CHAPITRE IV
Il nous reste à parler de la génération des éléments anatomiques dans les cas pathologiques; c’est à la fois le complément et la conclusion pratique de ce travail. Le cadre que nous nous sommes tracé ne nous permet pas de traiter cette question avec tous les développements qu’elle comporte. Nous avons tenu cependant à en esquisser les traits les plus généraux. Cette étude suflira, croyons-nous, pour établir d’une façon irréfutable la nécessité de connaître l’état normal, si l’on veut retirer quelque profit de la connaissance de l’état morbide. « Les altérations, dit M. Robin, ne sauraient être appréciées sans la connaissance de l’état sain, l’anatomie pathologique n’étant qu’une des formes de l’anatomie comparative, n’étant que X anatomie de l’état morbide comparé à l’état sain, la comparaison de l’organisation d’un même être observée dans des conditions différentes » (1).
(1) Hobin, Analyse du cours Je philosophie positive d'Auguste Comte. (Journal d’anat. etde physiol . , 4 364, I. I, n° 3, p. 324.)
La naissance des éléments anatomiques se produit chez l’adulte dans deux conditions accidentelles :
O11 l’observe lorsqu’un tissu normal a subi une perte de substance ou une solution de continuité; ce fait constitue ce qu’on appelle la régénération des tissus. (Pour les os, formation du cal; pour la peau, cicatrisation, etc.) Si le tissu qui naît dans ces conditions dépasse les limites du tissu normal, la production nouvelle prend les noms de stalactites des cals irréguliers , chélo'ides cicatricielles , etc.
On constate également la naissance d’éléments, de . tissus, d’organes, eu un point de l'économie où ils n’existent pas normalement. C’est ce qu’on appelle la naissance avec erreur de lieu, ou genèse hétérotopique. Il va sans dire qu’en une autre région de l’économie, ou trouve des éléments, des tissus, des organes semblables aux éléments, tissus et organes nouveaux. Comme exemple de genèse hétérotopique , on peut citer la génération des kystes dermoides avec derme pourvu de papilles et d’épiderme , avec follicules pileux , poils et glandes pileuses sous-dermiques, avec glandes sudoripares sous-cutanées. La genèse des tumeurs cartilagineuses dans l’épididyme, par exemple, est encore un cas de cette nature, etc., etc. Dans ces deux cas, les conditions de la naissance des éléments ne sont plus ce qu’elles étaient à l’état normal ; mais la propriété de naissance considérée en elle -même n’a subi aucune altération .
Cependant il peut y avoir excès, diminution ou aberration de la propriété de naissance, comme des pro-
priétés de nutrition et de développement. '1° Dans certaines circonstances accidentelles de nutrition , les conditions de la naissance des éléments peuvent devenir telles, qu’il apparaisse un nombre d’éléments plus considérable qu’à l’état normal dans le tissu semblable au tissu nouveau. On donne le nom d ' hypergenèse à cette production ou multiplication exagérée des éléments anatomiques. Nous verrous que toutes les espèces d’éléments ne sont pas également aptes à offrir cet excès de naissance. « Le fait seul de la cicatrisation eût dû faire songer à considérer la genèse des tumeurs comme une naissance d’éléments anatomiques en quantité exagérée, cette propriété se manifestant (par aberrance) sur un tissu autre que la peau. En effet, les tissus ont la propriété de renaître quand on les détruit, au même titre qu’ils étaient nés une première fois chez le fœtus, alors qu’ils n’existaient pas quelques instants auparavant. De même aussi ils ont la propriété de naître spontanément dans certaines conditions accidentelles, soit d’une manière exagérée dans le lieu où ils existent normalement, soit hors de leur situation normale. Ce dernier cas n’est autre, chez l’adulte, que l’analogue de celui de l’apparition des éléments du cartilage, des muscles, des nerfs, etc. , dans l’embryon à un moment donné, lorsque, quelques instants plus tôt , il n’existait pas eueore » (1).
(1 ) Robin, Mémoire sur les divers modes de la naissance des éléments anatomiques (Journal d'anat.e I de physiol. , 4 865, t. II, n° 2, p. 41 4, note). Ce chapitre tout entier n’est guère que le résumé succinct de ce mémoire.
2° Outre les eus d’hypergenèse, c’est-à-dire de naissance, en excès, d’éléments anatomiques en un point de l’économie où ils existent déjà normalement, il peut y avoir aberration de la propriété de naissance. Nous entendons par là la genèse avec erreur de lieu , ou genèse hétérotopique. Chez l’adulte, comme chez le fœtus, c’est la naissance d’éléments de plusieurs espèces dans des régions de l’organisme où normalement ils n’existent pas, qui amène la production de tumeurs morbides plus ou moins complexes (1).
Il importe de mentionner ici une loi générale qui domine tous les faits que nous venons d’indiquer : c’est que, dans les conditions accidentelles signalées, la génération des éléments anatomiques se passe exactement (quant au fait môme de la naissance) de la même manière et avec les mômes phases que dans les conditions normales. Lors môme que la genèse se manifeste dans des régions où habituellement elle ne s’observe pas, ou lorsqu’elle amène l’apparition, en un point de l’économie, d’un élément qui ne s’y voit pas à l’état normal, les phénomènes de la genèse en eux-mômes restent toujours identiques à ce qu’ils sont à l’état normal. Les seules particularités que présente l’élément né dans des conditions accidentelles, peuvent se réduire à trois :
(4) Comme le fait remarque? M. Robin, ce sont donc les troubles de la génération normale des éléments qui se trouvent être précisément la cause de la production de ces tumeurs. Aussi la seule raison pour laquelle on a pendant longtemps méconnu la cause et la nature de ces productions, c’est qu'il fallait, pour les apprécier, avoir des notions exactes sur la naissance des éléments anatomiques à l’état normal.
1° ou il est de môme espèce que les éléments au milieu desquels il naît (tumeurs à myéloplaxes, jpar exemple), et subit, dans ce cas, l’hypergenèse; 2” ou il est de tous points semblable à quelque espèce normale; mais se montre dans des régions où il n’existe pas à l’état sain (génération de fibres lamineuses dans l’épaisseur de la pulpe cérébrale, etc.); 3° ou, enfin, «il est analogue, sans être identique, aux individus de telle ou telle espèce normale dont il constitue une variété accidentelle » (1). (Tels sont les noyaux et les cellules qui, après l’ablation d’une tumeur mammaire, épididymaire, etc., naissent dans la cicatrice. Alors, eu effet, ces éléments «sont semblables en eux-mêmes, et quant à leurs arrangements, à ce qu’étaient devenus dans la mamelle malade ses cellules et ses tubes sécréteurs ») (2).
En vertu de la môme loi, quand un élément naît par scission dans les conditions morbides que nous avons indiquées, le phénomène de la scission en lui-mème se passe exactement comme à l’état normal.
§ I". — De l’hypergenèse des éléments anatomiques.
L’observation nous apprend que tous les éléments anatomiques n’ont pas une aptitude égale à offrir cet excès de naissance que nous avons appelé hypergenèse et d’où résulte leur multiplication exagérée. Les éléments qui paraissent le plus particulièrement aptes à
(4) Robin, loc. cil., 4 865, p. 416.
(2) Ibid.
DK LA GÉNÉRATION
devenir le siège de ce phénomène sont d'abord les produits, et au premier rang, parmi eux, ceux qui présentent l’état de cellule (tels que les diverses variétés d’épithéliums, etc.). Les constituants viennent ensuite; et, parmi eux se rangent encore en première ligne tous ceux qui offrent l’état de cellule (éléments embryoplastiques, myéloplaxes, cytoblastions, myélocytes, etc.) ; au second rangse présentent ceux qui offrent l’état de fibres (tels que les fibres lamineuses surtout), puis la substance cartilagineuse, les éléments osseux.
Les éléments doués de propriétés végétatives sont les seuls dont l’hypergenèse soit accidentellement assez considérable pour qu’ils arrivent à constituer des tumeurs. « Les fibres cellules cependant qui sont des éléments contractiles, et les myélocytes qui probablement jouent un rôle dans l’innervation, sont parfois affectés d’hypergenèse au point de former les éléments fondamentaux de tumeurs que leur présence caractérise. C’est là, dit M. Robin, un fait remarquable et digne de l’attention des physiologistes comme des médecins, de voir que les éléments anatomiques doués au plus haut degré des propriétés de la vie animale, tels que les fibres musculaires striées et les tubes nerveux, ne se trouvent jamais dans les conditions accidentelles de cette hypergenèse, qui pour les autres espèces d’éléments anatomiques est la source habituelle de la production des tumeurs » (1).
Dans un tissu, c’est ordinairement l’une ou l’autre
(4) Robin, loc.cit., p. 447.
des Eléments anatomiques. i89
espèce de ses éléments accessoires qui est affectée d’hypergenèse, et non l’espèce fondamentale (2). Cette hypergenèse d’un élément accessoire amène la production d’un tissu composé d’éléments d’une espèce normale, mais le plus souvent sans analogie de texture avec celui au sein duquel il est né. C’est le cas des tumeurs embryoplastiques dans le tissu lamineux, des tumeurs à myéloplaxes dans la moelle des os, des tumeurs à myélocytes dans la rétine, la substance grise du cerveau ou la moelle épinière. Comme le fait remarquer M. Robin, on méconnaîtrait infailliblement la nature de ces tumeurs (en connût-on la structure), « si l’on négligeait de prendre en considération la loi des éléments accessoires et
(1 ) Les différentes espèces d'éléments ne sont point distribuées dans l’économie d’une manière égale et uniforme. « Il est manifeste, dit M. Kobin, que, selon l’énergie de leurs propriétés végétatives ou selon la nature de leurs propriétés animales, elles sont accumulées en quantité variable. > (Robin, toc. cit., p. 4 4 7.) Il résulte de là que, dans les tissus formés par la réunion de plusieurs espèces, on en trouve toujours une qui est fondamentale et d’autres qui sont accessoires. Nous entendons fondamentale au point de vue de sa quantité ; d’où il arrive que les propriétés qui sont propres à l’espèce d’éléments dont il s’agit deviennent les propriétés dominantes du tissu. Le terme accessoire s’entend également du nombre et du rôle physiologique des éléments en question. « Mais accessoire ne veut pas dire inutile, et la pathologie montre que bien des espèces accessoires sous le rapport de la quantité sont indispensables physiologiquement. » (Robin, toc. cit., p. 4 4 8.) C’est le cas des noyaux embryoplastiques dans le tissu lamineux, des myéloplaxes dans le tissu de la moelle des os, etc. Ces éléments, quoique accessoires, sont solidaires des éléments fondamentaux au point de vue de la nutrition. Quand ils viennent à s’altérer, les éléments fondamentaux subissent invariablement une altération correspondante. Ce qui prouve que, s'ils jouent un rôle accessoire dans l’évolution physiologique du tissu dont ils font partie, ils sont cependant indispensables à l'accomplissement parfait et régulier de cette évolution .
leur disposition à être plus souvent affectés d’hypergenèse que les éléments fondamentaux d’un autre tissu » (1). Ces tumeurs ont en effet pour facteurs deux phénomènes morbides dont les notions précédentes seules peuvent donner la signification. Le premier fait estl’hypergenèse d’éléments, d’où leur multiplication exagérée ; le second consiste en ce que l’hvpergenèse rend élément principal d’un tissu nouveau une espèce naturellement accessoire. 11 arrive, d’autre part, que certains éléments sont fondamentaux dans un tissu et accessoires dans un autre. Les fibres lamineuses, par exemple, constituent l’espèce fondamentale du tissu lumineux et l’espèce accessoire du tissu musculaire ou glandulaire. La loi que nous avons signalée persiste pour ces éléments. Ils trouvent les conditions nécessaires à leur hypergenèse plus aisément dans les tissus où ils jouent le rôle accessoire, que dans les tissus dont ils forment la partie fondamentale. Ils sont donc dans le premier cas, plus souvent que dans le second, le point de départ de la production d’une tumeur. « Ce produit est donc morbide au double titre de la multiplication outre mesure de l’espèce d’élément qui domine en lui, et du passage de celle-ci de l’état accessoire à l’état d’élément principal » (‘2). Aussi ce tissu pathologique, bien qu’analogue aux tissus normaux constitués comme lui, présente des caractères absolument différents de ceux que possède l’organe au sein duquel il a pris naissance. C’est le cas d’un lipome, d’une tumeur fibreuse, etc., naissant au
(1) Robin, loc. cil., 1863, p HS.
(î) Robin, loc. cil., p. 119.
sein des muscles, des glandes, doiit les cellules adipeuses et les fibres lamineuses sont des éléments accessoires. Quand l’hypergenèse des éléments accessoires est trèsrestreinte, elle ne sulïit pas pour amener véritablement la production d’un tissu nouveau. Le résultat de cette multiplication est alors simplement une augmentation de masse et souvent de consistance de l'organe. Tel est le cas des tumeurs à myéloplaxes, ainsi que de l’hypergenèse du tissu fibreux et de la substance amorphe dans le tissu des lèvres du col utérin (engorgement et hypertrophie du col).
L’hypergenèse des éléments peut coexister avec une hypertrophie plus ou moins considérable de quelquesuns d’entre eux. Dans les tumeurs glandulaires, par exemple, en même temps qu’il naît de nouveaux culsde-sac et de nouvelles cellules épithéliales (qui tapissent et remplissent ces derniers), on voit ces éléments augmenter de volume et dépasser les conditions normales. On observe encore ce phénomène dans les affections dites hypertrophie des tuniques musculaires de l’estomac, de la vésicule biliaire, de la vessie, etc.
« On voit donc, écrit M. Robin, que les phénomènes morbides sont des phénomènes complexes qui ne sauraient être interprétés exactement, si on les envisageait en eux-mêmes comme autonomes et indépendants, sans tenir compte des actes élémentaires normaux dont ils ne sont que la manifestation, dans des conditions différentes de celles qui président habituellement à leur accomplissement » (1).
(4) Robin, loc. cit., 1 855, p. 420.
§ II. — Aberration de genèse des éléments
Si, d’une part, les éléments anatomiques sont susceptibles d’hypergenèse en un lieu où ils existent déjà, il est également constaté qu’ils peuvent, par accident, naître dans des régions de l’économie où normalement ils n’existent point. C’est une véritable génération aberrante, une genèse avec erreur de lieu, dont le résultat est d’amener l’apparition de tumeurs plus ou moins complexes.
Tous les éléments en général peuvent être affectés de genèse hétérotopique. Nous avons déjà cité l’apparition des éléments du cartilage dans la parotide, l’épidi— dvme, etc. Le tissu osseux est également susceptible de genèse aberrante, soit primitivement, soit quelquefois consécutivement aux éléments de cartilage. « Les éléments mêmes des nerfs, ainsi que les muscles de la vie animale et de la vie organique, peuvent naître avec erreur de lieu, comme le démontrent certaines tumeurs dites tumeurs fœtales par inclusion » (1). Les éléments de l’épiderme, surtout, présentent au plus haut degré la propriété de la naissance hétérotopique. Ils apparaissent sous la peau, les muqueuses ou les séreuses, tantôt seuls, tantôt avec les éléments du derme. Il leur arrive quelquefois, dans le premier cas, en l’absence des éléments du derme et de véritables papilles, de présenter la texture ou plutôt la forme papillaire telle qu’on la trouve dans les épithéliums de diverses régions. C’est en par-
ti) Robin, loc. cil., I865,p. 121.
tieulier ce qui arrive dans le cas de tumeurs épithéliales nées primitivement sous la peau, et restant sous-cutanées jusqu’au moment de leur ulcération ; car, « malgré ce fait, elles présentent dans l’arrangement de leurs cellules la disposition offerte par celle de l’épiderme cutané sur les papilles » (1).
Nous avons dit que les éléments anatomiques naissent toujours en assez grand nombre à la fois, et qu’ils arrivent à constituer un tissu déterminé, en prenant, dès leur apparition, un arrangement réciproque en rapport avec leur état de cellules, de fibres, etc. Ce fait n’est, après tout, qu’une des conditions générales de la naissance des éléments anatomiques, une des lois qui régissent la manifestation de la propriété de naissance. Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette loi dominant les faits de genèse aberrante et d’observer simultanément la naissance de plusieurs espèces d’éléments offrant la même disposition les uns vis-à-vis des autres, la môme texture, en un mot, qu’à l’état normal. C’est ainsi qu’on voit naître par genèse hétérotopique les tubes propres des glandes en même temps que les épithéliums les tapissant comme à l’ordinaire. Ces éléments représentent ainsi, sous forme de tumeurs, des lobes entiers d’un tissu analogue à celui de la mamelle, de la parotide, des glandes sébacées, des tubes épididymaires ou testiculaires (2). Le plus souvent les tubes, au lieu d’être
(4) Robin, loc.cit., 4S65,p. 4 24.
(2) Cette genèse s’observe, soit dans l'épaisseur des glandes (c’est alors simplement un cas d’hypergenèse), soit dans leur voisinage (c’est alors une genèse aberrante). Dans ce dernier cas, la tumeur
CLÉMBNCKAD. 13
m PE LA GÊIiÉlUTlCW
seulement tapissés par les éléments épithéliaux, sont véritablement remplis de noyaux et de cellules juxtaposés. Ils représentent alors des cylindres pleins. Dans ce cas, « les cellules comme les tubes reproduisent dans leurs dimensions, leur structure, leurs formes (mémo quand elles sont développées outre mesure), les carac-i tères qu’oq observe sur les mêmes parties do l'organe primitivement malade » (1). Au moment de leur naissance, dans pes conditions morbides, les éléments sont analogues, même identiques à ceux qu’on trouvait dans l’organe avant qu’il fût malade. « Mais leur développement rapide les conduit en peu de temps à s’éloigner de cet état pt à prendre les dispositions qu’on observe dans 1rs noyaux on les cellules correspondants de la mamelle, de l’épididyme, etc-, dont l’état morbide a suscité leur genèse » (*2). Pp un mot, ce tissu de nouvelle formation (dont la seule naissance dans un lieu où normalement il n’pxiste pas, marque une perturbation des propriétés de
produite peut se trouver plus ou moins loin de l’organe, qui parfois reste normal et d’autres fois est directement altéré. « En outre, dit JJ. Jlobin ((oc. cil., p. 12?), dans ces popditions-li, au sein des ganglions lymphatiques correspondant à l’organe devenu primitivement le siège de l’hypergenèse, on voit naître des tubes glandulaires ramifiés et terminés en cæcums de même forme et de mêmes dimensions que dans l’organe précédent, >
(1) Robin, (oc. cil., p, 122.
(2) Robin, toc. cil. , p. 1 22. C’est à ces éléments arrivés à ce degré d’évolution morbide qu’en a donné les noms d’éléments du cancer, noyaux ou cellules cancéreuses , carcinomateuses, squirrheuses, etc., d’après les caractères du tissu où on les trouve. Ces tissus ont aussi été appelés hétérqmo.rp.hrS 011 hétcioloyuis. Il n’y g pas dans l'économie d’éléments hétépomorpheç, c'est-à-dire distincts des espèces normales j dès lors fl ne saurait exister dp génération héléromorpie (ou héléropla *
l'organisme) peut présenter dans ses éléments les mêmes états morbidesque le tissu normal dont il est l’analogue.
Il y a donc là deux phénomènes connexes : aberration dans la propriété de naissance, puis aberration dans le développement des éléments mêmes qui sont nés par genèse hétérotopique. C’est ce qui fait que les cellules épithéliales offrent dans leur propre développement les mêmes aberrations que celles présentées par les épithér liums des organes précédents devenus malades. 11 y a donc corrélation, jusque dans leurs états pathologiques, des propriétés de développement et de naissance- Ce fait est révélé par l’examen des manifestations de ces deux propriétés, tant sur l’organe malade que sur le tissu morbide analogue à ce dernier, et produit hétérotopiquement. Le tissu dont la production est due à cette peiv turbation de genèse se trouve offrir ainsi ces deux signes particuliers : de n’exister pas à l’état normal dans le lieu où il naît et de n’être semblable à aucun tissu normal.
sic, I.obstein), ou mode de naissance particulier à l’état morbide, et différent de ce qu’on observe à l’état normal. « On a supposé l’existence de tissus hétéromorphes ou hétéroplastiques (Lobstein, Burdach), faute de connaître les pjiénpméues de la ggnpralioi) des éléments, faute de savoir jusqu’à quel degré peuvent s’étendre leurs aberrations, comparativement aux phases normales de leur développement ; faute de pouvoir rattacher les divers étals morbides aux états normaux dont ils dérivent. Jpnsi ces mots et ceux de cancer, de cellules cancéreuses, squirrheuses, ou leurs analogues, ne représentent, par conséquent, qu’un état, une phase d’évolution accidentelle ou morbide de diverses variétés d'épithéliums le plus souvent, et quelquefois des myéloplaxes et des noyaux embryoplastiques ; mais ils ne désignent pus une espèce déterminée et distincte, tant d’élément que de tissu, ne pouvant être rattachée aux tissus naturels par sa structure, son évolution et ses autres propriétés. » (Robin, loc. cil., p. 122. )
(Nous avons dit que ces éléments étaient les analogues de ceux de la mamelle, du testicule, etc., diversement déformés par leur évolution morbide.)
Mais les tubes glandulaires et les cellules qui les tapissent peuvent naître, en offrant une texture analogue à celle des glandes, dans des régions dépourvues de glandes, et alors qu’aucun des organes d’une région voisine n’est malade. De là l’apparition, sous forme de tumeurs, d’un tissu ayant son analogue dans l’économie, mais non dans ce lieu. Les éléments de ce tissu né par génération hétérotopique offrent une texture analogue à celle des glande f acineuses en général. Cependant il faut dire que les épithéliums qui tapissent ces tubes glandulaires ne peuveut être identifiés avec aucun des épithéliums glandulaires, « bien qu’il leur soient analogues. Ces épithéliums (ceux du tissu morbide) sont disposés en filaments pleins ou creux, ramifiés eu forme de doigts de gant, ou présentent d’autres dispositions plus ou moins ressemblantes à celles des acini, sans qu’on puisse pourtant les dire absolument identiques avec ceux d'aucune glande normale» (1).
Est-il besoin de dire que cet ensemble de notions sert de base à une interprétation des lésions organiques absolument différente de l’interprétation proposée par ceux qui se refusent à tenir compte de ces importantes données scientifiques? M. Robin dit très-justement : « Avec un ensemble de données pareilles : 1° sur les caractères des éléments anatomiques et sur leur évolu-
(I) Robin, loc. cit., p. 121.
tion; 2° sur la manière dont ils composent les tissus; 3° et surtout sur leurs modes de naissance et sur les conditions dans lesquelles celle-ci se manifeste, on doit nécessairement juger les mêmes faits tout autrement que ceux qui croient pouvoir s’exempter de ce préliminaire difficile. Combien aussi ces interprétations rapprochées de la nature réelle des phénomènes que dévoile l’observation, ne sont-elles pas plus satisfaisantes pour l’esprit et n’élèvent-elles pas plus nos idées que l’hypothèse étroite d’une nature unique dans les produits morbides les plus divers : hypothèse d’après laquelle on supposait que ces produits devaient être sans analogie de structure ni de propriétés avec les tissus mêmes de l’économie, dans l’intimité desquels ils étaient nés » (t).
(I) Robin, loc. cil., p. 4 24. Dès qu’ou eut constaté l’existence d’éléments anatomiques de diverses espèces (Lebert, 4 844), dans les tissus que Laennec avait considérés comme étant sans analogue dans l’économie, beaucoup d’auteurs nièrent la spécificité de ces éléments. C’est ainsi que plusieurs regardèrent les éléments dits du cancer comme des cellules épiihétiales modifiées, et non pas comme des éléments hétéromorphes. « Mais cette notion, donnée ainsi d’une manière isolée, ne pouvait suffire pour changer l’ordre des idées admises tant que restaient inconnus les faits relatifs : 4 ° à l’arrangement réciproque deceséléments sous forme de cul-de-sac; 2° aux lois de la naissance d’éléments identiques, et semblablement disposés dans Ips ganglions et dans d’autres parties encore; tant qu’en un mot on ne pouvait savoir ce que représentent ces masses de tissus divers qui naissent simultanément ou successivement, ni comment elles se lient par leur structure et leur mode de naissance à la structure et à la genèse des (issus normaux. » (Robin, loc. cil ., 4865, p. 425.)
Laennec faisait deux divisions du tissu morbide. Bans la première, il comprenait tous les tissus accidentels qui ont des atialogues dans les tissus naturels. < On pourrait même dire, ajoute-t-il, que tous les tissus qui, dans l’état sain, composent le corps humain (si l'on en excepte
198 DE LA GÉNÉHAT10N
§ 111. — Di:s CONDITIONS INDIRECTES OU ÉLOIGNÉES DE
l’excès et de l’auerration de la genèse des éléments ANATOMIQUES.
La production des tumeurs peut donc être due à deux causes : ou il Une hypergenèsë d’éléments existants dans un tissu normal, le plus souvent à titre d’éléments accessoires; ou à une genèse d’éléments, avec ou sans erreur de lieu, et compliquée ou non d’aberration de leur développement. Dans ces deux cas, d’ailleurs, îlolis avotls à tenir compte de ce fait, que dès leur naissance les diverses espèces d’éléments présentent un arrangement relatif, ou texture, en rapport avec leur forme de cellules, de fibres, etc.
Ces tissus morbides se trouvant ainsi rattachés de ia façon la plus simple et la plus naturelle aux tissus normaux , il est à peine besoin dé dire que la naissance des éléments se fait dans les productions pathologiques, d’après les mêmes lois, dans les mômes conditions, avec les mêmes phases qu’à l’état normal.
cependant les parenchymes de quelques viscères) peuvent être produits par suite d’un étal morbilique. » (l.aenncc, Note sur l'anatomie pathologique, iu Journal de médecine de Corvisart. Paris, an Vil!, t. IX, p. 368.) Selon lui, les productions ayant des analogues dans l’état normal ne deviendraient nuisibles qu’à raison de leur position ou de leur volume. Il fait rentrer dans sa seconde division les tissus accidentels qui n’auraient point d'analogues parmi ies tissus naturels dë l’économie animale et qui ne pourraient exister que par suite d’un état morbilique.
DES ÉLÉMENTS ANÀtoMtQUES. i§9
Y a-t— il hypergëhèse ! le tissu Malade se Coproduit fejtactement cnimne il le fait chez l’embryon, chez 1’àdülte, ou encore après une perte de substance. Y a-t-il génération hétérotopique ï la naissance des éléments se fait de toutes pièces par genèse, comme il l’état normal, qu’il y ait ou non aberration de développement. Jamais, dans ce cas, les éléments nouveaux tlë peuvent provenir directement, par métamorphose ou scission, des éléments préexistants au sein du tissu oit se manifeste cette genèse accidentelle. 11 n’y a que l’examen anatomique îles éléments sous les trois points de vue etnbryohnaire, normal et morbide, qui puisse nous révéler cBS uotioiis importantes, et îloüs faire comprendre comment Cés phénomènes et ceâ lésions se rattachent tous à des états déterminés des éléments et des tissus qui dérivent de l’état normal par une série de transitions insensibles. « Dès qu’on sait, écrit M. Robiri, Comment relier chacun dé ces phénomènes il son point de départ, leur multiplicité ne fait qu’établir mie gradation plus parfaite entre l’état normal et l’état morbide, en cômblaht les différences qui d’abord semblent les séparer.
» En renversant complètement les hypothèses qüi ont dominé jusqu’alors, l’examen de la réalité ne laisse pins de place à l’arbitraire et conduit à déterminer, poUr chaque altération observée, l’élément anatomique qui là caractérise et la perturbation dé celle de scs propriétés qui en a été la cause » (t). C’est par Cette méthode qu’on arrive à connaître que l’hypergenèse d’un élément
(1) liobin, foc. ct't.,p. I 27.
accessoire donne lieu à l’apparition d’un tissu nouveau, et à s’expliquer comment il ne présente aucune analogie d’aspect extérieur avec les tissus au sein desquels il est né ou même avec un tissu quelconque de l’économie, bien qu’il ne soit composé que d’éléments normaux (tumeurs à myéloplaxes, etc.). C’est le même examen qui montre l’hypergenèse des éléments de la mamelle, de l’épididyme, etc., survenant seule ou se compliquant d’aberration du développement de ces mêmes éléments. Les caractères extérieurs de l’organe et du tissu se trouvent ainsi complètement changés : aussi ne saurait-on comprendre leur évolution aberrante qu’à la condition d’avoir suivi leur évolution normale. On ne saurait manquer, sans cela, de méconnaître les analogies de texture qu’ils conservent encore avec le tissu au milieu duquel ils se produisent, ou dont ils sont une modification pathologique directe. Mais il y a plus, c’est encore ce même examen anatomique qui apprend que, dans les ganglions lymphatiques correspondantaux parenchymes, aux papilles cutanées, etc., ainsi altérés, il y a genèse avec erreur de lieu de tissus, ayant le même aspect extérieur, la même texture et les mêmes éléments que les tissus apparus dans l’organe naturel, par hypergenèse et par développement anormal des éléments de ce dernier. « Ainsi la naissance en excès, avec troubles dans l’évolution des éléments d’un tissu normal, devient une des conditions de la genèse d’éléments semblables dans les tissus voisins » (1). On s’explique d’ailleurs très-bien
(4) Robin, loc. ci(., 1865, p. 128.
que le tissu nouveau apparu dans une région où nul tissu semblable n’existe normalement, soit doué d’une texture déterminée ; car on sait que la propriété de naître est connexe chez les éléments avec celle d’offrir un arrangement réciproque en rapport avec leur structure de cellules, de fibres, etc., de telle ou telle variété; que, du reste, cette génération en excès, ce développement anormal, ne restent pas toujours bornés à l’organe dans lequel ils se sont manifestés d'abord, ni aux ganglions lymphatiques qui lui correspondent ; c’est là un phénomène naturel et qu’on peut interpréter aisément.
Les troubles de la nutrition, qui amènent l’hypergenèse et l’évolution anormale des éléments naissants, sont des phénomènes moléculaires généraux comme la nutrition elle-même. Ce fait explique très-bien comment un tissu morbide peut apparaître dans un organe éloigné de celui où il s'est montré tout d’abord. C’est à ce phénomène qu’on a donné le nom de généralisation des tumeurs. Ainsi, quand un produit pathologique se généralise , ce n’est pas une propriété nouvelle qui entre en jeu et qui serait distincte des trois propriétés fondamentales « de la substance organisée (dites végétatives). 11 n’y a là qu’une extension, un degré plus avancé ou une manifestation progressive de la perturbation de la nutrition (ou état morbide général), qui est la condition de l’hypergenèse et des troubles du développement des cellules, des fibres, etc. » (1). La généralisation des tumeurs n’est donc point due, comme on l’avait pensé, à une pro-
(I) Robin, loc. cil., p. 428.
bË LA dÉrtfitlAtlüN
priété particulière inhérente il une espèce d’éléments qui était étrangère il l’économie normale.
Le même ordre de notions nous permet d’expliquer également Ce qu’on entend pal- récidive d’uhë. tumeur. Il suffit de së rappeler que la cicatrisation est mie régénération d’éléments anatomiques, par conséquent de tissus, et que la génération des tissus n’est qu'une genèse répétée d’éléments anatomiques. t< Or, de même quéla peau, organe de structure complexe, se cicatrise, c’est-à-dire se régénère, un parenchyme, comme tout autre tissu doué seulement de propriétés végétatives, se reproduit plus ou moins complètement ou irrégulièrement » (t). Ce fait est suffisamment démontré par les expériences qu’on a faites chez les animaux sur l’ablation dësglandes telles que la rate par exemple. « C’est Ce que montrent plus souvent eilcore la mamelle, la parotide, le testicule, lorsqu’ils sont enlevés ; et sous ce rapport, ce que nous appelons récidive d’une tumeur n’est autre chose qu’une cicatrisation ou régénération de la glande parles mômes raisons qu’a lieu celle de la peau » (2).
Mais, comme le fait, remarquer M. Robin, enlever Utie tumeur oit le derme ulcéré par suite de ta genèse en excès et du développement anormal d’éléments anatomiques, ce n’est pas traiter ces affections , c’est-à-dire l’état général, qui est après tout la seule cause de ces phénomènes. Aussi voit-on le tissu qdi Se reproduit naître avec les caractères du tissu normal, de la ina-
(1) Robin, loc. cit., p. <29.
(2) Ibid.
nielle, delà parotide, etc.* puis prendre rapidement de proche en proche les caractères du tissu malade enlevé. La raison en est que la régénération des éléments se fait dans les mêmes conditions anormales qui avaient déjà donné lieu à l’hypergenèse directe des éléments de l’organô sain. Dès lors leur développement se fait également d’Une manière anormale au point de vue de la forme, de la structure, etc. La régénération morbide de l’épiderme, appelée récidive surplace des tumeurs épithéliales, est encore un fait de même ordre. Le trouble persistant de la nutrition explique aussi bien la récidive que la généralisation des tumeurs, c’est-à-dire une production et une évolution aberrante d’éléments, après comme avant l'enlèvement d’une tumeur. L’explication demeure la même, que la récidive ait lieu dans le tissu qui s’est d’abord réparé normalement (tumeurs epithéliales récidivant dans la cicatrice), ou dans du tissu de même espèce que celui qui formait la tumeur, mais dans une autre régioii (production d’Unc tumëtir dans la seconde mamelle après l’ablation de la première pour la même affection), ou même dans un tiSsu d’espèce différente (production d’un tissu analogue àcelUi des tumeurs mammaires, avant ou après opération), dans les ganglions lymphatiques correspondants^ les tissus lamlneux, musculaire, etc. (J). Ces phénomènes sont des faits de ge-
(1) C’est à cette régénération dés tumeurs, successive nusittinllàm'e, sût- place ou dans diverses régions, qu’on a donné les noms de ptillolulion, répulluiatton, récidivé répétée, ÿéliéràlisation dé tuntèüiS, etc. A-t-elle lieu : on ditqüela tumeur ést maltgnë ; mantple-t-elle de se produire : on dit que la tumeur est fcéntjttï. * Ces expressions vienhent
nèse hétérotopique, et rien de plus. Les éléments de ces tumeurs, après avoir traversé les phases d’une genèse qui s’accomplit dans des conditions normales, deviennent souvent le siège d’aberrations de développement, semblables à celles que subissent les parenchymes normaux (mamelles, parotides, pancréas, testicules, etc.). Aussi, à ce moment, leurs éléments ne peuvent plus être identifiés avec ceux d'aucune espèce de glande normale. Mais ces phénomènes morbides, qui sont au fond du même ordre, portent sur des espèces ou des variétés d’éléments qui diffèrent, et les tumeurs qui en résultent, bien quo conservant un fond d’analogie, offrent des caractères dissemblables suivant le tissu qu’elles repré-
de ce qu’on a supposé que celte régénération indiquait particulièrement quelque vice importé du dehors dans l’économie et se inanités tant par des produits nuisibles ou de mauvaise nature. > (Robin, toc. cit. , p. 4 34 .) En réalité, la généralisation des tumeurs n’est qu’une maladie d'un tytlème , que l’hypergenèse des éléments de telle ou telle espèce en plusieurs points à la fois ou successivement. Comme le dit M. Robin, il n’y a rien là de plus étonnant que de voir des varices affecter le système veineux dans un grand nombre de régions, ou le système artériel présenter des anévrysmes multiples.
De quelque nom, d’ailleurs, qu’on nomme ce phénomène, il ne faut point le regarder comme le résultat d’une propriété nouvelle acquise par la substance organisée; ce n’est qu’un trouble de la propriété de naissance, et riendeplus.il n’y a là qu’un phénomène naturel < dont il s’agit d’observer les modifications accidentelles en les rattachant à leur poiot de départ naturel. » (Robin, loc. cil.) La récidive ne saurait être mise au nombre des caractères des tumeurs. Une tumeur s’est produite une fois, son ablation n’enlève certainement pas la cause de sa naissance, tant qu’il reste dans l’économie des éléments semblables aux siens, puisque c’est la perturbation des propriétés de ces éléments qui cause toute la maladie. La tumeur se reproduit donc une seconde fois au même titre qu’elle est apparue une première fois.
sentent. « On retrouve, en un mot, entre les produits morbides des divers tissus étudiés comme on le ferait de leurs éléments sains, les analogies qui font dire des uns que ce sont des glandes de telle ou telle variété, des autres, que ce sont des tissus proprement dits de telle ou telle classe » (1).
Si donc on avait connu les caractères réels des éléments sains et altérés, on n’eût jamais admis, par hypothèse, dans les tissus les plus divers, l’unité absolue de nature anatomique d’un produit attaquant tous ces tissus de la même manière. Il y a, si l’on veut, similitude dans la perturbation et dans la nutrition, en ce que les phénomènes résultant de cette perturbation ne sont jamais qu’une genèse et une évolution aberrantes; mais les éléments qui en sont affectés varient comme les tissus. « On voit ici, dit très-justement M. Robin, à la fois le danger et l’inutilité d’invoquer l’intervention de causes étrangères venant se fixer dans l’économie pour déterminer ces lésions, lorsque l’observation démontre que celles-ci dérivent directement d’un trouble des propriétés naturelles de la substance organisée » (2).
(1) Robin, loc. cit. ,p. 132.
(2) Ibid.
§ IV. — J) ES CONDITIONS DIRECTES DE l/ EXCÈS ET DE l’aberration DE LA GENÈSE DES ÉLÉMENTS ANATO- MIQUES.
Ces conditions sont absolument de môme ordre que celles qui président à la naissance des éléments de l’état normal (1).
Mais il reste à savoir quels sont les troubles de nutrition qui agissent sur les éléments préexistants, de manière à faire entrer une ou plusieurs espèces d’entre eux en voie d’hypergenèse. On doit se demander encore quels sont les troubles qui rendent anormal le dévelop-
(1) « La loi de l’identité du développement embryonnaire et du développement pathologique a été formulée par Jeat) Muller, qui s’apr puyait sur les travail* de Scjiwanp. » (Virc|tqvy, l'nthologie cellulaire, traduit par Paul Picard. Paris, 1 861 , p. 335.)
Cette loi est certainement vraie ; mais il ne faut pas oublier que Muller, que Vircjiqw, etc., s'appuient, pour la déqiontrer, sur la théorie d'après laquelle tous les tissus du corps humain dériyeraicpt, par métamorphose, d’un tissu partout répandu dans l’organisme. D’après Virchow, ee tissu serait le tissu conjonctif, qu’on peut, dit-il, * regarder comme le tissu germinatif par excellence du corps humain. * ( Loc . cit., p. 331.)
« Cette hypothèse étant inexacte, dit M Robin, ne saurait, par conséquent, servir de point d’appui é cette idée vraie pourtant, que les cas pathologiques reproduisent dans leurs phases essentielles certains des phénomènes de Dévolution normale ; que les premiers se rattachent à la seconde, dont ils sont un cas particulier; qu’ils ne peuvent être bien interprétés que lorsqu’on connaît celle-ci, car les produits morbides, étant en voie incessante d'évolution, présentent des éléments à tous les degrés de développement. » (Robin, Mémoire sur la naissance des éléments anatomiques, t. I, n° 4, p. 357, in Journal d'anatomie et de physiologie.)
pement des piments préexistants on nés pav hypergenèse?
JJ. Robin, qui sp pose ces deux questions, répond que ces causes se divisent en générales et locales, et parmi ces dernières il cite le trouble do la circulation des capillaires nommé inflammation. Quand T inflammation se manifeste, l’apport des matériaux habituellement fouri nis apx éléments anatomiques se trouve modifié, ha nutrition de ces derniers subit une perturbation corrélative. « h’influence qu'ils exercent alors dans la genèse par interposition, comme dans celle dite par apposition ou sécrémen t i tiollo , so trouve changée »(1). La quantité et la composition immédiate des principes fournis par les vaisseaux capillaires diffèrent de ce qu’elles étaient à l’état normal. « Ces changements suffisent, dit M. Robin, pour amener, selon le degré où ils sont arrivés, soit l’hypcrgenèse de certains des éléments existants (comme les éléments embryoplastiques, les fibres lamineusesou la multiplication môme des capillaires), soit la naissance d’éléments différents de ceux qui préexistaient dans le tissu dont il s’agit ou à sa surface, tels que les leuco^cytes(2), etp. Ils suffisent également pour modifier le
(1) Robin, lac. cil., p. 133.
(?) C’pst ce qpi arrive dans la production du pus, qui est, comme on sait, lp résultat de la double naisgauçe simultanée : 4° d'une mar tière liquide ou demi-liquide de production hétérotopique et accidentelle; 2" de leucocytes. Ces derniers naissent par genèse hétérotopique à l’aide et a (J* dépens des principes immédiats de la substance amorphe, ap fur pl i ipesure i]p sq produftjfl», Nqu$ aven? déjà dit que le terme de sécrétion ne pouvait s’entendre des éléments anatomiques; on doit dire la génération ou la production, et non la sécrétion du pus. (Voy.M. Robin, Programme du cours d’/fiflelegie, p. 4 24-4 37.)
développement des éléments du tissu ou même de ceux qui naissent en excès, quand les phénomènes inflammatoires se prolongent plus ou moins longtemps ou avec plus ou moins d’intensité après leur naissance» (1).
Enfin, M. Robin ajoute que l’examen de la structure des produits morbides (tumeurs, ulcères, etc.), a souvent montré qu’il n’y avait aucune trace d’inflammation dans leur voisinage, bien qu’ils fussent regardés par beaucoup comme des produitsd’inflammation chronique. C’était uniquement une hypergenèse, avec aberration de développement des éléments des glandes, des épithéliums, etc. Les causes de ces phénomènes sont encore à déterminer, ou rentrent dans l’ordre de celles que nous allons dire.
Il y a des causes générales qui peuvent modifier les éléments de manière à amener au milieu d’eux l’hypergenèse d’éléments nouveaux et rendre anormal le développement de ces éléments en changeant l’état des humeurs. Ces causes sont encore peu connues. On sait qu’elles agissent lentement et ne modifient que graduellement les principes fondamentaux des humeurs. Elles sont produites par des conditions de milieu mauvaises (atmosphère viciée, usage prolongé d’une alimentation de mauvaise nature, etc.), et, après avoir agi pendant longtemps, amènent l’organisme à un état héréditairement transmissible. Les caractères spéciaux de ces états, généraux des humeurs ne sont encore connus que par leurs effets, c’est-à-dire par les modifications indivi-
(4) Robin, (oc. cil., p. 4 33.
duelles qu’ils apportent dans la niasse des phénomènes physiologiques et pathologiques (affections internes). Encore observe-t-on, d’un individu à l’autre, des différences très-tranchées que rien ne pouvait faire prévoir, soit dans la rapidité, soit dans l’intensité des phénomènes morbides ou symptômes manifestés par tel ou tel appareil. « Ce sont ces différences qui font dire l’affection bénigne ou maligne , de bonne ou de mauvaise nature ; non pas que des causes différentes soient intervenues chez chacun des individus affectés, mais parce que leur constitution personnelle diffère en quelques points, sous le rapport de l’état moléculaire des humeurs et des éléments anatomiques » (1).
Ce sont ces causes mêmes qui amènent l’hypergenèse et le développement anormal des éléments. Ces phénomènes ne dépendent pas de qualités nouvelles spéciales à l’élément anatomique qui naît et se développe : ils sont amenés par un état général (héréditaire ou acquis) des humeurs et dès éléments normaux, état plus ou moins favorable à l’hypergenèse ou au développement anormal de tel ou tel élément, ainsi qu’à la durée plus ou moins longue des phénomènes. « Ce ne sont donc pas les fibres ou les cellules multipliées en excès et développées anormalement qui portent en elles des qualités spécifiques nuisibles ou bénignes pour l’individu dans les tissus duquel on les voit naître ; mais c’est ce dernier qui est dans des conditions bonnes ou mauvaises déterminant la naissance ou le développement anormal
(4) Robin, loc.eit., p. 4 35.
CLÉHENCEÀC 14
de ces (déments anatomiques. C’eston lui, c’est dans son étaf général constitutionnel, héréditaire ou acquis, et non dans l’espèce de fibre ou de cellule qui s’est multipliée au point de former une tumeur, qu'il faut chercher la cause de cette hypergenèse rapide ou leute, dans une seule ou dans plusieurs régions, simultanément ou successivement, pendant toute ou une partie de la durée de la vie. C’est en un mot l’organisme tout entier, qui est de bonne ou de mauvaise nature, et non telle espèce d’élément en particulier, qui viendrait modifier l’organisme» (1). En un mot, ce n’est pas la présence du tissu morbide qui altère la constitution de l’économie; il est l'effet de cette altération et non la cause. Il fautchcrcher cette dernière dans l’état moléculaire des humeurs et des éléments (2). Selon la constitution individuelle et l’état général ou moléculaire des sujets atteints, les propriétés de génération et de nutrition sont, pour une môme espèce d’éléments, plus ou moins énergiques ; et les produits morbides prennent plus ou moins vite la place des éléments normaux dont ils déterminent la disparition. « Ce n’est pas à tel ou tel élément anatomique qu’on doit attribuer la gravité ou la bénignité de la marche locale des tumeurs ou leur généralisation : auto Robin, loc. cil., p. 1 35.
(2) « Ici encore la pathologie des aflectipns dites internes et externes devient une. 11 y a cette seule différence, que les premières sont une manifestation de l’état accidentel du sang, un trouble des propriétés des humeurs, tandis que les autres sont une manifestation de l’état anormal des éléments anatomiques solides ou demi-solides, amorphes ou figurés, une perturbation de leurs propriétés fondamentales. » (Robin, loc. cl il., p. 436.)
DES ÉLÉMENTS ANATOMIQUES. Slf
cun d’eux sous ce rapport ne jouit de qualités spécialement nuisibles. C’est l’état de la constitution individuelle innée ou acquise, qui fait ici , comme pour la variole, la scarlatine, la fièvre typhoïde, que tel ordre de lésions se manifeste plutôt que tel autre et offre une gravité considérable ou nulle » (t).
Dans les affections des liquides, comme dans celles des solides, ces lois sont donc au fond de même ordre.
« Les lois de la physiologie pathologique, comme celles de l’anatomie pathologique, sont de môme ordre dans les affections internes que dans les maladies chirurgicales ou externes ; principalement en ce qui concerne la genèse dos produits accidentels, par lesquels se manifeste l’état général de la constitution, ou l'état de nutrition de tel ou tel organe » (2).
En ce qui concerne particulièrement les tumeurs, il ressort de ce que nous avons déjà dit, qu’on ne peut pas les considérer comme de simples accumulations d’élé-
(4) Robin, (oc. cit., p. 436.
(2) Robin, (oc. cit., p. 4 36. M. Robin ajoute : « On comprend enfin que c’est pour avoir méconnu les divers états successifs par lesquels passent les éléments anatomiques figurés, les propriétés diverses dont ils jouissent et les degrés possibles des perturbations de ces propriétés, que quelques auteurs ont pu, sous le nom à' hvmoritme, ne faire dériver les troubles de l’économie que des modifications des humeurs seules.
Mais c’est surtout en étudiant les tissus que cette question devra être examinée, comme c’est en décrivant les humeurs que peut être établie la solidarité de composition et de production des humeurs et des solides, car c’est pour avoir méconnu la composition et les propriétés des premières que l’on a pu songer à ne faire provenir les affections morbides que do lésions survenues dans les solides : d’où le nom de soliiltsme.
ments anatomiques, sans ordre ni règle. Elles ont si bien une texture spéciale, il est si vrai que leurs éléments sont tissus d’une manière déterminée, qu’au dire de M. Robin, « on doit considérer certaines d’entre elles comme des organes accidentels particuliers, nés d’une manière anormale chez l’adulte, d’après les mêmes lois que celles qui président à la naissance des anomalies de nombre de divers organes chez l’embryon »(1). M. Robin étend même ce principe aux tumeurs analogues aux glandes, mais qu’on ne peut assimiler à aucune des espèces de glaude normale : il les considère comme de véritables organes parenchymateux. « La génération de ces tissus, dit-il, constitue des anomalies de nombre des organes de la vie végétative, qui ne sont pas soumises à la régularité des lois connues sous le nom de principe des connexions , telle que nous l’offre la tératologie des organes de la vie animale » (’2).
On peut considérer ces faits comme des exemples de monstruosités par générations d’organes particuliers qui se produisent chez l’adulte, au lieu d’avoir une origine blastodermique (comme c’est le cas de la plupart des anomalies des organes de la vie animale et de ceux de la vie végétative non parenchymateux). Ce qui contribuerait à corroborer cette idée, c’est que les éléments de ces tissus, après avoir pendant longtemps présenté une grande analogie avec les éléments des tissus sains, peuvent offrir dans certaines conditions les altérations que subissent les éléments normaux.
(4) Robin, loc.cit -, p. 4 37.
(2) Ibid.
§ V. — De l’envahissement (1).
De la multiplication exagérée des éléments anatomiques résulte la substitution des éléments nés en excès aux éléments normaux contigus qui s’atrophient et disparaissent. « De là provient un fait commun à l’état pathologique et à l’état normal dans lequel seulement il
été peu remarqué : c’est X envahissement du tissu d’un organe par celui d’un autre organe, qui d’après cela semble détruire, ronger ou éroder le premier » (2). L 'envahissement, pas plus que la généralisation ou la récidive, ne constitue une propriété particulière des éléments anatomiques. Ce phénomène a simplement sa cause dans une perturbation des trois propriétés végétatives. Tout élément, et par conséquent tout tissu qui se nourrit plus énergiquement que ceux auxquels il est contigu, se développe et se reproduit plus rapidement
(<) Ce chapitre tout entier n’étant, comme nous l’avons déjà dit, que le résumé d’un article de M. Robin, nous avons cru devoir reproduire les cinq chefs principaux de son travail. Nous renvoyons, du reste, le lecteur au Journal d’anatomie et de physiologie, t. II, n° 2, où se trouve inséré le travail de M. Robin.
(2) Robin, loc. cil., p. 1 38.
Les mots érosion, usure, etc., servent à désigner le fait de l'envahissement d’un organe par des produits morbides qui se substituent à ses éléments; mais ils ne désignent point une propriété nouvelle, une propriété de ronger, d’user, qui apparaîtrait dans les éléments normaux ou morbides, et leur donnerait la faculté de se substituer à d’autres. « Cette propriété des éléments d’envahir un tissu et de se substituer à lui n’est qu’une modification des propriétés végétatives naturelles à un degré d’énergie relativement plus considérable chez certains d’entre eux que chez quelques autres, et se montrant d’une
IJE LA GÉNÉRATION
qu’eux, les comprime, eu détermine ainsi l’atrophie et prend leur place. « L’atrophie est due tant à ce que les éléments qui naissent s’emparent des principes destinés à la nutrition des autres, qu’à ce que toute compression de la substance organisée en gêne le développement, et l'ait que la désassimilation l’emporte sur l’assimilation, d’où la disparition graduelle du corps dont il s’agit » (1). C’est donc à vrai dire le concours des trois propriétés végétatives (nutrition, développement, naissance) qui amène le phénomène de Y envahissement, quand elles se produisent plus énergiquement dans les éléments d’un tissu que dans ceux d uu tissu voisin. Mais l’envahisse* ment est dù surtout à l’hypergenèse, plus encore qu’à la promptitude du développement et qu’à l’intensité de l’assimilation. Ses effets sont beaucoup plus évidents dans les conditions morbides qu’à l’état normal. Ils sont plus réguliers, plus lents et plus uniformes dans ce dernier cas, aussi ont-ils moins frappé. Mais l’envahisse-
maniùre permanente ou temporaire, normalement ou pathologiquement. » (Robin, loc. cil., p. 4 £0.) Cette expression dVroiton vient probablement de ce qu'anciennement on a considéré les tumeurs comme étant de nature parasitique. I.es noms de cancer, chancre, etc., sont bien évidemment un vestige de cette théorie.
Il ne faut pas confondre les exemples d’envahissement que nous citons dans ce paragraphe avec l'envahissement des os, etc., par compression d’un anévrysme ou d’un kyste. Hans ce cas, la résorption de l’os a lieu devant la tumeur anévrysmale, agissant en masse, pour ainsi dire. 11 n’y a pas d’envahissement graduel de l'os par les éléments du tissu de cette tumeur. Du reste, à part cette légère différence, le mécanisme est le même dans les deux cas. C’est toujours la désassimilation qui, par suite de la compression, l’emporte dans un organe sur l’assimilation.
(1) Robin, loc. cil., p. 4 38.
ment no s’en produit pas moins d’une manière très— manifeste dans des conditions physiologiques, ce qui prouve suffisamment qu’il n’est pas l’attribut de quelque corps ou principe étranger introduit dans l’économie. A l’état normal, les conditions et les phases du phénomène restent les mêmes, c’est toujours un élément qui naît plus rapidement qu’un autre, le comprime, en cause l’atrophie et se substitue à lui. C’est par ce mécanisme que, durant l’accroissement du squelette, la substance osseuse envahit le cartilage, etc. C’est encore par ce mécanisme que les fibres lamincuses des tumeurs du périoste, les myéloplaxes, etc., atteintes d’hypergenèse, compriment les éléments osseux, en gênent la nutrition, en déterminent l’atrophie et semblent éroder l’os dont elles prennent la place. Ces phénomènes peuvent se résumer en disant que celle des deux espèces d’éléments qui se trouve dans les conditions de naissance (normales ou morbides) les plus favorables, l’emporte sur l’autre et se substitue à elle.
La connaissance do ces faits est indispensable pour se rendre compte des phénomènes de l’accroissement. Tous les éléments étant incessamment en voie de rénovation moléculaire continue, la substance de chacun d’eux so reuouvelle individuellement par l’assimilation et la désassimilation nutritives. Mais de plus, pendant l’accroissement de quelques organes, certaines espèces d’éléments disparaissent pour être remplacées par d’autres (1).
(() * C’est là le mécanisme d’après lequel a lieu l'agrandissement du canal médullaire des os longs par dispariiion de la substance
Les constituants comme les produits peuvent présenter le phénomène de l’envahissement, e Mais les produits, loin d’être privés de vie à la manière des liquides sécrétés, ainsi qu’on le répète souvent » (2), jouissent au contraire de propriétés végétatives beaucoup plus énergiques que les constituants. Les épithéliums en particulier jouissent à un très-haut degré de la faculté de se substituer aux tissus voisins et de les envahir comme s’ils les rongeaient. C’est ainsi qu’une propriété naturelle, utile dans un cas, devient nuisible quand elle se manifeste à l’excès ou d’une manière aberrante : « et c’est dans ces qualités naturelles, ainsi modifiées, que réside la cause de tous les phénomènes morbides auxquels
osseuse au dedans, en même temps que la couche compacte s’épaissit: c’est celui du déplacement, si l'on peut ainsi dire, des apophyses et des insertions musculaires, à mesure qu’a lieu l’accroissement de l’os...
» Enfin, cet envahissement d’un tissu par l’autre qui l’avoisine, pendant que le premier se reproduit par le côté immédiatement opposé, représente encore la cause qui détermine l’agrandissement des vaisseaux. Tant que dure ce phénomène, en effet, leur paroi la plus interne prend la place de celle qui lui est contiguë, celle-ci empiétant sur la suivante jusqu’à la plus extérieure, qui envahit les tissus qu’elle touche. A mesure que se produit ce remplacement successif, la structure croit en complication : c’est ainsi, par exemple, que telle artère ou telle veine volumineuse présente ce fait remarquable, qu’avant d’avoir les tuniques de texture complexe qu’elle possède à l’âge adulte, elle offre chez le fœtus la structure des capillaires. Il n’y a donc point seulement un simple accroissement par distension, si l’on peut ainsi dire, avec conservation d’une constitution intime semblable à celle du premier âge, mais une évolution ou développement par production de parties élémentaires nouvelles, prenant la place de celles qui les précédaient dans le lieu où elles naissent. » (Robin, toc. cit., p. i i | 142.)
(2) Robin, loc.cit., p. 142.
nous prétendons attribuer souvent des causes étrangères à l’économie » (1). Que l’hypergenèse des éléments anatomiques ait lieu par genèse ou par individualisation en cellules d’une masse déjà née, le mécanisme de l’envahissement reste toujours le même. Nous avons déjà dit que, dans les cas pathologiques, des éléments qui se substituent à d’autres ne forment pas seulement une masse juxtaposée à ceux dont ils déterminent l’atrophie : nous avons déjà décrit l’état et la disposition des éléments sur la ligne de jonction d’une tumeur épithéliale avec le tissu sain. Cette description s’applique également aux tumeurs hétéradéniques, embryoplastiques pénétrant un muscle, un os, etc. On observe ainsi très-bien l’empiètement du tissu morbide sur le tissu sain, car on peut voir des noyaux d’épithélium ou des noyaux embryoplastiques déjà nés dans les interstices des fibres du derme, des faisceaux striés des muscles, etc. Quand ce sont des épithéliums, des culs-de-sac glandulaires, hétéradéniques, etc., qui envahissent un os, on trouve ces éléments au delà de la tumeur dans les canalicules vasculaires ou de Havers, dans les vacuoles médullaires naturelles des os spongieux, etc.
De même qu’il y a dans certaines conditions génération en excès, ou hypergenèse d’éléments, il peut y avoir dans d’autres conditions génération en moins. Chez l’embryon et chez le fœtus particulièrement, on constate assez souvent ce phénomène, dont les conditions d’ailleurs sont peu connues. C’est ce que l’on a
(<) Robin, loc. c«7.,p. \KÎ.
appelé arrêt de développement. Dans ce cas, les organes ont un volume moindre qu’à l’état normal. Il faut en chercher la raison dans ce fait que les éléments anatomiques sont nés en nombre moindre qu’à l’ordinaire. Car jamais on ne trouve qu’ils soient individuellement arrêtés dans leur développement.
« Pendant longtemps, dit M. Robin, l’ignorance où l’on était de la constitution de la substance organisée et des propriétés dont elle jouit, a fait croire que les maladies étaient dues à des agents extérieurs indépendants de l’organisme. De là l’expression de germe des maladies, et l’idée que ce prétendu germe, venu du dehors, peut être toléré plus ou moins longtemps par l’organisme dans lequel il a pénétré, et s’y développer sous quelque forme ou état plus ou moins reconnaissable. Or, ces germes n’existent et ne se développent ni au dehors, ni au dedans de la substance organisée » (I). Celle-ci est, en etfet, à titre de matière vivante, d’une constitution peu stable, formée de composés facilement altérables en voie de rénovation continue : c’est pour cette raisdn qu’elle peut devenir par elle-même le point de départ des diverses lésions qu’on y observe. Il suffit que l’organisme se trouve placé dans des conditions telles que quelques-uns des principes immédiats qui satisfont à sa rénovation incessante viennent à s’altérer.
1 suffît môme, pour que ces lésions surviennent, que cette rénovation soit ralentie ou exagérée dans un ou plusieurs tissus, par suite de l’introduction dans le sang
(1) Robin, loc. cil., p. 4 44.
de certains corps comme aliments ou poisons. « Sous l’influence de quelqu’une de ces conditions (extérieures quand il s’agit de matériaux nuisibles venus du dehors ; intérieures lorsqu’il s’agit des substances organiques d’une humeur, altérées par rapport à un tissu), il suffît que les propriétés de développement ou de reproduction soient diminuées, exagérées ou perverties d’une manière anormale, pour voir survenir des altérations directes des tissus et des humeurs ; pour voir apparaître des productions nouvelles qui les modifient et déterminent bientôt les troubles attribués souvent à quelque germe particulier venu du dehors » (1).
Toutes ces données nous conduisent à cette conclusion, que la naissance des produits pathologiques, quels qu’ils soient, leur nutrition, leur développement, ne diffèrent point essentiellement des propriétés naturelles des éléments normaux. Ce ne sont, après tout, que des modes anormaux des propriétés normales, de mémo que les altérations des éléments ne sout que des degrés divers des changements survenus dans leurs caractères anatomiques (hypertrophie, atrophie, déformations accidentelles). L’étude de l’apparition et de l’évolution des tumeurs se trouve ainsi rentrer dans l'examen de la naissance et du développement des éléments anatomiques. « Ces produits étant composés d’éléments normaux modifiés, nés et développés eu excès ou non, dans leur situation normale ou hors de celle-ci, mais d'après les ■mêmes lois que les éléments sains, leur description se lie
(1) Robin, loc.cit., p. 1 45.
d’une manière immédiate et toute naturelle à celle des lésions du tissu dont ils dérivent » (1). En un mot, on ne peut étudier le dérangement des parties sans en connaître l’arrangement. Ces divers états morbides n’étant qu’une modification pathologique des humeurs et des éléments, leur description doit s’appuyer, sous peine d’être stérile, sur des notions exactes touchant leur constitution ; de même que l’étude des phénomènes et des altérations qui caractérisent la pneumonie se rattache à la connaissance du tissu pulmonaire et des phénomènes respiratoires.
» Enfin l’ensemble de ces données, en liant les dénominations des altérations à celles adoptées pour les éléments et les tissus normaux (dont ils sont hypergenèse, etc.), supprime toute classification et toute nomenclature anatomo-pathologique en général, qui puiserait en elle-même sa méthode, au lieu de partir de la connaissance de l’état normal ; comme si une lésion ne supposait pas une substance qui s’altère et un lieu où se passe le phénomène » (5î). La connaissance de l’état normal conduit ainsi naturellement à celle des états
(4) Robin, loc. cil., p. 4 46.
a L’étude de la composition élémentaire et de la texture des tissus morbides, quand elle est basée sur la connaissance des caractères correspondants des tissus normaux et du mode de développement de ceux-ci, ne confirme point les classifications et les nomenclatures anatomo-pathologiques établies d’après les caractères extérieurs seulement. » (Robin, loc. cil., p. 447.)
(2) Robin, loc. cil.,p. 448. Il ne doit donc plus rien rester de toute classification des tumeurs, fondée sur l'examen de ces produits en euxmêmes, sans tenir compte de leur liaison avec la constitution intime des tissus normaux.
pathologiques en apparence les plus singuliers ; et cela « sans transition brusque, sans interruption du cours des idées, sans dénomination nouvelle qui vienne faire croire à l’intervention d’objets étrangers à celui dont on s’occupe » (1).
11 n’y a dans l’économie que des propriétés d’élé-
(1) Robin, loc.eit., p. 148.
M. Robin fait remarquer avec raison que c’est faute de connaître le lieu, les conditions et le mode de naissance de la substance organisée, dans ses différentes formes normales, qu'on s’est trouvé réduit à des hypothèses sur la nature de ses altérations, le lieu précis, les conditions et le mode de développement de ses lésions. Supposant les éléments morbides d’une nature différente de celle des tissus au sein desquels ils se produisent et se développent, on a cherché pour chaque produit morbide quelque composé particulier qui serait caractéristique. Mais l’analyse anatomique a montré que ces éléments nouveaux n’existent pas. C’est seulement la constitution moléculaire de la substance organisée qui a changé.
« Dans les épidémies, dit M. Robin, on s’est toujours préoccupé de trouver au dehors de l’être organisé, dans le milieu où il vit, quelque composé nouveau qui, introduit dans l’organisme, y causerait les troubles qu’on observe. Ce n’est point là ce qu’il faut chercher, mais bien les conditions extérieures nouvelles, les modifications de milieu, autres qu'un changement de composition, ayant peu à peu déterminé un état moléculaire nouveau de la matière organisée, ayant produit une disposition moléculaire des principes coagulables qui change les phénomènes de nutrition, de sécrétion, etc.; de telle sorte qu'ils ne peuvent plus s’effectuer que quelques jours ou quelques heures, au lieu de continuer régulièrement, sans que se modifie la substance qui en estle siège. » (Robin, loc. ci t . , p. 149.)
Il est impossible d'admettre aujourd’hui que des espèces nouvelles d’éléments anatomiques soient produites par une cause étrangère à l’économie, qui serait en lutte avec les propriétés normales de la substance organisée, et qui, venue du dehors, modifierait l’organisme à la manière d’un poison. Cette hypothèse remonte, d’ailleurs, à une époque où l’on ne connaissait même pas les éléments anatomiques, et.
ments, de tissus, d’organes et d’appareils (1). Quand ces parties s’altèrent, il en rèsultei mmédiatement une altération corrélative dans leurs propriétés : « Ce sont ces altérations simultanées de substance et de propriété (jui constituent les maladies. 11 y a donc des maladies d’éléments, de tissus, d’organes et d’appareils » (2). Les liquides, de leur côté, sont susceptibles d’éprouver des altérations primitives, aussi bien que des altérations
comme le dit M. Robin, il n’y a donc pas lieu de s’étonner beaucoup si elle ne s’accorde pas avec la réalité. « I.obslcin a le premier donné le nom d’homaoplaaie au travail vital particulier qui causerait le développement do tissus nouveaux, mais analogues et même identiques aux tissus naturels, qu’il appelle homœoplasliques ou homologues. . . Il appelait liétéroplasie ce travail morbide particulier en vertu duquel des substances étrangères à l’économie normale seraient déposées peu à peu dans les interstices des parties, les forceraient à leur céder la place, soit en les pénétrant, soit en les convertissant en leur propre nature. (Lobstein, Traité d’anatomie pathologique, t. I, p. 293 et 374. Paris, 1829.) La force organisatrice resterait, dans ce dernier cas, la même que dans l’homceoplasie ; mais c’est la matière animale hétéroplastique qui, au lieu de se convertir sous l’influence de la force en tissu cellulaire, etc., serait différente, serait ennemie de l’économie, qu’elle altérerait et corromprait par sa tendance au ramollissement, à la désorganisation et à la liquéfaotion. > (Robin, loc. oit., p. ISO.)
(1) 11 est aujourd'hui impossible d’admettre qu’il existe des causes surajoutées à la matière, auxquelles seraient dues les propriétés des corps. Dire que la matière n’est qu’un substratum privé de toute propriété et échappant dès lors à tous nos moyens d’investigation, c’est énoncer une hypothèse, à priori, indémontrable et surtout incompréhensible. En réalité, les notions de cause et de force sont réductibles à la notion primitive et irréductible de propriété. Les corps n’étant gouvernés par aucune entité sont donc véritablement actifs par euxmêmes, puisque la notion de propriété n’est autre chose qu’un mode d’activité des corps absolument inséparable de la matière.
(S) Dictionnaire dit'de Nysten, article Métaphysique.,
consécutives. Par suite du consensus qui existe entre toutes les parties constituantes d’un organisme, la maladie d’un organe retentit sur tous les autres : d’où la tendance des maladies locales à se généraliser. « La fièvre, à ce point de vue, peut être considérée comme le premier degré de cette tendance qui a l’action réflexe à sou service » (1). Il y a enfin des maladies qui résultent de changements dans l’état moléculaire des principes immédiats constituant la substance organisée : ces maladies (totius substantiel ?) n’entrent dans l’organisme, ni par l’altération d’un solide, ni par l’altération d’un liquide, mais proviennent du jeu même de ces principes, c’est-à-dire de leurs mouvements intimes de rénovation nutritive incessante. Aussi elles intéressent tout l’organisme d’emblée.
L’anatomie, la physiologie, la pathologie, résultent donc toutes les trois de l’étude des éléments, de leurs propriétés et de leurs altérations. « Au fond, dit M. Robin, la pathologie n’est qu’une annexe des autres sciences : c’est une anatomie et une physiologie comparées sur un môme être, mais dans des conditions diverses ; car elle étudie les perturbations des propriétés organiques dont l’état moyen d’oscillation constitue l’état appelé état normal. Dans ces phénomènes il n’y a, pas plus qu’en mécanique céleste, d’état normal et d’état anormal. Les perturbations organiques, comme toutes les autres, ne résultent jamais que du développement et du jeu d’influences réelles et conformes aux lois gé-
(I) Dictionnaire dit de Nyelen, article MÉTAPHYSIQUE.
nérales (4). Ainsi, en principe philosophique, contrairement à la métaphysique médicale, toujours l’état pathologique se relie à l’état physiologique » (2).
Quanta la maladie, nous la définirons avecM. Robin: « Toute perturbation survenant dans une ou plusieurs des parties simples ou composées du corps, et se manifestant par le trouble des actes d’un ou de plusieurs organes, d’un ou de plusieurs appareils» (3). La succession d’actes anormaux qui constitue la maladie, offre, pour une même lésion organique, des différences très-notables d’un individu à l’autre (ou, qui plus est, sur le même individu), selon les âges, les lieux et un très-grand nombre d’autres circonstances qui dépendent
(1) Parmi ces influences, celles des milieux sont au premier rang, bien qu’on ne puisse regarder toutes les maladies comme dues à des influences extérieures.
(2) Littré et Robin, Dictionnaire dit de Nysten, article Métaphysique.
(3) Littré et Robin, Dictionnaire dit de Nysten, article Maladie. Et plus loin : < La maladie à laquelle nous donnons un nom n'est point un objet, un être comparable à un individu animal ou végétal. Elle est un état accidentel de telle ou telle partie solide ou liquide et des actes correspondants de l'économie (comprenant depuis les moindres troubles de la menstruation jusqu’à la méningite, depuis la production épidermique accidentelle la plus minime jusqu’à celle des plus grosses tumeurs), et interrompant la régularité de la vie d’une manière temporaire, s’il décroît graduellement et disparatt, ou d’une manière permanente, s’il détermine ou bâte la Qn de tous les actes d’ordre organique. La notion de maladie, en tant que constituant un tout distinct, n’a qu’une existence subjective ou intellectuelle que chacun se représente un peu différemment, selon la nature de ses connaissances. C’est, en outre, toujours par le groupement, par la superposition après coup, si l’on peut ainsi dire, de l’ensemble ou d’un certain nombre des phénomènes accidentels qui ont lieu successivement, que l’on détermine et dénomme une maladie. » ( Loc . cit.)
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du malade. Cependant la maladie amenée par une même lésion organique se reproduit chez les divers individus sous certains traits généraux qui lui donnent un caractère à peu près constant. D’où les partisans des doctrines à priori n’ont pas manqué d’accorder à la maladie une existence indépendante, d’en faire un être, une entité vivant en dehors de l’organisme et agissant sur lui par des procédés insondables et mystérieux. A titre d’d priori , cette hypothèse est indémontrable et, pardessus tout, inconciliable avec les saines notions de l’expérience et de la raison. 11 est manifeste que c’est le support et non le germe, le malade et non la maladie, qui imprime à l’état pathologique cet aspect constant. 11 n’y a en réalité, dans la maladie, qu’une altération d’organes, et, dès lors, de fonctions se succédant dans un ordre déterminé, en raison de la synergie des fonctions de l’organisme. Nous entendons par là qu’il existe entre les organes, et, par suite, entre les fonctions, un consensus pathologique dérivant du consensus physiologique.
CLÉMENCRAU.