‹ De la logique d'Aristote (volume 2)Chapitre 78 sur 87 · U n*est pas impossible » H est impossible · texte numérisé non relu

U n*est pas impossible » H est impossible

4. Il n'est pas nécessaire ** Il est nécessaire qae ce ne soit pat.

5 . Il est possible qae ce ne soit pas. H n'est pas possible «

6. Il est contingent » Il n'est pas contingent » 7* Il n'est pas impossible » Il est impossible »* 8. Il n'est pas nécessaire » • B est nécessaire que ce soit.

AMÀLT8E DS L'HBftMÊKBIA* — CHAP. lU. 201

Avant d'aller plus loin , il convient d'expliquer, au moins brièvement, quelques-unes de ces express sions, 6t d'en montrer les différences. On voit sans peine que, nécessaire est, ce qui est toujours; impossible, ce qui n'est jamais; possible, ce qui peut également être ou n'être pas, c'est ce qui n'est pas encore, mais peut étre^ contingent, au con- * traire, est ce qui est déjà , mais pourrait ne pas être. Du reste, Aristote confond souvent le possible (îtivocTov) et le contingent (to èv^Ep(JLevov); ou , pour mieux dire , il ne considère qu'une des deux faces du possible, parce que tout ce qui, s'applique à l'un peut aussi s'appliquer à l'autre. Les commentateurs ont , en outre , remarqué , avec raison, que possible et impossible appartiennent au nonétre, tandis que contingent et nécessaire appartiennent à l'être , à la réalité.

aa, a, 33. Le possible et l'impossible se suivent contradietoirement , mais à l'inverse (ovtifctnxûc (*^vj âvT£çpoc(x[ji6V6>ç ^e); c'est-à-dire que l'affirmation de l'un suit la négation de l'autre ; et de plus, la contradiction est dans les modes euxmêmes. Ainsi : il est impossible que ce soit, suit : il n'est pas possible que ce soit. Pour le nécessaire, il n'en est pas de même. La consécution se fait par contraires, et non plus contradietoirement. Ainsi, impossible est opposé contrairement à nécessaire, (ivovrCcûç), et il a la même valeur que lui (to aùri iw«(wvov), c'est-à-dire la même forme. En effet, si nne chose est impossible, il est nécessaire, non pas

8i3 MVXIÈIIS PÀEtB» '^ OÈCtiOir I. *

qu'elle $oit, mais, au contrairçi qu'elle ne s<»t paçi; ^ (aa, b,6), et s'il e$t impos&ible qu'elle oe soit pas 9 il est iiiécessaire qu'elle soiti £n un Hiot, pour qu'impossible, et nécessaire se suivent , il ne faut pas^ comme pour le possible et l'ifiqpossible, placer la négation au mode ( il £aut ^ au contraire, la placer à la proposition sojet.

La discussion à laquelle sô livre ici Âxistolê isemble indiquer, que ces consécutions des modales avaient été traitées avant lui ^ et que la série en «vait été mal disposée par d'autres logiciens.

23^ b, 29. On peut se deqouinder comment le possible est bien la suite du nécessaire; s'il ne le suit pas % ce serait alors sa contradictoire : pas,possible;etsi l'on dit que^ce n'est pas la vraie contradictoire , ce sera donc : possible de ne pas être ; mais, pas possible d'être et possible de ne pas être sont tous deux faux , comme suite de nécessaire» Comment donc, encore une fois^ possible suit-il nécessaire? Le voici ; c'est que le possible a deux sens : tout possible jne peut pas les le$ deux choses opposées ( xk âvTuUi|Mva où ^uvatoci Tcav ^uvaTov)« Pour certains possibles, ceci est vrai; pour d'autres, ce ne l'est pas. D'abord, dans les possibles qui sont dénués de raison ( kcl Tâv (^^ icarà >oYov .^uvaTûv), quelques-uns ne peuvent pas les contraires : ainsi, le feu, force irrationnelle et de nature , ne peut que brûler, qu'être chaud. Dans les forces douées de raison ( al {AeT« Xoyov Âuv«(tei$ ) les contraires sont également possibles; et toutes

left forces rationneHeftont cette propriété , toticUs que, parmi les forces irratioanelles^ ilD'yena que quelques-unes qui la possèdent. Seulement, œ qu'on prétend établir ici, c'est que toute puissance n'est pas susceptible des opposés (on où itfioa Siftu\Liç Tfixv ôvtucetpbivcèv ) ^ non pas même toutes les puissances de même espèce (k«t« to outo il^o^), attendu que les puissances sont souvent homonymes (lvtai<Â6 ^«f&eiç o(t<àvu(io{ sttnv). On peut comprendre c^ qu'Âristote entend ^ ici , par puissance homonyme, si l'on se rappelle sa définition des homonymes , au début des Catégories ; ce sont les puissances qui, sous un même nom, reçoiveot cependant une définition différente , par suite de la différence même des effets qu'elles produisent. C'est qu'il faut bien distinguer les deux sens de possible ; possible est ce qui est déjà en acte ( x»t Jv€pY6iav ov ) , quand on dJit d'un hoÉime qui marche, qu'il peut marcher; et ce qui pourrait être en acte, quand on dit d'un homme valide, qu'il pourrait marcher. L'un des Mis de possible s'applique seulement aux choses mobiles et passagères (xivKjroti;); l'autre s'applique CQ outre aux choses immobiles et constantes ( xal

Ainsi donc^ le possible, pris d'une manière absolue, le possible ne suit pas véritablement le nécessaire , mais Tun des deux possibles le suit ; et de même que l'universel suit le particulier, de laême «iiasile possible, ou du moins « une partie

2ft4 SEUXliOfE PA&TIE. «-^ SBOU^^c^*

a du p09sitile , suit le nécessaire { a3\ a , 17 ) ; le <c, nécessaire lui-même est peut-être la source («pj^in « usiùç) dé tout ce qui est , compie le non-néces- « saire, la source de ce qui n'est pas, et l'on $ç pourrait commencer par le nécessaire les consé- « cutions présentées ci-dessus. G'^st que le né- <c cessaire est en acte, en réalité , de sorte que si les « choses éterndles sont antérieures, l'acte aussi ce serait antérieur à la puissance , et , parmi les <K choses, les unes sont actes (évép^e^i etciv aveu a ^uva(j^6a>ç ), sans puissance, confme les premières a substances ; d'autres sont .actes avec puissance, « et sont antérieures à la puissance, parnature, et <K postérieures par le temps; d'autres, enfin, ne <c sont jamais des actes , et restent toujours de ce simples puissances ( ^uvapieiç [idvov ), »

En résumé, le possible et l'impossible se suivent contradictoirement , mais à l'inverse ( âvTiçaTucâç , àvT8çpa[A[i.6V(it)ç); l'impossible et le nécessaâfe se suivent par contraires (cvavTiox;) ; enfin , le néces* saire et le possible se suivent âvTiçaTucôç «votvricdç, c'est-à dire avec double opposition au mode et au sujet , modo et verbo.

Ch. i4, a 3, a, a 7. Pour compléter cette théorie de l'opposition des propositions , une dernière question reste k éclaircir : c'est de savoir précisément, si l'affirmation est contraire à la négation; ou bien , si l'affirmation est contraire à une affirmation contraire. Si, par exemple, à cette affirmation : Tout homme est juste , le contraire est :

AifALfsB ne t'n%RiféNEiA.-*ct]AP« in. 29S

Aucun homme n*est juste ; ou bien : Tout homme est injuste : quelle est , de Ces deux dernières propositions, la vraie contraire? Comméla parole n'est que la conséquence forcée de la pensée , cela revient à demander^ quelle est dans l'esprit la proposition^rontraire : est-ce la proposition négative , ou cdie qui affirme le. contraire? (irrfrcpov i tHç â«o-

ça9((i>ç ^ ^ TO svovT^ov e^ai ^o^o^uga)! Su par

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à Fesprit aussi contraire que Top^Lnibn feu|5e né-* gative : Le bien n*est pas bien. C'est donc à tort qu^on a dit que les propositions contraires sont les propositions des contraires : a II ne faut point s'arrêter aux pr^l^sitions qui établissent que ce qui n'est pfts est^ ou que ce qui est n'est pas f parce que la série des unes et des autres serait infinie {oh:e^ ^) ; il faut s'arrêter uniquement à celles Ijui renferment l^rreur ( -n iiçim ) , et ce sont les propositions génératrices (cÇ wv al yevf- (tck). Les générations des choses viennent des opposés, et par suite les erreurs aussi. Si donc le bien est, à la fois, bien et non-mal, et que la première proposition soit en soi (xaô' éouTè), et l'autre seulement accidentelle (xarà <ju[z.Ssêy|xoç) ; car ce n'est qu'un accident du bien de n'être pas un mal; la proposition en soi est certainement,ou plus vraie, ou plus fausse , par la même raison. Donc , cette proposition que le bien n*est pas bien, est la proposition fausse de ce qui est en soi ; et la propo-

a aîtion que le bî6Q est un mal, est la propoi^îtion a finisse de ceqiii n'est qu'en accident; d'où il suit, «( que la proposition négartive du bien est plus « fiiuaae, que la proposition a^rmative du con« « traire. L'erreur la plus forte résulte i^e la prppo- <K sition contraire » puisque les contraires sonj; les « den^i points lès plus opposés relativement à une « méine dho^, y II fauf remarquer de plus que cette proposition faus^e^ au$ le bien est^a|, est complexé (^|AiTCeirXr/(i.évD),^ ne saurait^ sll9&ine à elle-Qi%n^pai^ij(^séq%ent; car, pour dire qtie le bien est maU â' a fallu prouver d'abord qu'il n'est pas un bien. I)e plus 9 quelquefois il n'y a pas de contraire qu'on puisse affirmer ; et . alors j il faut bien que la proposition fausse 3(gîlifJl'Qpposée de la vraie {i rç âiToôev àvTwcgi(iiv7))«

%3tf b, 35. Mémçs observation^ si V<m sç donne cette proposition, que le non-ljujifn nest pajs bien^t et qu'on se demande quelle^ est sa^éoigirairePCe ne sera certainement pas que ie non-bien est un mal : car .les deux propositions seraient vraies à la fois ] et janiais le vrai n'est contraire au vrai. Reste doncquelenon^bieuest bien. Mêmes pbservaitions,, si l'on joint aux prapositions un signe d'universalité» au U?m de les laisser indéterminées.

Donc , toute proposition qui affirme une chose aveq vérité I en a. deux fausses qui lui sont opposées : l'une , qui nie que la chose soit ce qu'on affirme qu'elle èst^ l'autre, qui affîrmç que la chose

e»t autre ebof», l^ plps pppwée , et par consé-

AxuKtm w ii'fflHiÉmBA. -«eai». m. 2%f

qiientlac(mtraire> est la première, c'estt^ire, cdle qui nie , et non la seconde , c'e8t«À*4ire*, celle qui affinne le contraire.

i finit le Traité du langage; voici les sujets qu'Aristote y a traités :

Après avoir examiné, danslesCatégories^lesidées et lei choses qu'expriment les mots simples , sans combinaison les uns avec les autres (aveu oupiirXox^c^ il étudie , dans Touvrage qui suit les Catégories , les lois de la combinaison des mots, en tant que cette combinaison produit une expression (épfi/veta) de la pensée. Ainsi , le Traité du langage est donc tout entier la théorie de la proposition : et quelques commentateurs ont pu rintitnler, avec rai<^ son : (ir^ ^K^itmA^) de proposiiione hgicàAxisItote analyse d'abord les éléments de la proposition : le nom et le verbe ; puis, s'attachant à la proposition significative du vrai et du faux (âiroçocvnxoç ^oyoç), il la considère successivement, dans sa qualité : négation et affirmation, etdans sa quantité: universalité et particularité ; il en recherche , avec un soin tout particuHer, les lois sous le rapport de Toppositlon , et se demande en quoi consiste la nature contradictoire , et coptraire , des propositions. Il psAse ensuite aux propositions appelées modales, c'est-àdire, celles dont le sujet apparent est affecté d'un signe particulier de nécessité, ou de simple possibilité : et il étudie, dans ces propositions modales , comme il Ta fait pour les propositions simples ,

208 DEDXiÈME PARTIS. — SECTION I.

leur opposition et leur équipoîlence : entin , arrivant aux propositions, dont Tôpposition est , non plus dan5 le sujet, mais dans l'attribut, il pose les principes , d'après lesquels se forme réellement cette opposition quelquefois difficile àdiscerntjgr.

U semble qu'après cette analyse, on voit mieux la place considérable que le Traité du langage tient dans rOrganon ; il est évidemment le lien indispensable des Catégories et de l'Analytique, puisque la proposition est , elle-même , intermédiaire entre les notions simples qui la constituent, et le syllogisme, qu'elle forme en se combinant de diverses façons. En se plaçant à ce point de vue, qui nous parait de toute exactitude, on a peine à comprendre, comment Andronicus de Rhodes pouvait contester Tauthenlicité de ce traité entier, et Ami^onius , celle de la cinquième partie. Il faut croire.que, ni l'un , ni l'autre, n'ayant suffisamment approfondi les questions de Vif- (jLTfvEioc , ils portaient Iciir sentence de condamnation avec un peu de légèreté. L'empreinte aristotélique nous y paraît tout aussi peu contestable que dans le reste de TOrganon. Seulement, la itoatièré est plus difficile , et peut donner naissance à des doutes , comme Aristote lui-même en avertit ses lecteurs ; mais rép[A>fyeia appartient , sans ailcuhe incertitude, au Stagirite, et par son style, et par sa connexion intime avec tout ce qui la précède et tout ce qui la suit.

On voit sans peine, que cette théorie de la pro«

A5ALT8B PB Ii'HERMÉNEIA. — CHÀP. III. 209

position est absolument indispensable à celle du syllogisme, non pas seulement dans son ensemble, mais jusque dans ses détails. Sans la discussion de la quantité j de la qualité , et de l'opposition des propositions, il est tout-à-fait impossible de comprendre la conversion des propositions dans le syllogisme, et le mécanisme particulier du syllogisme par l'impossible. Sans la discussion des propositions modales , on ne saurait suivre toute la méthode des syllogismes, dans lesquels l'une des propositions est ou contingente , ou nécessaire , tandis que l'autre est catégorique et absolue.

On peut enfin remarquer que cette longue et délicate analyse de la contradiction, dans les futurs contingents , tient à la polémique philosophique contemporaine, et qu'avaient soulevée Anttsthène , en niant qu'il pût y avoir une contradiction réelle; Protagore, en soutenant que les deux membres de la contradiction étaient également vrais, etÂnaxagore, qu'ils étaient également &UX. Aristote se montre ici , comme dans tous ses autres ouvrages , l'adversaire de la doctrine du hasard qu'il a si souvent combattue , et qui révoltait son admiration profondément enthousiaste poijr la sagesse et la prévoyance de la nature. (Voir notamment ïÂ^m fijo^im, liv. i, ch. i, page 64^9 a, 10.)

24 DEfJXIÈUË PARTIE. — SBCTION I.

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