‹ De la luxation incomplète récidivante et volontaire du genou consécutive à la déchirure des ligaments croisésChapitre 16 sur 22 · EXPÉRIENCE V · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE V

(Section des deux ligaments croisés).

Homme, 50 ans, force moyenne.

Genou qauche.

1° Extension de la jambe sur la cuisse :

Mouvements antéro-postérieurs : Déplacement d’un centimètre et demi.

Mouvements de latéralité : Très faciles à obtenir.

Mouvements de torsion : Près de 4o°.

00 Le

2° Demi-flexion :

Mouvements antéro-postérieurs : Déplacement de deux centimètres et demi.

Mouvements de latéralité : Augmentés.

: Mouvements de torsion : Dépassent 45°.

3° Flexion au-delà de 90° :

Mouvements antéro-postérieurs : Déplacement de deux centimètres et demi.

Mouvements de latéralité : Plus grands que dans les deux autres positions:

Mouvements de torsion : 45°.

, Ouverture de l’articulation :

Ligament rotulien intact — latéral interne intact.

— latéral externe intact.

Fe postérieur intact.

— croisé antérieur coupé au niveau de son insertion inférieure.

— croisé postérieur coupé au niveau de son

î insertion supérieure.

ExPÉRIENCE VI (Section des deux ligaments croisés).

Femme, 30 ans, forte constitution.

Incision de deux centimètres de longueur, non plus sur le côté externe de l'articulation, mais sur le côté interne.

Bertrand

ot

RD) 8 Cette incision est faite également au niveau du üers inférieur de la rotule, mais en dedans et en arrière, dans les mêmes conditions que précédemment, La section du ligament croisé antérieur ne présente pas plus © de difficulté, par contre, celle du ligament croisé postérieur est peut-être rendue un peu plus facile. 1° Extension de la jambe sur La cuisse :

Mouvements antéro-postérieurs : Déplacement d'un centimètre et demi. h Mouvements de latéralité : Aussi nets que dans les observations précédentes.

Mouvements de torsion : etes 2° Demi-flexion :

Mouvements antéro-postérieurs : Déplacement de deux centimètres.

Mouvements de latéralité : Augmentés.

Mouvements de torsion : 4r°.

Flezxion au-delà de 9e° :

Mouvements antéro-postérieurs : Déplacement de deux centimètres et demi.

Mouvements de latéralité : Même étendue que dans la demi-flexion.

Mouvements de torsion : 4re.

Ouverture de larticulation :

Ligament rotulien intact.

Rica latéral interne intact.

— latéral externe intact.

— postérieur intact.

— croisé antériéur coupé au niveau de l'in-

sertion tibiale.

Ligament croisé postérieur coupé au niveau de son

insertion supérieure.

Expérience VII

(Section du ligament croisé antérieur),

Homme, 47 ans, tuberculeux.

Section du higament croisé antérieur faite sur le côté externe de l’articulation.

1° Extension dé la jambe sur la cuisse :

Mouvements antéro-postérieurs : Le déplacement atteint à peine un demi-centimètre.

Mouvements de latéralité : Assez nets, bien que beaucoup moins accusés que dans les expériences précédentes.

Mouvements de torsion : Déviation de 15 à 20° seulement. |

2° Demi-flexion :

Mouvements antéro-postérieurs : Îls deviennent presque impossibles à obtenir.

Mouvements de latéralité : Négatifs.

Mouvements de torsion : Légèrément augmentés.

3° Flexion au-delà de 90° :

Mouvements antéro-postérieurs : À peine sensibles.

Mouvements de latéralité : Nuls.

Mouvements de torsion : Les mêmés que dans la demi-flexion.

ExPéRieNce VII]

(Section du ligament croisé postérieur).

Homme, 47 ans.

Section du ligament croisé postérieur faite sur le côte de l'articulation.

1° Extension de la jambe sur la cuisse :

Mouvements antéro-postérieurs : Très peu accusés, ne dépassent pas un demi-centimètre.

Mouvements de latéralité : Moins nets qu'après la section du ligament croisé antérieur.

Mouvements de torsion : Peu étendus. À peine 15°.

> Demi-flexion :

Mouvements antéro-postérieurs : Diminuent avec la flexion.

Mouvements de latéralité : Disparus.

Mouvements de torsion : Légèrement augmentés.

3° Flexion au-delà de 90e :

Mouvements antéro-postérieurs : À peine sensibles.

Mouvements de latéralité : Nuls.

Mouvements de torsion : Les mêmes que dans la

demi-flexion.

Il résulte de nos expériences entreprises sur le cadavre que si nous faisons la section des deux ligaments croisés à l’exclusion de tous les autres, nous obtenons

des mouvements qui dénotent une dislocation considé-

ve" us : nu OURS

RE CT rable de l’articulation. Si, au contraire, la section ne porte que Sur un seul ligament croisé, l’antérieur ou le postérieur, la dislocation articulaire est beaucoup moindre, et les mouvements anormaux moins étendus, voire

même nuls dans certains cas.

Section d'un seul ligament croisé.

1° Les mouvements antéro-postérieurs qui dans l’extension ne dépassent pas un demi-centimètre, diminuent ou même disparaissent complètement dans la demiflexion et la flexion au-delà de 90°;

2° Les mouvements de latéralité à peine sensibles dans l’extension, sont négatifs dans Les deux autres positions de la jambe;

3° Les mouvements de torsion très peu accusés dans lextension, puisqu'ils ne dépassent pas 15 à 20°, sont très légèrement augmentés et égaux en étendue

dans la demi-flexion et la flexion au-delà de go°.

Section des deux ligaments croisés.

1° Les mouvements antéro-postérieurs déjà très notables dans l’extension, augmentent au fur et à mesure que la flexion se produit davantage. Nous n’avons jamais obtenu de déplacement supérieur à deux centimètres ;

2° Les mouvements de latéralité augmentent, eux

aussi, d'amplitude avec la flexion ;

Pu'SY 2

3% Les mouvements de torsion ne dépassent pas en général 35 à 4o° dans l'extension. IIS atteignent 45° dans la demi-flexion et la flexion au-delà de 90°. Jamais nous n'avons dépassé cette limite.

Il suffit de parcourir les résultats que nous donnons pour se convaincre qu’ils sont absolument semblables dans tous les cas. Nous les avons vérifiés un à un et nous nous sommes toujours placées dans les mêmes conditions, évitant ainsi toute cause d'erreur possible. Nous avons veillé également à l'immobilisation la plus complète du fémur, afin de ne pas prendre pour des mouvements provoqués du genou des mouvements se passant dans l’articulation coxo-fémorale.

Dans tous les cas, lorsque le déplacement antéropostérieur est produit, la rotule n’est pas sensiblement déplacée. Luxe-t-on le tibia en avant, elle vient s’appliquer sur l’espace fémoral intercondylien; si on le. luxe au contraire en arrière, l’axe de la rotule s'incline, et de vertical qu’il était, devient, mais très peu toutefois, oblique de haut en bas et d’avant en arrière.

Nous n’avons obtenu dans nos expériences que des mouvements anormaux inférieurs en étendué à ceux que nous avons constatés sur le malade qui fait l’objet de notre observation; il en est de même pour le malade de M. Delorme. Pourtant la lésion est la même dans ces différents cas, comme nous le prouverons plus loin, mais chez les malades qui nous intéressent, dans un cas, le premier déplacement antéro-postérieur date de trois années, dans l’autre de deux années. Il y a eu

lusieurs récidives, ce qui avec la marche n’a pas été P P

Le

sans causer le relâchement des autres ligaments de l'articulation et par cela même la plus grande étendue

des mouvements anormaux.

Revenons maintenant aux travaux de MM. Bonnet et Segond pour comparer les résultats qu’ils ont obtenus avec les nôtres. Nous ne nous arréterons pas à ceux de Bonnet, car cet auteur n’a obtenu le plus souvent par des mouvements de rotation forcés, que des fractures du tibia et du péroné. D’après M. Segond, au contraire, il est bien certain qu’une rotation forcée de la jambe peut déterminer des lésions dans le genou, sans produire fatalement une lésion de la tibio-tarsienne

ou une fracture de jambe.

Pour ne plus produire comme l'avait fait Bonnet des lésions du pied ou de la jambe, M. Segond changea la manière de faire. « Pour étudier, dit-il, les désordres anatomiques qui se produisent dansle genou sous l’influence d’une rotation forcée de la jambe, nous avons toujours eu soin de prendre la jambe à pleines mains pour ensuite la porter en rotation forcée. Pendant que nous produisons ce mouvement, un ou deux aides im mobilisaient le fémur. En procédant ainsi, nous avons

presque toujours produit des lésions dans le genou ».

Si nous examinons les lésions obtenues du côté des ligaments croisés par ce mécanisme, nous {rouvons que d’après M. Segond, « le sens de La rotation ne modifie en rien leur fréquence ou leur mode de groupement, Ils établissent en outre que ces lésions des ligaments

croisés peuvent exister à l'exclusion de tout autre dé-

RE Se S

sordre articulaire », ce qui, à notre point de vue, es! très important.

Vient ensuite M. Quénu qui, après avoir fait également des recherches sur le genou, nous dit que les mouvements anormaux de l’articulation du genou dans le sens antéro-postérieur établissent nettement l’existence d’un arrachement ou d’une rupture des ligaments croisés.

Les autopsies sont très rares, dans lesquelles on ne trouve notée que cette déchirure des ligaments croisés ; nous n’ayons pu en réunir que deux.

Ballingal, dans une autopsie qu'il fit à la suite d’une amputation, ne mentionne absolument que cette lésion; les autres ligaments étaient intacts.

Vast, de son côté, observant en 1877 une luxation fémoro-tibiale en arrière, dut amputer le membre à la suite d’une gangrène consécutive à une rupture de l’artère et de la veine poplitée; à l’examen de la pièce, il trouva le ligament rotulien, le ligament latéral interne, le ligament latéral externe intacts, quelques fibres seulement du ligament postérieur étaient déchirées, la lésion dominante se trouvant être la rupture

des ligaments croisés.

ETIOLOGIE

Les conditions dans lesquelles les traumatismes du genou entraînent la rupture des ligaments croisés se trouvent à peu de chose près toujours les mêmes.

La cause la plus commune est l’extension forcée comme le dit Malgaigne dans son Traité des luxations. Adam a pu en rassembler un certain nombre de cas. | |

Dans l’obseryation personnelle que nous avons rapportée, la lésion s’est produite par extension forcée de la cuisse sur la jambe. Les faits en sont très précis. Une autre observation nous offre également le même mécanisme. Un emplové de compagnie de chemins de fer assis sur le haut d’un wagon avait ses deux pieds sur le toit du wagon suivant, au moment où le train s’arrête, le wagon sur lequel il avait posé ses pieds, revient en sens contraire et lui fait une luxation antéro-postérieure.

Dans une observation de Vast c’est un poteau de

bois qui vient heurter violemment la région postéro-

inférieure de la cuisse droite, tandis que la partie anté-

rieure de la jambe se trouvait serrée contre un amas Dére nd 6

Par

V » Je x F D Lo PE CAEN L À ÿ D VE pa & MU ; x! : 0 DQ DST de décombres qui la maintenait immobile; — le fémur

fut chassé en avant avec une force considérable tandis que le tibia est maintenu immobile contre un obstacle très résistant.

D’après Unriuh au contraire ce mécanisme serait exceptionnel, et le déplacement se produirait de préférence pendant la flexion combinée à des mouvements de rotation et de latéralité, c’est le cas du soldat de M. Delorme, la jambe était en effet portée violemment en abdüction avec rotation en dehors.

En résumé deux grandes causes de déplacements l'extension forcée et l’abduction avec rotation.

Nôus n’oublierons pas cependant que les luxations antérieures favorisent la reproduction de l'accident en

TPE"

donnant lieu à des luxatiohs à répétition.

SYMPTOMATOLOGIE

La douleur très vive, localisée à l’articulation, pouvant aller parfois jusqu’à la syncope est un des premiers symptômes; cette douleur diminue au bout de quelques heures pour disparaître peu à peu complètement. Elle reparaît avec la plus grande facilité au moindre mouvement provoqué.

En même temps que la douleur, se produit un craquement intense dont le malade se rend parfaitement compte, qu'il entend même quelquefois et qui lui donne la sensation d’un véritable arrachement, ce craquement se reproduit au moment de la réduction, que celle-ci soit spontanée ou provoquée. ;

L’impotence fonctionnelle est plus où moins accusée, tantôt absolue, tantôt passagère, disparaissant presque aussitôt, la luxation se réduisant d’elle-même. Quand elle est absolue la jambe se trouve dans la demi-flexion avec rotation externe.

Le qgonflement de Particulation apparaît plus ou moins vite : considérable dans certains cas, dans d’autres il peut passer inaperçu. On a alors affaire soit à

une hémarthrose primitive, soit à une hydarthrose.

N'ONY 14 Re

Le raccourcissement du membre est nul la luxation étant toujours mcomplète.

Le diamètre antéro-postérieur du genou est toujours augmenté de un ou de plusieurs centimètres.

A ces symptôme viennent s’ajouter différents mouvements anormaux antéro-postérieurs de latéralité et de torsion, qui vont nous servir de base pour établir notre diagnostic.

Si nous ajoutons à cela qu’il peut se produire des troubles vasculaires ou nerveux de la jambe et du pied nous en aurons fini avec la symptomatologie de cette

affection.

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