‹ De la liberté et du gouvernementChapitre 4 sur 59 · DU DÉPARTEMENT D'EURE-ET-LOIR · texte numérisé non relu

DU DÉPARTEMENT D'EURE-ET-LOIR

Il suit de là que la nation a rarement eu cette confiance en soi, cette indépendance d'allures, ce sentiment énergique de ses propres forces que donne une notion juste de la liberté. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple entre autres , mais de date récente, que se passa- t-il à l'approche des élections générales ? Chacun se demandait si /p gouvernement laisserait les élections libres. Un peuple habitué à se gouverner eut-il jamais fait une aussi étrange demande'? 11 y a plus: cette incessante préoccupation du gouvernement engendra l'opinion de l'abstention, comme si jamais une nation devait s'abstenir de la gestion de ses affaires. Veut-on maintenant avoir le mot de ces défaillances? C'est que chez nous on s'imagine que la liberté est une espèce de cadeau du gouvernement à la nation.

Mais, dit la majorité, qui vous parle de liberté '! qui veut aujourd'hui de la liberté? Ouvrons les yeux devant les faits, et ne calomnions pas notre époque. Elle n'est ni servile ni ennemie des lumières; mais elle n'est pas aveugle, elle est sage; elle sait où la liberté l'a conduite, et elle ne veut à aucun prix retourner d'où elle vient.

Rien n'est plus sensé, en effet. « Les fleuves ne

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« remontent pas vers leur source, a dit Royer- «Collard, non plus que les événements. » La France a eu la fièvre en 1848; cette fièvre a amené la lassitude; la lassitude, le repos; et le repos à son tour ramène chaque jour la santé. Or la santé des peuples, c'est la liberté.

Voyez plutôt comme la situation s?est modifiée aux élections générales. Quoi de plus naturel? Pen-. dant six ans la France s'était reposée de ses agitations politiques ; ce repos lui avait insensiblement rendu l'usage de ses forces, et elle a donné en juin 4857 signe de sa convalescence.

Que la France ait montré jusqu'ici une grande inexpérience de la liberté, qui le nie? On ne gouverne que les peuples qui ne savent pas se gouverner. La liberté est une science comme les autres sciences et la plus importante de toutes, qu'on ne sait pas si on ne l'a pas apprise. On Pépèle d'abord , on la lit plus tard. Elle a ses écueils et ses périls, sans doute : c'est le lot de toutes les choses humaines. L'été a son soleil et ses orages; la mer, ses flots et ses tempêtes. Mais elle est la dignité de l'homme et la garantie de son indépendance individuelle.

Or le moyen que la nation apprenne à se gou-

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verner. c'est qu'elle essaye de se gouverner en dépit des échecs, et soit de l'avis de cet énergique peuple américain qui dit d'un homme qui tombe : « C'est une preuve qu'il marchait. »

Il suit de là que c'est en n'appelant pas le gouvernement à notre aide que nous apprendrons à nous gouverner. Ne mêlons donc pas nos affaires aux siennes; ne nous préoccupons que de nous; ne pensons qu'à nos intérêts, ne défendons que notre cause; ne nous demandons jamais : « Que «fera le gouvernement ï » Demandons-nous toujours : « Que ferons-nous? »

Votre dévoué concitoyen^ H. BOSSELET.

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