DEUXIEME ODE
Déjà sur la double colline
Où fleuri ssoni toutes les fleurs.
Par cette puissauce divine
Qui rend belles les nobles sœurs,
Aganippe t'ouvre ses rives,
Et du courant de ses eaux vives
Elle te verse les liqueurs.
Clio la grandeuj' béroïque Souffle, Euterpe la joie aussi, Thalie ainuible au jeu rustiqu( Repousse l'eflbiM du souci.
Et tu reçois de Melpomène La gravité musicienne Des rythmes honorés ici.
A JEAN MOREAS. 27
Lo chœiii' qui los danses docoro, Tirant dos cithares tantôt Un donx bruit, nn fredon encore, Par nne corde au son plus haut.
Ainsi que troupes vagabondes Mène les fêtes sans secondes De Terpsichore et d'Erato.
Mémoire auguste, Poiymnie, Tu es des âges le réveil ; Secret des mondes, Uranie, Tu es la flamme du soleil, (^alliope a livré sa grâce A celui que nul ne surpasse, Moréas, chanteur nonpareil.
28 DEi'XlÈME ODE
Au doux parler des sœurs jumelles
]Ma voix se joint pour le plaisir
Du laurier éloquent comme elles
Que ta force a fait reverdir :
A l'Isthme, à Delphes, tu le cueilles,
Le droit arhuste aux somhres feuilles,
Seule moisson de ton désir.
Promis au fouet des Euménides, Cependant sif liant aux roseaux.
Qui vont multipliant leurs rides Quelques-uns se disent nouveaux :
Ceux-là, comme errantes hgures D'omhres, par les landes ohscures N'auront de trêve à leurs travaux.
A JEAN MORÉAS. 29
Race qui fait voir cmi ses ruses
La bassesse de ses efforts,
La Gorgoue en place des Muses
De leur vie a tiré les sorts.
L'un l'autre ils se peuvent poursuivre
ils sont morts sitôt que de vivre,
Cendre et l'umée entre les morts.
Il n'est point de nouvelles armes
Pour nous assurer d'un renom
Moins vain que leurs tristes alarmes,
Le même trait nous sera bon
Qui à Pindare lit service,
Car c'est toujours le môme vice
Le but des flèches d'Apollon.
A MAURICE DU PLESSYS
Frère d'armes, lauré des palmes olympiques, Ta valeur t'a mené, trois fois victorieux, Lançaut les javelots soudains et, par les dieux! Les redoutables piques.
Du Plessys, près do toi pour dii'i^oi' ton bras Veillont les graves Protectrices,
Et Diane dont l'arc onvre des cicatrices
Qne tes ennemis ne voient pas.
Leni' furenr s'est accrue à combattre dans l'ombre, Nos glaives éclatants les ont couvei'ls de nuit; Rien n'a pu les gai'der oii le soleil reluit, Leur effroi, ni leur nombre.
Aussi l'éjouissant nos cœurs et plus encor
Celui qui nous permit ces luttes, Nous ferons retentir de lyres et de flûtes Les rives où jadis passa le bélier d'or.
A MAUIUCE DU PLESSYS. 33
Tyiida rides!
Liiiuièro coiitinuollo sur la moi', guides D'Argo, uef héroïque eiilre les Ilots arides, Voire double puissance aujourd'hui va lier A uos froids le laurier.
(jue lleurisse à présent le tliyrse et que la rose Se mêle dans la coupe au vin des Immortels! Il nous est réservé d'avoir des honneurs tels, Plessys, sur toute chose.
Car n'av(jns-nous pas vu le sépulcre s'ouvrir De Ronsard, du pieux Virgile,
Tandis que le Centaure et sa race inutile Dans l'àpre Scythie allait fuir?