‹ De la liberté de conscience et de culte à HaïtiChapitre 1 sur 1 · RUE DE TAUGIRA.ED, N · texte numérisé non relu

RUE DE TAUGIRA.ED, N

JUILLET i8â4*

!^A 2. i-j ç, lo

HARVARD COaEGE LIBRARY • FROM THE LIBRARY OF OOMTK ALFRED BOULAY DE U MEURTHC APftIL 1927

DE LA UBERTÉ

DE

A HAÏTI

Je n'ai aucun droit d'intervenir dans les affaires ecclésiastiques^ civiles et politiques des Qaïtiens ; ^ils attachent de Fintërét aux écrits que je leur adresse > c'est un acte de confiance volontaire envers un homme qui leur est connu par une affection sincère pour les honmies de toutes les couleurs et qui s'est dévoue', dès sa jeunesse , à la défense des opprimes , spëcialem^it à celle des enfajas de l'Afrique ; mais à leur tour , seraient-ils devenus oppresseurs? GéBt Paccusation dirigée contre quelques'i

uns d^eux , par quelques méthodistes installes à Haïti^ où ils ont forme un petit troupeau de prosélytes.

M. de Fernex, ministre gene'voîs, dans un discours adressé, naguère, au consistoire de son Eglise , parlait des mouvemens que les méthodistes excitent dans tous les pays chrétiens (i). Un autre ministre, M.Chenevière, se plaint, avec amertume , des hostilités contre FEglise de. Genève, par les méthodistes (2). Ce témoignage de deux perspnuiages distingués parmi les calvinistes , >ourrait-il être suspect? Il est fortiié par celui.d'un savant médecin de la même communiou , établi à Haïti,

(1) Discours prononcé au consistoire de Téglise de Genève , le i4 janvier 1819 , par Fernez, pasteur. In-8% Genève^ 1819, p. il.

(a) Causes qui retardât chez les réformés les progrès de la théologie , par Chêne vie re , :!• édition, in-12. Genève, 1820, pag. viii dç FayUnt-^propos.

dont la" lettre, sous mes yeux, sVnonce d'une ' manière dëfaTorable aux méthodistes de cette contrée.

Ce tableau serait bien rembruni, s'il était vrai, comme Fassm^ent d'autres personnes revenues de cette île, qu'un jeune homme, fanatise par eux, ait porte sur sa mère une main sacrilège.

Mais comment concilier ces détails avec les plaintes qu'on fait retentir dans les journaux , et que m'envoient d'Angleterre des hommes respectables, sur les persécutions exercées, disent-ils, contre les méthodistes du Port-au-Prince ? E^til vrai que , dans les pratiques de leur culte, ils aient été insultés, assaillis de pierres, et même en danger de perdre la vie? Le seul article sur lequel ces relations contradictoires soient d'accord, c'est à louer la sagesse et la bienveillance du président de la république.

X)ans ceità divergence de narramxùs y quel moyen d'atteindre et de saisir: la. vérité'? N'en serait -il pas coHune'de la presque totalité' des disputes^ oii les griefs respectifs sont exagères et les torts partagés?

Tomdfois^ en admettant comme foiidées les réclamations des méthodistes, on pourrait demander encore si au lieu d'être attaqués comme^sectairei^ , ils ne l'ont pas été comme blancs^ ou comme étrangers^ d'fiçirèsdes soupçoî^ sûrement erronés > et cependant naturels chez un peuple rendu à la ^ liberté par son courage, mais.i^égé par des hordes d'es|>iDns:qui, après avoir joué leur rôle d'iuÊimie, redennent en Europe mendier le salaire de leurs turpitudes.

Dans les doléances envoyées d^Haïti à mes amîsd^ Angleterre, il est dit qûe'« quand on jette des pierres-, )> à ces méthodistes , le coup re-

)> jailUt sur plasieurs noyembV^s du » parlmnent britannique leurs^'parr » tisans , et sur certains «'v4%àe6 )) (anglicans) auxquels cette agrès- » sion donne la xoesure dejice que .)) l'on ferait contre eux , jsi on avait ^) le pouvoir. »

Cette insinuation me parait maladroite > car elle rappelle , k i quiconque . réfléchit > que dans les iles britanniques sept millions et plus de catholiques^ presque tous Irîanr dai3, n'ont pas mémePétendue-de liberté religieuse accordée aux jui& et aux quakers , qui du moios peu<vent être ^ mariés et inhumés : sans l'intervention des xrdiiistres anglicans; que réceinsnent encore le docteur Blake > archidiacre catholique de. Dublin ^ ayant récité une prière sur la fosse . d^iîn catholique , à FinôtôBl} le- docteur Magée , archevêque protestant, lui a fait signifier qu'il n^avait pas ce

droit (i) (le elergë catholique vient enfin de l'obtenir )j que ces sept millions de catholiques sont contraints de payer la dime au clergé anglican^ et contraints^ dans leur pauvreté , d'économiser quelques deniers de misère pour entretenir les temples angUcans^ tandis que beaucoup de leurs églises d'Ir^ lande tombent en ruine (2). Que de ces sept millions de catholiques^ condanmés à Fexhérédation politique , aucun ne peut siéger au parlement^ pour y défendre les libertés nationales y conquises jadis et maintenues par leurs ancêtres catholiques. Etaient-rils protestans cet Alfred , si justement appelé le Gr^andy ce saint Edouard , et ce Langhton ,

(1) y. Le Journal Real Jobn Bull, 18 septembre i8a3, pag. 3o6y 3« coloupe.

(ji) y, dans les journaux angolais les détaiU de la séance de la cbaihbre des communes du 2 1 juin dernier.

(7) archevêque de Cantorbe'ry , qui , à la tête des barons catholiques, força le roi Jean à donner la grande Charte?

Après cela, faites de belles harangues sur la justice , et pérorez e'ioquemment sur la reconnaissance.

Récriminer , je le sais , n'est pas re'pondre. A Dieu ne plaise que , par ces allégations , je veuille justifier ni atténuer le tort d'un attentat contre la liberté' de conscience ; mais pour la gravite' des faits et la durëe des persécutions, comparez Pagression d'une poignëe d'hommes coupables contre une poignëe d'étrangers méthodistes > avec l'iniquité persévérante, pendant des siècles, d'un peuple qui ravit les droits politiques, et une partie des droits religieux à sept millions de catholiques ses concitoyens ; iniquité qui rejaillit et frappe sur tous les catfioUques des autres contrées. La douleur et la vérité m'arrachent ces réflexions sur

un peuple qui, d'ailleurs, a tant fait pour lagloire de l'humaaite , qui a tant de titres à l'estime, tant d'homjues recoxnmaadables, et, des droits à ma recoooais&ance personnelle.

On ne manquera .pas d'idléguer que «ette persécution dont on s'efiorce vainement de pallier l'odieux sous le avm d'incapacité ou de restriction, comme l'appelait Warburthon, e'vèque de Glocester, est

£»ide'e sur des motiis politiques

motifs poliûques, raison d'Etat, qu'un pape a très - e'nergiquement nommée raison du diable , excuse hami^ de toutes les tyrannies. La vraie politique, la seule digne de ce nom, est une brandie de la morîdej si, dans la pratique, vous- lui .ôtez ce caractère, la politique n'est plus qu'une parodie criminelle de la justice et une fourberie.

Pour un moment, admettons l'hypothèse qu'un p^rljement eatbo-

(9) lique, non content de refuser les droits politiques à sept millions de protestans , sur vingt millions de citoyens , les condamne à se faire marier, enterrer par le clergë catholique, et à le nourrir : de quelles justes clameurs ils feraient retentir le monde ! Il en serait de même de ces colons planteurs des Antilles, qui tant de fois nous ont vante la félicité de leurs esclaves , à laquelle ceux-ci s'obstinent à ne pas croire.

Si les rôles étaient changés et que le Créateur noircît Fépiderme de ces colons, tenez pour certain qu'à l'instant ils changeraient de langage. Telles sont la faiblesse et l'inconséquence des hommes; leurs opinions sont, d'ordinake, subordonnées à leurs intérêts ; par là s'explique la résistance opiniâtre à l'émancipation entière des catholiques , qui , sur le ban des évêques anglicans, n'ont guère trouvé de défenseursv que Watson et le vénérable Bathurst.

( io )

Il m'est doux de présenter en contraste la conduite de la France , quî^ dès les premières époques de sa reVoltition, rendit la plénitude des droits politiques et religieux aux juifs, aux protestans, aux anabatistes. Celui qui rappelle ces faits, s'honore d'avoir, comme représentant de la nation, contribué k un acte de justice qu'il avait antérieurement provoqué par ses écrits.

Ces préliminaires nous ramènent à la question complexe de tolérance religieuse et de tolérance civile.

Sans cesse l'ignorance et la mauvaise foi entourent de nuages cette matière tant de fois débattue, parfaitement éclaircie , et sur laquelle, d ans l'impossibilité de dire quelque chose de neuf, ou est presque réduit à répéter :

La tolérance religieuse qiû envis a gérait tous les cultes comme éga-

( li )

lement utiles et vrais, ou comme nuisibles , faux et indîfFérens , ne serait guères qu'un athëisme pratique.

Un être raisonnable ne peut être indifférent sur la religion , car la gloire de Dieu et le salut de notre ame^ voilà le but final auquel nous devons tout rapporter dans notre court pèlerinage sur la terre qui n'est que le vestibule de l'e'ternite'.

// rùy a qu^un Seigneur ^ une foi y un baptême (i). Il ne peut exister qu'une religion véritable , puisque la ve'rite' est une , et comme l'a dit celui qui est la ve'rite' même, il n'y a qu'un bercail y dès -lors qu'une voie pour arriver au ciel. Dans beaucoup de socie'tés protestantes les latitudinaires s'efforcent actuellement d'élargir cette route que Jésus-Christ déclare très-étroite. Invariablement

(i).Epbèse, 4* ^'

attachés à sa doctrme^ lïous tenons et nous tiendrons toujours à» x^ette arche ^ dont celle de Noè était le type, et hors de laquelle il n'y ay art que naufrage , à cette église catholique, apostolique et romaine >. sonvent nommée dans les débats duparlement d'Angleterre, V ancienne foi, V ancienne religion , V ancienne église y mème^zv des évêques.anglicans qui avouent par-là que le protestantisme est une nouve?\ité.

Méritent-ils une- réponse sérieuse les hommes qui, parce que nos dogmes sont exclusifs, accusent l'Eglise catholique d'être sanguinaire , comme si elle ordonnait de haïr, de maltraiter ceux qui ne partagent pas notre croyance, tandis qu'elle prescrit au contraire de les aimer, de leur faire du bien. La parabole du Samaritain est l'emblème attendrissant sous lequel Jésus-Gbr i s t ineul que ce commandement céleste.

Mais peut'- ou aimer un homme qu'on regarde^ conmoie damne? Eh!

qui vous a révélé que tel homme vivant soit damne'? C'est peut-être un prëcfestinë , un vase d élection ; se constituer juge de son état futur, c'est envahir les droits de Dieu qui, jadis ayant tiré nos ancêtres des ténèbres du paganisme, n'estpas moins puissant pour ramener à la vérité > à la vertu, celui qui est ^aré dans la route du vice et de l'erreur. Tout don parfait Tjient d/en haut (i). La grâce triomphera peut-être dans son ame sous des formes inapper-r çueà , mais non moins merveilleuses que la conversion de saint Paul ren^ versé sur là route de Damas, oîi, sui^ vaut l'expression d'un orateiir chrétien, il tombe percuteur i il se relève ajxkre. »

Lhinitié catholique repoussera ton*

•^wriMH^M«iMH«Mi»A'i*«MMM

(i) Jact>b. 1. «7.

( i4 ) jours cette tolérance religieuse , ou plutôt irréligieuse, qui serait un amalgame incohérent et coupable de l'erreur et de la vérité ^ de la sagesse et de la folie , de la lumière et des ténèbres.

n n'en est pas de même de la tolérance civile, expression impropre qui, sans approuver tous les cultes, assure à chaque homme le droit naturel d'exercer, à ses risques, celui qu'il a choisi.

La religion est le rapport indivi* duel de l'homme à Dieu. Les opinions religieuses sont le résultat des opérations de son intelligence trop souvent égarée , par des motifs secrets qu'il ne sait pas toujours apprécier , et dont il ne doit compte qu'à Dieu ; s'il se trompe c'est son affaire ; on lui doit quelquefois des conseils, et toujours des prières , pour demander au ciel de l'éclairer ; mais doué d'un libre arbitre, dont il

Seul user ou abuser, il est maître e suivre ou de rejeter ces conseils , autrement la religion ne ferait que des opprimes et des hypocrites.

- La liberté de penser a pour conséquence immédiate la liberté de publier ses pensées , d'y conformer sa conduite en ce qui ne blesse pas la morale naturelle ni les lois , consé^ quemment le droit d'y joindre les actes du culte extérieur, de se réunir à ceux qui pensent comme lui , pour l'exercer. A cette réunion , seulement , commence la surveil-^ lance du magistrat, qui n'a pas le droit d'intervenir dans les choses de la conscience. La conscience est une forteresse où il ne peut pénétrer.

L'orthodoxie et l'hérésie sont hors de sa, compétence. Tout ce qu'il

rut, tout ce qu'il doit, concernant culte extérieur, c'est d'empêcher qu'on, ne trouble sa paix, et qu'il nie trouble celle des autres;. Si un

culte est cause ou occasion de quelque désordre contre la tranquillité publique , les citoyens , pour le réprimer , sont dans le cas d'invoquer l'autorité civile; mais aucun d'eux n'a le droit d'usurper cette autorité, ni de se substituer à la loi, dont les magistrats sont les organes chargés de l'appliquer.

Ces principes simples et irréfragables , jadis méconnus chez vos voisins des Etais-Unis, y sont actuellement en pratique, puisqu'un savant Israélite , M. N oah ,, était dernièrement Sdkerif de New-Yorck,et qu'un prêtre catholique, dont je regrette d'avoir oublié le nom, vient d'être nommé membre du congrès ; mais ces re^publicains peuvent-Us concilier leur déclaration des droits avec Fes-« clavage de seize cent mille Africains ; ils ont repoussé la noblesse de parchemins, quand repousseront-iis le

stupide préjuge de ïa noblesse de Ik couleur?

Plusieurs {Philosophes de Panticjuité nous ont laissé de belles maximes de morale; mais aucun, avarit Jésus-Christ, n'atteignît la doucetiif, la sublimité de ces'pre'ceptésiïïvins :

« Vous àimere^i)ieusiii< tomes chd- » ses, et le prochain comme vdus- )) mènie:' Fàité^ pour les ^utrçs ce )) que vous. désirez qu'bn fasse pour :» vous. Aîmëi vôë^tennemis, fiiites )> du bien à'tîeuVqtiâ ^Vpus haïssant.

» Vôilk la loi et les pr6|^ètés fl). »

Il blâme deux diseiplesMt{ui voulaient faire descendre lé feu du èièl feiir une ville des Samàritaihs^^ qtiî'fe^avaît pas Voulu les- recevoir ^2). Et quand il confère à ses apôtre^ la mission ^Pa'nnôtaièei* FEvangilfe , parle-t-il de

' (i)^Matîi.i9. 19 et 22. 37-39.-^Marc. la, 3o-3i. — Matt. 5. 4$: *

(2) Luc. 9» 62 et suiv.

violence contre ceux qui refuseront de les accueillir ? Il veut seulement qu'en sortant de leur ville, ils secouent la poussière de leurs pieds ( i ) • Les injonctions et les faits qu'on vient de citer, seront à jamais l'arrêt irrévocable > l'anathème lance contre les persécuteurs; quand j'enteT^dç parler de chrétiens qui persécutent ^ je suis tenté de. croire qu'ils n'ont pas lu TE vaïigîle.

. jTous les chrétien^ instruits savent qvie ces rnots : (Jontrains - les d^entrç^ {2), dont le sens fut si souvent dénaturé par l'ignorance et la pjius insigne mauvaise foi , ne signifient que les exhortations

{)rèssantes de la charité. Ce sont es expressions dont se sert l'Ecriture, en parlant de Loth, qui invite

(i) Math. 10. i4» — Març. 6. n. — Lue. 9.

5 et 10. 11. — Act. i3. 5 et 22. 23.

(2) Luc. i4* 23.

les aoges à entrer dans sa maison (i) ; et les expressions de Lydie, lorsqù'ayant reçu le baptême , ainsi que toute sa famille , elle presse saint Paul et ses compagnons d'accepter chez elle l'hospitalité' (2).

Quoique notre divin Rédempteur, au risaue d'être calomnie, mange avec des pécheurs, pour les convertir, il reconunande de se préserver du levain des p?iarisiens{5).

Il veut même qu'on regarde comme un publicain et un pharisien celui qui n'écoute pas l'Eglise (4)^ avertissement salutaire pour mettre en garde contre des se'ductions oii la foi ferait naufrage. C'est dans le même sens que saint Paul recommande d'éviter la société d'un for-

(1) Gènes. 19. 3»

(a) Âct. 16. i4* i5.

(3) Matb. 16. 6 et 11.

(4) Ihid. iS. 17.

nîcateur (i)j de na^^pas se lier avec des infidèles (2), de fuir un heVe'tique qu'on a repris deux fois sans succès (3). C'est dans le même sens que saint Jean ne veut pas même saluer Phêrëtique (4). Mais ils n'interdisent pas les rapports de bienveillance ni les liaisons de commune utilité' et de services réciproques dans la vie civile. Héritiers de la doctrine et des exemples de Jêsus- Christ , les saints pères , dans leurs écrits , attestent que Fesprit de FEglise fut toujours de ne forcer personne dans Fasile de sa conscience.

TertuUien, qui reproche a l'empereur Constance ses violences , déclare que le droit naturel assure à chacun la faculté d'adorer ce qu^il

■ - ' . ' Jl ■ » ■ »>*■■■<— www

(i) 1* Côrinth. 5. 9.

yS 2* Corinth. 6. i4.

*3^ Ad Tit. 3. 10.

'45 2" Joan. V. 10-11.

veut, et que violenter les cœurs est une action contraire àFEvangile ( i ).

Athénagore insiste sur la liberté de conscience e'tablie par les lois in>përiales , en réclamant le même avantage pour tous les chrétiens (2).

Saint Hilaire , en parlant des pei^ sécutions exercées par les ariens contre les catholiques , leur démontre combien il est injuste d'employer la force au lieu de là raison (3).

Saint Athanase pose en principe que h religion doit être établie^par la persuasion , à l'imitation de notre Sauveur, qui ne contraignait personne à le suivre. Les violences employées par les hérétiques > pour forcer à l'adoption de lèurs^ erreurs.

(1) TcrluUi^n. de praBBcript..c, 4* <^t ad Scapul.

(a) Atbenragore, l6gatio pro.cLristianis.

(3) »Les Discours • de. Saîat ^Hilaire à Cuns* tance.

ont par-là même un caractère qui en atteste la fausseté (i).

Saint Chrysostôme annonce qu'il n'est pas permis aux chrétiens d'user de rigueur pour de'truire l'erreur.

Les armes avec lesquelles on doittravailler au salut des hommes^ sont la douceur , la persuasion ; maximes fréquemment répétées dans ses écrits (2;.

Saint Augustin apostrophe les Manichéens en ces termes : Que ceuxlà vous maltraitent qui ne savent pas avec combien de peine on découvre la vérité : pour moi, je ne peux vous maltraiter. Je dois avoir pour vous la même condescendance dont on usait à mon égard, lorsque

,(1) s. Atfaanase , Historia Arianor. ad mo* nacbos. T. 1 , p. 38i.

(2) S. Cfarjsostôme y de sancto BabjL contra Julian. T. a, p. 54o^ et T. 8; 29f . faoïùel. 4y^ inJoan.

mon aveuglement me portait à soutenir, vos erreurs (i).

Laetance tient le même langage ^ eu disant que la religion ne doit pes être forcée , et que les mauvais traitemens ne peuvent rien sur la volonté' (2).

Saint Grégoire le Grand indique dans quel esprit de mansue'tude on doit travailler a la reunion des frères sëparës de l'Eglise (3).

Le vënërable Bède raconte que les moines , envoyés en Angleterre par ce saint pontife , inculquèrent au roi Ethelbert des maximes de tolérance , et que ce prince s'étant converti, il ne contraignît personne à l'imiter, parce qu'il avait appris

^(1) S. Augus. T. XI y contra Epîst. Mariicb. p. i5i et i5a'.

(a) Laetant. lostitu^t., T. I, lîv. 5, p^ 4^3.

(3) S. Gregor. Epîstol., T. IT, L i, Epist i4? p. 5oo.

( ^4) de ses docteurs que le service de Jësus-Christ est volontaire (i).

Nous autres Français aimons à citer Salvien, prêtre de Marseille^ qui, en s'opposant . ënergiquement à ce qu'on persécute les lïécétiquas> ne désespère pas de leur conversion , et veut qu'on . les tolère parce que Dieu les tolère (a). ' . Saint Marliu ^ .éVieque de, .Tours , avec les évêquçs d'Espagne et des Gaulps^ se sépara de la coxqmunion d'Ithace et d'Ûrsace^ qui , en provoquant la persécution contre Priscilr lien et ses sectateurs, avaient i^enoqçé à la dquçeur chrétienpe»; Bq-r ronius et Collier- ont répété oes détails, qui sont la censure amicigée de Pinquîsition. Ce tribunal de sang dont Pexïstence calomniai tlà religion catfiolique est étratigier aux beaux

Cï') Bcda, 1. 1, c. 26.

(2; Salvian. de Gtibernat. Dei, K 5»

siècles de «e poairatt

deP

truease in gtkjAjtm de co

les qui .

La

dinal

ecrÎTMt a Lob» i

à tous la «ci»

approov

mais en

que Dieo Kiid»

ramener le^ ir:

Comparez cette morale evangëlique avec les explorons de malveil* lance qui> depuis des siècles jusqu'à présent, se reproduiseat fré* quemmeut dans des libelles protestaus. Ont - ils Jamais cessé d'accuser l'Eglise catholique , d'être idolâtre et d'adorer les saints^ quoiqu'ils sachent le contraire, quoiqu'ils soient démentis par l'enseignement unifc(fme , universel et perpétuel de tous nos livres dogrnatiques, nos sei^ mons , nos catéchismes , sans en ^excepter un seul .... un seul.

Ils font de l'Eglise catholique des peintures révoltantes dont l'imposture et la colère ont broyé les couleurs, puis ils a^^ellent cela le pajpi^-m^ymais celui qui, dans ces derniers temps , a montré plus d'acrimonie^ plus accumulé d'injures contre nous, c'est peui-êire Je prédicateur de la eorwoca^n ou assemblée synodale tenue en jtiiBet iSdy dans la catbé-

drale Saiat - Paul dçLondros» Il d^ clare que les caiJioliquej$ êont çnnefnis des lois dipmes ethumaines.Ca discours latin proi^oacé en présente d'une assenibl^e .noinl>reu6ie du clergé an^^iean «t iœpTÏmé par ordrç de 1 Vcb^vêgue de Carutorbéry, u^ devait pas re^er svqs récompense^ et le docteur Spark est devenu ëvêqvie d'EIy (i)-

Or que pem-^on faire de gens en^ nemis des lois dwines et humair' nés? Un évêque anglkan^ dont il isera parlé ailleurs , vous dira qu'il ne faut pas les tolérer ni jeu public ni en particulier^Bt tel étftit l'avis du prin- <npal fondateur des méthodistes, John Wesley. Dans ope lettre du 12 janvier 1780, philippique car

(i) f^. sur ce discours The Histoiy of Ireland

.D«iUiii| i8Ai,y 1.. %! p. 83!9.:et:suiv.; p9r le s^^ Tant et respectable M. Francis Plawjd^P*

lomnieuse et viruleaie contre l'Eglise catholique, après avoir dit qu'il ne faut persécuter personne pour ses principes religieux, il déclare textuellement que les catholiques ne doivent pas être tolères par aucun gouvernement protestant , ni même chez les Turcs et les Païens»

A la ve'rité , un autre écrivain protestant présume que cette hostilité de John Wesley était seulement une aberration d^esprit que son cœur, eut désavoue'e s'il avait mieux connu les cathoUques (i)- Quoiqu'on ait imputé à ses sectateurs la même a vei>sion contre l'EgUse catholique , admettons pour eux et pour leur fondateur l'excuse que fournit Nightingale.

Je me hâte de dire qu'on se trom-

^\) A portraiture of lie roman catholic^religion bj Nightingale, ia-8^. Loadon, i8t8| pag. 46 1 en note.

(^9) perait complètement si Fon envisageait conoime acte de repre'sailles ces citations hideuses d,pnt il serait facile de grossir ëtonnemment le nombre.

Pai voulu seulement faire sentir à ceux qui re'clament avec -raison la liberté' de conscience et de culte, qu'ils ne doivent pas se montrer intolërans envers les autres.

Haïr est si affreux! aimer est si doux! je supplie, je conjure mes frères catnoliques d'opposer k la haine ^ toutes les effusions de la bontë dont Jësus-Christ a donne le précepte et l'exemple. Malheur à celui qui ne cherche pas , qui ne saisit pas avec empressement l'occasion de faire du bien à ceux qui lui ont fait ou voulu du mal !

Nous devons regarder les Turcs comme nos frères, disait le vertueux Fitz-James, dvêque de Soissons (i).

(i) y, son mandement de l'an 1763.

A plus fort^ raison devons-nous porter des regards de tendresse et isHr les Gfècs et sur cette multitude de sectes xMtachées de la tige catholique. Si la vérité avait le droit de persëcuter Ferreur, à son tour Ferrenr étalerait la même pre'tentîdn. De*là naîtraient d^s guerres si improprement appele'es religieuses qui ensanglanteraient le monde.

Nos frères errans, de'jà trop malheureux d'avoir quitté le centre de l'unité, conservent des droits ineffaçables sur nos cœurs. Leurs ancêtres ont déserté l'Eglise catholique, leurs descendàns peut-être y reviendront comme les Juifs reviendront à celui que leurs aïeux ont percé (i); mais eussiez-vous la certitude 'que leur ^^aration est sans retour, rien n'autoriserait k troubler leur culte. En rettierciant Dieu de vous avoir fait

(i) Joan. 19, 37.

naître dans la véritable rejjgio* j craignez que ce trésor pe vous échappe ea punition d'avoir manque de çuarité , et d'avoir abusé des grâces reçues. Que wtte crainte soit pour vous un motif qui yous lie plus e'troitement à cette Église catholique , la seule dont la visibilité' offre aux intelligences les plus bornées une suite non interrompue de premiers pasteurs depuis saint Pierre jusqu'à Léon XII, son successeur actuel.

C'est sous les yeux des papes que les Juife ont constamment et publiquement exercé leur culte à Rome.

Ils sont cpnnus pour les plus anciens citoyens, de cette viUe, puis- • qu'ils n'ont pas cessé d'y occuper le quartier qu'ils habitaient du temps de Vespasien.

Persécuter les ho w»^ pour leurs opinions religieuses , est non-seulement une injustice, un crime j c'est encore un acte très-^mpqlitique qui

aigrit les âmes , qui assare les pro* grès de l'erreur et lui donne du ressort, car il est dans la nature humaine de s'attacher plus fortement à ce qu'on veut lui enlever. L'amourpropre s'identifie à des opinions dont la conservation lui a coûte des sacrifices. C'est ainsi ' qu'en brûlant les Albigeois , ou fit plus de sectateurs au manichéisme que sa doctrine ne lui en avait acquis.

La perse'cution fait des hypocrites. Tels étaient ces prétendus convertis de la péninsule espagnole, que la doctrine du rabbin Maimonide autorisait à dissimuler , et qui , caches sous le titre de nouveaux chrétiens , judaïsaient en secret. .

(( La religion , dit un historien » de l'Eglise , doit se conserver et )) s'e'tendre par les mêmes moyens » qui l'ont établie. La prédication , )) accompagnée de discrétion , de » prudence, la pratique de toutes

» les vertus et surtout une patience » sans bornes (i). »

Ceci amène des réflexions nouvelles sur la conduite à tenir envers les autres cultes.

Le zèle sans lumière ne serait qu'une torche incendiaire. Vous désirez faire des conquêtes a la religion catholique. En voici les moyens:

Finstruction , la charité, la prière, le bon exemple.

Dans les disputes, l'aigreur de parti et le mélange hétérogène des passions afiaibb'ssent toujours les raisonnemens. Il n'en est pas de même des discussions libres et amicales auxquelles pré^dent la droiture , le désir sincère de connaître et de faire connaître la vérité. Mais

(i^ Discours sur l'Histoire ecclésiastique ^ par rabbé Racine, T. II , p. 4o2.

au lieu d'ai^umeos^ exhaler des injures et lancer des pierres y c'est attaquer le corps quand il Êiut convaincre Pe&pritj c'cist imbécillité et atrocité; c'est donner gain de cause à ceux qu'on ne peut réussir à persuader. Vous/ devez être catholiques, non comme on le dit sottement, parce que vos parens étaient catholiques, non parce que vous êtes nés dans cette religion, mais parce qu'elle est la véritable, la seule véritable. Votre soumission à la foi doit donc être fondée en raison (i). Vous devez être en état, dit saint Pierre, de rendre compte de Tjotre espérance à qui ^vous le demande (2), sans cela vous n^êtes catholiques que de nom. Vos hommages peuvent-ils être agréa-

mmm

r) Roman, la. t.

2) i« Petr.3. i5.

blés k Dieu ^ si vous ne savez pas potii'quoi vbus les lui rendez ?

II y a plus , vous devez transmettre le ae'pot sacre' de la religion à vos enfanjs , les prémunir contre le danger dé l'erreur ; car , vérité' et vertu, voilà le premier des biens , le plus* précieux des héritages. L'écriture sainte dit : Tu as un fils ^ instruis -- le {i); elle ne dit pas, enrîchîs4e ; et à quoi lui serviraient les richesses, s'il n'a pas appris l'art d'en faire un saint usage ? Si votre ignorance vous accuse, celle de vos enfans, non moins viccusatrice , attestera qlie vous avez manqué à l'un des principaux devoirs de la paternité.

Bossuet, dans sa première instruction sur les promesses faites à r Eglise , recommande aux catholiques de dotmer bon exemple à ceux

^rnsmamm

(i) Proverb. ig. t8, et 29. 17.

qu'ils veulent convertir ( i ). L'éloquence de l'exemple l'emporte sur celle des plus beaux discours. Mais par quelle fatalité, certains hommes zélés , eh apparence , pour l'intégrité de la croyance, le sont-ils si peu pour l'intégrité de la conduite?

Tel qui répugneraît à fréquenter un individu d'une autre religion ^ a-t-il la même répugnance à fréquenter un concubinaire , un libertin, un ennemi des lois, et de la liberté pubKque ? et peut-il offrir la pureté de ses mœurs comme un gage de la pureté de sa foi? tant de gens s'aveuglent par l'idée que le zèle, sur certains. articles, est, aux yeux de Dieu , une compensation de leur relâchement sur d'autres! Us consentent à faire tout, excepté de se corriger. Or, ces frères errans, ces méthodistes , comparent votre vie

avec FEvangile. Ils remarquent si la sainteté du mariage y la fidélité conjugale y la piété nliale sont en honneur parmi vous.

Si Pordre règne dans vos ménages , si vos enfans sont élevés dans la connaissance et la pratique de leurs devoirs religieux et moraux.

Si vous leur donnez Fexemple du travail, de la chasteté, de rhumi- \\\éy de la douceur.

Si, vivant en bonne intelligence avec tout ce qui vous environne, vous êtes empressé de rendre service à votre prochain , c'est-àdire à tout le monde, quelles que soient la croyance, Forigine et la couleur.

'■ Si là droiture préside à vos actions, et la sincérité à vos paroles. • Si les sacreméns et les offices divins sont fréquentés.

Si le dimanche n'est pas un jour profané par une dissipation entière-

ment mondaine^ au lieud'étre UDJour de recueillement consacre an Seigneur. Malhew à \ons, si ce parallèle y au lieu d'être pour eux un moyen d'édification^ était une occasion de scandale !

Que la sainteté de votre vie soit donc un miroir où reluise la saii^ teté de votre croyance. Pour eux et pour vous^ implorez du ciel ces grâces qui entrsdnent et purifient les âmes. D^loyez envers eux une charité sans bornes; lisez, et méditei^ dans saint Paul , l'admirable tableau qu'il a tracé de celte vertu, sans la^ quelle nous ne soumis rien (i). Que cette charité s'étende, s'il est possible, à tous les opprimés, consër quemmentà vos frères de reli^ôn, les catholique des royaumes britaiw niques , qui depuis si long-^temps revendiquent, sans isuccès, waa

mti w mm^mÊmmmm^immmmÊÊmÊmÊttmmmmmmÊmmmmmÊmm m mim h immi.— i— —

(i) 1* Gorinth. i3. « et suîv.

justice <jpe l'anglicanisme perscfcu^ leur leur reâise; que cette charité s'étende à vos frères de religion et de couloir de la Martinique^ tourmentés , incarcérés , d^ortés récemment par la foreur coloniale ^ qui ne veut pas même leur pardonner d^avoir. réclamé les droits imprescriptibles qu'ils tiennent de la nature^ de son auteur et des lois(i).

Catholiques et libres , vous n'aurez jamais de plus beaux titres. Mais qu^une d^ance perpétuelle surveille tous les pièges par lesquels on tentera, long-temps encore, de vous ravir ces titres glorieux. Vos amis d'Europe s'occupent sans relâche à démasquer les trames ourdies contre vous , à démasquer les nom^

la Ma

V* rexcellent Mémmre pour les âépûrtés de fartîniquej 8^. Paris, <.i 6^49 pav" M. Isambert, l'un des %voeaii6 les*|>lifes«o)élèbre9 du bmTean de Paris.

breux intrigans qui se relayent, en niultipliant les libelles, les impostures , les menaces /les caresses, les promesses, les parjures pour vous arracher cette liberté'.

Susciter la division entre les couleurs, est le moyen principal sur lequel vos implacables ennemis fondent l'espérance de vous remettre aux fers. Une brochure qui vient de paraître , atteste que tel est encore le projet d'un certain nombre d'ejptre eux(i). Dans mes e'crits, j'ai signalé sans cesse ce danger, qui n'est pas illusoire. Désespérez vos ennemis par votre union , en vous ralliant toujours à l'étendard de la loi et de»

ceux qui en sont les dépositaires.

Sous des formes astucieuses l'hë-

MBi

(i^ De Saint-Domingue, Réflexions, 8^. Paris, 1 824 , p. 1 1 et suiv. ; par M. Mazois père , qui n'approuve pas k cet égard l'opinion des Colons.

re'sîe cherchera sans doute à s'insinuer parmi vous. Si les plaintes ele-; vees par quelques mëthodistes -e'trangers contre quelques Haïtiens sont réelles , comportez-vous à leur égard de manière que ce qui était médisance ne puisse se reproduire que sous les traits de la calomnie; mais en ouvrant à des frères errans les bras de la charité, fermez votre sein àl'erreur, Laliberté du culte est pour eux un droit, rattachement à la religion catholique est pour vous un devoir. Conservez soigneusement cette pureté de croyance, désignée par les Pères de rEglîse sous le nom de la sainte Tjirginitéde la fou Que la piété développe et sanctifie les heureuses dispositions dont le Créateur vous a doués. Fasse le ciel que conduits par des pasteurs dont la vigilance soit aussi active qu'éclairés, août les instructions soient fréquentes et solides', dont les mœurs pures

soient potif Vous des modèles, voiis croissiez jouiniellèiiïetot en science et en vertus. Espërotïs quHl arrivera lé tértfps, ott Haïti aura uti clergé stiftlsâùt et vrdjtoieiit fiâtîôtfd, sous Id direction du vénérable archevêque

de 'Santo-Domiûgo et celle' de ses boôlft^ràtenïs.

mïti l&te est trn l^hatë ûèVé sur les Âiitaies vers lequel iés estlàves et leurs maîtres , les ôppïitûés et les o|>ï)reëàetirs loument lôtits'i'égârds, ceux-là' en soupii'ant, ceti^ ernpu-

gissant ; il n'est dôttiié à'J)ei'sOn'rié de Soulever le voile de l*aVënîr et d'y dérober les secrets ^uè îîièu s*ést réservés, mais d'ajirès les données aoçjuises par les évënemens' antérietirs

et contemporains, on Yoit'approciier l'éjpoque où Xeéotéitèti Atrié-

riqiien*éciaiï'ëraque âe^ hommes îiorès, ailées rdyomytë Wmbètùïit ptiis sur dès fers et âês^esckcves.

C'est lap'rédictîoû consignée, il y a

trente-trois ans^ dans une lettre tant calomniëe d'un ministre des autels ( i ) qui vous aimait^ qui vous aime et qui est tendrement attache à la religion catholique dont les principes bien connus^ dont la morale bien pratiquée seront toujours un boulevard contre le despotisme et formeront toujours avec la liberté privée et publique une indissoluble alliance.

(i) Lettre aiu citoyens de couleurs et nègres libres, par IML, Grégoire, etc., in-8^. Paris ^ 8 Juin 1791, pi. ia.

Page 1