CHAPITRE IL
De Fart d'assortir^ dans les jardins^ les plantes ligneuses ^ afin de tirer le meilleur parti possible de la couleur de leur feuillage pour T agrément de la vue,
749. Si l'on considère les arbres et les arbrisseaux, non plus sous le rapport de la couleur de leurs fleurs, mais sous celui du parti qu'on peut tirer de leiu' feuillage pour la décoration des jardins en les assortissant convenablement, on verra qu'il n'y a guère qu'un très-petit nombre de contrastes de gamme ou de nuances qu'il soit possible de réaliser, du moins aux époques où la végétation est en activité; car en automne, lorqu'elle s'arrête et que les plantes vont perdre leurs feuilles, celles-ci, avant de tomber, peuvent présenter des couleurs rouges, roses, écarlates, orangées et jaunes, qui semblent assez souvent, 1 par leur vivacité, raj)peler la saison des fleurs. La plupart des arbres et des arbustes ne présentent dans la belle saison que du vert dans leurs feuillages ; et si ce vert diffère de ton et de nuance suivant les espèces et les variétés, les différences sont toujours peu prononcées. Il n'y a qu'un trèspetit nombre de plantes ligneuses , comme l'olivier de Bohème, dont le feuillage soit entièrement
(477) argenté, c'est-à-dire, le soit sur les deux faces de la feuille : il n'en est que très-peu dont le feuillage soit pourpre, comme l'est celui du liétre pourpre* Voyons les conséquences de cet état de choses pour établir des harmonies de contraste et des harmonies d'analogue.
A) Harmonies de contraste.
75o. a) Le contraste de couleur le plus prononcé qu'on puisse établir entre les feuillages de végétaux ligneux, est celui du vert du plus grand nombre avec le feuillage le plus voisin de la couleur rouge : nous disons, le plus voisin, puisque nous n'en connaissons aucun auquel la qualification de rouge soit réellement applicable. En effet, le hêtre pourpre est plutôt d'un brun rouge que d'un rouge foncé proprement dit, et cela ne doit pas surprendre, puisqu'en définitive la couleur des feuilles résulte d'un mélange de vert et de rouge, lesquels, d'après le principe du mélange des couleurs (i 54 et 1 58), doivent donner naissance à du noir, s'ils sont en proportion convenable, et à un ton brun de la gamme verte ou de la gamme rouge, suivant que l'une des couleurs domine sur l'autre. Il est visible, d'après cela, qu'il sera difficile d'obtenir le contraste de couleur avec des feuillages.
h) Le contraste de nuance s'établira par l'assortiment d'un vert bleuâtre avec un vert jaunâtre,
(478) pris tous les deux à des tons inégalement élevés j par le contraste d'un vert bleuâtre brun avec un vert clair jaunâtre, etc.
c) Enfin le contraste de ton s'établira entre les feuillages argentés qui ont toujours un ton sensible de vert, et les feuillages d'un ton plus élevé de ce même vert, etc.
B) Harmonies d'analogue.
75 1. Presque tous les massifs de nos jardinspaysages plantés de végétaux variés, offrent des harmonies de nuances résultant presque toujours d'associations établies d'après des considérations éti^angères à celle de l'assortiment du feuillage; résultat tout simple , si on se rappelle la remarque faite plus haut (749)) <iue les couleurs des feuilles du plus grand nombre de végétaux sont des verts appartenant à des gammes plus ou moins rapprochées , et de tons peu éloignés les uns des autres.
a) Des harmonies d'analogue de nuances formées de tons rapj)rochés, appartenant à des gammes voisines, sont donc celles qu'il est le moins difficile d'obtenir.
h) Quant à des associations de feuillages présentant une série de tons équidistants, appartenant à une même gamme de vert, elles seraient excessivement difficiles à réaliser.