‹ De la loi du contraste simultané des couleursChapitre 66 sur 249 · Le peintre doit savoir, avant toute chose · texte numérisé non relu

Le peintre doit savoir, avant toute chose

( ïQO ) voir les modifications de lumière blanche, d'ombres et de couleurs que lui présente son modèle dans les circonstances où il veut le reproduire.

325. Or, qu'apprend la loi du contraste simultané des couleurs ? C'est que dès que l'on voit avec quelque attention deux objets colorés en même temps, chacun d'eux apparaît non de la couleur qui lui est propre, c'est-à-dire tel qu'il paraîtrait s'il était vu isolément, mais d'une teinte résultante de la couleur propre et de la complémentaire de la couleur de l'autre objet. Dun autre côté, si les couleurs des objets ne sont pas au même ton, le ton de la plus claire s'abaissera, et le ton de la plus foncée s'élèvera. En définitive, elles paraîtront, par la juxtaposition, différentes de ce qu'elles sont réellement.

326. La première conséquence à déduire de là, c'est que le peintre appréciera rapidement dans son modèle la couleur propre d'une même partie, et les modifications de ton et de couleur qu'elle peut recevoir des couleurs qui l'avoisinent. Il sera donc bien mieux préparé à imiter ce qu'il voit, que s'il ignorait la loi. Il saura en outre apercevoir des modifications qui, si elles ne lui eussent pas toujours échappé à cause de leur faible intensité, aiu^aient pu cependant être

('9' ) méconnues, parce que l'oeil est susceptible de se fatiguer, surtout lorsqu'il cherche à démêler des modifications dont la cause est inconnue et qui sont peu prononcées.

527. C'est ici le lieu de revenir sur le contraste iniocte (81 et suiv.), afin de faire sentir combien le peintre est alors exposé à voir inexactement les couleurs du modèle. En effet, puisque f oeil , après avoir regardé, durant un certain temps, une couleur, a acquis une tendance à voir sa complémentaire, et que cette tendance est de quelque durée, il s'ensuit que non-seulement les yeux du peintre, ainsi modifiés, ne pourront voir exactement la couleur qu'ils auront rciijardée longtemps, mais encore celle qui pourra les frapper ensuite pendant que durera leur modification. En effet, alors, conformément à ce que nous savons du contraste mixte (81 et suiv.), ils verront non la couleur qui les frappe en second lieu, mais la résultante de cette couleur et de la complémentaire de celle vue en premier lieu. Il faut remarquer en outre le défaut de netteté de la vision qui proviendra de ce que, dans la plupart des cas, la seconde image ne coïncidera pas exactement avec la première; par exemple, que l'œil ait vu la feuille de papier verte jt (fig. (J8) en premier lieu, et qu'il regarde en second

( 19^ ) lieu la feuille de papier bleue B de même dimension, mais qui est placée autrement, il arrivera que cette seconde image, ne coïncidant pas dans toute son étendue avec la première, A\ ainsi que le représente la figure, l'oeil ne verra la feuille B violette que dans la partie où les deux images coïncident. Dès lors ce défaut d'une coïncidence parfaite des images sera un obstacle à la vue distincte de la délimitation de la seconde image et de la couleur qu'elle a réellement.

328. On peut établir trois circonstances dans la vision d'un même objet relativement à l'état de l'œil : dans la première , l'organe aperçoit simplement l'image de l'objet, sans se rendre compte de la distribution des couleurs, de l'ombre et de la lumière; dans la seconde, le spectateur, cliercbant à bien connaître cette distribution, regarde avec attention, et c'est alors que l'objet lui présente tous les pliénomènes du contraste simultané de ton et de couleur qu'il est susceptible d'exciter en nous. Enfin, dans la troisième circonstance, l'organe, par suite de l'impression prolongée des couleurs qui l'ont frappé, possède au plus baut degré la tendance à voir la complémentaire de ces couleurs : bien entendu que ces différents états de l'organe ne sont pas discontinus, mais continus, et que si nous les avons

( 195 ) envisagés séparément, c'était avec l'intention d'expliquer la diversité de la sensation d'un même objet sur la vue, et de faire sentir aux peintres tous les inconvénients d'une vision du modèle trop prolongée.

Je ne doute pas que le coloris terne qu'on reproche à plusieurs artistes d'un haut mérite, ne tienne en partie à cette cause, ainsi que je le dirai plus particulièrement dans la suite (566).

Utilité de la loi pour imiter promptement et sûrement les modifications de lumière du modèle.

329. Le peintre sachant que l'impression d'une couleur vue à côté d'une autre est le résultat du mélange de la première avec la complémentaire de la seconde, n'a plus qu'à évaluer mentalement l'intensité de l'influence de celte complémentaire pour reproduire lldèlement , dans son imitation , l'effet complexe qu'il a sous les yeux. Après avoir mis sur sa toile les deux couleurs qu'il veut employer, telles que son esprit se les représente à l'état isolé, il voit si l'imitation s'accorde avec le modèle; et, s'il n'est pas satisfait, il doit bientôt reconnaître la correction qu'il a à faire. Citons des exemples.

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