‹ De la jeunesseChapitre 17 sur 17 · L'AURORE · texte numérisé non relu

L'AURORE

Le blême peuple était dans les caves épars. A quoi bon résister? Pas un homme aux remparts; Les portes de la ville étaient grandes ouvertes. Ces bêtes à demi divines sont couvertes D'une telle épouvante et d'un doute si noir. Leur antre est un si morne et si puissant manoir, Qu'il est décidément presque impie et peu sage. Quand il leur plaît d'errer, d'être sur leur passagv. Vers le palais chargé d'un dôme d'or massif Le lion à pas lents s'acheminait pensif.

Encor tout hérissé des flèches dédaignées ;

Une écorce de chêne a des coups de cognées,

Mais l'arbre n'en meurt pas; et, sans voir un archer,

Grave il continuait d'aller et de marcher;

El le peuple tremblait, laissant la béte seule.

Le lion avançait, tranquille, et dans sa gueule

Effroyable il avait l'enfant évanoui.

Un petit prince est-il un petit homme? Oui. Et la sainte pitié pleurait dans les ténèbres. Le doux captif, livide entre ces crocs funèbres, Était des deux côtés de la gueule pendant. Pâle, mais n'avait pas encore un coup de dent ; Et cette proie était un bâillon dans sa bouche. Le lion ne pouvait rugir, ennui farouche Pour un monstre, et son calme était très furieux ; Son silence augmentait la flamme de ses yeux; Aucun arc ne brillait dans aucune embrasure ; Peut-être craignait-on qu'une flèche peu sûre. Tremblante, mal lancée au monstre triomphant, Ne manquât le lion et ne tuât l'enfant.

Comme il l'avais promis par-dessus la luoiita^iK'. Le monstre, méprisant la ville comme un bagne, Alla droit au palais, las de voir tout trembler. Espérant trouver là quelqu'un à qui parler. La porte ouverte, ainsi qu'au vent le jonc frissonne, Yacillait. Tl entra dans le palais. Personne.

Tout en pleurant son fils, le roi s'était enfui

Et caché comme tous, voulant vivre aussi lui,

S' estimant au bonheur des peuples nécessaire.

Une béte féroce est un être sincère

Et n'aime point la peur; le lion se sentit

Honteux d'être si grand, riiomme étant si pelit;

Il se dit, dans la nuit qu'un lion a pour Ame :

— (Test bien je mangerai le fils. 0"<^'l [><'i'<' inràinel

Terrible, après la cour prenant le corridor, Il se mit à rôder sous les hauts plafonds d'or; 11 vit le trône, et rien dedans ; des chambres vertes, Jaunes, rouges, aux seuils vides, toutes désertes; Le monstre allait de salle en salle, pas à pas, Affreux, cherchant un lieu commode à son repas; 11 avait faim. Soudain Teflrayant marcheur fauve S'arrêta.

Près du parc en fleur, dans une alcôve. Lu pauvre être, oublié dans la fuite, bercé Par l'immense humble rêve à l'enfance versé. Inondé de soleil à travers la charmille. Se réveillait. C'était une petite fille; L'autre enfant du roi. Seule et nue, elle chantait, Car l'enfant chante même alors que tout se tait.

Une ineffable voix, plus tendre qu'une lyre, L'ne petite bouche avec un grand sourire,

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Un ange dans un tas de joujoux, un berceau,

Crèche pour un Jésus ou nid pour un oiseau,

Deux profonds yeux bleus, pleins de clartés inconnues,

Col nu, pieds nus, bras nus, ventre nu, jambes nues,

Une brassière blanche allant jusqu'au nombril.

Un astre dans l'azur, un rayon en avril,

Un lys du ciel daignant sur cette terre éclore,

Telle était cet enfant plus douce que l'aurore ;

Et le lion venait d'apercevoir cela.

Il entra dans la chambre, et le plancher trembla.

Par-dessus les jouets qui couvraient une table. Le lion avança sa tète épouvantable.

Sombre en sa majesté de monstre et d'empereur, Et sa proie en sa gueule augmentait son horreur. L'enfant le vit, l'enfant cria : — Frère! mon frère! Ah! mon frère! — et debout, rose dans la lumière Oui la divinisait et qui la réchauffait, Regarda ce géant des bois, dont l'œil eût faii

Reculer les Typhons et fuir les Briarées. Qui sait ce qui se passe en ces têtes sacrées? Elle se dressa droite au bord du lit étroit, Et menaça le monstre avec son petit doigt.

Alors, près du berceau de soie et de dentelle. Le grand lion posa son frère devant elle, Comme ent fait une mère en abaissant les bras. Et lui dit : Le voici. Là ! ne te fâche pas!

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