‹ De la lithine dans les eaux minérales de Royat et dans les principales sources thermales d'AuvergneChapitre 3 sur 9 · GR · texte numérisé non relu

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Source vivaraise, n° 1

puisqu'un litre d'eau pure peut en dissoudre 12 grammes et un litre d'eau chargée d'acide carbonique 52 gr. 5.

Les médecins qui prescrivent la lithine en dehors de l'emploi des eaux, s'adressent au carbonate et non au chlorure que son affinité pour l'eau rend peu maniable; mais le résultat est le même, car ces petites doses de carbonate sont immédiatement transformées en chlorure par l'action du suc gastrique qui contient, comme on sait, de l'acide chlorhydrique libre.

Emploi de la lithine en thérapeutique.

Historique : C'est à Garrod que l'on doit l'introduction des sels de lithine dans la thérapeutique de la gravelle urique Qt de la goutte chronique. Avant lui cependant, Ure avait conseillé, comme moyen de dissoudre les calculs uriques, des injections de carbonate de lithine dans la vessie. Il s'appuyait sur une expérience concluante dont il donne la relation dans un mémoire qu'il fit paraître en 1843. Voici cette expérience : Un calcul formé d'acide urique et d'oxalate de chaux fut plongé dans une solution de 30 grammes d'eau distillée et de 25 centigrammes de lithine à une température de 37°, 5 centigrades. Après cinq heures d'immersion, le calcul avait perdu trente centigrammes de son poids. Ure ne put continuer ses recherches faute de carbonate de lithine qu'il lui fut impossible de se procurer en plus grande quantité.

En 1855, Garrod commença à prescrire le carbonate de lithine dans les cas de diathèse urique et de goutte chronique. Il fut suivi dans cette voie par les médecins anglais et français. Parmi ces derniers, nous .devons citer les noms de Réveil, Guéneau de Mussy, Moutard-Martin et surtout Charcot qui en a administré à beaucoup de goutteux.

La propriété la plus remarquable du carbonate de lithine est son action sur l'acide urique. Cet acide a une très-grande affinité pour la lithine et il tend constamment, quand il est en sa présence, à former de l'urate de lithine qui est le plus soluble des urates connus. Suivant Lippovdtz, lorsque le minéral appelé lépidolithe est réduit en poudre et soumis à l'ébulition avec de l'acide urique il se forme par double décomposition de l'urate de lithine.

Si on fait bouillir dans l'eau un excès de carbonate de lithine et si on y ajoute de l'acide urique, le précipité se dissout, ce qui est une preuve de la plus grande solubilité de l'urate que du carbonate de lithine.

L'urate de lithine se dissout beaucoup mieux dans l'eau que les autres urates, et les expériences comparatives que l'on a faites à ce sujet avec les urates de potasse et de soude ne laissent aucun doute à cet égard (Lippowitz, Ure, Binswanger).

Garrod a placé dans trois éprouvettes contenant une faible quantité d'eau dans laquelle étaient dissous séparément 20 à 25 centigrammes de carbonate de lithine, de potasse et de soude, l'extrémité phalangienne d'un métacarpien incrusté de dépôts goutteux,

et au bout de deux jours a trouvé, dans la solution de lithine, la tète de l'os nette et débarrassée de son dépôt crétacé. Le cartilage avait repris son apparence normale. Dans la solution de carbonate de potasse, l'extrémité métacarpienne était à moitié débarrassée de son produit tophacé ; dans la solution de carbonate sodique, le dépôt goutteux ne paraissait pas avoir éprouvé de changement.

Après avoir rappelé ces expériences relatives à l'action dissolvante de la lithine sur l'acide urique et l'urate de soude, il nous reste à indiquer quelle est son action physiologique sur l'homme sain.

La lithine est un alcali d'autant plus puissant que l'équivalent du lithium est faible (1) ; elle jouit de propriétés neutralisantes considérables et bien supérieures aux autres bases alcalines. Son ingestion augmente donc, même à faible dose, l'alcalinité des liquides de l'organisme. Administrée à de petites doses, 10, 15, 30 centigrammes par jour, elle ne produit d'autre phénomène physiologique appréciable que la diurèse. Son emploi, même à dose élevée, n'a jamais entraîné d'inconvénients fâcheux. M. Charcot l'a maintes fois observé. Chez ses malades, il a porté la dose de carbonate de lithine jusqu'à 2 et même 3 grammes par jour et il n'a jamais vu survenir d'accident sérieux. Mais, dit-il, si ces doses élevées sont soutenues pendant plusieurs jours consécutifs, il survient des

(1) L'équivalent du lithium est 7 et celui de la lithine 15, lorsque l'équivalent du potassium est 39 et celui de la potasse 47, ce qui veut dire que 15 milligrammes de lithine saturent la même quantité d'acide que 47 milligrammes de potasse.

nausées et des symptômes de dyspepsie cardialgique qui obligent à en suspendre l'emploi. Ce sont des phénomènes analogues à ceux que nous observons chez nos malades lorsque, après un traitement Hydrominéral un peu prolongé, apparaît la saturatiou.

Etant donnée l'action dissolvante de la lithine et de ses sels sur l'urate de soude, on n'était pas éloigné d'admettre leur action thérapeutique sur la goutte et ses manifestations. C'est ce que fit Garrod, qui les appliqua au traitement de la goutte chronique, réservant le colchique d'automne pour la goutte aiguë. La goutte est chronique lorsqu'elle ne cesse plus guère d'occuper les articulations, affectant tantôt l'une tantôt l'autre, en y déterminant de la rigidité et des déformations plus ou moins prononcées. L'urate de soude existe dans le sang des goutteux, personne ne l'ignore aujourd'hui, et sa présence tient à deux causes : la première est la formation exagérée de ce sel sous l'influence de la dyspepsie et d'une mauvaise assimilation ou d'une alimentation trop riche et trop azotée, la deuxième peut tenir à une excrétion et à une élimination défectueuse par le rein. Ces deux éléments peuvent se trouver souvent réunis ou exister séparément chez le malade. Pour combattre cet état, l'hygiène, le régime, les médicaments propres à modifier la sécrétion de l'acide urique sont concurremment employés.

Or, les médicaments qui conviennent le mieux pour rendre au liquide sanguin sa qualité normale sont ceux qui accroissent l'activité fonctionnelle des organes sécréteurs et spécialement des reins, ceux qui

peuvent empêcher les fâcheux effets de l'urate de soude sur l'économie, en s'opposant à sa formation ou en le dissolvant lorsqu'il est déjà formé.

C'est pour ces motifs que les divers alcalins et la lithine en particulier ont été employés chez les goutteux.

Nous n'avons pas à faire ici l'historique des alcalins dans le traitement de la goutte chronique. Leur emploi remonte bien haut, et il est inutile de rappeler les préceptes de Boerhaave, d'Hoffmann et de Cullen, et de nos jours la prodigieuse fortune de Vichy. Garrod, à l'autorité duquel nous sommes obligés d'avoir constamment recours quand il s'agit de goutte, recommande fortement l'emploi des sels de lithine dans la goutte chronique. Il affirme les avoir administrés fréquemment à des malades qui éprouvaient chaque année de nombreux et violents accès de goutte et être parvenu à leur éviter le retour de nouveaux accès souvent pendant une année entière et à améliorer sensiblement leur état général. Dans son*opinion, ces médicaments constituent le traitement le plus efficace de la goutte chronique. Lorsque les malades rendent des graviers ou du sable d'acide urique, ils diminuent ou arrêtent l'excrétion des graviers par leur action puissante comme dissolvants de l'acide urique. « Des expériences nombreuses m'ont montré, dit Garrod, que, bien conduite, l'administration de la lithine était capable d'empêcher le retour d'accès de goutte; et j'ai appris de divers malades qu'ils pouvaient impunément faire usage du vin, tant qu'ils prenaient de cet alcali. On m'a assuré également que quel-

ques goutteux avaient vu disparaître leurs concrétions tophacées sous l'influence longtemps prolongée des sels de lithine (1). »

Le docteur Stricker a observé, au bout de quinze jours de traitement par le carbonate de lithine, la disparition de concrétions tophacées chez une femme goutteuse de 77 ans (Wirchow's, Archiv et Constatt's Jahresber., 1864).

Faut-il citer encore l'opinion de Charcot, consignée dans une lettre qu'il nous fit l'honneur de nous écrire ? « Les résultats de mon expérimentation, dit-il, se sont montrés tout à fait conformes à ceux annoncés par M. Garrod. J'ai une assez grande expérience du médicament, ayant l'occasion très-fréquente de voir des goutteux, et il est particulièrement précieux chez les sujets atteints de gravelle urique. »

Mode d'administration. Jusqu'à présent, ce n'est pas l'oxyde de lithium qui a été employé en thérapeuthique ; on s'est servi des divers sels connus sous le nom de carbonate, citrate de lithine. C'est sous forme de chlorure de lithium qu'il est ingéré par les malades qui font usage de nos eaux minérales.

Le carbonate est le sel le plus fréquemment administré en thérapeutique usuelle, mais dès qu'il est en présence des acides de l'estomac il se transforme en chlorure de lithium très-soluble et c'est sous cette forme qu'il passe dans le torrent de la circulation.

(1) Garrod, Traité de la Goutte, annoté par Charcot.

Dans l'administration des sels de lithine, on s'est basé jusqu'ici sur les considérations suivantes : les donner étendus dans une grande quantité de liquide, de l'eau principalement chargée d'acide carbonique. C'est cette solution qui a reçu le nom (Veau de lithine. Si une close plus considérable d'alcali est nécessaire, l'associer à un sel de potasse et choisir toujours pour véhicule l'eau gazeuse. Garrod l'a prescrit ainsi, depuis 6 jusqu'à 30 et 40 centigrammes par jour. M. Charcot l'a employé à des doses beaucoup plus élevées, 2 et 3 grammes par jour, mais il parait avoir renoncé à des doses portées aussi haut. « Je suis arrivé à cette conviction, nous écrivait-il, que le médicament doit être donné à très-petites doses, soit 0 gr. 05 avant chaque repas, 10 à 15 centigr. par jour ; mais il faut prolonger l'emploi du remède pendant plusieurs mois avec des interruptions. »

L'obstacle principal à l'emploi plus répandu de la lithine est son prix élevé ; le carbonate coûte en pharmacie deux francs le gramme. Cette cherté tient à la difficulté qu'on a de se la procurer par les procédés chimiques encore peu perfectionnés. Néanmoins, nous n'en sommes plus au temps où des hommes compétents en la matière soutenaient qu'il serait presque impossible de se procurer en Europe une seule livre de carbonate de lithine, et Garrod avance qu'il s'en est consommé jusqu'en 1859 plus de cent livres en Angleterre.

Ce n'est d'ailleurs qu'à l'imperfection ou plutôt à la difficulté des procédés d'extraction du lithium que l'on doit cette rareté relative, car la lithine se trouve dans

la nature, dans beaucoup de plantes, de terrains, d'eaux minérales et même dans le lait, le sang et les muscles de l'homme.

Ce n'est donc pas un médicament étranger que' l'on introduit dans l'organisme en administrant de la lithine, qui doit être considérée comme un élément normal des tissus et des humeurs.

L'Arthritis à Royat. — Rôle de la lithine dans le» eaux de cette station. — Indications et conlre-indicatious à leur emploi.

Si on consulte les anciennes analyses des eaux de Royat ainsi que la nouvelle, on est amené à pria?-?, à conclure avec tous ceux qui ont écrit sur la matière : 1° qu'elles sont reconstituantes par le fer, le manganèse , le chlorure de sodium qu'elles contiennent ; 2° qu'elles sont fondantes ou résolutives par les bicarbonates de soude, de potasse, de chaux, de magnésie, et le chlorure de lithium que notre récente analyse vient d'y découvrir.

C'est dire qu'elles conviennent aux malades atteints d'appauvrissement du sang (anémie, chloro-anémie, névropathies qui les accompagnent ou les suivent), en un mot à toutes les maladies chroniques greffées sur une constitution débile et une nature appauvrie. Nous n'avons pas à insister ici sur les observations nombreuses de guérisons citées par ceux de nos honorables collègues qui ont écrit à ce point de vue. Tous nous sont témoins que ce que nous avançons repose sur la

vérité et une sage observation, et nous ne pouvons mieux faire que d'y renvoyer le lecteur, notre but étant de démontrer que nos eaux minérales s'appliquent essentiellement à l'arthritis et à ses diverses manifestations.

Qu'est-ce donc que l'arthritis et qu'entend-on par ce mot? Cette dénomination n'est pas nouvelle, et toute l'antiquité grecque et latine, les auteurs du moyen-âge s'en sont servi pour désigner la diathèse que M. Bazin définit ainsi : « Une maladie constitutionnelle, non contagieuse, caractérisée par des manifestations variées sur divers systèmes organiques et spécialement par des affections de la peau, des manifestations articulaires et la tendance à la formation d'un produit morbide particulier : le tophus (1). » En un mot, l'arthritis comprend, pour le médecin de Saint- Louis, le rhumatisme et la goutte, et leurs diverses manifestations. L'arthritis de Bazin est l'arthritis des anciens, l'arthritis de Chomel, de Requin, de Rostan, de Pidoux, de Guéneau de Mussy, comprenant nonseulement les affections articulaires attribuées au rhumatisme et celles attribuées à la goutte, mais encore les affections cutanées et viscérales relevant des deux.

Est-ce à dire pour cela que les deux maladies ne diffèrent pas et qu'il soit difficile de les distinguer? Non : presque toujours on peut établir leurs caractères différentiels lorsqu'elles se montrent avec leur type, leur physionomie spéciale. C'est pour ces motifs que

(1) Bazin. Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées (2« édit.).

Charcot adopte la séparation de ce qu'il appelle ces deux diathèses; néanmoins, il lui est difficile de ne pas avouer qu'elles présentent dans leurs manifestations des caractères tellement communs qu'il est souvent impossible d'établir le diagnostic. L'appellation éclectique de rhumatisme goutteux n'a pas d'autre origine. Trousseau, partisan comme Charcot de la séparation des deux diathèses, ne reconnait-il pas lui-même leur origine commune qu'il conteste pourtant, quand il écrit que non-seulement les deux diathèses se confondent chez un même individu, mais qu'elles se confondent encore dans l'hérédité, c'est-à-dire qu'un goutteux peut engendrer un rhumatisant, et réciproquement? Il est évident, ajoute-t-il, qu'elles ont entre elles un lien étroit de parenté.

Dans ces conditions, ne vaut-il pas mieux, n'est-il pas plus logique, comparant entre elles les affections au point de vue de leurs symptômes, de leur ordre de succession, de leur traitement, de classer ces deux maladies sœurs sous la même et unique dénomination d'Arthritis?

Mais, si laissant de côté les doctrines d'Ecole, nous arrivons d'emblée à la pratique, à l'expérience qui seule peut nous donner des résultats certains, que voyons-nous ? Que l'analyse chimique vient confirmer ce que l'expérience nous a appris sur la valeur de nos eaux dans la thérapeutique de l'arthritis. Et cette spécificité des eaux minérales alcalines contre cette diathèse proclamée par l'Ecole moderne, n'est-elle pas due en majeure partie à la présence de la lithine ?

Jusqu'à cette époque, l'analyse ne faisait découvrir dans nos sources que les bicarbonates alcalins ordinaires dont l'action ne peut être comparée à celle de la lithine comme dissolvant de l'acide urique ou plutôt de l'urate de soude et des produits tophacés. N'est-ce pas à cette lithine dont la présence était ignorée, que l'on devait les beaux succès obtenus par l'emploi de nos eaux, succès que la présence seule des bicarbonates alcalins ne pouvait suffisamment expliquer? Il restait toujours une action inconnue, qidd ignotum, qui résolvait spécialement les diverses manifestations de la modalité goutteuse.

Sans aucun doute, l'acide urique, l'urate de soude doivent être considérés comme une simple lésion anatomique, qu'il s'agit pourtant de faire disparaître à l'égal des produits inflammatoires delapneumonie ou du phlegmon qui, bien que n'en constituant pas les caractères essentiels, doivent néanmoins se résorber pour que la guérison soit complète. Faut-il encore que pour certains esprits et des plus distingués, l'acide urique ait une réelle importance, lorsque l'on voit un homme de valeur tel que M. Gigot-Suard, dans un mémoire lu à la Société d'hydrologie, considérer tout un groupe d'affections cutanées comme son produit direct !

Nous ne suivrons pas M. Gigot-Suard dans cette voie, mais tout en faisant de l'acide urique une lésion anatomique, nous admettrons que sa présence dans le sang constitue un danger permanent pour le malade et que sa neutralisation est nécessaire. Pour nous, les alcalins doivent être bien plus utiles dans les cas où l'acide urique existe que dans ceux où il n'existe pas

et leur action curative bien plus puissante clans les affections arthritiques où la sérosité du sang s'en trouve imprégnée.

Personne n'ignore que les maladies catarrhales chroniques des voies respiratoires, digestives et génitourinaires déterminées ou entretenues par la débilité native, par l'anémie artificielle résultant de l'habitation des villes et des habitudes du monde sont traitées avec beaucoup de succès à Royat. Nous avons avec nous pour soutenir cette opinion tous les médecins qui ont exercé dans cette station et le savant professeur de thérapeutique de l'Ecole de Paris M. Gubler qui, dans ses leçons professées àlaFaculté, il y a quelques années, assimilait l'eau de la Grande-Source de Royat au sérum du sang et la qualifiait de lymphe minérale. Passant maintenant aux affections spéciales aux divers organes déterminées par la diathèse arthritique, nous constatons que le résultat est encore plus satisfaisant. Des observations nombreuses et bien établies de guérisons de bronchites, asthmes, laryngites, angines granuleuses, congestions pulmonaires chroniques, dyspepsies gastro-intestinales liées à un état diathésique se trouvent consignées clans les travaux de nos collègues.

Si nous abordons ensuite le traitement de la goutte chronique vraie avec dépôts tophacés dans les articulations, nous serons forcés de garder à cet égard une réserve prudente, notre expérience personnelle étant insuffisante. D'un autre côté, l'étude de l'action des eaux minérales alcalines renfermant de la lithine sur les goutteux, nous porterait à croire à priori à l'efficacité de ce traitement. Car, si l'on se reporte à la patho-

génie de la goutte en se souvenant que constamment il se forme un dépôt cristallin dans les tissus affectés, et si, jugeant par analogie, on considère la propriété qu'a la lithine d'alcaliniser le sang et de dissoudre l'urate de soude, l'esprit sera naturellement amené à employer les sels de cette base dans le traitement de cette maladie. C'est ce qui a été fait en Allemagne et principalement à Baden-Baden dont les eaux renferment une assez forte proportion de lithine. « De tous les remèdes qu'offrent les eaux de Baden-Baden contre les affections arthritiques, aucun ne s'est montré aussi puissant que la source de laMurquelle qui renferme de la lithine » (1).

Pour ce qui est de la goutte articulaire traitée à Royat, nous ne pouvons jusqu'ici donner que très peu d'observations concluantes. M. Laugaudin. dans un mémoire très étudié sur les thermes de Royat, dit n'avoir soigné que très peu de vrais goutteux qui d'ailleurs n'y étaient pas envoyés et n'avoir pas attaqué la goutte articulaire ; quant à la goutte larvée ou généralisée, il n'a eu qu'à se louer des effets du traitement. Dans ces conditions, on peut agir sans crainte de donner lieu à des métastases dangereuses. Notre honorable confrère cite même plusieurs observations de goutteux guéris ou notablement améliorés. Dans l'observation 33e, nous constatons sur le malade qui en fait l'objet, la disparition des gonflements articulaires goutteux, après une saison d'un mois et une amélioration définitive, après une cure faite l'année suivante.

(1) Altbaus. Médical times and Gazette.

Il reste bien entendu que ces diverses manifestations de la goutte généralisée ne peuvent être sérieusement influencées que par un traitement thermo-minéral prolongé et répété plusieurs années consécutives. Nos eaux ne rendent réellement de services dans ces cas spéciaux qu'autant qu'elles sont administrées avec soin et persévérance. La constitution devant être complètement modifiée, aucun esprit sérieux ne saurait regarder un pareil résultat comme possible en un court espace de temps.

De plus il convient de faire un choix dans les malades envoyés à Royat. C'est surtout lorsque les manifestations arthritiques siégeront sur un sujet présentant de. la faiblesse générale, de l'anémie, comme on en rencontre souvent chez les goutteux, un tempérament lymphatique, que notre station devra être choisie. Les eaux franchement alcalines réclamant les sujets robustes, sanguins et fortement constitués.

Mais le terrain le plus favorable à l'action de nos sources est celui des arthritides, surtout celles se rapportant à la modalité goutteuse. Il ne nous serait pas difficile d'énumérer ici de nombreuses et indiscutables observations de guérisons définitives. Nous pourrions même citer plusieurs de nos honorables confrères occupant une haute situation scientifique ou professionnelle qui ont trouvé aux thermes de Royat la guérison de leurs arthritides. Leur témoignage ici formulé nous serait sans doute d'un puissant secours, mais nous ne signalerons que les faits qui nous sont personnels et que nous avons pu observer dans notre pratique encore bien courte. (Voir observations, § VI).

Les rapports du rhumatisme et de la goutte avec les maladies de peau n'avaient pas échappé aux médecins attentifs. H. Holland, (Médical notes and reflections), a observé que le Psoriasis règne souvent dans les familles de goutteux et qu'il alterne avec les accès de goutte. Il en est de même de l'Eczéma qui est beaucoup plus fréquent encore et dont la relation avec la goutte est plus accusée. C'est d'ailleurs cette arthritide que nous rencontrons le plus souvent à Royat. Mais jusqu'à M. Bazin, aucun effort n'avait été tenté pour circonscrire le groupe d'affections cutanées qui précède ou accompagne la diathèse rhumatismale ou goutteuse. Il fut le premier à en constituer une famille tout aussi naturelle que celle des syphilides ou des affections parasitaires.

A ce groupe d'affections comprenant les arthritides pseudo-exanthémateuses, les arthritides sèches et humides (pityriasis, acné, urticaire, eczéma, psoriasis, etc.), s'appliquent efficacement nos eaux minérales. La découverte de la lithine nous autorise à étendre encore leur action et à réclamer comme tributaires de notre station les arthritides s'accompagnant d'affections articulaires, ou compliquées de diabète et de gravelle urique.

Observations. '

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