‹ De la localisation dans les maladies cérébralesChapitre 15 sur 24 · IL — NÉVROSES · texte numérisé non relu

IL — NÉVROSES

— Épilepsie. — On pensait jusqu’à ces derniers temps que l’épilepsie était sous la dépendance d’un état morbide du bulbe. On doit à M. Jackson d’avoir apporté des preuves sérieuses en faveur

de l’origine corticale de certaines épilepsies partielles, sinon de toutes. Nous avons déjà mentionné le fait si important que la convulsion, pendant un certain temps, peut rester localisée dans un groupe de muscles et y présenter exactement les caractères des convulsions produites par l’excitation d’un des territoires mo1;eurs de l’écorce. D’ailleurs, un certain nombre d’autopsies ont montré dans ces cas des tumeurs, c’étaient, dira-t-on, des épilepsies symptomatiques. — Sans doute; mais pour quoi nier lapossibilité d’un trouble purement fonctionnel, sans lésion grossière de ces mêmes territoires, si dans les deux cas l’attaque présente ce même caractère ?

11 y a déjà longtemps qu’on a remarqué avec raison que la présence d’une tumeur n’explique pas l’épilepsie ; elle est purement l’occasion de son développement.

On trouve dans les auteurs des faits à\tum consconstitués par des sensations olfactives. M. Jackson y trouve une preuve en faveur de sa manière de voir. Nous attacherions une plus grande valeur à la coexistence de l’aphasie (1).

Quant à la prétendue localisation de l’épilepsie dans la corne d’Ammon, on est généralement d’accord aujourd’hui pour lui refuser toute signification pathogénique (2), mais le fait anatomique ne

(1) Voyez (leux cas de ce genre : l’im in Jahresbericht, 1869, t. II, p. 45; l’autre. Gazette hebdom. , 1874, n® 17.

(2) Il est, à ce sujet, utile de rappeler les rc^sultals infructueux de

saurait être nié, pour certains cas ; voici quelques documents historiques sur cet intéressant sujet encore à l’étude.

Dans un travail intitulé : De V épilepsie considérée dans ses rapports avec l’aliénation mentale ; recherches sur la nature et le siège de ces deux maladies (1), Bouchet et Cazauvielh ont rapporté dix-huit autopsies ' d’épileptiques, faites à la Salpétrière. Dans neuf de ces autopsies, l’une des cornes d’Ammon ou les deux étaient indurées. Néanmoins, dans les considérations générales, ils n’insistent pas sur cette fréquence de l’induration de la corne d’Ammon, mais ils insistent sur l’induration du cerveau, en général, qu’ils considèrent comme un degré de l’inflanimation. « Concluons donc, disent-ils, que la congestion, l’induration et la mollesse de l’encéphale constituent une même altération, mais à différents degrés ou à différents états. ))

D’après Foville (2) l’une des altérations les plus fréquentes, sinon la plus fréquente , que l’on rencontre à l’autopsie des épileptiques (c c’est l’induration de la substance blanche encéphalique... » Elle s’observe « dans toutes les parties blanches de

l’expérimentation : « L’application des éléctrodes sur l’hippocampe ou les parties qui avoisinent la corne descendante du ventricule latéral, ne produit aucun résultat appréciable (F eri'iev, Expérimental, etc. 1873, p. 34.).

(t) Archives générales de médecine, 3® année, 1823, t. IX, p. 310, et 4® année, 1826, t. X, p. 3.

(2) Biclionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, l. VU, arl. Epilepsie, p. 42<i, 1831.

l’encéphale, dans l’intérieur des hémisphères, comme dans le corps calleux, les cornes d’Ammon, les hémisphères cérébelleux, la protubérance, les pédoncules cérébraux et cérébelleux, c’est une altération générale autant que possible. »

Bouchet (1) dans un mémoire publié en 1853 relate en abrégé quarante-trois autopsies d’épileptiques, pratiquées soit à la Salpétrière, soit à l’hôpital Saint-Jacques de Nantes. Il revient sur l’induration générale du cerveau et cite des faits à l’appui. Dans douze de ses autopsies, il note une induration tantôt d’une seule corne d’Ammon, tantôt des deux. La fréquence de cette lésion dans la corne d’Ammon a fixé son attention. « La corne d’Ammon, dit-il, est la partie cérébrale qui a le plus fréquemment présenté l’induration. Cette altération a souvent été si frappante, et quelquefois si constante, que, bien évidente neuf fois de suite pour quelques médecins assistants, elle leur a donné la conviction qu’elle représentait exactement la cause pathologique de l’épilepsie. Cette assertion n’est pas vraie, et les autres cas obligent de conclure que -l’épilepsie n’a pas son siège dans une partie limitée de l’encéphale... » {Loc. cil., p. 23G.)

Plus loin (p. 245) il écrit :~a ... Le siège de l’épilepsie, n’est pas plus dans les membranes du cerveau, sous forme d’ossification, comme Esquirol

(1) Sur l'Einlepsie {Annales méâko-psycholog,^ i<So3, ti Y, p. 209).

fut tenté de l’admettre, que dans les cornes d’Ain» |

mon, comme je l’ai rencontré si souvent, mais bien I

dans l’universalité de l’encéphale, etc. )) Il

Vers la même époque, Lelut qui connaissait la fréquence de l’induration de la corne d’Ammon dans l’épilepsie la montrait à la Salpétrière ; il en a parlé quelque part ; mais je ne saurais actuelle- ;

ment retrouver cette indication bibliographique. j

M. Delasiauve (1) se borne à citer sommaire- • ^

ment quelques faits. ^

Sur trente -quatre autopsies, faites en 1866, i

1871, 1872-74, dans les services de MM. Charcot i|

et Delasiauve, M. Bourneville a trouvé cinq fois |

une induration de l’une des cornes d’Ammon. (Corn- ’

munication orale.)

M. Meynert qui paraît attacher à cette lésion une i

certaine importance, rapporte que chez vingt épi- j

leptiques dont il lit l’autopsie, il lui est arrivé de j

rencontrer l’inégalité des diamètres des cornes j

d’Ammon, sur une coupe transversale, inégalité ^

due à une atrophie plus avancée de Func des j

cornes, qui présente en meme temps une dureté ;|

■parfois cartilagineuse et une hyperémie très-no- j

•table, assez souvent un aspect cireux et une cer- J

taine transparence à la coupe. D’ailleurs il est peu probable, dit-il, que la cause première de l’épilepsie j

doive être recherchée dans l’altération primitive j

des cornes d’Ammon, alors qu’il est fréquent de !

(1) Traité de l’épilepsie, \^‘6'3é . .

rencontrer Reliez les épileptiques des altérations 'du cerveau beaucoup plus graves et bien moins localisés. Il croit plutôt que, par suite de certaines relations physiologiques, la corne d’Ammon participe aux lésions frappant des points éloignés et qui sont, elles, la cause de Fépilepsie (1).

Hystérie. — Cette névrose protéiforme, prêterait à de longs développements. Nous nous bornerons à un seul point de la forme hémianesthésique si bien étudiée par M. Charcot. Il résulte, de la note suivante, que M. le docteur Landolt a bien voulu nous remettre, que l’examen des yeux de cette forme témoigne en faveur de la localisation de l’affection dans le système postérieur de la couronne rayonnante.

Le trouble de la vision (amblyopie unilatérale) est le même que celui qui existe dans les cas d’iiémichorée ou d’hémianesthésie organiques; il n’est pas périphérique, il est, on peut l’affirmer, central.

De la similitude symptomatique entre les hémianesthésies hystérique et organique, nous ne prétendons pas que l’affection dans l’hystérie siège au pied de la couronne de Reil. Nous avons fait remarquer, dans le paragraphe consacré au diagnostic des affections localisées, que le système sensitif, s’il est affecté à son expansion, même ultime, devra nécessairement produire les mêmes résultats que s’il l’est au pied de la couronne.

(i) Viei'teljahrschrift fùr Psychiatrie, 1868.

Nous renvoyons aux considérations que nous avons présentées à ce sujet.

Voici la note de M. le Landolt :

K Grâce à la libéralité de M. Charcot, nous avons pu examiner à fond quelques cas d’hémiplégie hystérique.

L’examen objectif ne montre pas la moindre différence des deux yeux.

La papille du nerf optique, les diamètres des vaisseaux, la rétine sont les mêmes des deux côtés. Mais les fonctions de l’appareil nerveux de l’œil du côté paralysé ont souffert d’une manière très-caractéristique.

L’acuité visuelle de cet œil est réduite à la moitié et moins de celle de l’œil sain.

La distinction de différents degrés de clarté a également diminué. Nous avons produit sur le disque rotatif de Masson deux cercles gris, par un mélange de blanc et de noir à quantités égales sur l’un, inégales sur l’autre. L’œil sain remarque la différence de 5° de blanc ou de noir, tandis que pour l’œil malade il en faut 10° et plus.

La perception des couleurs est aussi bien plus faible sur l’œil malade que sur l’œil sain.

Pour être reconnue, une couleur doit avoir une plus grande étendue ou une plus grande intensité pour l’œil malade que pour l’œil sain. Nous avons constaté cela en déterminant la distance à laquelle des objets colorés d’une grandeur donnée étaient reconnus, et en cherchant la quantité de couleur

qu’il faut ajouter au blanc pour que l’œil malade la reconnaisse (1).

Les mélanges de couleurs, y compris le gris, produit par la composition de trois couleurs, font sur l’œil malade la même impression que sur l’œil sain, relativement à leur nuance, seulement pas relativement à leur intensité. Cela prouve que les hystériques examinées ne sont pas daltoniennes.

Le champ visuel général de l’œil malade est rétréci concentriquement et réduit à une étendue de 40“ et moins dans chaque direction. 11 n’y a donc décidément pas d’hémiopie.

Le champ visuel des couleurs est également rétréci proportionnellement au champ visuel général. Ainsi les limites du bleu et du jaune sur fond noir sont moins étendues que celles du blanc, puis viennent les limites de l’orange, du rouge, du vert, et enfin à 15“ seulement du point de fixation celles du violet.

On remarque que l’ordre dans lequel se suivent les champs visuels des différentes couleurs est exactement le même que pour l’œil sain (2). Celui-ci est aussi moins étendu pour les couleurs dont nous

(1) Celle mélhode d’exploralion esl nouvelle. Elle est basée sur notre découverte que la perception des couleurs dans la périphérie du champ visuel dépend de l’intensité de la couleur, et que la plupart des déperamatopes perçoit les couleurs dans la vision directe, comme l’œil normal dans la vision indirecte. (V. Ann, d’ocul., janvier 1874, p. 1.)

(2) E. Lan doit, Il perimelro e la sua applicazione. {Annali d'obs. di Milano, 18T΄

nous sommes servis, seulement les différences sont loin d’être si considérables que chez les hystériques.

L’œil du côté paralysé se trouve donc dans des conditions tout à fait analogues à celles des autres sens du môme côté, et tous les phénomènes oculaires peuvent être exprimés ainsi. Il faut une irritation plus forte (intensité de la lumière et des couleurs, différence de clarté) pour produire sur l’œil malade la même impression que sur Fœil sain ; de même qu’il faut une pression plus forte pour que les nerfs sensibles de la peau la perçoivent, etc.

Nous avons pu constater absolument les mêmes phénomènes chez une autre malade du service de M. Charcot, atteinte d’hémiplé^e et hémichorée, etc.

L’œil du côté paralysé a également perdu une partie de son acuité visuelle. Le champ visuel est également rétréci concentriquement. La perception des couleurs a souffert d’une manière analogue à ce-qui a lieu dans l’hémiplégie hystérique.

Nous nous proposons de publier les résultats de nos recherches in extenso, dès que nous les aurons complétées. Mais nous sommes heureux de pouvoir signaler déjà aujourd’hui cette découverte importante, par laquelle M. Charcot a enrichi l’exploration de l’organe visuel par rapport à la localisation des maladies cérébrales. ))

Chorée. 11 serait peut-être prématuré de discuter la localisation de la chorée des enfants {cliorea mi-

nor). Nous nous bornerons à renvoyer aux brèves remarques qu’a présentées sur elle M. Charcot (1).

Migraine.' — Une forme de la migraine bien étudiée par M. Lieving, s’accompagne d’aphasie. J’ai déjà, à plusieurs reprises, montré la signification de ce symptôme. J’en laisse tirer la conclusion.

Vésanies. — Dans les mélancolies et les manies, Meynert a prétendu qu’il y a prédominance de l’affection dans les lobes occipital et pariétal, parce que, dit-il, il y a toujours hypéresthésie des or- ' ganes des sens. Ces vues demandent à être confirmées.

(1) Progrès médical, 1873, n® 6.

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