‹ De la haute éducation intellectuelle (volume 3)Chapitre 25 sur 103 · LETTRE VII. — LA LITTÉRATURE CORRUPTRICE · texte numérisé non relu

LETTRE VII. — LA LITTÉRATURE CORRUPTRICE

une multitude d'individus, et pour un pays, une cause permanente de profonde corruption.

Vous conoprenez maintenant pourquoi, mon cher ami, je me suis tu, dans mes lettres précédentes, sur toute une partie de notre littérature contemporaine; pourquoi, recommandant des études utiles et sérieuses, je me suis gardé de dire mot de ces lectures, qui ne peuvent être que des passetemps malsains, et de ces auteurs qui ne peuvent être que des maîtres de corruption, et pourquoi je n'en parle ici que pour dire le mépris qu'ils m'inspirent, et pour en détourner les jeunes gens, les femmes, les hommes mêmes, de toutes les forces de mon âme.

Que si un homme grave, un père de famille, avait des raisons sérieuses de lire, et même d'étudier de tels livres, je demanderais au moins qu'il fût armé contre les dangers de ces lectures par des idées et des principes bien arrêtés^ qu'il fût guidé et justifié par un but élevé. Quant à ceux qui lisent ces livres pour remplir leurs moments inoccupés, pour amuser leur oisiveté, pour donner une pâture à leur imagination avide et désœuvrée, et qui font ainsi de ces lectures la nourriture de leur esprit, ceux-là, je les condamne formellement, quels qu'ils soient. S'imaginer qu'ils passeront sains et saufs à travers de telles choses, et que leur imagination et leur cœur n'en seront pas atteints et souillés, c'est une chimère; et s'ils ont une conscience honnête, et qu'ils comptent pour quelque chose la vertu et la chasteté de leur âme^ je leur rappellerai le mot que saint Paul empruntait à un poète du paganisme: « Corrumpunt bonos mares tt colloquia mala : Ce sont les mauvais discours et les mau- < vais livres qui corrompent les bonnes mœurs. »

Non, pour atteindre la fin des études littéraires, pour développer heureusement ses facultés, pour élever son esprit à ce qui est vrai, à ce qui est pur, à ce qui est grand, à ce

qui est beau, je m*en tiens à la grande et saine lilicralure, à la littérature sérieuse, à la littérature du bon goût et des bonnes mœurs, et je termine cette lettre par ces paroles d'un païen, chez qui la conscience et le sens moral s'étaient conservés mieux que chez certains chrétiens de nos jours : c Assurément, c'est dans les écrits de nos grands auteurs <x qu'il faut chercher cette noblesse de sentiments et ce caa ractère mâle que l'on ne trouve presque plus parmi nous, a depuis que la fausse délicatesse et le raffinement en toute « sorte de voluptés ont corrompu notre littérature avec nos « mœurs. Sanctitas cerle, ef, ut sic dicam^virilitas abhis « petenda^ quando nos in omnia deliciarum genei^a vitiaque^ a dicendi quoque ratione^ defluximus *. i»

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