‹ De la jeunesseChapitre 15 sur 17 · L'ERMITE · texte numérisé non relu

L'ERMITE

Alors vint un ermite.

Il s'avança vers l'antre ; Grave ettremblant, sa croix au poing, sa corde au ventre. Il entra. Le héros tout rongé gisait là Informe, et le lion, se réveillant, bâilla. Le monstre ouvrit les yeux, entendit une haleine. Et, voyant une corde autour d'un froc de laine, Un grand capuchon noir, un homme là-dedans. Acheva de bâiller, montrant toutes ses dents ; Puis, auguste, et parlant comme une porte grince, Il dit : — Que veux-tu, toi ? — Mon roi. — Quel roi? — Mon prince

— Qui? — L'enfant. — C'est cela que tu nommes un roi ! — L'ermite salua le lion. — Roi, pourquoi

As-tu pris cet enfant? — Parce que je m'ennuie.

Il me tient compagnie ici les jours de pluie.

— Rends-le-moi. — Non. Je l'ai. — Qu'en veux-tu faire enfin?

Le veux-tu donc manger? — Dame ! si j'avais faim !

— Songe au père, à son deuil, à sa douleur amère.

— Les hommes m'ont tué la lionne, ma mère.

— Le père est roi, seigneur, comme toi. — Pas autant. S'il parle, c'est un homme, et moi, quand on m'entend, C'est le lion. — S'il perd ce fils... — Il a sa fdle.

— Une fille, c'est peu pour un roi. — Ma famille A moi, c'est l'àpre roche et la fauve forêt.

Et l'éclair qui parfois sur ma tête apparaît ;

Je m'en contente. — Sois clément pour une altesse.

— La clémence n'est pas; tout est de la tristesse.

— Veux-tu le paradis ? Je t'oflre le hlanc-seing Du bon Dieu. — Va-t'en, vieil imbécile de saint !

L'ermite s'en alla.

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