‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 212 sur 249 · De là je conclus · texte numérisé non relu

De là je conclus

1 .° Que dans tous les cas où une peinture doit être placée à une distance telle du spectateur , que les détails du clair -obscur ne seraient pas visibles, il faut recourir aux teintes plates, sans négliger pourtant l'emploi de quelques grands clairs et de quelques grandes ombres propres à donner du relief, si on le juge convenable.

2.° Que dans tous les cas où la peinture est accessoire à la décoration d'un objet, les teintes plates sont préférables au clair-obscur, par la raison que l'usage de l'objet empêclie presque toujours que la peinture qui le décore soit, dans toutes les circonstances de son usage , susceptible de s'offrir nettement à la vue.

Ainsi la peinture à teintes plates est préférable à l'autre,

a) Pour orner des boîtes, des tables, des paraYCnts, qui, à cause des positions variées que l'usage leur donne , peuvent ne laisser voir qu'une partie des peintures qui les décorent, ou si les peintures sont entièrement visibles, comme celles d'un paravent, elles se présenteront, relativement à la lumière du jour, d'une manière toute différente les unes des autres, à cause de la position diverse des feuilles de l'objet peint.

h) Pour décorer des surfaces courbes 5 comme celles des vases dont les surfaces ne sont pas planes. Rien, suivant moi, ne justifie les dépenses qu'exige une peinture au clair-obscur siu" une surface dont la courbure contrarie nécessairement les effets de la peinture.

5.° Que les qualités propres à la peinture à teintes plates sont :

a) La pureté des contours ; '

h) La régularité et l'élégance des formes ;

c) La beauté des couleurs et la convenance de leur assortiment.

Toutes les fois que la convenance le permet, les couleurs les plus vives, les plus contrastées, peuvent être avantageusement employées.

d) La simplicité de l'ensemble, qui en rend facile la vue distincte.

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DES ARTS QUI PARLENT AUX YEUX EN EMPLOYANT DES MATIÈRES COLORÉES d'uNE ÉTENDUE SENSIBLE, CONSIDÉRÉS RELATIVEMENT A l'ÉTAT PHYSIQUE DE CES MATIÈRES ET A LA SPÉCIALITÉ DE l'arT QUI EN FAIT USAGE.

875. J'ai fait remarquer que si l'on observait des peintures avec des instruments d'optique d'un pouvoir suffisamment amplifiant , on verrait que la matière colorée , loin d'y être continue dans toutes ses parties, est en particules séparées les unes des autres 5 que conséquemment , si à l'oeil nu nous n'apercevons pas les intervalles qui les séparent, c'est que ces intervalles sont trop petits. Cette remarque doit être rappelée, parce qu'elle est la base de la première distinction que nous devons établir dans ce paragraphe. En effet, les fils colorés, éléments des tapisseries et des tapis, les prismes rigides colorés, éléments des mosaïques, qui sont visibles à l'oeil nu et qui diffèrent en cela des matières colorées employées par le peintre, peuvent être amenés cependant à un tel état de division, et tellement rapprochés et entremêlés, qu'à une distance où nous en verrons l'ensemble, ils présenteront une surface colorée, continue dans toutes ses parties, comme léserait une surface peinte; dès lors on conçoit la possibilité de

faire avec des gammes de ces éléments suffisam.ment rapprocliées et sufïisamment dégradées des ouvrages qui correspondront à ceux de la peinture au clair-obscur, et à plus forte raison serat-il facile d'en faire qui correspondront à ceux de la peinture à teintes plates. Cela posé, tirons de l'état physique des matériaux colorés et de l'objet que se proposent essentiellement les arts qui les emploient respectivement, des conséquences propres à servir de base aux jugements que nous porterons sur les qualités que doivent avoir les produits de ces arts , et examinons successivement ceux qui correspondent aux peintiu'es au clair-obscur, et ceux qui correspondent aux peintures à teintes plates.

Tapisseries , tapis, mosaïques et vitraux correspondants aux peintures au clair-obscur.

A. Tapisseries à figures humaines.

874- Les tapisseries à figures humaines tirent leur origine du goût de l'homme pour la peinture. Elles ont orné les églises , les palais , les châteaux, avant d'orner la maison des simples particuliers.

L'état filamenteux des éléments qui les constituent, leur grosseur, la disposition que le tapis-

sier leur donne en enroulant la trame sur chaque fil de la chaîne , a pour résultat une image colorée présentant deux systèmes de lignes qui se coupent à angle droit. De cette structure résulte cette conséquence , qu'une tapisserie ne produira pas l'effet d'un tableau dont la surface est tout à fait unie, si le spectateur ne la regarde pas d'un point assez éloigné pour que, ces lignes cessant d'être visibles, la délinéation qui sépare chaque partie du dessin des parties contigués, lui apparaisse comme les délinéations de la peinture, autant toutefois que le permettent les dentelures des contours qui sont obliques à la chaîne.

875. De cette double nécessité que les sillons et les dentelures des contours obliques à la chaîne disparaissent à la vue pour que la tapisserie produise l'effet d'une peinture au clair-obscur, il résulte que les objets quelle représentera devront être grands j de couleurs 'variées formant des harmonies de contraste plutôt que des harmonies d'analogue. Telles sont les bases premières sur lesquelles le jugement du critique devra porter dans l'examen des questions concernant l'art de la tapisserie, soit qu'il s'agisse de modèles, au choix desquels le tapissier est étranger, soit qu'il s'agisse de l'exécution de la reproduction de ces modèles, qui regarde exclusivement le tapissier.

876. Tout modèle qui ne remplit pas les conditions précitées, est mauvais, et comme il est assez difficile de rencontrer parmi les tableaux qui n'ont pas été peints dans l'intention d'être reproduits en tapisserie, la convenance d'un trait pur avec des harmonies de couleurs suffisamment multipliées et suffisamment contrastées, il s'ensuit que ce qu'il faudrait pour l'avantage de l'art, serait l'exécution de tableaux destinés exclusivement à servir de modèles, lesquels seraient peints largement, de manière à se rapprocher de la peinture à teintes plates.

877. Le tapissier n'ayant pas, du moins aujourd'hui, des modèles peints dans le système dont nous parlons, et par des artistes qui, pénétrés de la spécialité de l'art de la tapisserie, auraient exécuté une peinture susceptible d'être copiée aussi fidèlement qu'il est possible de le faire avec des fils colorés, le tapissier, dis-je, est obligé presque toujours, lors même que le modèle est aussi convenablement choisi que possible, d'en faire, non pas seulement comme on le dit, une traduction^ mais encore suivant moi, une traduction libre et non fidèle; et c'est là même ce qui, à mon sens , distingue le tapissier artiste du tapissier ouvrier. En effet, ce n'est point parce qu'un tapissier saura mêler les couleurs du peintre sur

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la palette et les appliquer même avec talent sur la toile, d'après les règles du clair- obscur, qu'il atteindra à la perfection de son art; ce sera en faisant, au contraire, la tapisserie autrement qu'on ne peint un tableau d'après ce système, et il y a plus, c'est qu'une imitation servile de ce genre ne donnerait qu'un mauvais produit; loin donc de lutter avec la peinture, le tapissier doit au contraire apprendre les circonstances où il succomberait dans la lutte, afin de tourner les difficultés avec les moyens dont il dispose, et c'est alors surtout qu'il doit s'écarter du modèle.

B. Tapisseries pour meubles.

878. La considération précédente relative à la grandeur des objets que la tapisserie à ligures doit reproduire, n'est point applicable à la tapisserie pour meubles, puisque nous avons fait remarquer que les fils de la cbaîne produisent des lignes qui, loin d'être désagréables, sont souvent reproduites par le fabricant de papier peint.

87g. La destination de ces étoffes pour sièges , rideaux, écrans, paravents, etc., ne doit jamais faire perdre de vue au peintre ciiargé de composer des dessins coloriés propres à servir de modèle à ce genre d'ouvrages , que les tapisseries pourront se trouver dans un lieu obscur, n'être vues qu'imparfaitement et souvent incomplète-

ment; qu'en conséquence il conviendra de choisir des formes simples, élégantes, et des harmonies de couleur propres aux objets destinés à concourir avec ces tapisseries à la décoration d'un appartement. Ces modèles, plus encore que ceux qui sont destinés aux tapisseries à ligures humaines, devront se rapprocher de la peinture à teintes plates.

880. Le tapissier pour meubles devra être pénétré des mêmes idées, exécuter rapidement le modèle et bien, sans chercher à rivaliser avec la peinture au clair-obscur, d'après les considérations précédentes ; et dans beaucoup de cas il devra s'éloigner du modèle plutôt que de l'imiter servilement. Parmi les faits que je pourrais citer à l'appui de cette opinion, je choisirai le suivant: il s'agissait d'un rideau fond rose, représentant au milieu un gros bouquet de fleurs de couleurs diverses, lequel était comme encadré dans une guirlande de roses blanches. L'artiste qui avait peint le modèle avait eu la pensée de faire exécuter cette guirlande en fil d'argent; mais ce métal ayant l'inconvénient de noircir par les émanations sulfureuses, on lui préféra des soies blanches et d'un gris imitant les tons que présente un objet d'argent en relief Un essai avertit qu'on ne pouvait j parvenir en employant ce moyen, par

(6.7) la raison que le contraste du fond faisait paraître toutes les demi -teintes d'un gris vert, et que celles-ci à leur tour faisaient paraître les clairs d'un rosé roux par suite du contraste de leur couleur verdâtre. Ce fut alors que, cet inconvénient m'ayant été signalé , je priai M. Deyrolle de reproduire le modèle en ne faisant usage que de trois tons clairs de la gamme rose sur soie et de fîl de lin blanc. Je pensais, par ce moyen, que la complémentaire du fond, neutralisant le rose, produirait une demi-teinte grisâtre trèspropre à faire ressortir le blanc ; le résultat fut tel que je l'avais prévu. Une seconde copie, faite avec un mélange de tons clairs de la gamme rose pure et de tons clairs de la gamme rose légèrement rabattue, donna une image moins blanche, moins argent que la précédente , ou en d'autres termes , présentant un peu de verdâtre quand on la regardait comparativement avec la première, et paraissant plus harmonieuse; elle rappelait l'effet qu'on aurait obtenu avec une rose en dentelle ou en tulle qui aurait laissé apercevoir un peu du fond. Cet exemple prouve comment on peut imiter un modèle et indique le moyen d'exécuter des dessins blancs sur des fonds quelconques; en effet, règle générale, c'est avec les tons clairs du fond et du blanc brillant qu'il est possible d'y parvenir.

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