‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 2)Chapitre 81 sur 107 · LETTRE XXVIII. — RÉCAPITULATION BT CONCLUSION · texte numérisé non relu

LETTRE XXVIII. — RÉCAPITULATION BT CONCLUSION

même temps les profonds besoins, les grands périls de l'époque où nous sommes, les efforts de nos ennemis pour s'emparer de toutes les branches de la science et de l'activité humaine, et si j'ose ainsi dire, les déchristianiser, oh ! combien je me prends alors à regretter cette déperdition de temps et de talents qui se fait parmi nous! Oh ! je voudrais sentir que les chrétiens redoublent, eux aussi , d'ardeur et de zèle ; je voudrais les voir étudier les sciences, et n'en pas laisser le monopole aux impies; étudier la philosophie qui élève et vivifie les sciences, et ne la point laisser se corrompre avec elles et s'abaisser dans le honteux matérialisme; étudier les arts, l'économie politique; en un mot, je voudrais les voir se prendre à tout ce qui leur offre un noble et fréquent emploi de leur esprit, de leur âme, de leur vie.

9° Ceux donc qui se sentiraient excités à ces généreux efforts, ceux qui, comme vous, mon ami, auraient le loisir, le goût, le courage de travailler plus grandement, voici ce que je leur conseillerai, pour qu'ils ne restent pas dans le vague, l'indécision, le tâtonnement, et aussi pour qu'ils s'obligent en quelque sorte vis-à-vis d'eux-mêmes:

C'est de se donner leur tâche chaque année, de se fixer, en proportion des loisirs prévus, une suite d'études, quelque sérieux travail, et de tenir absolument à ne pas se manquer de parole, et à parcourir la route tracée.

De cette sorte, chaque année on réaliserait une partie de son plan total, et on poserait une nouvelle assise à l'édifice de ses connaissances. Je suis convaincu que l'efficacité de cette pratique est très-réelle. Trop peu de gens discutent ainsi l'emploi de leur temps et prennent des engagements avec eux-mêmes. On n'ordonne pas assez sa vie et ses heures : on se laisse trop aller au courant des choses; et c'est pour cela qu'on perd tant d'heures dans le jour, et tant de jours dans Tannée.

LEtTRES A UN HOMME DU MONDE.

4 0° ; Je répéterai encore ici lin conseil que j'ai donné souvent dans le cours de cette lettre, mais qui est trop important à mes yeux pour que je n'y revienne pas une dernière fois. Je voudrais qu'on lie se contentât point de lire, mais qu'on lût la plume ou le crayon a la main. Et si on n écrit pas pour le public, pas même pour ses amis ou pour ses enfants, — et, certes, je serais charmé que beaucoup d'hommes dans le monde se iissent h eux-mêmes cet honneur, et j'en ai connu beaucoup qui en eussent été trèscapables, s'ils avaient voulu prendre cette peine ou plutôt sfe donner ce plaisir, — le moins qu'on puisse faire, c'est de prendre des notes en lisant, et de résumer par écrit ses lectures.

Et cela, pour deux principales raisons. D'abord, c'est la condition indispensable pour profiter de ce qu'on lit; si on n'écrit pas en lisant, on ne réfléchit guère, ou très-vaguement : la plume précise, formule et fixe la réflexion. Ensuite, c'est le moyen de réagir sur ce qu'on lit et de forcer son esprit h produire. Si l'esprit ne produit jamais, m»-me en recevant toujours, il reste en souffrance dans la meilleure partie de lui-même : il perd sa principale puissance, qui est l'activité, la fécondité. Produire, c'est le but du travail. On défriche la terre : on y jette la semence, le ciel y verse sa rosée; mais il faut que la terre donne son fruit. Ainsi de l'intelligence.

M* Mais quoi qu'on pense de ces conseils, et quelque part que l'on fasse dans ces études, ce qui domine tout ici, ce qui est au-dessus de toute répugnance, de tout prétexte et de toute lâcheté, ce qui est mon dernier mot comme mon premier, ce que je voudrais inculquer de toutes les puissances de mon Ame et de toute l'énergie de ma conviction, c'est, j'y reviens en terminant, la loi, la grande loi du travail : loi impérieuse, loi sacrée, de laquelle nul n'a le droit de s'exempter. Je le redis, c'est une nécessité pour tout

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