‹ De la gastronomieChapitre 21 sur 53 · L'OMELETTE DU CURÉ · texte numérisé non relu

L'OMELETTE DU CURÉ

Tout le monde sait que madame R.. a occupé pendant vingt ans, sans contradiction, le trône de lEPbéaure à Pas LOS ar aussi qu'elle est extrêmement charitable, et qu à une certaine époque elle prenait intérêt dans la plupart des entreprises qui avaient pour but de soulager la misère, quelquefois plus poignante dans la capitale que partout ailleurs.

Ayant à conférer à ce sujet avec M. le curé de... elle se rendit chez lui vers les cinq heures de l'après-midi, et fut fort étonnée de le trouver déjà à table.

La chère habitante de la rue du Mont-Blanc croyait que tout le monde, à Paris, dinait à six heures, et ne savait pas que les ecclésiastiques commencent en général de bonne heure, parce qu'il en est beaucoup qui font le soir une légèr : collation.

Madame R... voulait se retirer, mais Le curé

la retint, soit parce que l'affaire dont ils avaient

à causer n était pas de nature à l'empêcher de (4 . ? . . ? . .

le M? diner, soit parce qu une jolie femme n est jamais

BE un trouble-fête pour qui que ce soit, ou bien

N Nÿ

De Ja Gastronomie

F a : TE ; 1 l :

enlhin parce quil vint à sapercevoir quil ne lui ?

. . Ï QE 1 manquait qu un infterioCcuteur pour faire de son : > S salon un vrai Elysée gastronomique.

EC ° ] Lee e Effectivement, e couvert était mis avec une propreté remarquable : Un Vin vieux étincelait

la porcelaine blanche

: , dans Lin flacon de Cristal ; était d hoix; | I haud était de premier ChOIx ; es p ats tenus chauds Ë bouill à la foi par eau outllante ; et une bonne à a O15 . É: 5 ne 1: À K .

canonique et bien muse, était la prète à recevoir les ordres.

. Ca 1 TS Le repas était limitrophe entre la frugalité et . LS .

la recherche. Us potage au coulis d ecrevisses ° FAP : ‘ venait dêtre enlevé, et on voyait sur la table une truite saumonée, une omelette et une salade. « Mon diner vous apprend ce que vous ne € savez peut-être pas; dit le pasteur en souriant : ? . ? . . . . 1 .

CC'eSE aujourd hui Jour maigre suivant ÈS lois de ? . . 7. . . ?

[@ l'Eglise. » Notre amie s'inclina en signe d assentiment ; mais des mémoires particuliers assurent

qu elle rougit un peu, ce qui n empécha pas le curé de manger.

L'exécution avait commencé par la truite, dont Îa partie supérieure était en consommation ; la sauce indiquait une main habile, et une satisfaction

intérieure paraissait sur le front du pasteur.

78 De [a Gastronomie

Après ce premier plat, il attaqua l’omelette,

qui était ronde, ventrue et cuite à point.

Au premier coup de la cuiller, la panse laissa échapper un jus lié qui flattait à la fois la vue et l’odorat ; le plat en paraissait plein, et la chère Juliette avouait que l'eau Jui en était veuue à la

bouche.

Ce mouvement sympathique n échappa pas au

é £ à iller 1 ions des | curé accoutumé à surveiller les passions des hommes,

GE ayant air de réponûre a -une question que

madame R... s'était bien gardée de faire : € C'est « une omelette au thon, dit- il : ma Cuisinière les « entend à merveille, et peu de gens y SOC € sans men faire compliment. me Je n'en suis € pas étonnée, répondit l'habitante de la Chaussée- LE | Antin ; et jamais omelette Si appétissante ne

€ parut sur nos tables mondsuines. >

La salade survint. (J'en recommande l'usage à tous ceux qui ont confiance en moi à la salade rafraîchit sans affaiblir, et conforte sans irriter:

j'ai coutume de dire qu'elle rajeunit.)

Le dîner n'interrompit pas la conversation. On ? P P .

causa de l'affaire qui avait occasionné la visite, de la guerre qui faisait alorsrage, des aflaires du & q > 8 temps, des espérances de l'Eglise, etautres propos

de table qu font passer un mauvais diner et en

ent un bon .

Î embeli

: {- .1 Le dess sert vint en son iieu; 1l

£ ! a froma ge de Jet © Ê

et un pot ae confitures.

Enfin, la bonne |

une petite table

à > ronde, t el E qu on en avait autrefois et «auon . de | 1 31 11 :

nominait guér Laon, sur laquelie elle posa une tasse

1 { 1: à , Ï Il ; i de moka bi Jien limpide, bien chaud, et aont

Ï arôme remplit Ï appartement à ‘

LipT >rès À avoir siroté \stpea ), le

et atouta er se levant :

3 2 c € ae liqueurs Lortes ; cest

& toujours à mes convives, € aucun usage per sonnel. Je me réserve ainsi un Le : F … Ty:

€ secours pour lextrême vieillesse, s1 ie me put A fs - « lait la grâce dy parvenir. »

Le)

DE endant que ces choses se passaient, le temps . . . . 1 Lo | avait COuru, six heures arrivaient ; madame i\..,

se hâta donc ae remonter en votfüre, car elie

avait ce jour-là à diner quelques amis dont je

faisais partie. Elle atriva tard, suivant sa coutuine ; . ; . 7 1 mais enfin elle arriva, encore tout émue Ge ce

quelle avait vu et flairé.

Il ne fut question, pendant le repas, que du

Do ere” REV Re CU

A É 80 De la Gastronomie ” f “ M 1 A 1 + ] l JL W menu au Cure ef surtout ae son omeiette au thon. L 4 T7 .

$ Madame KR... eut soin de la louer sous les Ÿ Wl : j . 1 { { W divers rapports de ia taille, de la rondeur, Ge la ! ; É ; ll tournure, et toutes ses données étant certaines, il | k . il ? . v:

fut unanimement conciu qu elle devait être excel- | 4? ‘ PT 1 ‘ lente. C'était une véritable équation sensuelle que | chacun fit à sa manière.

JE . 1 Il . 7 & e sujet de la conversation épiusé, on passa à L » ? ° 1 d autres et on ny pensa plus. Quant à moi, | propagateur de verites utiles, Je Crus devoir firer F e l'obscurité une préparation que je crois aussi . ? #4 . .

saine qu agréable. e chargeai mon maitre-queux ?

o de sen procurer la recette avec les détails les

plus minutieux.

Page 1