‹ De la guerre et des armées permanentes (volume 3)Chapitre 7 sur 54 · XI · texte numérisé non relu

XI

Angleterre t France» ProTinces-lJnles, Espagne de iOSS à i6«0

A son avènement au trône, Charles I®*" avait accepté deux legs funestes de sou père Jacques P^, la guerre d'Espagne et Buckingham, un de ces ministres dont la faveur égale la fatuité et qui semblent nés pour la perte des empires. Sa femme, Marie-Henriette de France, fut bien aussi pour quelque chose dans ses malheurs : un siècle et demi plus tard, une influence de même nature contribuera aussi, de l'autre côté du détroit, à perdre un autre roi, qui aura également h expier toutes les fautes d'une dynastie. Charles débute par casser le Parlement (1625), qu'il trouve trop mesquin dans ses allocations pour les frais de la guerre, et qui se permet de les accompagner des plaintes du pays et de demander le renvoi du favori. 11 a recours aux emprunts forcés, équipe une flotte et envoie à Cadix 10,000 hommes, qui se rembarquent bientôt, décimés par la peste. Un second Parlement, composé en grande partie des mêmes députés que le roi avait cassés et que la nation lui renvoie, se montre encore plus exigeant que le premier, et a mesure que croît la fermeté des représentations, le ton de Charles devient plus menaçant. Buckingham est accusé dans la Chambre des pairs et devient l'objet d'une animadversion universelle; Charles le récompense en le faisant élire

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chancelier de l'Université de Cambridge. Il le charge de diriger une expédition contre la France, et dont le but apparent est de secourir les protestants de La Rochelle; mais des historiens donnent pour véritable motif de cette guerre une autre cause : Buckingham s'était mal trouvé, lors de son séjour à la cour de France, d'avoir osé porter ses vues libertines jusque sur la reine. C'était pour venger ^a vanité blessée qu'il' avait fait déclarer la guerre à la France, comme il avait, sous le règne précédent, fait déclarer la guerre à l'Espagne par dépit de ce que son inhabileté avait fait échouer le projet de mariage du prince de Galles avec l'Infante. Voilà comment la fortune des peuples a souvent dépendu des criminelles passions d'un favori ! L'expédition de Buckingham n'eut d'autre résultat que la perte de 2,000 hommes. Charles casse le second Parlement et renouvelle les emprunts forcés. Mêmes difficultés avec un troisième Parlement, qu'il renvoie également. Buckingham est assassiné (1629). Charles renonce alors à continuer la guerre. Pendant onze ans, il se passe de Parlement et lève toutes sortes d'impôts arbitraires. Excité par Laud, archevêque de Cantorbéry, il veut imposer la liturgie anglicane aux presbytériens d'Ecosse, qui se révoltent et contre lesquels il envoie une armée de 26,000 hommes. Il se décide à convoquer un quatrième Parlement, qui, au lieu de lui accorder des subsides, approuve la résistance des Écossais, et qu'il dissout immédiatement (1640). La même année, il convoque à York ce cinquième et

long Parlement qui devait assister a la ruine de la monarchie. De ce moment, Charles, se montrant aussi humble qu'auparavant il avait été hautain et opiniâtre, hâta lui%même sa ruine. 11 est obligé de subir toutes sortes d'humiliations, jusqu'à se voir accusé d'avoir aidé les catholiques irlandais dans leur projet d'exterminer tous les Anglais présents dans leur île. 40,000 protestants avaient été massacrés dans l'Ulster (1641). Ce fut la Saint-Barthélémy de l'Irlande, avec cette différence que cette fois les bourreaux étaient les opprimés. Parmi les actes d'humilité de Charles, il en est un que l'histoire ne lui pardonnerait pas s'il ne l'avait reconnu lui-même et expié h son heure suprême. Strafford, qui d'abord avait combattu Buckingham, l'avait remplacé dans la faveur du roi et la haine de la nation. Il fut accusé devant le Parlement et condamné à mort : le roi, dont il avait été le docile instrument, signa lâchement l'arrêt de mort. Il arrive quelquefois aux âmes faibles des accès subits mais presque toujours intempestifs d'énergie : Charles voulut, quand il n'était plus temps, recourir à la force. Il déclare au Parlement une guerre qui va faire couler des flots de sang. A Edge-Hill, 30,000 hommes sont aux prises et laissent 5,000 cadavres sur le champ de bataille (1642). L'armée parlementaire, accrue d'un secours considérable, amené par les Écossais, s'éleva bientôt à plus de 40,000 hommes. L'armée royale fut écrasée à Marslon-Moor, où les deux camps offrirent le spectacle de 50,000 concitoyens cherchant h s'en-

Ir'égorger (1644). L'année suivante, elle est défaite de nouveau k Naseby, où les papiers de Charles, tombés entre les mains de ses ennemis, leur prouvent "qu'il avait cherché a les tromper, quand il protestait qu'il n'appelait à son secours ni les étrangers ni les catholiques irlandais. Charles, qui s'est remis entre les mains des Écossais, est livré par eux au Parlement, qui paie cette lâcheté 400,000 livres sterling (1647).

Cromwell, chef du parti des indépendants et maître de l'armée, substitue bientôt son autorité personnelle h celle du Parlement. Il fait enlever le roi, qui s'évade et est repris. Il éloigne du Parlement les membres qui peuvent l'enlraver dans ses entreprises, et y établit une haute cour, composée en grande partie des officiers de son armée, et qui condamne le roi a périr sur l'échafaud (1649). La violence, mise au service d'un bigotisme étroit et fanatique, avait alors pris la place de toute autorité régulière. Pendant que Charles se rendait pour la dernière fois au tribunal qui le condamna et pendant qu'il en revenait, les soldais et la populace l'insultèrent : on alla jusqu'à lui cracher au visage. Il supporta ces outrages avec dignité, et comprenant trop tard combien la force matérielle, sur laquelle il s'était si longtemps étayé lui-même, a besoin d'être guidée par la raison et la justice, il prononça ces paroles mémorables, qui peignent avec une si parfaite vérité le vice de la profession militaire : « Pauce vres âmes! Ils traiteraient leurs généraux de la

« même façon pour six>ous[i]. » Pendant son règne, Charles avait levé plus de 20 millions de livres sterling eo taxes extraordinaires, et la majeure partie de ces sommes avait été employée à faire la guerre à ses sujets.

Charles II est proclamé en Irlande et en Ecosse. Cromwell soumet l'Irlande en peu de jours, après y avoir semé la terreur en faisant passer au fil de Tépée les populations qui luirésistent(1650). Il rentre triomphant à Londres, puis il va au-devant de l'armée écossaise, composée de 20,000 hommes, la bat à Dunbar, et, l'année suivante, achève de la détruire à Worcesler, où 2,000 hommes sont tués et 8,000 pris et vendus aux Américains. Charles, dont la tête avait été mise à prix, est errant pendant six semaines, et se réfugie en France. La république des Provinces-Unies, infidèle à son principe et obéissant à des motifs de basse jalousie, avait soutenn la cause de Charles P''. Cromwell lui déclare la guerre (1652). La flotte anglaise se composait de 150 vaisseaux, commandés par l'amiral Blacke et montés par 20,000 hommes. Les hostilités durent deux ans et épuisent les richesses et le commerce des deux nations dans sept batailles navales. Rencontrant quelque opposition dans le Parlement, le dictateur s'y rend, accompagné de 300 soldats, et en

[1] « Poor seuls ! They would Ireat their gênerais in Ihc a same maoner for six pence. » (Goldsmith» History of England, chap. 32, CfcflWesP% Londres, 1771.)

disperse les membres. En lisant ceci, onnepeut retenir rimagination, qui franchit les siècles pour aller assister aux parodies qui s'en feront ailleurs et qui trouveront encore un public pour y applaudir. Cromwell règne enfin sous le nom de Prolecleur^ dénomination qu'un peuple qui a le sentiment de sa dignité, devrait trouver plus outrageante encore que celle de roi. Son altesse est installée solennellement à White- Hall,et l'on met à sa disposition une armée de 30.000 hommes. Pour comble de profanation, le nom de république continue de couvrir cette tyrannie. Il fallait la guerre extérieure h ce soldat dévot ou hypocrite, qui larde grotesquement toutes ses brutalités de citations des saintes Écritures ; il la déclare à l'Espagne sans raison (1655). Est-ce que les rois d'autrefois •avaient besoin de raisons quand ils voulaient faire la guerre, et un protecteur de république serait-il de moins bonne maison ? La fortune le seconde : ses vais* seaux pourchassent la flotte espagnole, qui n'ose plus se montrer et laisse prendre la Jamaïque. Son Parlement lui offre le titre de roi, -qu'il refuse : on se demande s'il refusa pour qu'on le forçât à accepter, ou si, ayant la chose et tenant peu au mot, il voulait sembler ne tenir ni à l'une ni a l'autre. Des résistances imprévues et de fréquentes conspirations viennent troubler ses prospérités, et la mort y met un ternie (1658). Son fils Richard, qu'il avait, selon les traditions monarchiques, désigné pour son successeur, ne règne que quelques mois. L'armée l'oblige à résigner^

et établit à sa place une Commission militaire, sous le nom de Comité de sûreté générale, et qui se rend odieuse à ia nation. Monck, qui s*était montré un des adversaires les plus ardents de la royauté, profite habilement de la situation pour trahir la cause républi caine et frayer la voie à Charles II. La monarchie est restaurée (1660). Nous verrons plus loin ce que coûtent les restaurations et combien ellçs durent.

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