HISTORIQUE
M. Imberl-Goubeyre , p'^ofesseur à l'École de médecine de Clermonl-Ferrand , M. Laguille , dans sa Ihèse , pensent cjue la maladie d'Addison était connue des anciens. D'après eux, elle aurait été entrevue dès les temps les plus reculés , et elle serait décrite sous le nom à'ictère noir {icterus niger, mêlas icterus). 11^ citent, à cet effet, plusieurs passages où Hippocrate, Galien, Aré,tée , Nicolas Lepois , Jean Fernel , Van Forestus , Borsieri, etc., etc., signalent un ictère noir dû à une altération du foie.
Sans vouloir nier que, dans ces faits , il s'agisse de l'affection connue aujourd'hui sous le nom de maladie d'Addison, j'exprimerai seulement la crainte que MM. Imbert-Goubeyre et Laguille aient mal interprété les passages qu'ils citent , ou plutôt qu'ils rapportent à la maladie d'Addison ce qui devrait être rapporté à la mélanémie ou à une certaine variété d'ictère. L'explication de ce que j'ava,nce trouvera nécessairement sa place à l'article Diagnostic.
En critiquant cette manière de voir de MM. Imbert-Goubeyre et Laguille, je ne veux pas dire par là que la maladie d'Addison ait été inconnue des anciens; j'exprime seulement le fait que l'on ne trouve dans les auteurs les plus reculés, comme dans ceux qui se rapprochent le plus de nous , aucupe description de cette affection. Probablement les médecins ont eu l'occasioi} de la rencontrer plusieurs fois, mais ils l'ont méconnue, ils l'ont confondue avec d'autres affections du même genre. Il faut arriver au célèbre professeur anglais pour la voir distinguée et observée. Et, cependant, Addison lui-môme n'est pas arrivé tout de suite à grouper en un seul faisceau les symptômes qui devaient plus
(i) Dans un Index bibliographique placé à la fln de ce travail, le lecteur vera l'indication des matériaux auxquels j'ai puisé. '■
tard constituer cet état morbide auquel, à si juste litre , il a attaché son nom.
M. le professeur Trousseau, dans sa clinique médicale, explique de quelle façon le docteur Addison fut amené à découvrir cette nouvelle entité morbide.
« Dans le cours de sa pratique, dit le professeur de l'Hôtel-Dieu, » le docteur Addison avait été depuis longtemps frappé de ren- » contrer certaines formes d'anémie générale qu'on ne pouvait » rattacher ni à de grandes hémorrhagies antécédentes, ni à des » flux intestinaux considérables ou longtemps prolongés , qui ne » se liaient ni à aucun état dialhésique appréciable par d'autres » symptômes, ni à une affection miasmatique palustre ; qui, enfin, » semblaient survenir sous l'influence de causes impossibles à ï saisir. En étudiant ces différentes causes d'anémie, il en distin- » guait une qui, indépendamment de la débilité , de l'alanguisse- » ment du malade, était nettement caractérisée par une coloration » bronzée des téguments, coloration qui n'était nulle part ailleurs y) plus prononcée que sur la peau des mains, sur celle du scrotum » et du pénis, aux plis de l'aine et de l'aisselle.
» Comme dans tous les cas qu'il observait, la maladie suivait la » même marche, se terminait invariablement par la mort, le doc- » teur Addison recherchait, dans l'examen le plus scrupuleux du » cadavre, tout ce qui pouvait éclairer son jugement sur la nature » du mal. Le soin avec lequel il était habitué à diriger ses re- » cherches du côté des affections des reins, lui fit découvrir que, » dans cette singulière forme d'anémie, les capsules surrénales » étaient malades. Dès lors, il lui sembla qu'il avait trouvé -la » solution qu'il cherchait. »
Addison, en 1855, pubHa dans une monographie le résultat de ses observations; il donna l'histoire de onze faits qui, en n'étant pas tous décisifs, ainsi que le lecteur pourra en juger i)ar l'analyse que j'en donne plus loin , lui permettaient cependant d'arriver à cette conclusion que la maladie bronzée se liait à l'existence d'une lésion des capsules surrénales. Il ne prétendait pas toutefois attribuer à cette lésion, quelle qu'elle fût, la cause de la maladie. Cette dernière remarque est importante , car on verra , lorsque nous nous occuperons de la nature de la maladie, que plusieurs
auteurs, en Angleterre et en France , sont allés plus loin qu'Addison, et ont voulu placer dans l'altération des capsules surrénales la cause véritable de la maladie d'Addison.
A partir de ce moment, l'éveil étant donné , la presse anglaise enregistra, dans le courant de la même année , plusieurs faits analogues.
En iS56, M. le professeur Trousseau , à l'occasion d'un fait qu'il avait observé dans son service , à FHôtel-Dieu , discuta à l'Académie de médecine le mémoire du médecin anglais. En outre, il fit une leçon clinique sur ce sujet, leçon qui fut publiée à cette époque par la Gazette des hôpitaux et qu'il a reproduite dans sa clinique médicale.
La môme année , M. le docteur Lasègue , dans les Archives (jénérales de médecine, donna une remarquable analyse du travail d'Addison. Presque en même temps, M. Tholozan reproduisait dans la Gazette médicale de Paris , les onze faits du mémoire d'Addison ; on y trouve, de même, la relation des faits qui furent publiés alors dans la presse anglaise. En 1857, M. Danner, interne des hôpitaux, publia dans les Archives de médecine, un mémoire où il passe en revue les différents faits rapportés dans les journaux depuis la publication d'Addison. De ces faits, il ressort pour lui une preuve manifeste de la liaison qui existe entre les altérations des capsules surrénales et la cachexie bronzée.
La même année, M. le professeur Gromier (de Lyon), M. Second- Féréol, alors interne des hôpitaux, publièrent, le premier dans la Gazette médicale de Lyon , le second dans les Bulletins de la Société de biologie, deux observations qu'ils firent suivre de judicieuses réflexions.
En 1859, deux thèses en médecine furent soutenues Tune par M. Châtelain, devant la Faculté de médecine de Strasbourg, l'autre par M. Laguille , devant la Faculté de Paris. Ces deux thèses résument tous les travaux qui avaient été écrits sur cette matière.
En 1860, M. Goeau-Brissonnière soutint de môme une thèse sur ce sujet devant la Faculté de Paris.
Depuis lors, il ne s'est point passé d'années sans que les journaux français, surtout les journaux anglais et allemands, aient.
rapporté des observations de maladie bronzée. Et il faut arriver au commencement de cette année, 15 février 1863, pour trouver dans le Bulletin de thérapeutique, un mémoire de M. le docteur Duclos (de Tours), ayant pour titre : De la maladie bronzée d'Addison et des fonctions des capsules surrénales.
En même temps que les faits en faveur de l'existence ou de la non- existence de la maladie d'Addison s'accumulaient , la physiologie, de son côté, ne restait pas inactive, Bientôt on vit paraître les beaux travaux de M. le docteur Brown-Séquard, de MM. Philipeaux et Gratiolet, en France, de M.ledocteur Harley, en Angleterre. Nous devons signaler aussi le travail de M. le docteur Vulpian, professeur agrégé à la Faculté de médecine, travail dans lequel se trouve démontrée la variété de glande sanguine à laquelle appartiennent les capsules surrénales. Enfin, cette année même, le 23 mars 1863 ,> M. le docteur Mattei (de Sienne), adresse à l'Académie des sciences de Paris l'analyse d'un mémoire sur l'anatomie normale et pathologique des capsules surrénales; et nous trouvons dans un journal de médecine, Vlmparziale, qui se publie à Florence , un mémoire sur l'extirpation des capsules surrénales, par le professeur Maurice Schiff.