I. Athénée 9 Deipnosoph. , \iw, x , ch. a
a. Stabr, Âristotelia , liv. a, p. 3i.
OB L AUTHENTICITE DE L OAGAMON. -^ CHAP. IX. 95
« thècpie d'Aristote et tant d'autres' .» Cette seconde version est tout-à-fait d'accord avec le récit de Strabon, de Plutarque, de Suidas, et tout porte à croire que c'est véritablement celle-là qu'il convient d'attribuer à Athénée. L'altération du texte dans la première version est démontrée , et l'on peut croire que l'abréviateur aura , dans cet endroit , ' attribué à Nélée de Scepsis ce que son auteur rapportait seulement aux collections dePisistrate, de Polycrate , d'Euripide , etc.
Ainsi le témoignage même d'Athénée, qu'on a si souvent opposé à celui de Strabon , loin de le combattre, le confirme, et Ton peut dès lors le regarder comme par&itement exact. Athénée ne parle non plus que de la bibliothèque ; il ne dit rien des autographes, et il en avait cependant l'occasion , puisqu'il raconte que la manie d'Apellicon le poussa jusqu'à se procurer par un larcin les décrets autographes conservés dans le Métroon à Athènes. Certes , si le bibliomane de Téos eût possédé des autographes aussi précieux que ceux du Stagirite, Athénée n'aurait point négligé de lui en faire honneur. On a donc tort de penser que Nélée et ses successeurs les possédassent plus qu Apellicon. Rien, dans les textes rapportés cidessus, n'autorise cette conjecture , et tout semble établir le contraire.
Ce qui paraît encore devoir la réfuter, c'est que
i. Atbcnée DeipnoAoph. , liv. 5 , ch. 53.
94 PRBBftÈIte PARTIBi
Cicérdn, contemporain et ami de Tyrannibn, ignore complètement les circonstances dont parleStrabon. Or, ce silence de Gicéron est de tout point inconcevable, si l'on suppose que les autographes d!Aristote étaient à Rome', entre les mains des biblio-* thécaires de Sylla. Ce silence est bizarre, mais certainement* beaucoup moins incompréhensible, si Ton admet, d'après le récit de Strabdn, que les documetis sur lesquels travaillait Tyrannion n'étaient que des copies. Cicéron avait étudié à Athènes où se trouvaient incontestablement les ouvrages d'Aristote, comme ils se trouvaient à Alexandrie; il les Connaissait, sinon tous, du moins la plupart. Il était donc naturel qu'il attachât moins de prix à une édition plus exacte , il est vrai, tnais qui, pour lui, était peu nouvelle. Si l'on suppose, au contraire, que la plus grande partie des ouvrages d*Aristote, inconnus jusque là, furent alors publiés pour la première fois, et que Cicéron pouvait, comme Andronicus et les libraires de Rome, consultet* les autographes mêmes dû Stagirite, alors son silence est tout-à-fait inexplicable : mais ce ne sont là que des hypothèses dont rien n'autorise l'exagération.
Ce qui résulte du texte de Strabon, c'est qu'avant les publications d'Apellicon et celles de Tyrannion et d'Andronicus, les ouvrages d'Aristote étaient imparfaitement connus , et que , dès lors , ils le furent mieux et en plus grand nombre. Ceci n'a rien qui ne s'accorde avec les témoignages des
DB l'ACTBBNTICITÉ M t'ORGANON. — - CHAP. IX. 95
commentateurSy qui tous attestent que les ouvrages d*Aristotc étaient dans la bibliothèt[ue d'Aletandric ', et avec le témoignage de Cicéron % afBrmstnt, que de son temps, ces ouvrages sont peu familiers même aux philosophes dt profession.
Dans cette hypothèse, qui a pour elle les textes dé l'antiquité et sa simplicité même, on petit, ilest vrai, se demadde^ encore ce que sont devenus les auto^ graphes d'Aristote : d'abord cette question n'en subsiste pas moins, si l'oh suppose qu'Andronicus les pofls^aii; ctfr alors qu'en a-t-il fait, et quel en a été le destin après lui ? mais ce sont la des difficultés qu'on se donne gratuitement. Rien n'indique que Théophrasle, et l'on peut ajouter Aristote, au moment de sa mort, les possédât. Aujourd'hui même, où les moyens matériels de l'écriture sont si perfectîonnés, quel est Fauteur , surtout quand il a été iécond , qui- pourrait transmettre à ses héritiers une collection coihplète deâ manuscrits de tous ses ouvrages? Certes, les autographes d'Aristote eussent été un monument de la plus haute importance : les philologues ont eu grande raison de s'en enquérir; mais il, est à craindre que leur imagination, bien plus que leur exactitude, ait été en jeu. Les autographes d'Aristote n'ont sans doute jamais existé /dans l'état où on le suppose; peut-être Aristote, comme semble l'indiquer la