‹ De la maladie d'AddisonChapitre 5 sur 15 · MARTINEAU · texte numérisé non relu

MARTINEAU

mann fait la même observation, et son fils prétend que les capsules, si riches en nerfs, sont dans un rapport intime avecle cerveau, dont elles ont la structure. Enfin, d'après M. Brown-Séquard, les capsules seraient en partie soumises à Taction de la moelle épinière, puisqu'il a vu que les plaies de la moelle, dans certaines régions, sont suivies d'une hypérémie des capsules, et, plus tard, d'une hypertrophie. En outre, il arrive quelquefois qu'à la suite de ces plaies une inflammation violente survienne dans les capsules et tue même l'animal en très-peu de temps. Par contre, cet auteur avait constaté que des piqûres faites aux capsules déterminaient les mêmes troubles que si l'on avait fait une plaie à la moelle allongée.

L'assimilation des capsules surrénales à des glandes sanguines, assimilation qui résulte delà structure que nous en avons donnée, et qui a été surtout démontrée par le travail de M. Vulpian, devait, en même temps que paraissait le travail d'Addison, permettre aux physiologistes modernes de diriger leurs recherches d'un autre côté. Aussi l'étude des capsules surrénales qui était restée, pendant un certain temps, slalionnaire, prit-elle un nouvel essor ; et quoique les fonctions de ces organes ne soient pas encore bien connues, il n'en est pas moins vrai que les travaux si remarquables de MM. Brown-Séquard, Philip^aux, Graliolet, Vulpian, Harley, Mattei, ont jeté un nouveau jour sur celle question, et que ces travaux serviront un jour à élucider ces desiderata de la science.

Physiologie. — Après la publication d'Addison , en 1855 , M. Brown-Séquard , le premier , fit paraître un mémoire sur la physiologie des capsules surrénales. Nous avons vu qu'il s'était déjà occupé de savoir si elles communiquaient avec l'axe cérébrospinal; aussi reprit-il, cette fois, ses expériences à un autre pomt de vue. Il se proposa de rechercher jusqu'à quel point la présence des capsules surrénales, à l'état normal, était nécessaire à la conservation de la vie. Par la même occasion, il rechercha si , après Fextirpation de ces organes , les animaux n'olîriraient pas des phénomènes analogues à ceux qu'Addison avaient décrits chez les individus dont les capsules étaient complètement désorganisées ou envahies par un produit morbide.

Je me bornerai à donner un court résumé des expériences de ft), Brown-Sequard.

Dans un premier mémoire, publié dans les Archives de médef^ cine de l'année 1850, il montre que les capsules surrénales sont nécessaires à la conservation de la vie.

En effet, il pratique l'ablation de ces organes sur 66 lapins.

La survie moyenne a été de neuf heures et quelques minutes sur 61 d'entre eux ; sur les 15 autres , elle a varié entre douze et quatorze heures.

Chez les chiens et les chats adultes, la survie a été plus grande que chez les lapins ; en moyenne, sur 11 animaux, elle a été da quatorze heures.

Sur 11 cochons d'Inde adultes ou âgés d'au moins six mois, la survie moyenne a été de treize heures. Chez les jeunes co» chons d'Inde âgés de quinze jours à un mois , la survie est plus considérable que celle des adultes, elle a été de vingt^trois heures en moyenne.

Sur 11 chiens et chats très-jeunes, la survie moyenne a été de trente-sept heures; de même, sur ces jeunes animaux , âgés de dix à quinze jours, la mort arrive beaucoup plus tard que lors-" qu'ils sont plus âgés ; elle varie entre quarante-six à cinquante-six heures.

Je transcris, du reste, le tableau de M. Brown-Séquard , indiquant la survie moyenne, la survie minimum et la survie maximum chez les différents animaux.

Espèce et nombre Survie Survie Survie

U'animaiix opérés. moyenno. minimum. maximum.

51 lapins 9 h. qq. minutes. 5 li. 172. . . . 14 h. 1/2.

11 chiens et chats adultes. 14 heures.. .. 7 h. 1/2 17 h.

H chiens et chats jeunes. 37 — 19 h 49 h.

2 souris 8 — 7 h. 1/2.. . . 8 h. 1/2.

11 cochons d'Inde adultes. 13 ^ 9 h 23 h.

4 cochons d'Inde jeunes. 23 — 1/2 . . 14 li. . 33 h.

Ce tableau montre que la vie s'éteint beaucoup plus lard che^ les jeunes animaux que chez les animaux adultes, après que l'on a enlevé les capsules surrénales.

M. Gratiolet répéta ces expériences, et ne vit survenir la mort que trente ou trenle-six heures après Fablation. En outre, il montra que des cochons d'Inde pouvaient survivre à l'extirpation d'une seule capsule, surtout si l'on enlève la gauche; tandis que la mort suit toujours l'ablation de la capsule droite. Aussi M. Gratiolet n'attribue pas la mort à Tabsence des capsules surrénales, mais bien à la lésion du péritoine et des viscères, tels que le foie.

M. Brown-Séquard confirma pleinement l'opinion de M. Gratiolet. Seulement il ne partagea pas sa manière de voir quant à l'ablation de la capsule droite, et, par suite, quant à la cause de la mort.

Dans le tableau que je transcris, on peut voir, en effet, que la survie après l'ablation d'une seule capsule surrénale , est plus longue qu'après l'ablation des deux capsules. Toutefois, si la mort n'est pas constante dans le premier cas, ainsi que l'annonce M. Gratiolet, et ainsi que M. Brown-Séquard a vu la vie persister dans deux cas, diçz deux jeunes chiens, elle n'en est pas moins d'une extrême fréquence, puisque sur 25 animaux, 2 seulement ont survécu, les 23 autres sont morts en moins de trois jours.

Espèce et nombre Survie Survie Survie

d'animaux opérés. moyenne. minimum. maximum.

16 lapins 23 heures 14 heures àO heures.

5 cocnons d'Inde 24 1/2 17 — 33

2 chats et 2 chiens adultes 34 — 27 — 55

Après l'ablation des deux capsules surrénales , M. Brown- Séquard a noté chez les animaux les phénomènes suivants : d'abord un affaiblissement notable qui augmente lentement, puis acquiert une intensité extrême dans les dernières heures de la vie. Assez souvent une véritable paralysie se montre quelques instants avant la mort; elle frappe d'abord les membres postérieurs, puis les antérieurs , et enfin les muscles respirateurs. La respiration et la circulation présentent des modifications importantes. Dans quelques cas, il y a une diminution notable et soudaine de ces deux fonctions, un véritable état syncopal.

Le plus souvent, pendant la première heure après l'opération,

la respiration est accélérée, tandis que les mouvements du cœur sont moins rapides et moins forts ; puis , le nombre des mouvements respiratoires diminue, et il devient bientôt inférieur au nombre normal. En même temps , les battements du cœur augmentent de fréquence; leur énergie reste la môme , et il arrive que, trois ou quatre heures après l'opération , les mouvements respiratoires ont diminué de moitié , tandis que le nombre des battements du cœur est d'un tiers au plus, au-dessus de l'état normal. Enfin, dans les dernières heures de la vie, la fréquence des mouvements respiratoires diminue encore, et la vitesse des battements du cœur diminue aussi.

Du côté des fonctions digeslives , la faim disparaît ; et chez les animaux qui ont mangé avant l'opération , on trouve les aliments indigérés dans l'estomac ; il semble que la digestion soit complètement arrêtée. Rarement il y a des vomissements, et encore plus rarement de la diarrhée.

La sécrétion urinaire ne paraît pas altérée soit en quantité, soit en qualité.

La température du corps s'abaisse. M. Brown a vu des lapins perdre h et même 5 degrés de leur température normale dans les dernières heures de la vie.

Comme phénomènes principaux, M. Brow^n a constaté du délire et des convulsions : ainsi, il a vu des lapins, cinq à six heures après l'opération , se précipiter en avant avec fureur, se heurtei* la tête avec violence contre les murs. Le délire n'est pas aussi constant que les convulsions; celles-ci se montrent, en effet, presque constamment. Parfois très-violentes, elles se présentent sous des formes très-variées, mais qui peuvent être groupées en deux catégories, dont l'une peut être nommée télaniforme et l'autre épilepliforme.

La mort a lieu tantôt par asphyxie, tantôt par syncope.

L'asphyxie est subite ou lenle : elle survient subitement par suite d'un spasme des muscles expirateurs, lorsqu'il y a des convulsions lélaniformes ; mais, en général, elle survient lentement et, dans ce cas, elle paraît dépendre d'une faiblesse de l'appareil respiratoire, coexistant avec la faiblesse des mouvements volon taires. Quand la mort a lieu par syncope , on voit les finim^ux

s'affaisser sur eux-mêmes , tout à coup ou par degrés ; les mouvements du cœur s'affaiblissent au point qu'ils ne sont plus perceptibles ; quelques légers mouvements convulsifs se montrent à la lace et dans les muscles oculaires, puis la mort arrive.

Quant au sang, on sait qu'à l'état normal il contient du pigment sous la forme de granules ou de plaques ; mais , après l'ablation des capsules, suivant M. Brown-Séquard , la quantité de cette substance augmente d'une manière très*notable. En outre des granules et des plaques libres, il y a alors dans le sang du pigment logé dans une gangue de. matière amorphe; il y a aussi quelquefois de véritables cellules pigmentaires. Le sang , surtout celui des chiens , présente enfin une autre particularité Aon moins intéressante que celle de l'accumulation du pigment, c'est-à-dire que l'on y rencontre des cristaux qui se forment spontanément et très-rapidement, ainsi qu'une matière amorphe, en larges plaques, constituée probablement par de la globuline, colorée en rose ou en rouge par l'hématosine. M. Brown , attribuant la formation de ces cristaux à une modification des globules du sang, les rapproche des prismes rhomboidaux , plus ou moins réguliers, que l'on trouve dans le sang épanché dans les diverses parties du corps, ou que l'on peut faire naître dans du sang frais, à l'aide de différents procédés. En effet, dans ces dernières années, certains aut3urs , tels que 0. Funke , Budge , Remak, Kunde, Parkes, H. Meckel, Kôlliker, ont étudié, sous le nom de cristaux du sang, de cristaux d'hémine (Teichmann) , à'hématocrystalline (Lehmann), de cristaux d' hématoïdine (Ch. Robin), ces prismes que l'on peut obtenir dans du sang frais, à l'aide de l'eau, de l'ammoniaque ou plusieurs autres réactifs. Teichmann donne même un meilleur procédé : il ajoute quatre ou cinq parties d'eau à une de sang , et après avoir mis une goutte de ce mélange sur une lame de verre, il place un petit morceau de liège sous une lamelle line de verre, à l'aide de laquelle on recouvre cette goutte de sang; de cette manière, l'air circule entre les deux lames de verre et, au bout de peu de temps, des cristaux se forment.

D'après les caractères que M. Ch. Robin donne des cristaux d'hématoidine» cristaux représentés par des prismes rhomboidaux,

il est facile de voir que les caractères des cristaux que M. Brown a trouvés dans le sang des animaux dépouillés de leurs capsules, ne se rapprochent nullement des précédents, et qu'ils ne peuvent être considérés comme des cristaux d'hématoïdine -, en effet, on trouve sous le champ du microscope des cristaux, soit libres, soit accumulés les uns sur les autres comme une masse d'épingles, se croisant en tous les sens, n'affectant nullement la forme prismatique et rhomboïdale.

Quand on enlève une seule capsule surrénale, nous avons vu que, d'après M. Brown-Séquard, la mort survient assez vite ; en outre, cet auteur a constaté les mêmes phénomènes qu'après l'ablation des deux capsules, avec quelque différence cependant. Ainsi les convulsions des membres, de la face et des yeux, sont plus fortes en général du côté de l'opération. Quand les animaux sont atteints de roulement, ils roulent en commençant presque toujours par le côté opposé à celui de l'organe enlevé, comme on le voit survenir quand on pique un des pédoncules cérébelleux moyens.

Recherchant quelle est la cause de la mort chez les animaux dépouillés des capsules surrénales, M. Brown-Séquard passe en revue toutes les lésions qui accompagnent nécessairement ou accidentellement l'ablation des capsules surrénales : péritonite, hépatite, lésions des reins, des veines rénales, de la veine cave inférieure, du grand sympathique. Et après avoir rejeté successivement toutes ces causes de mort, il arrive à cette conclusion que la mort ne pouvant pas être attribuée exclusivement ni principalement à l'existence simultanée de toutes ces lésions, est due à l'absence même des capsules surrénales.

M. Gratiolet n'est pas de cet avis, et son opinion, ainsi que nous le verrons, est partagée aujourd'hui par un certain nombre d'expérimentateurs. Il attribue la mort à la péritonite et à Thé' patite qui surviennent après l'ablation. C'est ainsi du moins que sont morts les animaux chez lesquels il avait enlevé les deux capsules, ou bien la droite seulement.

De tout ce qui précède, on voit que pour M. Brown-Séquard les capsules surrénales sont essentielles à la vio ; leurs fonctions même, ajoute le célèbre physiologiste, semblent être plus impor-

tantes que la sécrétion urinaire. Les expériences de xMM, Prévost et Dumas, celles de MM. Ségalas, Cl. Bernard et Barreswill, Frerichs, etc., ont montré que les mammifères survivent en général, de un à trois ou quatre jours à l'ablation des deux reins. Chez sept lapins etdeux chiens adultes, M. Brown-Séquard a enlevé les reins ; les lapins ont présenté une survie qui a varié de dix-neuf heures à deux jours ; les deux chiens ont survécu l'un trente-deux heures, l'autre au moins trente-huit heures. Ge sont là des survies bien plus grandes que celle des chiens adultes après l'ablation des capsules surrénales, opération après laquelle la survie maximum a été de dix-sept heures seulement. L'absence des sécrétions qui s'opèrent dans les glandes surrénales est donc plus rapidement mortelle que la suppression de la sécrétion urinaire.

Ici se présente une question très-importante sur laquelle la physiologie n'a pas pu même de nos jours porter la lumière. Quelles sont les sécrétions des capsules surrénales ? Question des plus importantes, car si l'on était tîxé sur ce rôle des capsules, on ne verrait pas surgir dans la science, à tout instant, des opinions les plus diverses. Les capsules surrénales, avons-nous dit, sont des glandes sanguines, c'est-à-dire qu'elles .président à la transformation d'une ou de plusieurs substances en une ou plusieurs autres, sans élimination de ce qui est produit, signe caractéristique des glandes sanguines proprement dites, vu qu'elles n'ont pas de voies d'élimination. La question relative aux fonctions des capsules surrénales revient donc à celle-ci : quelles sont les substances qui, portées à ces glandes par le sang, y sont modifiées; et quels sont les produits de ces modifications que le sang emporte en sortant des capsules ? M. Brown-Séquard pense qu'il est extrêmement probable que l'une des fonctions des capsules surrénales consiste dans une modification spéciale d'une matière ayant la propriété de se transformer en pigment, et que la modification opérée par les capsules sur celte matière lui fait perdre cette propriété. Aussi cet auteur, partant de ce principe, admet que si les capsules sont tellement altérées, au point que leurs fonctions n'existent plus, il doive se déposer du pigment dans la peau, dans le péritoine et ailleurs. Malheureuse-

ment pour sa ihôorie, M. Brown-Séquard n'a jamais vu dans ses expériences ce dépôt se faire dans la peau ou le péritoine. Il a vu seulement que le sang contenait plus de pigment qu'à l'ordinaire. C'est même à la présence de ce pigment que cet auteur rattache les phénomènes nerveux, qu'il a signalés.

L'influence exercée par les capsules sur le sang, ajouteM. Brown , ne consiste pas seulement dans la transformation de cette substance pigmenlaire spéciale; la production spontanée de cristaux dans le sang des animaux dépouillés des capsules surrénales, la prompte disparition des globules du sang, montrent que ce liquide est profondément altéré lorsque les fonctions de ces organes manquent. De plus, ajoute-t-il, ce sang agirait comme poison souvent capable de tuer, quand on l'injecterait dans les veines d'un autre animal, même d'une espèce semblable. On voit donc / que, d'après M. Brown, les glandes surrénales produisent dans le sang de profondes modifications.

Les conclusions du travail de M. Brown-Séquard touchant la physiologie des capsules surrénales, ne devaient pas être acceptées sans conteste. Aussi vit-on, de tous côtés, se produire des expériences qui vinrent approuver plus ou moins les bases du travail de cet aiiteïïK.

Déjà, en M. le professeur Rayer, en examinant les ob-

servations de maladies des capsules surrénales connues jusqu'à lui, avait reconnu qu'on ne pouvait tirer de la lésion de ces organes aucun indice venant éclairer leur physiologie. Plus tard, après les premières expériences de M. Brown, nous avons vu M. Gratiolet rapporter la mort qui suit l'ablation des capsules à la blessure du péritoine et du foie. La même année, c'est-à-dire en novembre 1856, M. Philipeaux adresse un mémoire à l'Institut, dans lequel il rapporte cinq ablations de la capsule droite chez des lapins albinos. Après cette ablation, il ne vit survenir aucun phénomène nerveux particulier. Chez quatre lapins, il extirpa les deux capsules; trois de ces derniers moururent, l'un, au bout de neuf jours, l'autre, le vingt-troisième jour, enfm un troisième, au bout de trente-quatre jours. Le quatrième vivait encore au moment où M. Philipeaux fit sa communication. Cet auteur ajoute que jus-

qu'au moment de leur mort, toutes les fonctions restèrent intactes; aussi, de ses expériences, il conclut :

l- Que l'extirpation des capsules surrénales n'entraîne pas nécessairement la mort de ces animaux;

2" Que, dans les cas où elle survient, elle est causée par l'opération qui occasionne soit une péritonite, soit une hépatite;

3» Que les capsules ne paraissent pas des organes plus essentiels à la vie que la rate et le corps thyroïde.

Il" Enfin, il attribue la mort qui est survenue chez trois de ses lapins au froid qui, pendant quelques nuits, avait été assez intense.

Au mois de décembre 1856, M. Antoine de Martini communique à l'Institut le fait d'un homme de quarante ans, mourantd'une affection de poitrine. Cet homme, père de trois enfants, n'avait pas présenté, pendant la vie, de coloration bronzée de la peau, et à l'autopsie on constata une absence congénitale des capsules surrénales ; de plus, il existait une fusion des reins en un corps unique.

M. le docteur Berruti (de Turin), publia, de même, le résultat de ses recherches. Ainsi, il vit la mort survenir chez des chevaux dix heures après l'ablation des deux capsules ; après l'ablation d'une seule capsule, il y eut dix-sept jours de survie. Pour cet auteur, l'ablation de la capsule droite n'est pas plus grave que celle de gauche; en outre, il pense que la mort est le résultat de l'opération et non de l'absence des capsules.

Le docteur Harley (de Londres), contrairement aux opinions précédentes, attribue la mort qui survient si rapidement après l'ablation des capsules surrénales à la lésion des nerfs ganglionnaires. En effet, dit cet auteur, on sait qu'il existe des cas où la mort arrive presque subitement à la suite d'un coup violent sur l'épigastre; MM. Ludwig et Haffer ont vu la mort survenir en un ou deux jours chez les animaux où ite avaient pratiqué la section des nerfs grands splanchniques. De son côté, M. Brown-Séquard a démontré qu'il suffît de pincer ou d'inciser les ganglions semilunaires pour tuer des lapins en trente heures, et que la section du grand sympathique dans le voisinage des reins, est suivie de mort dans les vingt-quatre heures. Aussi, contrairement à l'opi-

iiion de M. Gratiolet, le physiologiste anglais attribue la mort qui survient après l'ablation de la capsule droite, non à l'hépalite, comme le veut le physiologiste français, mais bien à la lésion du ganglion semi-lunaire droit ; car, dit-il, on sait que la capsule droite est située plus profondément que la gauche; or, le ganglion semi-lunaire droit, qui est plus volumineux que le gauche, se trouve, chez le chat et le chfen, immédiatement audessus de la capsule, tandis qu'à gauche il est placé en dedans de cet organe, sur le pilier du diaphragme. Il n'est donc pas étonnant que le système nerveux ganglionnaire soit plus souvent blessé dans l'extirpation de la capsule droite; aussi voit-on la mort survenir plus rapidement.

M. Brown-Séquard publia, end 858, dans le Journal de jjhy" sioloffie, un nouveau mémoire à l'appui de son opinion. Toutefois, rapportant les expériences précédentes, surtout celles de MM. Martin-Magron et Harley, il n'est pas aussi afïirmatif que dans son premier travail, et il reconnaît que la mort, dans cer" tains cas, n'est pas la conséquence inévitablement rapide de l'ablation des capsules surrénales. Cependant il nie que les con- ' clusions de ces auteurs soient justes, c'est-à-dire il ne pense pas que les fonctions des capsules soient sans importance, et que la mort, lorsqu'elle survient, arrive par suite de complications, telles qu'hépatite, péritonite, etc>.

Ne voulant pas donner une analyse de ce nouveau mémoire, que l'on trouvera dans l'ouvrage cité plus haut, je me bornerai à signaler les conclusions qui terminent ce travail.

1" Les fonctions des capsules surrénales semblent être essentielles à la vie chez les animaux non albinos.

2" La suppression immédiate et complète de ces fonctions amène la mort très-rapidement.

3" La suppression graduelle de ces fonctions amène la mort, au plus tard, après un petit nombre de mois, et chez certaines espèces d'animaux en quelques jours.

h" L'ablation simultanée des deux capsules surrénales amène la mort, en général, notablement plus vite que l'ablation des deux reins.

5» Si certains animaux albinos semblent capables de survivre

définitivement à l'ablation des capsules surrénales, ce fait vient à l'appui de l'opinion que j'ai émise, que l'une des causes principales de mort chez les animaux non albinos, après la perte de ces petites glandes, consiste dans une accumulation de pigment.

En 1859, un physiologiste américain, J. R. Darby, confirma les expériences de M. Brown-Séquard. Comme ce dernier, il vit que les lésions des parties ([ui environnent les capsules, sont beaucoup moins rapidement fatales que l'extirpation des capsules. De même, il constata le roulement après l'ablation d'une seule capsule,

M. Châtelain, dans sa thèse, donne la relation de cinq expériences qu'il a faites sur des lapins albinos et non albinos. — Sur deux lapins albinos, la mort est survenue, chez l'un , quatre jours après l'ablation de la capsule droite; chez l'autre, qualorzeheures après l'ablation des deux capsules. Sur deux lapins non albinos, la mort est survenue quinze heures après l'ablation des deux capsules, chez l'un d'eux; tandis que l'autre a guéri. Enfin , dans la cinquième expérience, il lèse seulement le péritoine, comme on le fait dans le cas d'extirpation des deux capsules, et la mort survient en trente-six heures , l'animal ayant présenté les mêmes phénomènes que ceux qui se montrent après l'ablation ; aussi M. Châtelain n'hésite pas à rapporter la mort aux lésions du péritoine; de même, il pense que les lésions des nombreux filets nerveux qui se rendent à ces organes suffisent pour expliquer les troubles spéciaux qui se manifestent, sans qu'il soit besoin de les rattachera la lésion de l'organe lui-même. Avec MM. Villemin, Morel et Michel, il a examiné le sang, et jamais il n'a constaté les granulations pigmentaires et les cristaux d'hématoidine indiqués par M. Brown-Séquard. Pour toutes ces raisons, M. Châtelain pense queles capsules surrénales ne sont pas indispensables càlavie chez l'adulte; il les considère plutôt comme appartenant à la vie fœtale, puisque, dit-il, les animaux peuvent survivre h l'ablation de ces organes. En outre, elles ne servent pas à détruire le pigment, ni môme la substance supposée renfermée dans le sang et pouvant se transformer en pigment, puisqu'il n'a pu constater la présence dans le sang soit de granulations pigmentaires, soit de cristaux d'hématoidine 5 et que jamais on n'a vu survenir après

l'ablation de ces organes un dépôt de pigment dans les tissus de l'économie.

M. le professeur Maurice Schiff (de Florence), a repris dans ces derniers temps cette question. On trouve consigné le résultat de ses recherches dans YImparziale du 26 mars 1863, Il conclut que l'extirpation des capsules surrénales chez les animaux ordinaires, surtout chez les rats, n'est pas une opération aussi mortelle que le prétend M. Brown-Séquard; que ces organes n'ont pas une fonction aussi importante et aussi indispensable à la vie, comme le croient plusieurs physiologistes. En outre, ayant examiné le sang avant et après l'opération , il n'a constaté aucune altération ; de même , il n'a jamais vu se produire aucun dépôt de pigment soit dans la peau , les poils, soit dans les muqueuses, bien que les animaux aient survécu à l'opération jusqu'au cinquante-sixième jour.

Ici se bornent les expériences des physiologistes. Deux théories sur le rôle physiologique des capsules surrénales, se trouvent aujourd'hui en présence. L'une, défendue par MM. Brown-Séquard, Darby et quelques autres physiologistes, fait jouer un grand rôle à ces organes. Pour ces auteurs, en effet, leur intégrité complète est nécessaire , indispensable à la vie; une de leurs fonctions principales consiste en une modification spéciale d'une substance douée de la propriété de se transformer en pigment, modification qui lui fait perdre cette propriété. L'autre, soutenue par MM. Philipeaux, Gratiolet, Harley, Marlin-Magron, Berruti, Châtelain et Schiff, refuse une fonction aussi importante à ces organes , et surtout leur dénie aucune participation aux phénomènes de la vie; ou, du moins, s'ils y participent, c'est par suite de leurs relations si multipliées avec le système nerveux.

N'ayant pu faire des expériences, ainsi que je l'ai dit en commençant ce travail, j'essayerai du moins de montrer, par l'élude attentive des phénomènes cliniques de la maladie d'Addison, jusqu'à quel point ces phénomènes- viennent appuyer la physiologie des capsules surrénales , et peuvent servir à faire adopter l'une ou l'autre théorie.

Je n'ai pas mentionné, dans cette partie de ma thèse, l'opinion

donnée par M. le docteur Duclos (de Tours) , parce qu'il m'a semblé qu'elle le serait plus utilement lorsque je m'occuperai de la nature de la maladie d'Addison.

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