ART. 4. — PRÉCAUTIONS A PRENDRE DANS LA CAM- PAGNE, SUR LES ROUTES
Quand une nuée orageuse s'avance, il ftiut éviter d'aller à sa rencontre, et la laisser passer avant de se remettre en route; il faut même attendre qu'elle soit à une dislance assez grande pour éviter les coups de retraite qui sont souvent les plus dangereux.
Il est toujours dangereux de se trouver au milieu des nuages d'où les éclairs et la foudre s'échappent d'une manière incessante, surtout si l'on gravit une montagne ou si
l'on en descend. Pourtant il n'y a pas un danger tel que Toq ne puisse espérer de traverser ce nuage sans en être nullement affecté.
Le 4 juin 1832, M. Buchwalder et son aide, alors sur le sommet du Sentis (Appenzell), s'étaient réfugiés sous leur tente pendant un violent orage ; les éclairs rapprochés et confondus semblaient un incendie ; les éclats du tonnerre n'étaient souvent qu'un déchirement aigu ; la pluie et la grêle tombaient par torrents ; le vent soufflait avec fureur, un nuage noir et épais enveloppait le Sentis; les deux voyageurs étaient au centre même de l'orage, lorsque vers dix heures du matin M. Buchwalder se sentit frapper à la jambe gauche d'une violente commotion, et vit son aide frappé de mort à ses côtés.
Lorsque Biot et Arago faisaient leurs observations géodésiques en Espagne, la foudre tomba sur leur tente, glissa sur la toile sans les toucher eux-mêmes.
On évitera de se trouver sur les saillies élevées du terrain, tels que collines, monticules, etc.
On se réfugiera dans un endroit bas, dans un chemin creux, car on y sera protégé par les hauteurs voisines.
Le voisinage des étangs, des marais, des mares ou de toute masse d'eau stagnante ou courante est dangereuse.
II faut éviter aussi le voisinage des fils télégraphiques, afin d'échapper au choc des étincelles, qui peuvent dépendre des phénomènes d'induction.
Il importe de placer entre soi et Torage un corps élevé, un arbre, une maison, par exemple. Si l'on voit l'orage s'approcher, dit Guden, et qu'on ait le temps de se placer à 50 pas derrière un objet élevé on peut être aussi tranquille que si l'on regardait un feu d'artifice. On peut entendre le tonnerre avec autant d'indifférence qu'on entendrait la détonation d'un canon chargé à poudre.
Presque tous les auteurs conseillopt ou d'arrêter la voiture dans laquelle on se trouve ou au moins d'aller doucement; mais, ainsi que nous l'avons dit, aucun fait ne nous porte à redouter le courant d'air qu'elle occasionne par sa marche rapide. Il faut descendre d'une calèche ou de tout autre
Téhicule découvert et se tenir à quelque distance ; à plus forte raison faut-il se hâter de quitter l'impériale. On fera descendre les domestiques qui occupent le siège de derrière ; il serait à désirer que le cocher et les postillons descendissent également. Si la voiture est fermée, il est prudent de n'en pas sortir, car nous ne sachions pas que la foudre aitijamais blessé grièvement ou tué les personnes dans VitUérieur. Elle suit en effet, les ferrures extérieures de la caisse, celles des roues, des essieux etc., pour gagner le sol. Toutefois, comme dans ce trajet elle frôle en quelque sorte les fenêtres de la voiture et peut être attirée dans l'intérieur par les personnes et par les objets métalliques qui s'y trouvent, il convient de lever les glaces ; on se tiendra assis au milieu de la voiture, à quelques pouces de distance de ses parois, mais non pas appuyé contre elles. N'oublions pas non plus que divers objets métalliques tels que l'argenterie, les sacs d'argent, etc., placés dans le caisson, sous le siège, pourraient exercer une Funeste attraction sur le météore.
Si l'on est à cheval, on conseille de ne pas galoper, mais de s'arrêter ou d'aller au pas ; nous nous sommes suffisamment expliqués à cet égard. Nous conseillons de descendre de cheval, et de marcher devant l'animal en le tenannt par la bride allongée ; il serait encore plus prudent de l'attacher non pas à un arbre, mais à un pieu, à une saillie de rocher à quelque racine saillante, etc., et de se coucher sur le sol à quelque distance de Tanimal.
On évitera avec le plus grand soin de se réfugier sous un arbre, quelle que soit son espèce; car aucune ne jouit du privilège de n'être jamais foudroyée. On évitera surtout de se mettre à l'abri sous un arbre très-élevé, très-feuillé, surtout s'il est isolé dans la plaine, sur une hauteur, dans une clairière, 'au milieu d'une coupe. II serait même imprudent de se placer contre Je tronc d'un arbre non encore pourvu de feuilles pour y chercher un abri contre l'averse qui le fouette du côté opposé, car on a vu la foudre frapper de tels arbres même dans un orage de médiocre intensité; aussi faut-*il toujours s'abstenir de chercher un refuge sous un arbre. Les Chinois regardent le mûrier et le pêcher comme
de bons préservaliPs contre la foudre (Biot). Nous avons déjà dit que les Romains attribuaient, le même effet au laurier.
Beaucoup d'auteurs s'accordent à dire qu'il faut se placer à peu de distance d'un arbre feuille et élevé, mais pas à moins de cinq mètres, et même de douze suivant Winlrop, ou de six mèlres au-delà de la verlicale passant par rextrémil • des plus longues branches. On se placera de manière à inkTposer l'arbre entre l'orage et soi. On pourrait avec pl's d'avantage sans doqle se placer entre deux arbres voisins, '\ 5 ou 6 mèlres de chacun d'eux, et §i, dans cette situation, n s'étendait sur le sol on serait très- probablement, parce'-i^ double précaution, à l'abri de toute atteinte.
Si vous avez commis l'imprudence de vous réfugier so"< uq arbre, quittez-le bien vite, surtout si vous y éprouvez ':n malaise particulier, indéfmissable, ou une sorte de pressei^îiment de nialheur qui peut vous y atteindre, car déjà plusieurs personnes ayant obéi à cet instinct conservateur ont vu !i foudre tomber sur l'arbre dont elles venaient de s'éloigne:. Le lïialaise physique et moral dont nous parlons est très-p»*^* bablement dû a Tinfluence que la foudre, avant de partir /la nuée, exerce déjà sur les corps terrestres compris dans ^i sphère d'activité.
On se gardera bien aussi de se réfugier sous ou contre u;' meule de foin, ou de blé; car la foudre atteint souvent d'^ amas de végétaux, et un grand nombre de personnes y rut été aipsi blessées ou tuées.
Il n'est pas même prudent de se réfugier sous un buh^^n, surtout s'il est isolé au milieu d'une plaine.
Le berger évitera de se réfugier dans sa hutte, dans <i cabane roulante, et de rester au milieu de son troupeau. Il est prudent de s'éloigner des chevaux, des bœufs. Un chien muni d'un collier et d'une chaîne en métal et oui effrayé par l'orage, se tient tout près de son maître ou s^^ blottit entre ses jambes est pour celui-ci un voisinage danp*reux et contre lequel il devra se prémunir.
Il est fort dangereux de s'abriter contre la pluie et leven! en s'appuyant contre des chevaux ou des bœufs, surtoi-t ^
se plaçant sous leur ventre. Nous pourrions citer plusieurs observations à l'appui de cette remarque.
Le 26 août 1853, un violent orage éclata sur la commune de Saint Remy-mal-Bftti. (Nord). Le sieur Blampain, domestique de ferme, labourait avec une charrue attelée de trois chevaux; pour se mettre à Tabri de l'averse, il arrêta ses chevaux, leur tourna la tète du côté opposé au vent et se plaça sous eux. Il voulut alors allumer sa pipe, mais la violence du vent l'en empêchait. Il quitta le singulier abri qu'il avait choisi et courut se placer sous un chêne entouré d'un buisson. A peine y était-il qu'un effroyable coup de tonnerre se iU entendre et qu'il vit ses chevaux s'abattre subitement. Blampain, échappé miraculeusement au danger, essaya de secourir son attelage, mais tous ses $oins et ceux des personnes que révénement avait attirées furent sans succès.
A la campagne, plus peut-être que dans les maisons, il u'est pas sans danger de porter sur soi des objets métalliques. On évitera surtout de porter des instruments de fer, tels que fourche, pelle, râteau; etc. Nous en disons autant des armes blanches et des armes à feu. Il sera prudent de les déposer et de se placer à la distance de quelques mètres.
Une excellente précaution que nous recommandons trèsfortement, malgré ses inconvénients est de se coucher sur le $ol^ dans un fossé ^ ou dans un sillon^ jusqu'à ce que le plus grand danger de l'orage soit passé.
Si Ton craint de se coucher tout de son long, au moins serait-il prudent de s'asseoir, ou de se mettre à genoux, la téta fortement inclinée en avant. On diminuerait de cette manière de beaucoup la saillie du corps au-dessus du sol.
Il fau), éviter aussi le voisinage des fils télégraphiques. On. a vu ces fils parcourus par la foudre donner lieu à des décharges latérales qui ont blessé les personnes qui étaient trop rapprochées (1).
(1) C<mpies rendu», 19 août 1861.