L'OMELETTE DU CURÉ
Tout le monde sait que madame R.. a occupé pendant vingt ans, sans contradiction, le trône de lEPbéaure à Pas LOS ar aussi qu'elle est extrêmement charitable, et qu à une certaine époque elle prenait intérêt dans la plupart des entreprises qui avaient pour but de soulager la misère, quelquefois plus poignante dans la capitale que partout ailleurs.
Ayant à conférer à ce sujet avec M. le curé de... elle se rendit chez lui vers les cinq heures de l'après-midi, et fut fort étonnée de le trouver déjà à table.
La chère habitante de la rue du Mont-Blanc croyait que tout le monde, à Paris, dinait à six heures, et ne savait pas que les ecclésiastiques commencent en général de bonne heure, parce qu'il en est beaucoup qui font le soir une légèr : collation.
Madame R... voulait se retirer, mais Le curé
la retint, soit parce que l'affaire dont ils avaient
à causer n était pas de nature à l'empêcher de (4 . ? . . ? . .
le M? diner, soit parce qu une jolie femme n est jamais
BE un trouble-fête pour qui que ce soit, ou bien
N Nÿ
De Ja Gastronomie
F a : TE ; 1 l :
enlhin parce quil vint à sapercevoir quil ne lui ?
. . Ï QE 1 manquait qu un infterioCcuteur pour faire de son : > S salon un vrai Elysée gastronomique.
EC ° ] Lee e Effectivement, e couvert était mis avec une propreté remarquable : Un Vin vieux étincelait
la porcelaine blanche
: , dans Lin flacon de Cristal ; était d hoix; | I haud était de premier ChOIx ; es p ats tenus chauds Ë bouill à la foi par eau outllante ; et une bonne à a O15 . É: 5 ne 1: À K .
canonique et bien muse, était la prète à recevoir les ordres.
. Ca 1 TS Le repas était limitrophe entre la frugalité et . LS .
la recherche. Us potage au coulis d ecrevisses ° FAP : ‘ venait dêtre enlevé, et on voyait sur la table une truite saumonée, une omelette et une salade. « Mon diner vous apprend ce que vous ne € savez peut-être pas; dit le pasteur en souriant : ? . ? . . . . 1 .
CC'eSE aujourd hui Jour maigre suivant ÈS lois de ? . . 7. . . ?
[@ l'Eglise. » Notre amie s'inclina en signe d assentiment ; mais des mémoires particuliers assurent
qu elle rougit un peu, ce qui n empécha pas le curé de manger.
L'exécution avait commencé par la truite, dont Îa partie supérieure était en consommation ; la sauce indiquait une main habile, et une satisfaction
intérieure paraissait sur le front du pasteur.
78 De [a Gastronomie
Après ce premier plat, il attaqua l’omelette,
qui était ronde, ventrue et cuite à point.
Au premier coup de la cuiller, la panse laissa échapper un jus lié qui flattait à la fois la vue et l’odorat ; le plat en paraissait plein, et la chère Juliette avouait que l'eau Jui en était veuue à la
bouche.
Ce mouvement sympathique n échappa pas au
é £ à iller 1 ions des | curé accoutumé à surveiller les passions des hommes,
GE ayant air de réponûre a -une question que
madame R... s'était bien gardée de faire : € C'est « une omelette au thon, dit- il : ma Cuisinière les « entend à merveille, et peu de gens y SOC € sans men faire compliment. me Je n'en suis € pas étonnée, répondit l'habitante de la Chaussée- LE | Antin ; et jamais omelette Si appétissante ne
€ parut sur nos tables mondsuines. >
La salade survint. (J'en recommande l'usage à tous ceux qui ont confiance en moi à la salade rafraîchit sans affaiblir, et conforte sans irriter:
j'ai coutume de dire qu'elle rajeunit.)
Le dîner n'interrompit pas la conversation. On ? P P .
causa de l'affaire qui avait occasionné la visite, de la guerre qui faisait alorsrage, des aflaires du & q > 8 temps, des espérances de l'Eglise, etautres propos
de table qu font passer un mauvais diner et en
ent un bon .
Î embeli
: {- .1 Le dess sert vint en son iieu; 1l
£ ! a froma ge de Jet © Ê
et un pot ae confitures.
Enfin, la bonne |
une petite table
à > ronde, t el E qu on en avait autrefois et «auon . de | 1 31 11 :
nominait guér Laon, sur laquelie elle posa une tasse
1 { 1: à , Ï Il ; i de moka bi Jien limpide, bien chaud, et aont
Ï arôme remplit Ï appartement à ‘
LipT >rès À avoir siroté \stpea ), le
et atouta er se levant :
3 2 c € ae liqueurs Lortes ; cest
& toujours à mes convives, € aucun usage per sonnel. Je me réserve ainsi un Le : F … Ty:
€ secours pour lextrême vieillesse, s1 ie me put A fs - « lait la grâce dy parvenir. »
Le)
DE endant que ces choses se passaient, le temps . . . . 1 Lo | avait COuru, six heures arrivaient ; madame i\..,
se hâta donc ae remonter en votfüre, car elie
avait ce jour-là à diner quelques amis dont je
faisais partie. Elle atriva tard, suivant sa coutuine ; . ; . 7 1 mais enfin elle arriva, encore tout émue Ge ce
quelle avait vu et flairé.
Il ne fut question, pendant le repas, que du
Do ere” REV Re CU
A É 80 De la Gastronomie ” f “ M 1 A 1 + ] l JL W menu au Cure ef surtout ae son omeiette au thon. L 4 T7 .
$ Madame KR... eut soin de la louer sous les Ÿ Wl : j . 1 { { W divers rapports de ia taille, de la rondeur, Ge la ! ; É ; ll tournure, et toutes ses données étant certaines, il | k . il ? . v:
fut unanimement conciu qu elle devait être excel- | 4? ‘ PT 1 ‘ lente. C'était une véritable équation sensuelle que | chacun fit à sa manière.
JE . 1 Il . 7 & e sujet de la conversation épiusé, on passa à L » ? ° 1 d autres et on ny pensa plus. Quant à moi, | propagateur de verites utiles, Je Crus devoir firer F e l'obscurité une préparation que je crois aussi . ? #4 . .
saine qu agréable. e chargeai mon maitre-queux ?
o de sen procurer la recette avec les détails les
plus minutieux.