CIRCONSTANCE : EN MOUVEMENT
Un corps produit en nous des impressions bien différentes, suivant que nous le voyons en repos ou en mouvement. Il semble que la flèche qui fend l'air, l'oiseau qui vole, nous invitent au mouvement. Quelle différence n'y a-t-il pas entre la vue d'un lac tranquille et celle d'une rivière? Les particules d'eau qui incessamment se renouvellent dans un endroit où nous avons les yeux fixés, produisent en nous une idée de succession que n'éveille pas la vue d'une eau tranquille. Pour l'enfant, l'animal qui est en repos, dort; et si , après l'avoir touché , il n'aperçoit en lui aucun signe de mouvement, il dit qu'il est moj^t.
Les évolutions militaires, les exercices du corps, la danse, en nous présentant la figure humaine en mouvement, la montrent dans une circon-
(628) stance fort dilFérenle de celle où nous la voyons lorsqu'elle est en repos. Eh bien ! dans la circonstance où la figure humaine en mouvement nous est offerte en spectacle, nous avons à distinguer le cas où elle est isolée, et celui où elle est associée à d'autres figures de son espèce.
A. Isolée.
Le chorégraphe nous présente un danseur, une danseuse isolés ou groupés avec un ou deux autres, c'est-à-dire dans des circonstances qui correspondent à la figure humaine, que le peintre et le statuaire nous représentent absolument isolée, ou prenant part à une action et faisant alors partie d'un groupe.
B. Partie d'une association.
Enfin, nous voyons dans un ensemble de danseurs, dans les manoeuvres de bataillon et les évolutions de ligne, des mouvements coordonnés où les individus disparaissent pour ainsi dire pour se montrer comme parties d'un ensemble.
897. Je suis entré dans ces détails, afin de faire saisir la différence extrême qu'il doit y avoir entre un objet, un individu que l'artiste présente isolé ou faisant partie d'une agrégation d'objets, d'individus qui sont plus ou moins analogues à cet objet, à cet individu.
Ainsi le jardiniste doit employer son art pour que toute plante destinée à être vue à l'état d'isolement, soit grande et belle, qu'elle reçoive également la lumière sur toutes ses parties, tandis que 1 individu de la même espèce qui fera partie d'une association composée d'individus pareils ou congénères, ou même d'individus appartenant à des genres différents, sera conduit par la taille de manière à se lier à ce groupe. Il ne devra donc pas être jugé comme devant avoir le même aspect que l'individu isolé.
Ainsi le peintre et le statuaire, faisant un portrait, une statue, groupant des figures humaines, donneront une physionomie particulière à chaque individu, de manière qu'on le nomme s'il a un nom, ou qu'on sache, s'il fait partie d'un tableau, que telle passion l'excite, que tel sentiment l'anime j tandis que dans des figures humaines associée il n'y aura pas autant de différence entre les individus j s'il y a plusieurs associations distinctes, c'est entre ces associations qu'ils chercheront à établir des différences : dès lors le critique ne devra point juger de la même manière findividu isolé de findividu associé dans le sens que nous avons attribué à cette expression. Par conséquent des figures humaines associées pour orner l'oeuvre de l'architecte, ne seront point jugées comme l'Apollon, la J^aocoon, etc.
Ainsi le chorégraphe établira une distinction entre des danseurs qui doivent fixer l'attention et ceux qui font partie d'une association ; parce que, dans le premier cas seulement, les regards doivent se concentrer sur un ou quelques individus.