CHAPITRE PREMIER
sacrifier aux Dieux, de leur sacrifier partout et en tout lieu, et d'envoyer les dons qu'on est hors d'état d’apporter soi-même; j'ai osé, prenant la liberté dont on use envers la Divinité, vous adresser en offrande comme les prémices de nos fruits, offrande qui de toutes vous est la plus appropriée. Quel hommage en effet pourrait mieux convenir à des princes qui honorent sincèrement la philosophie et s'en portent les promoteurs, que celui d’un livre qui a pour objet la philosophie même, et où l’on se propose d'exposer la doctrine d’Aristote relativement au destin et à ce qui est en notre pouvoir; d'un livre enfin qui a pour auteur celui-là même qui, de votre aveu, a reçu la charge d'interpréter publiquement les théories péripatéticiennes ? D’autre part, de tous les enseignements de la philosophie il n’en est point de plus important que celui qu'il s'agit ici d'expliquer, l’usage qu'on en peut faire se trouvant partout applicable, comme il s'étend à tout.
Ce n’est point effectivement la même conduite que tiennent et ceux qui se persuadent
que tout arrive par nécessité et d’après le decret du destin, et ceux qui croient qu'il y a des faits qui se produisent sans que des causes antécédentes les aient nécessairement préparés. Cependant il parait très-difficile en un tel sujet de découvrir la vérité, parce qu'il semble qu’à l’un et à l’autre sentiment s'opposent nombre d’objections irréfragables.
Mais puisque, pour certaines doctrines, c'est un moyen de les établir plus clairement que de réfuter ceux qui les contredisent (et ici quelle opinion pourrait avoir plus d'autorité que l'opinion d’Aristote?), je m'’adresserai à ceux qui n’ont point professé sur ce sujet les mêmes maximes que lui, afin que de ce rapprochement d'enseignements contraires la vérité ressorte avec plus d’évidence. D'ailleurs ce n’est point en vue d’une vaine montre que J'ai composé ce traité; mon dessein a été uniquement d'y examiner la matière que je me suis proposée, en y apportant ce soin diligent du vrai, que l’on vous voit mettre vous-mêmes à tout ce que vous faites. Car il n’y a aucune de vos actions où l’on püt trou-