SUISSE
J'arrive enfin à une nation qui, par le système d'organisation de sa force publique et d'administration de ses finances, aussi bien que par la simplicité et l'austérité de ses mœurs et le vif sentiment de son indépendance, serait digne de servir de modèle à la plupart des autres nations européennes. Ce n'est pas que je me dissimule les progrès que, sur plusieurs points, la constitution des cantons a encore à accomplir : dans la troisième partie, j'en dirai quelques mots seulement, n'ayant point à en traiter spécialement dans cet ouvrage ; mais, telle qu'elle est, elle me paraît, au moins sous le rapport qui nous occupe ici, bien préférable à beaucoup d'autres. Elle ne permet point d'entretenir une armée permanente : c'estle seul État de l'Europe qui donne aux autres cette bonne leçon de sagesse et d'économie. En cas de guerre, les cantons doivent fournir ensemble un contingent d'environ 80,000 hommes, avec une réserve et une landwehr qui seraient de plus du double de ce nombre. L'armée active pourrait être portée ainsi à près de 200,000 hommes. Les cantons s'imposent . alors extraordinairement. Mais, en temps de paix, qui
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est devenu l*état presque habituel de la Suisse, rarmée ne coûte rien, carles'soldats restent dans leurs foyers. Chaque citoyen étant soldat à vingt ans et personne ne Tétant de profession, il n'y a pas à tenir compte ici de la somme correspondante à la perte de travail d'une armée permanente. La Suisse n'a pas d'ailleurs de dette publique. On voit dès lors que la dépense militaire se borne presque à la somme que représente l'intérêt de la valeur de quatre places fortes et du matériel de l'artillerie, valeur estimée euviron 25 millions de francs.
L'iûtérét de cette somme à i p. 100 est de 1,000,000 fr.
La dépense pour Tentretien du matériel, les frais d'administration et autres menus frais, est d'environ. . 3,O0U,000
Total général annuel de la dépense militaire 4,000,000 fr.
Le budget en recettes étant de 21,685,566 fr., cette dépense ne s'élève pas au cinquième du chiffre de la recette totale du budget de l'État. C'est le seul exemple de ce genre que j'aie eu à signaler dans toute l'Europe.
Les documents détaillés qu'on vient de lire sont résumés dans le tableau suivant, qui en reproduit les éléments principaux et qui permet de voir d'une vue d'ensemble le bilan général de la guerre et des armées permanentes européennes, en même temps qu'il rend les comparaisons plus faciles et plus promptes entre les effectifs et les dépenses des divers États.