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Je ne parlerai ici du Droit que pour dire, en passant, que certaines notions pratiques de cette science devraient trouver place dans l'éducation des femmes, lesquelles sont à cet égard, trop généralement, dans une ignorance incroyable, et souvent trés-iftcheuse pour leurs affaires.
Sur ce grave sujet, qu'on se rappelle les sages conseils de Fénelon, dans son Traité de ^Education des Filles :
« 11 serait bon, dit-il, qu'elles sussent quelque chose des principales règles de la justice ; par exemple, la différence qu'il y a entre un testament et une donation ; ce que c'est qu'un contrat, une substitution, un partage de cohéritiers ; les principales règles du droit, pour rendre ces actes valides; ce que c'est que propre, ce que c'est que communauté^ ce que c'est que biens meubles et immeubles. Si elles se marient, toutes leurs principales affaires rouleront là-dessus.
« Mais en même temps, montrez-leur combien elles sont incapables d'enfoncer dans les difficultés du droit; combien le droit lui-même» par la faiblesse de l'esprit des hommes, est plein d'obscurités et de règles douteuses ; combien la jurisprudence varie ; combien tout ce qui dépend des juges, quelque clair qu'il paraisse, devient incertain ; combien les longueurs des meilleures affaires mêmes sont ruineuses et insupportables. Montrez-leur l'agitation du palais, la fureur de la chicane, les détours pernicieux et les subtilités de la procédure, les frais immenses qu'elle attire, la misère de ceux qui plaident, l'industrie des avocats, des procureurs et des greffiers, pour s'enrichir bientôt en appauvrissant les parties. Ajoutez les moyens qui rendent mauvaise, par la forme, une affaire bonne dans le fond ; les oppositions des maximes de tribunal à tribunal : si vous êtes renvoyé à la grand'chambre, votre procès est gagné ; si vous allez aux enquêtes, il est perdu. N'oubliez pas les conflits de juridiction, et le danger où l'on est de plaider au conseil plusieurs années pour savoir où l'on plaidera. Enfin remarquez la
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différence qu'on trouve souvent entre les avocats et les juges sur la même affaire ; dans la consultation vous avez gain de cause, et votre arrêt vous condamne aux dépens.
« Tout cela me semble important pour empêcher les femmes de se passionner sur les affaires, et de s'abandonner aveuglément à certains conseils ennemis de la paix, lorsqu'elles sont veuves ou maîtresses de leur bien dans un autre état. Elles doivent écouter leurs gens d'affaires, mais non pas se livrer à eux.
« Il faut qu'elles s'en défient dans les procès qu'ils veulent faire entreprendre, qu'elles consultent les gens d'un esprit plus étendu et plus attentif aux avantages d'un accommodement, et qu'enfin elles soient persuadées que la principale habileté dans les affaires est d'en prévoir les inconvénients et de les savoir éviter. »
Ces conseils de Fénelon, — nos réserves faites toutefois sur les manifestes progrès de la justice et de la simplicité des affaires, — ces conseils disent tout avec un bon sens, une précision, une netteté et des détails techniques qui ne laissent rien à ajouter.
Que dirai-je maintenant de V Esthétique? C'est une étude assurément tout à fait convenable pour les femmes. J'en ai traité longuement : et à tout ce que nous en avons vu, et qui ne convient pas moins aux femmes qu'aux hommes, j'ajouterai cette remarque importante, c'est que les femmes exercent une influence considérable sur l'art en général et sur le goût d'une nation. Si leur goût les porte à rechercher ce qui est beau et ce qui est bon^ dans le sens le plus élevé du bon et du beau, cette influence sera heureuse et morale ; mais si elles cherchent le bon et le beau, tels que certaines natures abaissées d'artistes l'entendent, ce sera un grand malheur, et elles prendront une terrible responsabilité; car elles concourront à précipiter le goût et l'art sur la pente
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funeste d*iiD seiHualisiiie, qu'il faut appeler pitfeo, pour loi donner son vrai nom«
Il leur siérait si bien, an contraire, d'épurer Tart et de l*élever, d*7 porter tontes les délicatesses et toutes les distinctions de leur natore; d'en faire cette diose sainte qui, en mène temps qu'elle cbarme les Ames, les transporte dans des régions supérieures, et derient pour layie humaine un principe d^élération er de perfectionnement.
Mais pour cela ii faudrait écarter de Tart, non-seulement lea souillures qui le flétrissent, mais encore les frivolités et las futilités qui le rapetissent ; supprimer les productions pins que médiocres qui inondent les tables de tant de salons : car elles faussent le goût^ c'est le moins qu'on en puisse dire, après atoir coûté un temps précieux. Et quant à la musique, si elle ne s'élève pas à Tart sérieux, elle porte avec elle, nous rayons dit, d'autres inconvénients, étant trop souvent, non pas seulement vaine, mais dangereuse*
Il n'est pas rare de voir dans le monde des personnes qui, après avoir employé, étant jeunes filles, au mécanisme du piano et du dessin, une quantité d'heures et des efforts de volonté et de courage considérables, Tabandonnent entièrement, une fois mariées, et n'en veulent plus faire du tout; et cela, sans que les occupations plus sérieuses y gagnent beaucoup. 11 y a, évidemment, un excès regrettable dans cet abandon total d'un art qui pourrait donner au moins quelques heures de bon et agréable délassement. J'en dirai de même du dessin. D'autres, par un excès contraire, continuent à y employer, ou plutôt à y perdre un temps considérable, sans devenir réellement ni musiciennes ni peintres, parce que les facultés spéciales leur manquent, ou parce qu'elles ne cherchent qu'une distraction vaine dans un exercice qui devrait être une étude, et beaucoup plus un travail de l'esprit que des doigts.
Non, c'est autrement qu'il faut faire de l'art ; répétons-le,
AUX FBMHES CHRÉTIENNES. 583
Tart n'est Traiment digne de ce nom que pratiqné d*ane façon élevée, h l'école des grands maîtres, de telle sorte qu'il soit une véritable, une intelligente culture et comme un épanouissement des plos riches et des plus brillantes facultés de la nature homaine; disons plus, un appui pour la vertu elle-même, tine fofce pour Fâme, et comme une aile au moyen de laquelle on puisse monter des beautés artistiques à la source première de toute beauté, qui est Dieu ;^ de telle sorte encore que le culte religieux de Fart nourrisse cet amour du beau, cette soif de Tidéal, qui soutient Tessor de Tâme vers les régions de la beauté pure et de Tamour saint ; amour qui, sMl n'est pas encore la piété, c'est-à-dire Tamour direct de Dieu, s*en rapproche et y élève. Je le demande, pourquoi les femmes du monde ne s'appliqueraient-elles pas à concevoir et à cultiver ainsi les arts? Leur talent même y gagnerait, noii moins que leur âme et leur vie.
On me permettra d'indiquer encore une occasion, trèsnaturelle et très-fréquente pouf les femmes, d'appliquer le goût de Part et qui est bien négligée de nos jours. Je veux dire les travaux d'aiguille ou autres, qui doivent avoir une part dans leur vie, avec le travail d'esprit.
Autrefois, par exemple, les tapisseries étaient des œuvres d*art : le choix des dessins, l'harmonie des couleurs, la finesse et l'habileté de Texêcution, en faisaient des productions parfois merveilleuses, dont nos musées s'honorent de recueillir les débris. Aujourd'hui, on travaille encore, mais on ne fait presque plus d'œuvre sérieuse; et certes, l'art n'a rien avoir dans ces ouvrages qui se font surtout remarquer par un assemblage informe de couleurs criardes, dont les yeux sont étonnés, sans en être charmés, et qui, avec leur courte fraîcheur, perdent bientôt absolument- tout leur prix.
Disons aussi que les longs travaux effraient; on aime à
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changer d'ouvrage « et la légèreté naturelle ne s'accommode pas de ce qui est de longue haleine et d'exécution difficile.
Cependant le goût et l'art du dessin pourraient trouver là une application des plus heureuses ; et les femmes du mondCt au lieu de dépenser leur temps, leur argent et leurs soins à des ouvrages d'une infériorité évidente, pourraient, sans remonter bien haut, reprendre la tradition des belles tapisseries, rendues durables par leur bon goût et leur rare exécution. En tout ceci, je ne prétends pas toutefois, on le comprend, faire le procès à de petits travaux réellement utiles et entrepris dans une intention charitable.
Je ne dirai rien de plus sur ce point. Je passerai de même rapidement sur l'étude des Sciences.
Cette étude, en général, et sauf les exceptions et les réserves nécessaires, n'est guère de la compétence des femmes du monde; cependant s'intéresser aux sciences usuelles, en avoir une connaissance succincte et précise, sera toujours fort utile, car il n'est pas permis de rester tout à fait indifférent à ce qui, autour de nous, modifie si profondément les conditions matérielles de la vie, par des applications pratiques et des découvertes du plus haut intérêt et de plus en plus multipliées.
Je m'étendrai quelque peu, cependant, sur une branche des connaissances humaines qui peut être d'une réelle utilité pour une femme ; je veux parler de celles qui se rapportent à Tagriculture.
h) conseille sans hésiter à toute femme qui a le bonheur d'habiter toujours ou souvent la campagne, de s'instruire en détail, le plus qu*il se pourra, de ce qui concerne la pratique de l'art agricole. Loin de détourner leurs maris et leurs frères, quelquefois par des récriminations puériles, d'une occupation si importante et si morale, les femmes
chrétiennes devraient, selon moi, user au contraire de toute leur Influence pour les porter à faire avec intelligence, et même avec science, de l'agriculture pratique.
Assurément, la vie élégante et fashionable n'y trouvera pas son compte; mais où sera le grand mal, si elle est remplacée par une vie active, laborieuse, utile au pays, et par conséquent exemplaire et respectée ? Sans doute, pour faire avec succès de l'agriculture, il faut de l'entente, du jugement, de l'activité, beaucoup de suite, et ne point s'engager à la légère dans des entreprises qu'on ne saurait mener à bonne fin. Là, comme partout, il est nécessaire de proportionner la dépense au revenu : aussi, là surtout, le coup d'œil d'une femme expérimentée sera toujours utile, soit pour modérer, soit pour presser l'entreprise.
L'important, c'est que des connaissances réelles la mettent à même de donner dans l'occasion des conseils éclairés. Ces connaissances se prennent bien un peu dans les livres, mais elles s'acquièrent surtout par l'observation ; et si l'on aime la vie des champs, l'initiation aux secrets du métier sera rapide.
On a coutume de faire à ceci l'objection que j'ai rappelée déjà : Cette vie est grave, dit-on, elle vous astreint, vous arrache à vos goûts, à vos plaisirs, et nous savons que toutes celles qui s'y sont vouées ont dû renoncer à bien des jouissances. — Mais, cette vie, n'a-t-elie pas aussi ses compensations? Groit-OD que celle des femmes du monde les plus enviées n'ait pas ses amertumes? Et encore un coup, quel mal est-ce de modifier ses goûts, s'ils sont futiles, ses plaisirs s'ils sont vains, et de chercher le bonheur où il se trouve réellement, dans raccomplissement des devoirs sérieux de Texistence?
Gela paraît fort grave ; j'affirme néanmoins que la joie, la meilleure joie s'y trouvera, et ce qui est mieux encore^ la santé, la prospérité, l'honneur. Hélas; de fréquentes catas-r
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irophea le prouvent sorabondamment : Tair de Paris n^est pan loujour* bon à la santô, à Thooneur et à la paix des familles ! Et ces biens méritent qu'on leur sacrifie quelque chose.
Les femmes* on n*en saurait donter, peuvent beaucoup pour retenir leur famille k la campagne ; il dépend d*ell€»i que Tintèrét et le charme de cette vie des champs se sou^ tiennent pour ceux qui les entourent; et ce charme et cet intérêt, elles le savent mieux que personne, tiennent à des riens dont le cesur donne le secret 1 SI leurs préfèreBoes se prononcent, si elles savent tont organiser et tout simplifier, si elles sont pour leurs voisins un centre de réunion cor^ dial et bienveillant, si elles partagent leur vie entre les lectures sérieuses f t agréables, ks œuvres de charité, et one coopération intelligente, dont leurs enfants et le pays ont le pins pressant besoin, est^e qu'elles n'auront pas fait de leur intelligence et de leur vie un emploi honorable, heureux, et béni de Dieu?
Mon Dieu \ si lee femmes savaient seulement comprendre ce que peut être la campagne pour leur bonhenr, comme la famille et la société s'en trouveraient mieux l Nous devrions bien sur ce point profiter des exemples et des leçons que nous donne Taristocratie anglaise. C'est là d'ailleurs, àla campagne, qu'on a des heures, que l'organisation de la vie peut être sérieuse et forte, et qu'on peut laire un bien immense autour de soi sans s'éparpiller.
Je ne veux rien dire de plus sur ce point, et j'achèverai par ces belles paroles du patriarche de notre agriculturo, Olivier de Serres, qui définissait sommairement Tart agricole, par ces trois mots : Seiencôi expérience^ diligence. Art dont le fondement ajoutait-il, est la bénédiction de JHeu^ laquelle nous devons croire estre comme la quintessence et VAme de nostre mesnage^ et prendre pour principale devise de nostre maison cette Mie maxime ; Sans Dieu^ rien
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ne petit profiter. Làr-dessus, nous bastirons nostre agriculture.
Je n'ai tien dit d^une science, à lactuelle pourtant les femmes peuvent ne pas rester tout à fait étrangères : Je .veux parler de VEconomie sociale. Je ne dis pas qu'elles dolvetit lire les livres de théorie et de système, où les économistes se combattent les uns les autres et traitent des questions spéculatives; mais les livres ù^Economie chrétienne^ qui expliquent comment la richesse se forme par le travail et les vertus domestiques; comment, après tout, le meilleur capital de Thomme est tin capital morale etc.; de tels livres ne peuvent être inutiles entre leurs mains. Il y a là, qui ne le sent? un genre d'étude fort intéressante pour une femme que la charité met en rapport avec les classes pauvres et ouvrières.
Je conseillerais ausi^ volontiers Vffistoire naturelle. La térîlô est que nous sommes entourés de merveilles et nous ne nous en doutons point ; à la campagne, on rencontre à ehaque pas une fleur, un insecte, dont les conditons de vie, la végétation ou leè instincts ont donné lieu aux observations les plus curieuses, et on ne les regarde pas ; on a des yeux pour ne point voir ces oeuvres du Créateur, des oreilles pour ne point entendre ce que dit la nature; on est, devant ces grands spectacles, faute d'un peu d'attention et d'étude, aussi indifférent, ou peu s'en faut, que le plus grossier paysan. Pourquoi donc, lorsqu'au printemps on revient prendre possession d*une habitation désertée pendant l'hiver, ne pas s'imposer, durant toute la saison qu'on y passe dans le calme et le repos, la loi de s'attacher à étudier un peu la nature et les merveilles de la création?
Reste enfin la grande étude de la Religion. A ce que nous en avofis dît déjà, nous n'ajouterons ici que peu de mots.
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En gënëraU on sail mal son catéchisme et son Évangile, et par suite très-mal sa religion. Or, cet état d'ignorance, déplorable pour toutes les ftmes, Test bien plus encore, qui ne le sent ? pour les personnes qui ont charge d*àmes, pour les mères de famille.
Aussi, tout ce que j*ai dit aux hommes du monde sur cette nécessité capitale de Tétude sérieuse de la religion, s*applique également aux femmes, et à plus forte raison encore.
Sans doute elles pratiquent la religion plus que les hommes : mais cela suffit-il toujours pour qu'elles aient une Téri table instruction religieuse? Ce serait une erreur de le croire.
Ëh bien ! qu'on examine la question devant Dieu, et Ton verra que pour une femme chrétienne, pour une mère surtout, il n'y a guère de plus rigoureux devoir que celui de s'instruire à fond de la religion dans l'intérêt des âmes si chères de son mari et de ses enfants. Il est triste de voir parfois des femmes pieuses ne pas savoir donner, sur un point important de la religion, la plus simple explication à un homme du monde qui la leur demande, ou ne pouvoir pas résoudre quelque pauvre objection. — Pour cette grande étude, voici le plan que je propose : il suffira, à condition qu'on fasse des livres que je vais indiquer, non une lecture superficielle, mais une étude attentive et suivie.
Le Catéchisme du Concile de Trente^ et la bonne édition du Catéchisme historique de Fleury.
Les livres de Lhomond : r Histoire de la Religion avant Jésus-Christ, la Doctrine chrétienne^ VUistôire de l'Église. Ces trois ouvrages sont indispensables; il n'est pas permis de ne pas les connaître.
Après quoi, on pourra lire VExposition de la Doctrine catholique, de Bossuet.
Et surtout on étudiera les Œuvres de Bourdaloue.
Quant à V Histoire de V Église^ une manière pleine de charme pour là connaître serait de Tétudier dans la Vie des saints. Qu'on se procure sur chaque époque les monographies les plus intéressantes, en suivant Tordre chronologique, et Ton aura bientôt appris Thistoire de TÊglise dans les grandes âmes qui personnifient le plus dignement son esprit et son action ; car on peut le remarquer, il n'y a pas d'époque de Tbistoire, si triste et si douloureuse qu'elle soit, en laquelle des saints, des martyrs^ des docteurs ne soient venus consoler et soutenir TÉglise de Dieu.
Qu'on commence donc par lire les Actes des apôtres^ l'Histoire de sainte Madeleine^ les Actes des martyrs^ la Vie de sainte Cécile; qu'on lise l'histoire des Pères du désert; puis celle des grands docteurs, de saint Augustin, de saint Ghrysostome, de saint Grégoire le Grand, etc., et encore le beau livre sur les moines d'Occident, par M. de Montalembert.
Que l'on poursuive dans le moyen âge avec la vie des grands papes et des grands moines : saint Grégoire VU, Innocent m, saint Dominique et saint François, sainte Elisabeth de Hongrie, sainte Catherine de Sienne, saint Bernard; puis dans les temps plus modernes : saint Vincent de Paul, saint François de Sales, saint Charles Borromée, sainte Jeanne de Chantai, sainte Thérèse, saint Philippe de Néri, M. Oiier, saint Liguori. Voilà assurément une manière de s'instruire de l'histoire ecclésiastique pleine d'intérêt, de charme, et capable d'occuper longtemps les loisirs.
La religion pratique, la piété se doit nourrir aussi de bonnes et solides lectures d'édification, et j'ai indiqué précédemment une série de livres, soit pour la méditation, soit pour la lecture pieuse : deux exercices qui ne doivent jamais manquer à la journée d'une femme chrétienne.
J'ajouterai enfin un dernier mot sur un genre de livres
KM OURLOtBS COKSEtLS
qu'il est quelquefois indispensable de lire è notre triste époque : ce sont eeut qui défendent la religion contre les attaques des impies. El M Je me borne à ce simple avis : c*est qne, si de telles lectares sont quelquefois nécessaires, il importe, là plus qu'ailleurs peut-être, de ne lire que les réfutations les meilleures, celles qui donnent à la vérité réclatante lumière qui lui appartient. Les livres de polémique faibles et médiocres ont beau être faits à bonne intention, il vaut mieux ne les pas lire, car ils peuvent être quelquefois plus dangereux qu'utiles. CTest ic! surtout quMl importe de consulter.
J'ai indiqué dans mes précédentes lettres plusieurs bons livres apologétiques : j'ai remarqué que parmi ces ouvrages deux surtout sont lus avec facilité et profit sérieux par les femmes, et même par les femmes du monde, ce sont les Conférences de Mgr Frayssfnous et les Études phiiosophi-' ques sur le Christianisme de M. Nicolas.
On le voit donc, ce ne sont pas les occupations sérieuses, les travaux utiles, les sujets d'études, les moyens de cultiver leur intelligence, qui manquent aux femmes : ce sont elles trop souvent qui manquent à tout cela. Pourquoi? Moins encore peut-être par la légèreté ou les distractions du monde, ou par les embarras d'une maison, que par le défaut d'énergie, de volonté et de bonnes habitudes prises ; puis, parce qu'elles ne savent, devant cette multitude d'études utiles et attrayantes, faire un choix intelligenf des choses à étudier, des travaux à essayer; et surtout parce qu'elles ne savent pas ordonner leur journée de manière à se donner du temps pour les occupations sérieuses et régulières; enfin^ laissez-moi vons le dire, parce qu'armée des deux mots de Molière, comme de grossiers ciseaux, la sottise mondaine vous a coupé les ailes, 6 âmes qui aviez reçu de Dieu des ailes pour monter dans les nobles régions de lumière !
AUX PBlilfBS CHRÉTIENNES. 59f
C'est donc à cela, c'est à vouloir, à choisir, à trouver du temps, que je voudrais maintenant vous aider.
Je sens bien tout ce qo^il y a de délicat et de grave dans le rôle de conseiller^ sur des matières comme celles qui nous occupent ici, et je sens aussi tout ce qu'au premier abord a d'effrayant la multiplicité des choses que nous venons de passer en revue. Mais que mes religieuses et déli* cates lectrices me permettent de le redire : Il ne s*dgit pas le moins du monde d'embrasser tous ces divers sujets d'é* tudes. Il s'agit simplement, je ne saurais trop y insister, de faire un choix intelligent, en rapport avec les goûts, les aptitudes, les loisirs, les convenances^ Certes ^ même un SEUL de ces sujets d'étude peut sufHre, et au delà , pour le but qu'il s'agit d'atteindre, c'est^à-^re pour se faire une vie dignement et utilement occupée.
Il n'y a donc pas lieu de s'effrayer. Il n'esl question, je le répète, que défaire un bon choix, sans se jeter dans des études impossibles ou exagérées^— Cela dit et bien entendu, j'arrive au détail des conseils pratiques.
La première chose à faire, c'est de bien ordonner sajour-» née : c'est d'avoir un règlement.
Ceci est d'une importance capitale : je m'y arrête.
Oui, si une femme veut échapper au vide des journées, au péril du désœuvrement, aux ennuis de la futilité, et arriver à fiaire quelque chose de sérieux, elle doit avoir un règlemanl. U faut que tout dans la journée soit, autant que possible^ réglé et ordonné. Sinon, qu'on en soit bien persuadé, rien n'est possible.
Mon, rien n'est possible sans des habitudes nettes, fer^* mes et fermement gardées ; rien avec la fantaisie ; le caprice, la mobilité ou le laisser^aller. Ceci est d'expérience constaftle^ universelle. Cekine veut pas dire assurément qu'en
dehors de son plan d'études, on ne puisse faire un travail que les circonstances amènent, ou telle lecture qu'une légitime curiosité permettra : cela ne doit s'entendre que des occupations habituelles.
Donc il faut, avant tout, un règlement. Il faut de toute nécessité être décidée^ mais absolument décidée, à s'établir dans Tordre d*un règlement, et pour cela parfois à se contraindre, à se gêner, afin de mettre pour ainsi dire sa vie dans un lit tracé comme celui d'un fleuve, et que les journées s'écoulent d'un cours plein, puissant, fécond, et ne se perdent pas comme des eaux qui débordent et se répandent.
Voilà le premier 'point, et il est capital : un règlement.
Un autre point, capital aussi, c'est la distinction à établir entre la matinée et la soirée.
Autres doivent être les occupations du matin, et autres celles du soir.
Règle générale, les heures d'occupation sérieuse, du travail suivi, c'est au matin qu'il faut les prendre. Sinon onne les trouvera plus. On sera sans cesse dérangé. Pour le travail d'esprit, du reste, on le sait, les heures de la matinée sont les meilleures.
Ce sont celles aussi, pour les femmes, qui leur appartiennent le plus. L'usage accorde généralement aux femmes le libre emploi de leurs matinées, c'est-à-dire des heures qui s'écoulent depuis leur lever jusqu'au déjeuner, lequel il convient, afin de se laisser plus de temps, de renvoyer assez tard, à onze heures au plus tôt, si cela dépend d'elles. Elles ne sont pas tenues de paraître au salon à ces premiers moments de la journée ; elles doivent donc garder soigneusement cette liberté et la consacrer au travail sérieux, réservant la simple lecture, le dessin, la musique, la correspondance, pour les heures de l'après-midi.
Le matin donc, après les exercices pieux, qu'il ne laut
AUX FBHMES CHRÉTIENNES. 593
jamais omettre, après un coup d*œil attentif donné au ménage, aux enfants, à la maison, à toutes ces choses qui sont facilement réglées, si la veille elles ont été prévues et ordonnées : ce qu'il faut, c'est de se ménager quelques heures, deux ou trois, s'il est possible, pour son travail à soi, ses études favorites, et une fois ses heures fixées, y tenir fortement. Sinon, sans cesse, se présentera un prétexte ou un autre pour les entamer et les sacrifier.
Je rai dit pour les hommes, et je le redis ici : Toute femme qui ne se ménagera pas le matin ces quelques heures sacrées, se laissera nécessairement envahir, distraire, éparpiller, et elle ne fera jamais rien.
Ce que je dis ici regarde principalement les femmes qui ont toute possibilité de se ménager la matinée. Mais, je le sais, toutes les femmes n'en sont pas là ; beaucoup d'entre elles, même quand elles ne sont pas obligées de travailler pour vivre, ont des devoirs qui réclament une bonne partie des premières heures de la journée : aussi combien n'est pas admirable la mère de famille, la maîtresse de maison, qu'une fortune médiocre oblige à faire beaucoup par ellemême pour le soin de ses enfants et le gouvernement de sa maison, et qui, justement absorbée par ces soins pendant la matinée, sait encore trouver du temps pour son travail intellectuel pendant l'après-dîner, en disputant quelques heures aux visites et aux occupations plus frivoles de la vie!
Un autre point, capital aussi, c'est de bien fixer son choix de lecture ou de travail, et de se tracer son plan. Rien n'est pire que l'incertitude : hésiter, ne savoir à quoi se prendre, essayer aujourd'hui ceci et demain cela, c'est un moyen infaillible de ne rien faire, de perdre le temps, et de se dégoûter du travail. 11 faut donc avoir ses plans et les suivre, ne pas voltiger de livre en livre, ni de sujet en sujet ; en un mot, se donner sa tâche et la remplir, coûte que coûte.
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Pir eiample, dirai -je aux femmes dn monde cpii, d*Ofdi- Mire, partagent leur année en trois ou quatre mois de séjour à la Tille, et huit ou neuf mois de séjour k la campagne : vous arrivea dans votre province; eli bien ! faites^vous de suite et sans perdre de temps un plan d'étude et de lectures pour la belle saison. Choisissez, parmi les lectures sérieuses que vous pourrez faire, celles qui devront vous occuper pendant quelques mois d'une manière suivie; ne donnez rien au hasard et au caprice du moment ; choisissez, mais, une fois votre choix arrêté, tenez-vous-y. Ainsi, proposezvous une année Thistoire de l'Eglise, par exemple, et prenez pour lecture suivie ce qui se rapporte à cette histoire; Tannée suivante, vous pourrez prendre les grands moralistes français, oa telle autre étude qui vous agréera.
Et de même à la ville, et partout où vous êtes établie d'une manière fixe, ayez toujours votre plan d'occupations nettement tracé, et ne restez jamais dans le vague et Tindécision sur la manière dont vous emploierez votre temps.
Supposé donc qu'une femme ait cette raison^ ce courage, cette énergie, de se faire son règlement, d'avoir ses habitudes fixes, de se tracer son plan et d'y tenir: à quels genres d'occupations intellectuelles pourrait-elle se livrer dans les moments qu'elle aura su se ménager?
11 y en a de plusieurs sortes, proportionnées aux aptitudes et aux goûts de chacune.
L'occupation intellectuelle la plus simple et la plus facile^ c'est la lecture. J'entends ici non une lecture rapide, qui ne coûte aucun effort, mais une lecture sérieuse qui soit un vrai travail. On le conçoit : lire simplement ne peut guère s'appeler un travail ; la lecture seule habitue l'esprit à une sorte de paresse, elle l'amuse, le distrait sans l'obliger à travailler par lui-même, n'exerce pas ses forces vives. Je dirai même que la lecture, telle qu'elle est trop souvent faite, n'est qu'une futilité de plus, ajoutée aux autres fhtilités,
quand elle n'est pas un danger grave : la plupart des femmes du monde, en effet, quand elles lisent, que lisent-^lles? Je me suis élevé souvent, dans ces lettres, contre la malheureuse facilité à tout lire et Toubli complet du sens chrétien, j'allais dire du sens moral, que montrent à cet endroit certaines femmes, même chrétiennes ; je n'y reviendrai pas. Ce que je recommande particulièrement ici, ce sont les bonnes lectures, sans doute, mais les lectures réfléchies. Sans contredit, quand la lecture ne court pas au hasard de livre en livre, quand elle se fait d'après un plan bien tracé et fidèlement suivie elle peut apprendre beaucoup de choses. -* Â la condition toutefois, si souvent rappelée par nous, qu'on lise, la plume à la main^ avec attention et réflexion, appréciant ce qu'on lit et fixant son appréciation par des notes, s'assujettissant, au besoin, à copier quelques-uns des passages les plus remarquables, ou indiquant dans un résumé rapide les idées qui auront le plus frappé. Autrement, et si on ne fait que lirot tout glissera dans l'esprit sans laisser de traces.
Mais une femme doit-elle se contenter de lire de la façon sérieuse que nous venons de dire, et de telle sorte que sa lecture soit un travail? Ne pourrait-elle pas s'exercer à un genre d'occupation où l'esprit soit moins passif que dans une lecture même ainsi faite, et réagisse davantage sur ses pensées et ses réflexions.
Un excellent travail, en ce genre^ serait la eritique lUtéraire. ^ Il parait quelque ouvrage considérable : le lire avec soin et en faire par écrit un examen critique et détaillé, cela incontestablement exerce beaucoup l'esprit, accoutume à réfléchir en lisant, à juger ce qu'on lit, à comparer un auteur à un autre. Rien he fixe autant les souvenirs, et ne forme mieux ce jugemeut littéraire élevé et juste, qui n'est pas uniquement un ornement de l'esprit, mais qui est aussi une
force de Tâme; car ce ne sera jamais inutilement qu'on aura appliqué sa pensée et exercé sa raison.
Il y a aussi des femmes qui se plaisent à faire ce qu'elles appellent leur journal^ habitude que je n'approuve guère et qui n*est pas sans inconvénient.
L'abus à craindre ici, je le dois signaler, c'est le défaut de simplicité, et puis la prolixité, l'épancbement sans mesure, l'évanouissement de Tesprit et de l'Ame dans des écritures sans but et sans fin.
Cette habitude de s'observer trop curieusement fait des femmes fatiguées d'elles-mêmes, et à la longue fatigantes, ou prétentieuses. Les bonnes mères de famille agissent, vont de la cave au grenier, et de leur prie-Dieu à la salle d'étude, sans écrire ces petits mémoires complaisants et inutiles. — Ces sévérités ne s'appliquent pas, bien entendu, à un journal de voyage.
S*il faut exprimer sur ce point toute ma pensée, je dirai que le journal, aujourd'hui, pour une femme, me fait peur. Le succès posthume de certains journaux de femmes est monté, semble-t-il, an cerveau de plusieurs. Là se glisse, bien plus que dans la correspondance, dont nous parlerons tout à l'heure, l'arrière-pensée de la publicité. C'est un auteur qui pose, ce sont des mémoires d'outre-tombe qui se préparent. On relit, on savoure son journal, non parce qu'on y retrouve mille motifs de bénir et de remercier Dieu, mais tont simplement parce qu'on y est soi-même en scène. Il y a des femmes pour qui leur^ropre vie devient ainsi le roman préféré, et ce roman les absorbe plus que tout autre, les dégoûte de la vie réelle, et les détourne également des devoirs austères. Je connais telle femme à qui j'aimerais mieux voir lire les romans d'autrui que de faire ainsi son propre roman.
Je crains donc Thabitude du journal quotidien et étudié;
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mais que, de temps à autre, dans certaines circonstances solennelles, au baptême ou à la première communion de ses enfants, aux grands anniversaires de sa vie, une femme se recueille et écrive quelque pages intimes sur les grâces reçues de Dieu^ qu'elle note de temps en temps ses lectures, ses méditations, les impressions de ses communions, ou Tétat présent de son âme, c'est autre chose. Ce travril serait le moyen de se reconnaître, de se rendre compte de sa vie, de s'avertir soi-même, d'élever ses pensées et ses sentiments. Pourvu qu'il fût fait avec brièveté, simplicité et vérité, ce travail pourrait être excellent.
Un autre genre d'occupations, que certaines femmes d'un esprit cultivé choisissent quelquefois, c'est un travail de traduction. Ainsi il parait un bon ouvrage en Angleterre ou en Allemagne, il n'est pas encore connu en France; une femme qui sait l'anglais ou l'allemand, le lit; pourquoi n'essaierai t-elle pas de le traduire? Ce travail exerce beaucoup les facultés de l'esprit, lorsqu'on veut le faire avec soin ; il oblige à se rendre bien compte du génie de sa propre langue, rien ne rompt davantage à écrire. Sans prétendre au renom d'auteur, on peut quelquefois de la sorte faire connaître au public des ouvrages ignorés et dignes d'être lus.
Une occupation qui peut être encore facilement convertie en travail utile et agréable, c'est la correspondance.
La correspondance, —j'entends avec la famille; une correspondance utile, nécessaire : elle doit être fidèle, exacte, affectueuse, non pas vaine, prolixe, bavarde.
C'est une excellente habitude de répondre de suite à ses lettres, et de ne les pas laisser s'arriérer et s'accumuler. De plus, j'aime, quant à moi, que les femmes s'accoutument à écrire leurs lettres avec tout le soin dont elles sont capables, et qu'elles y mettent, sans aucune prétention, leur âme, leur
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esprit, leur style. La correspondance alors , au lieu d'être un assujettissement fastidieux, devient un exercice profitable, qui aiguise, assouplit et polit Tesprit, et peut, dans certains cas, permettre à une nature bien douée de déployer ses plus riches, ses plus aimables et ses plus solides qualités. Témoin les correspondances célèbres de madame de Sévigné, de madame de Mainienon, et, de nos jours, de madame Swetchtne.
CTest ici le lieu de dire que les femmes ont des dons étonnants pour ce genre d'écrits ; quelque chose de simple, de délié, de délicat, de fin, de gracieux, qui n'exclut pas la noblesse, la solidité et Télévation. Il faut donc écrire ses lettres avec soin, mais avec naturel et simplicité ; surtout sans aucune arrière-pensée de publicité : rien ne serait pire et ne leur enlèverait plus sûrement tout leur charme.
Allons plus loin maintenant, et demandons- nous : Se peut-Il qu'une femme compose des ouvrages ? Question assurément bien délicate : qui ne sent de suite les objections que beaucoup de gens pourraient élever contre une femme auteur? Certes, pour moi, je ne voudrais pas voir les femmes se jeter indistinctement, et sans une vocation bien reconnue, dans la grande composition et dans les hasards de la publicité. En général, ce n'est pas leur affaire ; bien que plusieurs d'entre elles puissent écrire, souvent avec plus de bon sens que tels ou tels écrivains. Mais est-il d'ailleurs toujours nécessaire de publier ce qu'on écrit? Quand une femme écrirait avec la pensée de n'être jamais connue du public, quand elle ne travaillerait que pour elle et pour ses enfants, un tel travail serait-il inutile ? Et faudraît-il interdire absolument tout travail de composition à une femme? Ce serait bien rigoureux. D'ailleurs, le travail de composition a ce grand avantage qu'il met en œuvre toutes les facultés de l'esprit, qu'il oblige à réfléchir, et qu*îl occupe de
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Tobjet du travail même en dehors des teavres qui lai sont consacrées.
Les femmes, sans doute, ont un style qui leur est propre, mais qui ne leur défend certes pas de tenir une plume.
Je dis plus, et supposant que ses goûts et ses aptitudes portent une femme à écrire, que d'ailleurs les convenances de son intérieur, de son mari, de ses enfants, ne s'y opposent pas, si, dans de telles circonstances, et du consentement de son mari, une femme publiait, dans les revues, qui les accueillent si volontiers, ou de toute autre manière, des travaux de critique, ou même des ouvrages composés par elle, je ne me croirais autorisé à le trouver mauvais que si Tœuvre elle-même était mauvai&e.
Il y a, parmi nos contemporaines, quelques femmes qui, en gardant ou ne gardant pas Tanonyme, ont eu ainsi le mérite de mettre en circulation de très-bons livres, ou d'ap« porter une collaboration utile à la presse religieuse, dont la tâche aujourd'hui est si rude, et qui a tant besoin d'auxiliaires intelligents.
Mais, quoi qu'on fasse, quoi qu'on étudie ou qu^on écrive, ce qu'il faut, que mes lectrices, j'allais presque dire, avec trop d'ambition, mes disciples, si j'ai l'honneur d*en rencontrer ici, me permettent d'y insister, ce qu'il fïiut, c'est la suite, la persévérance dans ce que Ton fait ; sinon rien ne reste, tout s'en va. On ne trace dans son esprit que des caractères confus et fugitifs ; on eflleure, on n'approfondit pas ; on a passé son temps, mais on n'a pas travaillé. La suite dans ce qu'on fait, c'est là ce qui demande le plus de volonté, môme aux natures les plus courageuses 5 mais il y en a plus d'une, je le sais, parmi celles à qui je m'adresse.
C'est pour l'après-midi, avons-nous dit, qu'il faut réserver, autant que possible, la correspondance, les comptes.
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certains ordres à donner, les simples lectures, les visites, le travail des mains, et, je rajouterai, les bonnes œuvres. Tout cela entre dans la vie d'une femme chrétienne vivant au milieu du monde, mais rien de tout cela ne réclame la forte attention, l'effort viril du travail réservé à la matinée,
L*inspection attentive, quotidienne, active sur toutes choses, ce coup d*œil général et pénétrant de la maîtresse de maison, qui est nécessaire, ne demande pas, surtout quand .rhabitude en est prise, un trop long temps dans Taprès-midi.
J'ai parlé de la lecture, qui peut être considérée comme une étude, comme un véritable travail, ayant sa place dans les heures sérieuses de la matinée. Je n'ai pas entendu méconnaître par là de quel secours pourrait être aussi la simple lecture, bien entendue et bien conduite, pour remplir les heures vagues, les fragments de temps qui se trouvent souvent dans l'après-midi, ou les heures passées dans Taprèsdîner au salon.
Je voudrais donc qu*en dehors des ouvrages qu'elle étudie de plus près, une femme eût toujours sur sa table un livre, agréable ou sérieux, qui se pût reprendre et quitter sans inconvénienl, dont elle lirait chaque jour quelque chose, plus ou moinSj selon les dérangements inévitables dans l'existence d'une mère de famille et d'une maîtresse de maison ; ou bien encore une revue vraiment bonne et chrétienne, telle que le Correspondant ou la Revue d'économie charitable.
La lecture a en outre cet avantage qu'elle peut avoir lieu en commun. Le dessin de môme peut très-bien se faire dans un salon. Dans les après-déjeuners des journées d'été, alors que la chaleur empêche de sortir, on peut donc placer des heures de dessin, ou, lorsqu'on ne sait pas dessiner, des heures de lecture en commun. La lecture en commun est le charme de la famille ou de^ rcunions intimes Que de leçons
indirectes et charmantes on y reçoit des réflexions d'autrui ! Quelle sérieuse étude du cœur humain Ton y peut faire ! Prier, prendre ses repas, et lire en commun, voilà ce qui unit le plus les hommes.
Le dessin et la lecture en commun sont des occupations qui interrompent heureusement la monotonie des journées de campagne, comme la musique est une grande ressource pour les soirées d'automne et d'hiver. Rien de mieux assurément que de chercher ainsi à rendre profitable, lorsqu'on le peut, soit à Taide d'un travail de dessin, soit à l'aide de la lecture à haute voix, le temps qu'il est d'usage de passer tous ensemble, au salon, lorsqu'on est en famille ou lorsqu'on reçoit des amis et des voisins.
Quant au travail à l'aiguille, au travail manuel^ bien loin de le dédaigner, je conseille très-expressément à toute femme, quelle qu'elle soit, d'y consacrer, chaque jour, un certain temps de la soirée ou de l'après-déjeuner. Dédaigner de travailler pour leurs enfants, pour leur mari, pour leur maison, quelles femmes auraient ce droit ? quelques-unes néanmoins pourraient travailler plus particulièrement, si leur position de fortune le leur permettait, pour les églises ou pour les pauvres : c'est une manière de faire l'aumône qui exerce à la fois l'adresse des mains et de l'intelligence; car on arrive, en songeant aux besoins des pauvres, à faire grande attention pour tirer le meilleur parti possible de chaque morceau d'étoffe, ou en pensant aux églises dépourvues d'ornements, pour rehausser par le bon goût la simplicité de ceux qu'on leur destine, si on ne leur destine que cela.
Ceci n'est qu'une partie des bonnes œuvres qu'une femme chrétienne doit faire, et pour lesquelles il est nécessaire aussi qu'elle sache trouver du temps.
Les visites de pauvres ou de malades peuvent souvent très-bien servir de but aux promenades, ou se combiner avec les visites de société. Je n'insiste pas sur ce (point,
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malgré son imporUnGe dans la vie d'iina fiBomie dirètieiiii«, particulièrement à la campagae, où ces visites charitables sont toujours d'ua si bon effet.
Bien des choses, on le voit, se disputent ces journées de femmes, que Ton croit quelquefois si vides, qui le sont en effet si souvent et si tristement, et qui cependant pourraient être si heureusement remplies.
Mais à une condition évidemment; je le disais en commençant ces conseils, et je demande la permission d'y revenir en terminant : k la condition que ces journées seront ordonnées, de concert avec qui de droit, cela va sank dire; et que deux choses surtout, desquelles dépend tout le reste, seront réglées et fixées autant que poshibie, et pas trop retardées : le lever et le coucher. Il faut être conaéqaent avec soi-même, et si on veut un but sérieux, il faut avoir le courage de vouloir aussi les moyens :
A la condition aussi que le déjeuner non plus ne sera pas placé trop tél.
Car si Ton se couche et sa lève tard et que Ton dé|oune tôt, c'est fini ; la matinée est perdue et point de travail possible ; surtout si la lenteur de s'hai>îller, si les soins exagérés de la toilette, ces toilettes ruineuses, fléau de tant de jeunes femmes aujourd'hui et de tant de familles, viennent s'ajouter à cette mauvaise organisation des heures.
Bien des femmes chrétiennes se plaignent justement de ne rien faire, et de voir le temps leur glisser pour ainsi dire entre les nuitns. Mais à qui la faute? Quelle en est la cause? La cause en est dans les détails de la vie, dans ces pertes de temps quotidiennes, absolument inutiles et futiles, dans ce défaut d'attention et de règle : à cela, les plaintes, les regrets n'apportent aucun remède. Le remMe, ce sont les bonnes résolutions; ce qui changera quelque chose ici, c*6st un bon règlement, Hdèlement accompli.
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Je le demande t telle femme du monde se eouche h denx heures du matin, se lève à neuf, puis déjeune; comment voulez-vous qu'elle fasse quelque chose ? Et que voulezvous, au bout de quelque temps, que devienne sa vie?
Le travail du matin ne ni'est pas possible, disent certaines femmes. -- Je le crois bien, certes, vous n'avez pas de matin. Et c'est pour ne pas vous en passer tout à fait qu'à Paris vous appelez matinée l'après-midi.
Ce sont ces habitudes, je le répète, qu'il faut changer absolument.
Si de plus, on est toujours sortie, comme il arrive à certaines femmes, toujours en visites, en promenades, regardez ce qu'il y a, en fin de compte, dans de pareilles journées, et ce que sont en réalité de pareilles existences. Non, il n'en peut pas aller ainsi ; il y a préalablement une renferme nécessaire à opérer dans ce gouvernetnent inintelliligent de ses heures , ou plutôt dans cette vie jetée h l'abandon.
Un règlement donc, et des habitudes:
Un règlement, variable dans les détails, seton les cir^ constances, mais fixe sur les points que j'ai indiqués;
Je dis variable, car il y a des circonstances qui font une nécessité de déranger ses heures de travail de temps à autre, pour des motifs sérieux, pour les convenances ou les complaisances du ménage; je le dirai même, par exemple, pour accompagner son mari dans une promenade matinale, ou ne pas entraver ses projets. Il faut adoucir les angles de sa règle pour ne pas blesser. J'ai connu une Jeune femme qui, par excès de régularité et d'exatitude à remplir la tâche quotidienne qu'elle s'imposait librement, a habitué son mari à se passer d'elle, à sortir toujours seul, et qui, pour acquérir une vertu trop austère, a perdu celle de son mari.
Ces dérogations à la règle pour de tels motifs entrent dans la règle elle-même et n'appartiennent en rien à la fan-^
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taisie. En dehors de ces cas exceptionnels* des habitudes nettes, précises, fermes et invariablement observées.
Voilà ce qui est absolument nécessaire ; sans cela, il n'y a rien à attendre d*une vie féminine, qu'une inutilité ou une médiocrité déplorable.
Les grandes vies ne vont jamais sans les grandes résolutions et les habitudes fortes.
Si j'ai été assez heureux pour persuader mes lectrices, je leur demande seulement de commencer^ de s'y mettre^ et d'acquérir au prix de quelque sacrifices beaucoup de paix pour elles et un peu de bonheur pour les autres. Tout ceci d'ailleurs est un fait d'expérience ; je n'ai rien conseillé ici qui ne se pratique tous les jours, et que moi-même je n'aie va pratiqué pour le grand bien de tous. Oui, par la grâce de Dieu, il y a des femmes, même de jeunes femmes, qui ordonnent et remplissent ainsi leur journée ; il y a des maris intelligents qui, loin de contrarier de telles habitudes, les favorisent ; et ni le mari, ni la femme, ni les enfants, ni le ménage ne s'en trouvent mal. Tout au contraire, je ne connais pas d'intérieurs plus unis et plus heureux que ceux où l'ordre des occupations remplace ainsi le vide et la fantaisie. J'ai connu des familles entières, réglées avec une force et une douceur incomparables, parce que là des femmes, aussi appliquées que modestes, donnaient à tous simplement le grand exemple de la fidélité au travail et du sérieux de la vie chrétienne.
Et qu'on le sache bien, ce sérieux n'est point la tristesse ; loin que le foyer domestique en soit assombri, vous trouverez dans les ménages régis de la sorte, les heures de délassement comme celles du travail ; vous y trouverez les douces joies de la vie de famille, l'union des cœurs et leurs intimes épanchements, le libre usage enfin de ce qu'i
y a de légitime dans les distractions du monde. Rien d'ailleurs n'évite mieux les froissements de la vie commune, et enfin rien n'attire plus sûrement les bénédictions de Dieu qu'une telle vie, dont toutes les heures ont un emploi qu'approuvent également la raison et la vertu.
Cela dit, je ne m'excuse pas d'avoir paru austère et peut-être même quelquefois un peu sévère dans ce qui précède. Je sais qu'une femme vertueuse est toute-puissante pour le bien, quand elle le veut ; j'en ai eu la preuve par trop de généreux et charmants exemples, pour ne pas céder à la tentation de demander beaucoup là où tout est possible.