OBSERVATION Ï
Observation personnelle,
M. F. P..., étudiant en médecine, âgé de 20 ans, se promenait le 1° janvier 1893 à bicyclette, lorsque dans une descente rapide, un gros chien vint se placer devant sa machine, — arrêt brusque — : au lieu de tomber sur le côté ou en avant, P.. se laisse aller la jambe droite ayant lâché la pédale, et en extension complète, pensant ainsi mettre facilement pied à terre. Mais le poids du corps tout entier, augmenté de la vitesse acquise se portant sur cette jambe, au moment où le pied prend contaet avec le sol, un craquement se produit dans le genou droit et M. P..., tombe l4chant alors sa bicyclette.
Aussitôt après P... essaya de redresser sa jambe qui était en demi-flexion, le tibia porté en arrière du fémur ; un nouveau craquement se reproduit, le déplacement s'était réduit de lui-même. Le blessé peut faire ensuite quelques pas, mais non sans douleur toutefois. |
Ramené chez lui en voiture immédiatement, notre malade pouvait marcher, faisant absolument tous les
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mouvements ; mais voulant s’assurer dela solidité de sa jambé droite il saute sur cette jambe et tombe, Un craquement s'était reproduit dans le genou et la jambe se retfouvait en demi-flexion. L'extension complète est impossible à cause de la douleur qu’elle provoque. On constate à ce moment un épanchement notable avec choc rotulien, épanchement probablement hématique.
Le malade reste immobile pendant vingt jours. Au bout de ce temps un médecin fait le diagnostic de luxation des cartilages semi-lunaires. I1n’y avait pas encore dé mouvements de latéralité dans Particulation.
‘Peu à peu vers le commencement de février P... recommence à marçher tout en conservant une, certaine faiblesse de la jambe : il marche avec précaution se méfiant à chaque pas d’une rechute possible, surtout lorsqu'il descend un escalier, ou se trouve sur un terrain, inégal : il fait toujours en sorte que. son pied droit se pose bien d’aplomb, sur le sol.
A cette époque, de temps en temps, un petit déplacement antéro-postérieur se reproduisait avec craquement occasionnant une douleur de quelques heures.
Vers le 4 ou 5 juillet, P.. jouait à saute-mouton avec des amis : tout-à-coup après un saut, ses deux pieds ne portant pas en même temps à terre, un, çraquement très fort, eut lieu dans son genou droit et le déplacement antéro-postérieur se reproduisit. Jambe en demi-flexion, redressement impossible. Malgré la position de sa jambe le malade put encore s'appuyer sur elle et faire quelques pas. Nouvelle hydarthrose assez considérable soignée avec des compresses chaudes, du massage et une bande de caoutchouc dont on entourait complètement la jambe et une partie de la cuisse. |
Pendant tout, le mois de, juillet la jambe reste dans
do
la même position, en demi-flexion. Mais à mesure que
l’hydarthrose diminue, l'extension augmente jusqu’à redevenir peu à peu complète vers le commencement d'août. À partir de ce moment la jambe reprend ses fonctions, les muscles en sont mous et légèrement atrophiés, on ne constatait à ce moment que très peu de mouvements de latéralité.
Le malade porte une genouillère élastique autant pour maintenir son articulation que pour l’avertir de sa faiblesse.
Au mois de septembre P... chasse comme il le faisait les années précédentes, mais faisant toujours attention au moindre choc. Un soir sautant une haie les deux pieds ne portent pas en même temps à terre, chute et nouvelle entorse. Le blessé fait une centaine de mètres en s'appuyant sur la crosse de son fusil, car sa jambe lui refusait tout service. Il est ramené en voiture, la jambe encore dans la demi-flexion. Le déplacement est réduit facilement : repos pendant quatre jours. La marche ensuite redevient normale.
A partir de ce jour notre malade constate des mouvements antéro-postérieurs qui augmentent de plus en plus, mais se produisent ou sont produits à volonté sans aucune douleur.
Année 189%. — Petits accidents arrêtant le malade pendant trois ou quatre jours mais sans importance, le déplacement se réduisant de lui-même.
Année 1895. — Même situation. P... passe le conseil de révision et fait remarquer qu'il a conservé une grande faiblesse de la jambe droite à la suite d’une luxation, mais malgré cela il est pris bon pour le service.
Arrivé au régimentles mouvements anormaux antéropostérieurs continuent toujours à augmenter. Après
us
avoir fait une première marche militaire, P... va trouver le major qui après examen lPexempte de marche ainsi que dé tout exercice violent (gymnastique, saut, etc.). Finalement le 4 mars P.. passe devant le conseil de réforme pour ses mouvements antéro-postérieurs qu'il pouvait, comme nous l'avons dit, reproduire à volonté pourvu que le pied porte à terre ayant ainsi un point d'appui. dr
Rentré dans la vie civile après avoir été réformé, l’état de son articulation reste le même.
Année 1896. — Rien de nouveau si ce n’est quelques chutes de peu d'importance. Les mouvements anormaux n’empêchent pas P... de marcher modérément et de faire de la bicyclette, à la condition toutefois que son genou soit bien maintenu par une qenouillère. Les muscles de la jambe et de la cuisse ne sont nullement atrophiés.
Etat actuel, juin 1896. — Légère hydarthrose avec choc rotulien : l’hydarthrose augmente ou diminue suivant qu'il se produit ou non de nouvelles chutes.
Examinons maintenant les mouvements anormaux que présente notre malade ; nous voyons que le pied posé à terre, un déplacement antéro-postérieur se produit à volonté sans aucune douleur. On peut alors placer le pouce à plat sous la saillie formée en avant par les condyles fémoraux. En arrière, les doigts viennent heurter le bord postérieur des plateaux du tibia, Le malade assis, si nous prenons la jambe à pleine main nous obtenons très facilement des mouvements de latéralité, mouvements qui augmentent avec la flexion de la jambe. Quant aux mouvements de rotation, très nets dans l’extension, ils augmentent d’étendue avec la demi-flexion et la flexion au-delà de go°, ils ne dépassent pas 4o à 4r°.
Bertrand S