qui fit beaucoup de dégàls près de Ludgwan (Cornouailies), on aperçut à plusieurs reprises des boules de feu parfaitement distinctes se précipiter des nuages vers la teri-e (2).

4. Le 17 septembre 1780, à East-Bourn (Sussex) , la malinée était très-orageuse; vers neuf heures, parut un affreux nuage noir; James Adair vit alors d'une fenêtre î)lusieurs boules de feu s'échapper successivement de ce nuage et tomber dans la mer, peu d'instants après il tomba luimême foudroyé (Brereton) (3).

o. Le docteur Kâstner à vu, à onze heures du soir, pendant. un orage, une masse de feu [Klumpen Feuer) qui éclata dans l'air avec un effroyable bruit de tonnerre et, comme une raquette, lança tout autour d'elle une multitude d'étincelles. Une maison très-voisine de celle qu'il habitait fut atteinte par la foudre qui n'était sans doute qu'une des divisions du météore igné dont il vient d'être fait mention (4;.

6. Suivant le récit de M. de Raumer, il y eut, le 14 janvier 1824, à Heiligenstadt, un grand orage avec grêle, éclairs et tonnerre. La nuit, vers onze heures trente minutes, on vit tomber d'une hauteur qui n'était pas très-considérable, une grosse masse de feu qui éclaira tous les heux d'a-

(1) W. Ghild, Philos, trans., p. 309 (17o5). Abridg., t. X, p. 634.

(2) Arago, Notice, p. 260.

(3) Philos, trans., t. LXXT, p. 42 (1781).

(4) Hamb. magaz., t. IX, p. 361 (1752).

116 Db:S FORMES ])\i LA FOUDRE

ienlour et lit entendre en disparaissant un bruit éclatant comme celui du canon (1).

7. Dans le terrible ouragan de la Barbade, en 1831, on vit à Saint-Vincent des météores de feu tomber du ciel ; un surtout, sous la forme d'un globe ardent et d'un rouge vif, descendait perpendiculairement d'une immense hauteur. En approchant de la terre avec une vitesse croissante, il devint d'une blancheur éblouissante et prit une forme allongée; quand il toucha le sol, il se répandit autour de lui en rejaillissant comme un métal en fusion et il s'éteignit sur-le-champ. Sa forme et sa grandeur le faisaient ressembler à un baril ordinaire; son aspect brillant et le rejaillissement de ses parcelles, à un morceau de mercure d'une grosseur égale à celle d'un baril... Quelques instants après l'apparition du phénomène, le bruit étourdissant du vent se changea en un mugissement lointain, et pendant une demi-minute environ des flammes éblouissantes s'élancèrent tout à la fois de la terre et des nuages qui semblaient toucher les toits des maisons et se réunirent dans l'air où elles traçaient d'effroyables sillons de feu... (W.Reid) (2).

8. « Je demeure, dit madame Espert, cité Odiot, n^ 1, au deuxième étage, d'où j'ai la vue sur les terrains Beaujon. C'était au mois de juin 1849, le 16, je crois, à 6 heures 30 minutes du soir, le jour même où le choléra sévissait si fortement dans Paris. La température était suffocante, le ciel paraissait calme dans ce mouient, mais on voyait des éclairs de chaleur de tous côtés. Passant devant ma fenêtre, (|ui est très-basse, je fus étonnée de voir comme tm gros ballon rouge, absolument semblable à la lune lorsqu'elle est colorée ot grossie par des vapeurs. Ce ballon descendait lentement et perpendiculairement du ciel sur un arbre du terrain Beaujon. Ma première idée fut que c'était une ascension de M. Grimm; mais la couleur du ballon et l'heure me firent penser que je me trompais, et pendant que mon esprit cher- ''hait à deviner ce que cela pouvait être, je vis le feu prendre

(1) Bull. Univ., P. Math., p. 246.

(2) Théorie des orages. Écho du monde savant, p. 234 (1839),

au bas de ce globe suspendu à 15 ou 20 pieds au-dessus de l'arbre. On aurait dit du papier qui brûlait doucement avec de petites étincelles et flammèches; puis, quand l'ouverture fut grande comme deux ou trois fois la main, tout à coup une détonation effroyable tit éclater toute l'enveloppe et sortir de cette machine infernale une douzaine de rayons de foudre en zigzag qui allèrent de tous côtés et dont l'un vint frapper une des maisons de la cité, n^ 4, où il lit un trou dans le mur, comme l'aurait fait un boulet de canon : ce trou existe encore ; enfin, un reste de matière électrique se mit à brûler avec une flamme blanche, vive et brillante, et à tom^ner comme un soleil de feu d'artifice. Ce phénomène dura plus d'une minute. C'était un si beau spectacle, que je n'eus pas même l'idée du danger ni de la peur; je ne pouvais que m'écrier : Que c'est beaul que c'est beau î Cependant la détonation avait été si forte qu'elle avait renversé trois hommes dans la rue et jeté une vive émotion dans la cité et dans le quartier. Ma cuisinière fut presque asphyxiée par un rayon de foudre qui passa devant sa fenêtre. La concierge laissa tomber un plat qu'elle tenait à la main, ne pouvant dire si c'était la peur ou la commotion d'un autre rayon de foudre qui descendit le grand escalier de la rue sur le palier duquel elle se trouvait. Un autre rayon de foudre entra dans la pension de madame Loiseau, rue Neuve-de-Berry, où il blessa une des institutrices ; et tous les habitants du n*^ 4 se précipitèrent effrayés dans la cour, mais sans blessure. Tout Paris retentit du bruit affreux de ce terrible coup de tonnerre (1). »

Boule remontante. — La foudre globulaire est quelquefois remontante, c'est-à-dire qu'après être descendue elle remonte sans avoir touché le sol; car si elle le frappe et remonte, nous lui donnons le nom de rebondissante.

La foudre en globe remontante a été observée dans les régions élevées de l'atmosphère auprès du sol. Ainsi :

1. M. d'Abbadie dit n'avoir observé en Ethiopie qu'un seul éclair en boule: ce fut le 24 mars 1847. L'éclair était remon-

(\) Comptes rendus, t. XXXV (1852;.

tant, il avait la forme d'un têtard qui aurait eu la queue tournée vers la terre (1).

2. M. Hapouele, propriétaire instruit du département de la Moselle, a décrit le phénomène suivant dans une lettre à Arago :

« Vers les deux heures d'une journée de l'été de 1837, que je ne puis préciser, j'étais devant la porte de mes écuries, abritée par un avant-toit, ayant devant moi, à une certaine distance, une maison d'habitation dont la porte était ouverte. Entre ce bâtiment et la place que j'occupais il y avait une vaste mare de fumier. Tout à coup, et par un épouvantable éclat de tonnerre, je vis descendre dans une direction un peu oblique et vers le milieu du tas de fumier, à 12 mètres de moi, une boule lumineuse de la grosseur d une belle orange. Je croyais lavoir pénétrer dans le fumier; mais, arrivée à un mètre de distance, elle prit une direction parfaitement horizontale parallèle au sol et vers la porte qui venait d'être fermée à l'instant par ma femme; arrivée à 15 mètres de la maison , la boule électrique, reprenant la même obliquité qu'elle avait en descendant, remonta vers les nuages en passant à un demi-mètre de la corniche voisine du toit; à 50 mètres de hauteur, je la perdis de vue. «

Il est vraiment remarquable que ce météore n'ait pas suivi sa première direction pour se jeter dans la mare de fumier, dont le liquide paraissait assez bon conducteur pour l'attirer.

Foudre en globe ascendante. — Plusieurs fois on a vu des globes de feu s'élever du sol dans l'atmosphère.

1. M. Hogard, ancien officier d'artillerie, raconte que le 26 août 1821, à Épinal, étant près d'une fenêtre pendant un orage, il vit un globe de feu de 4 pouces de diamètre environ, qui s'élevait vers les nuages, sous un angle de 50 à 60 degrés, et avec un sifflement analogue à celui des fusées d'artitice. Au même instant, il éprouva une commotion électrique si forte qu'il s'en ressentit pendant plusieurs jours.

(1) Comptea rendus, t. XXXIIÎ, r- ^04 (1852\

FOUDRE EN GLOBE liQ

L'explosion qui suivit de près cette apparition fut semblable à celle d'un mortier (1).

2. Le professeur Schiîbler rapporte que le 29 août 1823, auprès de Giengen, au pied sud-ouest de l'Alp, on vit s'élever dans le ciel, du nord-ouest au sud-ouest, une masse ronde enflammée qm alla se perdre sans bruit ni sifflement au milieu de nuages qui occupaient tout l'horizon occidental presque jusqu'au zénith (2).

3. La scène suivante est racontée par Tabbé Spallanzani dans une lettre au P. Bailetti, elle s'est passée près de Ginepreto, non loin de Pavie, In 29 août 1791, pendant un violent orage avec éclairs et tonnerre. — A cent cinquante pas d'une ferme, paissait dans un pré un troupeau d'oies: une jeune fille de douze ans et une autre plus jeune accoururent de la ferme pour faire rentrer les oies. Dans ce même pré se trouvaient un jeune garçon de neuf à dix ans et un homme qui avait dépassé la cinquantaine. Tout à coup apparut sur le pré, à 3 ou 4 pieds de la jeune fille, un globe de feu, de la grosseur des deux poings, qui, glissant sur le sol, courut rapidement vers ses pieds nus, s'insinua sous ses vêtements, sortit vers le milieu de son corsage, tout en gardant la forme globulaire, et s'élança dans l'air avec bruit. Au moment où le globe de feu pénétra sous les jupons de la jeune hlle, iiS s'élargirent comme un parapluie qu'on ouvre. Ces détails furent donnés, non parla [)atiente, qui tomba instantanément à terre, mais par le petit garçon et l'homme mentionnés; interrogés séparément, ils rapportèrent le fait identiquement de la même manière. « J'avais beau leur demander, dit Spallanzani , si dans ce moment ils avaient vu une flamme, une lumière vive descendre, tomber des nues et se précipiter sur la jeune fille, ils me répondaient constamment non, mais qu'ils avaient vu le globe de feu aller de bas en haut et non de liant en bas. » On trouva sur le corps de la jeune fille, qui d'ailleurs reprit bientôt connaissance, une érosion superficielle s'étendant du genou droit jusqu'au milieu de la

l) Parisot, Ann. de chimie et de phys., t. XIX, p. 36 (1822). (2) Sur les orages de l'année 1823 dans le Wurtemberg, Bull, univ., P. Mathém, t. il, p. 302 (1824) .

poitrine, entre les seins ; la chemise avait été mise en pièces dans toute la partie correspondante et les traces de brûlure qu'elle présentait disparurent à la lessive. On remarqua un trou de deux lignes de diamètre qui traversait de part en part la partie du vêtement appelée pectorine (pettorina delbusto). Le docteur Dagna, médecin du pays, ayant visité la blessée peu d'heures après l'accident, trouva, outre l'érosion déjà signalée, plusieurs stries superlicielles, serpentantes et noirâtres, traces des divisions du rameau principal de la foudre. Le pré, à l'endroit même de l'accident, n'a présenté aucune altération, aucune trace du passage du météore (1).

4. S'il faut en croire quelques relations, on aurait surpris la foudre ascendante en globe au moment de sa naissance, et on l'aurait vue se former à très-petite distance du sol, à la surface du pavé d'une salle ; on l'aurait vue sortir du plancher d'une église, d'un puits (2), d'une excavation rempKe d'eau croupissante ou d'eau pluviale; on l'aurait aussi vue naître d'un terrain humecté par de i'eaude fumier (3), ou bien, au contraire, d'un tison à demi consumé ou d'un brasero (4). Rapportons ces faits en en laissant toute la responsabilité aux auteurs qui nous les ont transmis et qui les ont observés.

5. L'abbé Girolamo Lioni da Geoeda dit avoir vu luimême, près de Venise, à deux coudées de terre, une flamme d'une extrême vivacité s'élever, disparaître, et qu'immédiatement après on entendit un bruit épouvantable.

6. Dans une lettre à Vallisnieri, en date du 10 septembre 1713, Maffei rapporte que s'étant arrêté peu de temps auparavant au château de Fosdinovo, sur le territoire de Massa-Garrara, pendant un urage et une pluie eîi quelque sorte diluvienne, il fut reçu par la maîtresse du château dans une salle du rez-de-chaussée; que là, lui et le marquis de Malaspina virent subitement apparaître à la surface du pavé un feu (un fuoco) très-vif, d'une lumière en partie blanche et en par-

(1) Opusc, t. XIV, p. 296.

(2) Mém. de l'Acad. des se, de Turin, séance du 29 juillet 1798, t. XIV, p. 13 (1803).

(3) Journal de physique, l. XX, p. 365.

(4) Opusc, scient, di Bologna, t. 11, p. 27 (1818).

tie azurée; que le feu semblait fortement agité, mais sans mouvement progressif; qu'il se dissipa comme il était né, je Yeux dire tout à coup, mais après avoir acquis un grand volume. A ce dernier moment, Maffei sentit derrière son épaule, de bas en haut, un chatouillement particulier; des plâtras détachés de la voûte delà salle tombèrent sur sa tête; enfin il entendit un craquement, un bruit qui était différent, toutefois, du roulement habituel de la foudre.

7. Deux observantins, professeurs de philosophie, virent à Lucques, en juin 1724, un petit globe de feu se former à la surface du sol et s'élever rapidement. Bientôt après ils entendirent le bruit d'une explosion (Bertholon.)

8. A Erbezo, dans le Véronais, un prêtre nommé Piccoli aurait fait la même observation.

9. En 1750, le 2 juillet, à trois heures environ après-midi, l'abbé Richard se trouvait pendant un orage dans l'église Saint-Michel de Dijon. « Tout à coup, dit-il, je vis paraître, » entre les deux piliers de la grande nef, une flamme d'un » rouge assez ardent qui se soutenait en l'air à 3 pieds du » pavé de l'église; elle s'éleva ensuite à la hauteur de 12 à » 15 pieds en augmentant de volimie, et après avoir » parcouru quelques toises en continuant de s'élever en dia- » gonale, à la hauteur à peu près du buffet de l'orgue, elle » tinit en se dilatant par un bruit semblable à celui d'un ca- » non que l'on aurait tiré dans l'église même (1). »

10. Le {'' mai 1746, la foudre atteignit l'église d'Osterwahla en Westmanie. Aussitôt après le coup, la femme du sonneur et sa servante entrèrent dans l'église. Elles y avaient fait à peine cinq ou six pas qu'elles furent épouvantées par un second coup de tonnerre, et virent une grosse masse de feu sortir du plancher de l'église et se diriger sur la porte par laquelle elles venaient d'entrer ; toutes deux entendirent un bruit semblable à celui d'un torrent. Au même instant le vicaire, qui était dans la cour du presbytère, vit un globe de {eu sortir de la tour de l'église que le premier coup de foudre avait frappée, et s'évanouir dans l'air (2).

(1) Richard, Hist. de l'air, t. VIII, p. 290. d) Collect. académique, pal., t. XI. p. 16,

li. Au rapport de Jos.-Mar. Bachetonus, un violent orago éclata sur Bologne, le 21 juillet 1745, et la foudre frappa une tour attenant à un monastère de femmes. Or, suivant plusieurs témoins dignes de foi, la foudre sortit d'une excavation souterraine on se rendaient les eanx de la voie publique, sous la forme d'un énorme globe de feu qui prit sa course au-dessus de la surface du sol et se jeta bientôt avec furie sur lo tour mentionnée dont une grande partie s'écroula; aucune personne ne fut blessée.

Une religieuse avancée en âge affirma à Bacbetonus avoii' vu, plusieurs années auparavant , un météore entièrement semblable au précédent sortir du même endroit et aller frapper avec grand bruit le sommet de la même tour, mais sans la démolir (1).

12. Au milieu d'une horrible tempête, le docteur Gardintvit plusieurs globes de feu voltiger de tous côtés à une petite distance du sol, en faisant entendre un bruit de crépitation. Ces foudres sorties de terre, ajoute-t-il, tuèrent des animaux., endommagèrent des arbres et des maisons ; un homme fut tué dans son lit. Entin, au dire de plusieurs témoins, l'une de ces foudres ascendantes sortit d'une excavation remplie d'eau croupissante sous la forme d'un globe rond d'un pied de diamètre, qui, après avoir glissé sur le sol humecté par l'eau putride, s'éleva le long du mur d'une maison et détona violemment au niveau du toit. Le docteur Gardino put constater lui-même le trajet du météore sur la surface du mur, et vit une des tuiles du toit percée d'un trou rond d'un pouce de diamètre.

13. Au mois de février 1767, à Presbourg, une tlamme bleue, conique, s échappa à V improviste et avec détonation d\m brasero, en brisant le récipient qui était de terre et éparpillant les charbons enflammés. Cette tlamme serpenta trèsrapidement dans la chambre, brûla le visage et les mains d'un enfant, s'échappa, partie par la fenêtre, partie en rampant par une porte, brisa en mille pièces un autre brasero dans une chambre voisine, et sortit enfin par le tuyau de la

(1) Boïioniens, Comment., t. il, | 1, p. 460.

cheminée, en jetant dans la rue des jambons attachés sous le manteau de cette cheminée. On sentit pendant quelques heures une odeur de soufre (1).

14. Le fait suivant a été consigné par Ant.-Max. Lorgna, dans une lettre à Volta. Pendant un violent orage qui eut lieu le 27 avril 1782, sur les 5 heures du soir, à deux milles environ de Vérone, on vit tout à coup une tlamme sortir du milieu d'une cour fermée de murs et dont le sol était encore humecté par un amas de fiimier récemment enlevé. Cette tlamme se répandit promplement dans tout l'espace que le fumier avait occupé et même un peu au delà ; elle monta à 5 ou 6 pieds de terre et éclata heureusement près de l'angle de la cour le plus éloigné de la maison avec un bruit semblable à celui d'un coup de tonnerre; la maison en trembla. Une jeune tille et son frère en ressentirent une violente commotion, et un gros pilastre de la porte qui menait aux champs fut entièrement détruit (2).

Foudre en globe se mouvant de haut en bas et de bas en haut à plusieurs reprises. — Sept personnes étaient réunies dans un salju, au rez-de-chaussée, d'une maison de campagne près de Marseille, lorsque, pendant un violent orage, elles virent entrer la foudre sous la forme d'un globe de fAi du diamètre d'une assiette. Le météore se dirigea sur une jeune fille de dix-huit ans, qui, frappée de terreur, s'était jetée à genoux, l'atteignit aux pieds, puis rebondit jusqu'au plafond, et se mut ainsi trois ou quatre fois, avec une sorte de régularité, en frappant alternativement le plafond et les pieds de la jeune hlle, sans qu'elle éprouvât pendant cette action d'autre sensation qu'une légère crampe aux jambes. Les témoins de ce phénomène n'éprouvèrent aucun mal. Le globe de feu sortit par le trou d'une serrure. Quant à la jeune lille, elle ne put se relever immédiatement. Pendant plus de quinze jours, elle ne put marcher qu'aidée par les bras qui la soutenaient, et pendant deux ans, au mo-

(1) Sauri, Cours de jjhys., IV, p. 06. Note de l'Observ. dVrisli, Opusc. scient. Bologne, t. Il, p. 28(1818).

<^) Journ. de jihijs., t. XX. p. 36"j.

ment où elle s'y attendait le moins et à des intervalles plus ou moins longs, elle s'affaissait sur elle-même et tombait, si personne n'était là pour la soutenir.

Ce fait m'a été communiqué par une personne qui m'inspire toute confiance, mais qui n'en a pas été témoin. Au reste, ce ne serait pas l'unique fois que l'on aurait vu la foudre en globe passer par un orifice étroit. Nous savons aussi qu'il n'est pas rare de la voir rebondir, même à plusieurs reprises; mais ce serait pour la première fois, à notre connaissance du moins, qu'on l'aurait vue affecter ce curieux mouvement de va et vient.

Foudre englobe entre deux nuages. — l.Le 22 septembre 1803, à 7 heures du soir, à Belfort, N. -G. -Louis Ordinaire a vu, par un ciel très-obscur, un globe de feu qui sortit d'un nuage au zénith et se précipita dans un autre. Il était d'une couleur rouge jaunâtre extrêmement brillante et illumina le terrain. — Il semblait avoir 6 à8 pieds de diamètre. — Il a été visible pendant au moins une minute. Il s'est précipité dans un autre nuage en roulant sur lui-même et formant un demicercle. L'observateur le perdit de vue sur un bois à 200 pas de lui, et il présume que c'est là ou à peu près qu'eut lieu l'explosion. Elle fut accompagnée d'un bruit sourd comme celui d'un coup de canon dans le lointain(l) .

Lalande a cité trente-six observations pareilles dans la Connaissance des Temps de l'an vu et de l'an x.

2. Un soir, à l'Ile-de-France, en 1770, les nuages, comme on pouvait en juger paries montagnes du, port, descendaient jusqu'à la faible hauteur de 400 mètres; la pluie était trèsabondante. « Il éclairait beaucoup ; mais les éclairs, loin de )> ressembler aux éclairs ordinaires, n'étaient autre chose » que de très-gros globes de feu qui paraissaient subitement » et disparaissaient de même sans explosion (2) » (Le Gentil).

3. Le 1"^^ mars 1774, près de Wakefield, à la suite d'un violent orage et lorsqu'il ne restait plus dans le ciel que deux nuages peu élevés au-dessus de l'horizon, M. Nicholson

(1) Magaz. encycl, t. III, p. 537 (1803). • 2) Arago, Notice, p. 260.

FOUDRE EN GLOBE 12o

voyait à chaque instant des météores semblables à ceux qu'on appelle étoiles filantes descendre du nuage supérieur au nuage inférieur (1).

4. Au dire de Scheuchzer, les chasseurs de chamois et les habitants des Alpes voient quelquefois, pendant les orages, la foudre éclater près d'eux et au-dessous d'eux sous la forme d'une boule de feu qui lance des étincelles en bas, en haut et de tous les côtés (2).

5. Cornuel cite l'apparence singuhère d'un éclair qui ressemblait à un jet de métal fondu et qui parut entre deux nuages, sans bruit ni fulguration.

6. Le 2 septembre 1716, vers 3 heures de l'après-midi, un voyageur descendait, avec un homme du pays, du haut du Cantal pour aller aux eaux de Vie ; bientôt ils entrèrent dans les nuées qu'ils avaient d'abord vues au-dessous d'eux. « Le brouillard était si épais qu'il ne leur permettait pas de » voir la bride de leurs chevaux, mais ils virent quantité de » corps globuleux qui voltigeaient de divers côtés dans la nue; » leur couleur était rougeâtre et obscure, semblable à celle du » soufreallumé;ilstournaientavecbeaucoupderapiditéautour » de leur centre. Il y en avait de différentes grandeurs, et l'on » en vit un croître considérablement en fort peu de temps. » Lorsque ces boules passaient, il tombait des gouttes de » pluie aux environs. Jusque-là rien n'avait épouvanté; mais » peu à peu on vit un de ces globules, qui avait environ 2 pieds » de diamètre, s'ouvrir à sept ou huit pas de là, et laisser couler » en s'ouvrant une flamme vive dont quelques parties allèrent » en bas, d'autres en divers sens. Le globe en s'ouvrant fit un ^' bruit pareil à celui d'une livre de poudre jetée sur le feu ; il » s'enflamma et s'écarta rudement. »

Alors 1 air devint infect : « les parties qui s'étaient sépa- » rées de la boule s'étendirent en devenant plus claires et » disparurent aussitôt (3). »

(1) Arago Notice, p.' 261.

(2) Schw. M. G esch., H, p. 54. MétéoroL, p. 24. Reimarus, p. 20 (1773).

(3) Lozeran de Fech, Dissertation sur le tonnerre, prix de TAcad. de Bordeaux, t. II (1726), — Journal des savants, p. 233 (1738). — Leç. de phys. de Jos. Prlvaz de Molière, t. III.

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