‹ De la guerre et des armées permanentes (volume 2)Chapitre 37 sur 46 · XV · texte numérisé non relu

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Intérêt de certaines classes de la société Ati tnaintieii des armées permadetates

Les idées n'ont pas de plus grands ennemis que les intérêts. Je ne veux point parler seulement de ces intérêts de cour, que j'ai déjà eus souveni à signaler, mais d'autres intérêts de castes, que les princes ontcu^ soin de lier aux leurs. On rencontre souvent d'^ftis 1ê* monde des gens trop éclairés pour entreprendre l'apologie théorique de la guerre, et qui, si vous les pressez de se prononcer contre les institutions militaires, s'y refusent obstinément. Ils n'ont rien pourtant à objecter contre nos principes. Lorsque vous cherchez à vous expliquer cette singulière contradiction du refus d'admettre les conséquences de principes que Ton ne conteste pas, une circonstance que vous ignoriez vous met sur la voie : vous apprenez par hasard que celui-* d a un fils, cet autre un frère ou un cousin, offiçief dans l'armée ou dans la marine. Cela vous apprend eri* même temps qu'une des causes qui contribuent à maintenir encore un système déjà condamné en théorie, c'est l'intérêt qu'y trouvent certaines classes lïe la-'

société. La carrière militaire offre la perspective de foaclions assez richement dotées, surtout dans les rangs supérieurs. Dans la plupart des États européens, le corps des officiers de Tarmée et de la marine est celui qui occupe le plus grand nombre de fonctionnaires publics, et cet ordre de fonctionnaires est celui qui arrive le plus ordinairement à la fortune, soit par les alliances, soit par les appointements attachés aux divers grades. On voit donc accourir les fils de famille de l'ancienne aristocratie, mêlés avec ceux de la nouvelle et même avec ceux de la bourgeoisie. A cette considération d'intérêt se joint un autre sentiment, aussi peu honorable et mi-parti d'orgueil et de paresse. L'ancienne noblesse eût cru déroger en exerçant une autre profession que celle des armes. Malgré la différence des temps et des opinions, la nouvelle aristocratie, soit de naissance soit de richesse, subit encore un peu, quoi qu'elle en dise, le joug de ce préjugé, et comme tout le monde aujourd'hui doit être censé avoir un état, elle trouve fort commode d'en prendre un brillant et entouré de respect, de cette espèce de respect qui est l'expression de la crainte et non de la vraie considération et de l'estime, où l'on porte de jolis uniformes qui font l'admiration des badauds, et où Ton est payé pour ne rien faire ou pour faire toute autre chose que ce qui tournerait au profil des autres hommes. On sait que, même dans les pays où, comme en Pfance^ies enfants du peuple peuvent obtenir quelque petite por^w des grades de l'armée, en réalité ces.

grades sont devenus la propriété presque exclusive de l'aristocratie et de la bourgeoisie, soit parce qu'on n'y arrive guère que par la porte de ces écoles spéciales où seules elles peuvent entretenir leurs fils, soit parce qu'elles ont divers aboutissants auprès des distributeurs des emplois et des faveurs. Les choses étant ainsi, on conçoit qu'un système d'organisation des États, qui supprime les armées permanentes, ne peut guère s'attendre h trouver un appui dans ces classes de la société, lors même qu'en principe elles le trouveraient rationnel; car il est contraire à leurs intérêts et dérange toutes leurs dispositions. Nous ne devons pas sans doute désespérer de trouver des auxiliaires même dans ces régions, mais ne comptons pas y en rencontrer beaucoup de dévoués et d'ardents.

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