PREMIER GROUPE
Obs. I. — Gaget, âgé de vingt- sept ans, maréchal ferrant, entré le 8 avril 1862, il l'hôpital Bcaujou, salle Beaujon (service de M. Frémy).
Ce jeune homme nous dit que jamais il n'a été malade dans sou enfance, il n'accuse aucune atteinte de scrofule ; il n'en porte du reste aucune trace. Plus lard, il n'a fait d'excès d'aucune sorte, soit en femmes, soit en boissons; il a toujours travaillé avec assiduité. On ne trouve chez lui aucune
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trace de syphilis ou autres maladies, soit diathésiques, soit constitutionnelles. Son père est mort depuis deux ans d'un accident de voiture; sa mère est paralysée des membres inférieurs depuis six mois environ ; ses frères et ses sœurs se portent bien.
Travaillant beaucoup, il se nourrissait bien, prenait une bonne nourriture. En outre, habitant la campagne, à quelques lieues de Paris, il logeait dans un logement salubre, non humide. Dans son pays, la fièvre intermittente n'est pas connue, et lui-même n'a jamais été sujet à cette affection.
Il y a dix-huit mois environ, Gaget s'aperçut que son teint, qui était auparavant peu coloré, qui était même d'une coloration blanche rappelant la teinte ordinaire des individus que l'on désigne sous le nom de blonds, devenait peu à peu foncé, prenait une teinte bistre. Pourtant il ne travaillait jamais aux champs; il n'était par conséquent pas exposé aux rayons solaires ; en outre, il ne s'exposait pas plus que par le passé au feu de la forge. Cette teinte bistre devint de plus en plus prononcée, de telle sorte qu'il était une vraie curiosité dans son village. Pendant six mois, elle resta bornée à la face; les cheveux, qui étaient auparavant assez blonds, devinrent eux-mêmes assez foncés en couleur, et aujourd'hui encore ils sont plutôt châtains que blonds.
Six mois après, celle coloration anormale s'étendit sur le corps, et ce malade, qui nous paraît assez intelligent, fit la remarque suivante : Par suite de son état, il était souvent exposé à des brûlures sur les membres supérieurs, sur les avant-bras; ces brûlures avaient laissé après elles des cicatrices blanches. Gaget s'aperçut, dis-je, que la coloration du visage gagnait le tronc, en voyant, un jour, que les cicatrices des membres deve* liaient de plus en plus noires. Puis des cicatrices, la coloration anormale s'étendit sur le reste du tronc; de telle sorte qu'elle devint générale en très-peu de temps. Dès lors elle n'a augmenté ni diminué, et depuis environ dix mois, elle est restée telle qu'elle est aujourd'hui.
Cette coloration fut longtemps le seul symptôme que le malade présentât; il n'y fit aucune attention et ne suivit aucun traitement pour la faire disparaître.
Vers le commencement de cette année, dans les premiers jours de janvier, Gaget remarque, pour la première fois, quinze mois par conséquent après le début de la coloration anoi male, que ses forces faiblissent ; il ne peut plus travailler aussi longtemps que par le passé; en même temps, il perd l'appétit; il mange moins; mais ce qu'il mange ne le gêne pas; les digestions continuent à être normales. Peu à peu la faiblesse fait des progrès; les forces disparaissent de plus en plus ; depuis un mois même, il a
été obligé de cesser tout à fait son travail; la faiblesse musculaire est si grande, qu'il ne peut marcher plus de dix minutes sans éprouver une grande fatigue ; il ressent un anéantissement complet de tontes ses forces ; à aucune époque, il n'a ressenti dans les membres, ni douleurs, ni fourmillements, ni crampes ; il a parfaitement conscience du sol sur lequel il marche.
Le 20 février, Gaget est pris d'un vomissement bilieux dont il ne peut saisir la cause ; et le 6 avril, un second vomissement de même nature survient ; il n'en conserve pas moins de l'appétit, et il mange aussi bien qu'auparavant.
Les nuits sont bonnes ; le malade trouve même qu'il dort trop; dans la journée, il est souvent pris d'envies irrésistibles de dormir; il est un peu somnolent; malgré cela, sa mémoire est bien conservée, et Gaget n'accuse aucuns symptômes que l'on puisse rapporter à un trouble quelconque de l'intelligence; il n'éprouve et n'a jamais éprouvé de céphalalgie. La vue est bonne ; il en est de même des autres sens, tels que ceux de l'ouïe et de l'odorat.
A peu près vers l'époque où eut lieu le premier vomissement, Gaget ressentit une douleur sourde, continue, siégeant dans les deux hypochondres, au niveau de l'extrémité antérieure de la douzième côte ; le malade nous indique lui-même ce point. Malheureusement, il ne peut nous dire si la douleur a précédé le vomissement, ou bien si elle l'a suivi. Quoi qu'il en soit, cette douleur n'augmente ni par la pression, ni par la marche ; mais elle augmente, d'après le dire du malade, quand il vient h se coucher, soit sur le côté gauche, soit sur le côté droit. En. outre, cette douleur s'est montrée peu à peu, et depuis trois semaines environ elle reste stationnaire.
1. Le malade, voyant ses forces diminuer ainsi de jour en jour, ne pouvant plus travailler pour subvenir à ses besoins, se décide à venir à l'hôpital où il est admis le 8 avril.
A son entrée, on trouve ce jeune homme ayant toutes les apparences d'une constitution un peu délabrée. Son teint est fortement coloré ; celte coloration est d'un brun verdàtre très-prononcé, se rapprochant de celte coloration que l'on désigne sous le nom de bistre. Elle est presque généralisée sur tout le corps, mais elle ne se présente pas avec une teinte uni forme. En effet, très-vive à la figure, elle l'est moins sur quelques parties, telles que la face antérieure du tronc, la partie postérieure des cuisses et des jambes, la face dorsale du pied; dans d'autres parties, au contraire, telles que la face interne et antérieure du membie supérieur, la région dorsale et lombaire, la face interne des cuisses et des jambes, la coloration
se rapproche beaucoup de celle de la face; en certains endroits même, la teinte est plus foncée ; ainsi, sur la peau de la verge cette coloration est presque noire; de môme, au niveau d'un vésicatoire qui a été placé sur la région de l'hypochondre gauche; enfin les cicatrices des brûlures que ce malade présente sur les avanl-bras, sont très-vivement colorées.
A la face même, la teinte n'est pas uniforme; on voit, au niveau des pommettes, sur la racine du nez et sur le front, de petits points complètement noirs, tranchant par leur forte coloration sur celle de la face. Ces points, du volume d'une lentille, sont très-nombreux.
Au niveau du bord et de la face interne des lèvres, la muqueuse est de même brunâtre ; sur la muqueuse qui tapisse la face interne des joues, sur celle de la voûte palatine, se trouvent de même de gros amas noirâtres plus fortement colorés que ceux de la face. Cette coloration est stable; elle ne disparaît nullement, soit par une pression continue, soit par une friction prolongée.
La muqueuse oculaire ne présente pas cette coloration anormale. Les cheveux sont châtains; le malade les trouve plus colorés qu'il y a six mois. Enfin l'iris conserve, à ce qu'il paraît, sa coloration première; il n'a subi aucune variation, il est d'un beau bleu de ciel.
La peau, au niveau de la face interne des avant-bras, présente quelques papules de prurigo qui occasionnent depuis quatre jours des démangeaisons désagréables.
Les membres supérieurs et inférieurs sont très-amaigris, diminués de volume ; cet amaigrissement augmente surtout depuis quinze jours pourtant le malade se nourrit bien; il éprouve dans les membres inférieurs une grande faiblesse, aussi la marche est-elle pénible, il se fatigue vite Les mouvements sont conservés, ainsi que la sensibilité générale et spéciale
Dans les deux hypochondres, dans un endroit que l'on peut facilement hm,ter, amsi que je l'ai dit, à la partie antérieure de la douzième côte le malade ressent une douleur sourde, continue, que la pression n'augmente nullement; la palpation la plus attentive n'accuse la présence d'aucune tumeur; en outre, cette douleur est fixe, bien limitée, car le malade ne mon re jamais un autre point. Le foie, à la percussion, paraît un p u mente de volume, surtout au niveau de la région éDi4trinn7 i'hypochondredroit,! ne dépasse nullement le rebord'dl ^ ; ::;J2 rate de même est augmentée de volume, elle mesure environ 19 mètres dans son diamètre vertical. La percussion , nullem.u douloureuse; il en est de
le malade n'a jamais ressenti de douleur dans la rtio loi irf '''''' La région du cœur ne dénote aucune lésion son ^l^k"^^^^^ ■ MARTiNEAu. ^"Muii-, soii a In pcrcussjon,
soit à l'auscultation. Le pouls est régulier, mou, dépressible, assez lent; il bat soixante-six fois par minute. Dans les vaisseaux du cou, il n'existe aucun bruit de souille.
Depuis quelques jours, le malade tousse un peu, mais cette toux ne le fatigue nullement ; l'expectoration est muqueuse ; h aucune époque, il n'a eu d'iiémoptysie. L'examen le plus attentif du thorax ne décèle aucune lésion appréciable.
Du côté des voies digestives, on ne trouve aujourd'hui rien d'anormal. La langue est nette; le malade a faim, il a de l'appétit; le ventre est souple, les selles sont normales.
Les urines sont peu colorées , elles laissent déposer un sédiment blanc abondant ; traitées par l'acide nitrique, elles font effervescence ; elles ne contiennent ni albumine ni sucre. Un examen plus approfondi fait par M. Adam, pharmacien en chef de l'hôpital Beaujon, deux jours après l'entrée du malade, donne les résultats suivants ; je transcris textuellement la note qu'il m'a remise.
La quantité d'urine excrétée en vingt-quatre heures est de 0'''-,9ZiO; densité = 1,015; odeur faible normale; transparence troublée par du mucus. Réaction franchement acide ; pas de principes anormaux, tels qu'albumine, sucre; pas de carbonates; elles laissent déposer un sédiment composé d'acide urique. On trouve un peu de graisse et des mucosités.
L'examen des yeux à l'aide de l'ophihalmoscope, pratiqué par mon collègue et ami J. Meunier, dénote une plus grande quantité de pigment accumulé sur les deux choroïdes. Cette augmentation paraît surtout évidente quand on la compare avec celle des autres malades. On ne constate aucune autre lésion. Du reste, la vue est bonne.
Les autres sens paraissent intacts, j Le traitement prescrit par M. Frémy est surtout tonique.
10 avril. — Le malade se plaint de n'avoir pas d'appétit; hier, quand il a voulu manger, il a été pris de nausées qui se répétaient toutes les fois qu'il voulait prendre soit des aliments, soit des liquides. Pourtant il n'a pas eu de vomissement. La nuit a été bonne. Ce matin, malgré le définit d'appétit, il n'existe ni céphalalgie, ni douleur épigastrique. La langue est un peu blanche ; le pouls, calme, régulier, toujours mou, dépressible, donne 6^t. pulsations. — Même traitement.
11 avril. — Cette nuit, le malade a été pris d'un vomissement bilieux, abondant; l'appétit est toujours complètement perdu; la langue conserve un enduit blanchâtre très-léger; la soif est vive; le pouls, peu fréquent, donne GU pulsations; pas de céphalalgie, pas de douleur épigastrique. Depuis co malin, le malade est dans une transpiration abondante qui le fatigue
énormément} aussi sa faiblesse est-elle extrême, il est obligé de garder le lit.
12 avril.— L'état du malade s'aggrave de plus en plus; l'afTaiblissement fait de grands progrès. Depuis hier, il vomit tout ce qu'il prend ; en même temps, la transpiration devient de plus en plus abondante. On est oblige de le changer à chaque instant de linge. Le pouls reste calme , peu fréquent. Le malade est très-abattu, dans un état de somnolence continuelle. Il n'éprouve ni céphalalgie, ni n'accuse aucunes douleurs dans les différentes parties du corps. L'examen attentif des différents organes ne décèle aucunes lésions; les selles sont normales; une ou deux garderobes par our.
Le traitement est surtout dirigé contre les vomissements : bouillon froid, eau de Seltz, glace. En outre, M. Frémy prescrit deux paquets par jour de poudre thébaïque 0,02, mélangée à 0,25 de sous-nitrate de bismuth. Vin de quinquina.
13 avril. — L'état du malade est très-grave; la faiblesse est extrême; l'intelligence reste intacte, il répond très bien aux questions qu'on lui adresse. Il n'accuse aucunes douleurs. Les vomissements ijersistent ; ils sont jaunâtres , bilieux; la transpiration est arrêtée; la peau est sèche, rugueuse. Sur la face, au niveau des pommettes, sur le front, ou aperçoit une légère desquamation blanchâtre, comme furfuracéc. Le malade est en proie à une soif ardente, vive, qu'il ne peut satisfaire, vu les vomissements. Le |)ouIs est insensible aux deux radiales ; on le trouve au i>li du cou ; il est petit, fréquent, déprcssible , on peut à peine le compter. La somnolence persiste , elle est même plus grande qu'hier ; le malade ne sort de cet état de torpeur que pour vomir. L'urine conserve toujours les mômes caractèi-es; elle est excrétée en petite quantité; ce matin , elle est vivement colorée en rouge foncé ; elle contient de l'acide urique en grande abondance. Les organes ne révèlent aucune lésion.
Vers une heure de raprns-iiiidi , d'après le dire de la sœur du service, le malade est pris de convulsions générales , et succombe à trois heures.
Autopsie pratiquée le 15 avril, à sept heures du matin, quarante heures après la mort, par un temps assez froid.
La roidcur cadnvori(]iie est intense; on est obligé d'employer une p'aude force pour la vaincre.
La coloration indiquée pendant la vie persiste ; pourtant elle semble moins intense suri a face antérieure de la poitrine et de l'abdomen.
La cavité abdominale ne contient aucun liquide; le grand épiploon •ainsi que le mésentère , est infiltré d'une grande quantité de graisse; les ganglions mésentérlques sont petits , parfaitement sains. Les îuieslins ne
présentent aucune altération. Le foie est volumineux , rougeâtre , assez congestionné, régulier. Son diamètre autéro-postérieur mesure 15 centimètres. A la coupe , on ne trouve aucune altération appréciable à la vue; il s'écoule du sang en assez grande abondance. La rate est un peu molle, friable, se laissant déchirer facilement ; elle est assez volumineuse. Son diamètre vertical donne 12 centimètres; le diamètre transversal, 7. Sur sa face externe, on aperçoit deux plaques blanchâtres dont l'une, supérieure , située près du bord supérieur, d'une forme elliptique assez volumineuse, s'étendant presque du bord antérieur au bord postérieur, est recouverte par une fausse membrane assez épaisse , s'enlevant facilement, organisée, qui ne paraît être que le péritoine épaissi. L'autre, inférieure, située à 3 ou 4 centimètres au-dessous de la précédente, est de même recouverte par une fausse membrane, s'enlevant très-facilement ; à la coupe, on voit que ces plaques sont constituées par un épaississement de la (unique fibreuse de la rate, épaississement de U millimètres environ. La rate, incisée, présente un aspect violacé; elle est trèscongestionnée et laisse s'écouler une grande quantité de sang.
Les reins ne présentent aucune altération, si ce n'est un peu de congestion.
Les capsules surrénales présentent une altération manifeste.
La droite est assez adhérente à la face inférieure du foie ; en l'enlevant, on entraîne avec elle un peu de substance hépatique ; elle est, de même, assez adhérente à l'extrémité supérieure du rein." Cette capsule est recouverte d'une couche de tissu cellulo-adipeux assez abondant. Sa consistance est excessivement dure ; la surface extérieure est inégale , bosselée, trèsirrégulière ; pourtant , la forme prédominante est celle d'un triangle , à base regardant l'extrémité supérieure du rein. Les dimensions sont :
Pour le diamètre transversal. ... 4 centimètres et demi.
— diamètre vertical 4 centimètres.
Épaisseur de la base 2 centimètres et demi. ^
L'enveloppe extérieure est épaissie, adhérente à la substance propre de la capsule, ou mieux, comme celle-ci a complètement disparu, à la substance qui l'a remplacée et qui même, dans certains endroits, a envahi la capsule elle-même.
A la coupe, la capsule présente un aspect jaunâtre, grumeleux, ressemblant à de la matière caséiforme; dans certains endroits, celte matière s'enlève facilement avec la pointe d'un scal|)el ; dans d'autres , au contraire, elle est dure. A la coupe, cette matière est uniforme , non granu-
leuse ; elle ne présente aucune organisation. Elle a envahi toute l'épaisseur de l'organe, si ce n'est pourtant un point qui, silué près de l'extrémité postérieure, est rosé, contenant un peu de tissu graisseux, et qui rappelle la structure normale de la capsule.
La capsule surrénale gauche est moins adhérente au rein que la précédente. Dans le tissu cellulo-adipeux qui l'entoure au niveau de sa face antérieure, se trouve un petit foyer purulent , communiquant avec l'intérieur de la capsule. A ce niveau , l'enveloppe est perforée , et l'organe lui-même présente une perte de substance. Cet abcp.s paraît être dû à un ramollissement de la matière tuberculeuse ayant envahi la capsule , ainsi que l'examen microscopique l'a démontré, du reste.
Le volume de cette capsule est plus considérable que celui de la droite. Ces dimensions sont :
Pour le diamètre transversal 6 centimètres.
— diamètre vertical li —
Épaisseur de la base 3 centimètres.
La consistance est très-dure; la forme se rapproche de la précédente; elle est irrégulièrement triangulaire. La surface externe est bosselée, inégale, d'une coloration non uniforme, rosée dans la plus grande partie, avec de petits points blancs, jaunâtres dans d'autres. L'enveloppe est de même envahie par la matière amorphe ; à la coupe, elle présente le même aspect que la droite; la substance normale a presque entièrement disparu , on ne la voit qu'à de rares intervalles.
L'examen des organes thoraciques donne les résultats suivants :
La plèvre ne contient aucun liquide ; on ne trouve à sa surface aucune trace de dépôts pigmentaircs. Le poumon gauche présente à son sommet une cicatrice froncée , assez étendue , noirâtre; le tissu environnant est induré, inégal, donnant aux doigts la sensation de petits corps durs; à la coupe, on. trouve deux ou trois tubercules disséminés , jaunâtres , assez volumineux; l'un d'eux, à la pression, laisse suinter un écoulement blanchâtre, un peu caséeux. A côté de ces tubercules, se trouve une légère infiltration grise. Dans le reste de son étendue, le poumon ne présente aucune altération, si ce n'est un peu de congestion à la base.
Le poumon droit ne contient pas de tubercules; on trouve pourtant, au sommet, dans un espace très-limité, une infiltration grise très-manifeste.
Le cœur est d'un volume normal ; les valvules et les orifices ne présentent aucune altération. Le ventricule çlrqit contient un caillot noir, lluide, post mortem.
L'estomac ne préseulc aucune altéialioa; bu suiface inierue est recouverte d'une légère couche de liquide jaunâtre, bilieux.
Le cerveau est d'un volume normal ; les membranes sont saines, les sinus de la dure-mère sont remplis d'un sang noir, Huide, visqueux, on ne trouve aucun caillot. La consistance de la substance cérébrale est assez ferme ; on trouve très-peu de liquide séreux dans les ventricules. Les différentes parties du cerveau sont saines, on trouve seulement un peu de congestion.
Les nerfs du tronc cœliaque, les ganglions du plexus solaire, examinés avec le plus grand soin, ne paraissent pas présenter à l'œil nu d'altérations manifestes.
Examen microscopique. — Cet examen a été fait par mon collègue et ami Cornil. Je transcris la note qu'il m'a remise.
Examinées le jour même de rauto])sie, les portions jaunes et caséeuses des capsules surrénales ont présenté à l'examen microscopique absolument les mêmes éléments qui se trouvent dans les masses tuberculeuses jaunes qui commencent à se ramollir. C'étaient d'abord des groupes de corpuscules arrondis ou ovalaircs, contenant de fines gi anulatlons, d'un diamètre plus petit que les corpuscules du sang. Un grand nombre d'entre eux offraient des irrégularités et des déformations de leurs contours, en sorte qu'ils ressemblaient parfaitement à ce que M. Lebert regarde comme le type du corpuscule tuberculeux. Quelques-uns étaient infiltrés de granulations graisseuses, et la graisse, sous forme de granulations fines, était assez abpndante dans la préparation. Les globules blancs du sang n'étaient pas augmentés de nombre ; je n'ai pas trouvé dans le sang de cellules pigmentaires, ni des cristaux, il y avait seulement de petits amas de granulations de pigment, provenant de la dégénérescence des corpuscules rouges.
La peau du sujet, sur une portion fortement colorée où l'on avait mis autrefois un vésicatoire, présentait une coloration jaune brunâtre exaclement limitée à la couche la plus profonde du corps muqueux de Malpiglii. Aussi avec un faible grossissement on voyait (fig. 3, planchelll) des lignes sinueuses colorées bordant les papilles du derme.
Avec un grossissement plus considérable (500 diamètres, fig. h), on distinguait nettement que celte coloration jaune élait bien limitée aux deux ou trois couches de cellules allongées à forme cylindrique qui composent la couche profonde du corps de Malpiglii. Celte coloration élait due h l'infiltration de ces cellules par des éléments granuleux jaunâtres, et même des granulations noires très-fines. La seconde couche du corps muqueux et la couche coniée de l'épidcrme étaient sans altération. Il n'y
avait pas d'injection des vaisseaux papiilaires. La matière pigmeutaire de la peau ne m'a paru être contenue en aucun endroit dans des cellules pigmeiuaires particulières.
Dans les préparations de la muqueuse buccale, j'ai rencontré au contraire, outre les granulations brunes, des cellules petites et allongées qui en renfermaient. Dans les autres tissus, tels que tissu séreux, muqueux eî osseux, je n'ai pas rencontré de matière pigmentaire.
0ns. II. (Docteur Van den Corput. — Gazette hebdomadaire, 2Zi juillet 1863.) — Femme âgée de trente-sept ans, ménagère, entrée à l'hôpital Saint-Pierre à la fin d'août 1862, pour une maladie bronzée. Celte malade accusait des douleurs épigastriques ; vomissements et coloration brune de la peau.
La mort survint brusquement le 30 novembre de la même année.
A utopsie. — Aspect du corps très-amaigri. Coloration brune caractéristique de la peau, qui semble un peu moins tranchée que pendant la vie; elle est plus prononcée à la face, au dos des mains, au pourtour des mamelons, aux aisselles, dans le sillon des fesses et vers l'ombilic. Il n'existe pas de traces de décoloration ou d'achromie partielle sur aucune partie du corps. La muqueuse buccale présente, au niveau des dents et le long du raphé palatin, une succession de taches irregulières, arrondies, d'un brun légèrement bleuâtre de l'étendue d'un grain de millet à celle d'une lentille. Quelques taches semblables se remarquent à la partie interne des grandes lèvres.
Pas de coloration anormale sur l'épiplopn et les intestins. Les capsules surrénales présentent un volume triple de l'état normal. D'une consistance dure, elles sont bosselées à leur surface, qui est d'un rouge foncé. Le tissu cellulaire qui les entoure est très-injecté de sang et comme infiltré. Les veines qui en émergent sont volumineuses et gorgées de sang noir.
Incisées, elles sont farcies de masses tuberculeuses jaunâtres, irrégulièrement juxtaposées, et de la grosseur d'un pois à celui d'une fève. Quel ques-unes sont en voie de ramollissement à leur centre. La substance corticale des capsules est hypérémiée, d'un rouge brun; la substance médullaire paraît entièrement remplacée par les infarctus tuberculeux.
Les deux poumons présentent à leur surface une couleur vineuse ardoi.sée, parsemée de points et d'arborisations noirâtres à la coupe, ils ofi'rent vers la base les caractères de l'hypostase. Dans toute leur étendue se rencontrent des infarctus nombreux de matière mélanique irrégulièrement déposée sous forme de petites xtiasses, du volume d'une tête d'épiu-
— liO -
gle à celui d'un pois. Quelques-uns de ces dépôts offrent une certaine dureté au toucher et au scalpel. La même matière infiltre les ganglions bronchiques.
L'examen microscopique de la matière contenue dans les capsules fait reconnaître les éléments attribués à la matière tuberculeuse : des corpuscules polyédriques à angles mousses, accompagnés d'une matière amorphe finement granulée et de quelques globules de graisse.
Le sang, et particulièrement celui de la rate, offre quelques corpuscules pigraentaires libres nageant entre les globules, ainsi que quelques leucocytes.
La muqueuse buccale laisse voir la couche profonde de l'épithélium infiltrée de matière pigraentaire d'un brun roussâtre, légèrement granulée.
La peau présente des granulations pigmentaires d'un brun roux, analogues à celles de la muqueuse ; elles se trouvent déposées dans les cellules qui recouvrent les papilles du derme. La matière noire des ganglions bronchiques et des poumons est constituée par des corpuscules charbonneux, elle est répandue dans le tissu cellulaire intervésiculaire. Au voisinage de ces dépôts, les vésicules pulmonaires disparaissent et paraissent atrophiées.
Des corpuscules pigmentaires libres se rencontrent dans la substance du foie, disséminés entre les cellules hépatiques.
La substance grise du cerveau présente également un assez grand nombre de ces mêmes corpuscules.
Obs. III (1). — Doze (Louise), âgée de soixante-dix-sept ans, chiffonnière, entra à l'hôpital Necker le 10 avril 1862.
Absence complète de renseignements. La malade se plaint surtout des jambes, mais elle accuse une douleur générale dans tout le corps. Au pied droit il existe de l'œdème, sans grande douleur à la pression. Au pied gauche, sur le bord interne, se trouve une ecchymose de 0'",09 sur O^.OIS, il est impossible d'en connaître la cause ; elle est douloureuse à la pression.
Au cœur, il existe un léger bruit de souffle au premier temps, avec prolongation vers l'aorte et retentissement dans la carotide.
Dans la poitrine, pas de matité anormale ; il y a même exagération de la sonorité, due à l'excessive maigreur du sujet.
Dans l'abdomen, point de douleur à la pression ; seulement les parois
(1) Observation inédite prise dans le service de M. le docteur Vernois, par M. Douillard, interne du service, que je remercie vivement pour avoir bien voulu me la communiquer.
sont excessivement minces, et un météorisme considérable s'oppose à l'exploration complète des organes. La malade est, du reste, dans un état d'abattement profond, et ne répond aux questions qu'on lui adresse que par ces mots : « Laissez-moi tranquille. » Elle est couverte des pieds à la tête de poux, et la peau présente une coloration foncée qu'on ne sait s'il faut attribuer à la saleté ou à une accumulation de pigment. Traitement. — Bain de sublimé.
Au sortir du bain, l'état de la peau est le même. Elle présente une absence complète de souplesse ; les plis qu'on y fait persistent, et quant à la sécheresse et à la roideur, on dirait une peau de serpent.
Pour la coloration, elle n'est pas la même partout. La poitrine, en avant comme en arrière, et le ventre présentent les teintes les plus foncées, qu'on pourrait assez bien rapprocher de celles désignées sous le nom de couleur gorge de pigeon. Des pellicules épiderraiques à moitié détachées forment sur tous ces points comme une neige légère. La racine des membres supérieurs est également très-foncée ; puis la teinte va en se dégradant, et arrive à la main, à la simple. intensité d'une peau de mulâtre moyennement colorée. De même aux membres inférieurs, la coloration va en s'affaiblissant de la racine à l'extrémité. La tête est également moins foncée que le col et surtout que le tronc.
La malade fait remonter tantôt à deux, tantôt à quatre ans, la date de ce changement de couleur. Elle a pour le moment une tendance marquée au sommeil et une facilité remarquable à se refroidir. Dans la salle où le thermomètre marque 18 degrés, elle ne peut conserver les mains et les bras sur son lit; elle se plaint sans cesse d'avoir froid, bien qu'elle soit plus couverte que les autres malades. Elle reste dans cet état jusqu'au 13 avril. Ce jour-là vint la voir une de ses voisines qui la connaissait depuis 18^18, Celle-ci faisait remonter le changement de couleur à quinze ou dix-huit mois environ, et faisait coïncider son apparition avec ce fait que lai malade avait recueilli une autre femme et en avait été infestée de vermine. (Il paraît qu'on a dû faire blanchira la chaux le logement qu'elle a quitté etfaire brûler son mobilier.) La malade, du reste, est d'une pauvreté excessive, et boit très-volontiers une petite goutte d'eau-de-vie, mais rarement assez pour se déranger. Elle avait cessé de travailler quinze jours avant son arrivée.
\lx avril. — L'état est toujours le môme, sauf le pied qui est de plus en plus douloureux. L'ecchymose a fait des progrès, et maintenant elle existe tout autour des orteils, en dessus comme en dessous du pied. Les battements de la pédieuse sont impossibles à sentir, ce qui peut s'expliquer,
aussi bien par l'cetlèmc des parties que par son oblitération. Pour ceux de la popiité, ils sont parfaitement sensibles.
15 avril. — 11 survient de l'œdème au pied droit, mais sans ecchymose.
La malade se plaint de diarrhée.
Traitement. — On ajoute au bordeaux et au café qu'elle avait déjà sous niirate de bismuth, k grammes.
17 avril. — La diarrhée existe toujours. La malade est continuellement mouillée; des phlyclènes commencent à paraître sur les ecchymoses du pied qui est toujours douloureux jusque vers la ligne d'articulation du tarse et du métatarse. L'œdème du pied droit ne fait pas de progrès. Le ventre n'est pas douloureux à la pression; la malade est toujours sensible au froid.
Traitement. — Même prescription, de plus diascordiuu), extrait de ratanbia, de chaque, k grammes.
Les urines retirées avec la sonde donnent 1,020 au densimètre et ne présentent de précipité ni à l'acide nitrique, ni par la chaleur. La liqueur de Barreswill n'y révèle non plus aucune trace de sucre.
Le sang retiré à l'aide d'une ventouse ne présente rien de particulier au microscope. L'analyse chimique n'en put être faite,
A partir de cette époque, l'état continue d'être le même ; la diarrhée persévéra jusqu'au 1" mai, en diminuant progressivement. Le 25 avril, les escharcs se séchèrent et devinrent racornies au bout du pied, mais la gangrène n'était pas encore limitée; elle n'avait pas atteint encore la limite de la région douloureuse. Ce n'est que le k mai qu'elle atteignit ce point, et alors commença à se manifester au pourtour de l'eschare une inflammation douteuse, qui manifestait bien l'état de débilitation de la malade.
Le 6 mai, la malade, qui cependant avait recouvré une partie de son énergie et répondait bien mieux aux questions qu'on lui adressait, se plaignit de nouveau, le matin, d'être prise de diarrhée. Elle avait eu dans la nuit neuf selles claires comme de l'eau, et d'une fétidité insupportable.
On revint au diascordium avec extrait de ratanbia.
Le soir, il existe un abattement profond, une prostration complète des forces. C'est li peine si la malade tourne la tête quand on lui parle, et elle est revenue à sa réponse : « Laissez-moi la paix. » fllort dans la nuit.
Autopsie. — La couleur est la même que sur le vivant. La peau est excessivement tendue par un emphysème généralisé développé yost mortem.
Crâne. — 11 y a dans la pie-mère une quantité de liquide un peu
plus grande que de coutume. Le cerveau no présente rien de particulier.
Les organes thoraciques n'offrent rien à noter de bien reniar(|uable ; un léger engouement à la partie postérieure des poumons, une cuillerée de sérosité dans les plèvres.
Le cœur, un peu hypertrophié, est sain quant aux valvules. Il y a une petite quantité de liquide dans le péricarde. Dans l'abdomen, l'intestin, ouvert dans toute sa longueur, n'offre rien de remarquable, si ce n'est une rougeur assez intense siégeant à la partie supérieure du jéjunum. Le foie est peut-être un plus ferme que de coutume. Rate normale.
Utérus et ovaires sains. Reins normaux.
Les capsules surrénales, libres d'adhérences, sont parfaitement intactes, d'une consistance analogue à celle de l'amadou.
Longueur de 0'",035 à U centimètres; hauteur, 0"',02 ; épaisseur, 0",01. A la section, elles n'offrent rien de particulier. Elles n'ont pas été examinées au microscope.
Obs. IV.. (Observation inédite due à l'obligeance de mes collègues Cornil et "Vast.) M..., âgée de quarante-huit ans, journalière, entrée à l'hôpital Beaujon le 3 avril 1862, service de3L le docteur Lailler.
Celte femme, réglée à l'âge de douze ans, n'a eu ni enfants, ni fausses couches. Depuis sept mois elle a perdu ses règles, et depuis elle n'a vu ni en rouge ni en blanc.
Depuis longtemps elle se plaint d'éprouver des douleurs à l'estomac et dans le bas-ventre. Elle a maigri beaucoup, et, depuis cinq ans, sa peau est devenue terne et même noire par places. Souvent, la nuit, elle a de la fièvre. Elle a vomi autrefois du sang à la suite des remèdes qu'on lui avait donnés. Elle a de l'appétit et ce qu'elle mange passe bien. Ni diarrhée, ni constipation.
État actuel. — La peau est grise et bronzée sur tout le corps, mais principalement sur la figure et sur les mains. Depuis cinq ans, à la suite de violents chagrins, sa peau, de blanche, est devenue ainsi colorée :
Aux mains, la coloration est très-accusée ; les ongles sont roses et tranchent sur la coloration noire des doigts, mais il paraîtrait qu'ils ont été un peu noirs. La muqueuse des lèvres et de la voûte palatine est noirâtre. La peau est satinée, fine.
11 existe de la douleur à la palpation épigastrique.
Au loucher, le col utérin est effacé, difficile à limiter à cause des brides qui en partent. Il est fixe, et l'on ne peut sentir le corps utérin.
12 avril. — La malade accuse des douleurs térébrantes dans les articulations. En outre, elle dit que, l'année dernière, sa peau a dtsquamé, et
que des plaques noirâtres qu'elle avait sur les bras et sur les cuisses ont disparu à la suite de bains.
iU avril. — Epistaxis.
15 avril. — Les yeux, examinés à l'ophibalmoscope, présentent des plaques blanches sur lesquelles passent les vaisseaux rétiniens. La choroïde paraît contenir une plus grande quantité de matière pigmentaire. Du reste, pas de trouble de la vision.
16 avril. — On fait marcher la malade ; elle est très-faible, elle peut à peine lever les pieds et ne peut se redresser complètement. Elle a des taches noires dans le dos et une ligne noire à la ceinture. Elle se plaiut toujours de tiraillements à l'eslomac. Elle n'a pas mangé hier parce que les ilimentsla dégoûtaient.
Traitement. — J. avec 10 gouttes de teinture de noix vomique. 22 avril. — Se plaint de douleurs dans le dos ; à la région lombaire. 28 avril. — Elle souffre beaucoup du ventre et des membres. 3 mai. — Douleurs dans les articulations. — 20 gouttes de teinture de noix vomique.
U mai. — Diarrhée abondante depuis cinq jours ; elle l'attribue à du ragoût qu'elle a mangé. Douleur dans le ventre. — 0",03 d'extrait thébaïque.
5 mai. — Elle a rendu son dîner, hier, trois quarts d'heure après l'avoir pris.
8 mai. — C'est toujours la nuit qu'elle a le plus de douleurs à la tête et aux reins. Elle ressent ses douleurs surtout quand elle se réveille la nuit.
A la région sterno-mastoïdienne, on trouve des ganglions assez gros roulant sous le doigt. Deux ou trois plus petits existent sous le menton. — lodure de potassium, 0m,25.
9 mai. — Elle n'a pu dormir; elle a été prise de diarrhée, de vomissement, de coryza et de larmoiement. — On supprime l'iodure de potassium.
Jusqu'au 5 juin, elle se plaint toujours d'éprouver des douleurs dans les articulations des membres; la coloration de la peau semble augmenter d'intensité. Malgré son état, elle sort de l'hôpital le 5 juin 1862.
A partir de cette époque jusqu'au 6 août 1863, jour de sou entrée à l'hôpital Necker, service de M. Lasègue, cette fenmie put travailler un peu. Toutefois il paraît que, quatre jours avant son admission dans le service de M. Lasègue, elle avait été obligée de garder le lit, où elle recevait à peine quelques soins de ses voisines.
Au moment de son admission, cette femme est dans un état de maigreur et de cachexie extrêmes. Elle répond avec peine aux questions qu'on lu adresse et qui promptement la fatiguent.
Elle est tellement faible qu'elle peut à peine porter quelques aliments à sa bouche, et que les moindres mouvements clans son lit la jettent dans une profonde lassitude. Si on la fait asseoir pour l'ausculter, elle demande bientôt à se recoucher sur son oreiller, sous peine de tomber en syncope. En outre, sur toute la surface du corps, la peau présente une teinte grisâtre : en certains points, surtout aux jambes et au pubis, cette coloration est encore augmentée par des accumulations de matières dues à la malpropreté. Mais c'est surtout sur la face dorsale des doigts des deux mains, sur le front et le reste de la face, que celte coloration d'un gris vraiment bronzé est remarquable ; uniforme sur les doigts, cette teinte est plutôt disposée par plaques sur le front.
Le premier temps du cœur présente un bruit de souffle très-marqué, masquant le bruit normal et se prolongeant dans les vaisseaux du cou. Il y a un peu de fièvre. La malade se plaint de tousser depuis longtemps, et surtout depuis quelques mois. Elle a craché un peu de sang ; elle n'a pas de dyspnée.
Le murmure respiratoire s'entend à peine, tant les mouvements thoraciques sont faibles. En arrière et à droite, on entend un souffle tubaire net, non mêlé de râles ; il n'y a pas non plus d'égophonie ; par la percussion, on constate une matité très-appréciable.
L'appétit est nul, c'est à peine si la malade mange un peu de bouillon ; le ventre est un peu sensible à la pression ; il n'y a pas de diarrhée.
La malade s'affaiblit de plus en plus et meurt sans crise le 9 août à neuf heures du soir.
Autopsie le 11, à huit heures du matin. — Cerveau très-mou ne présentant rien de particulier à noter. Au sommet du poumon droit, on trouve quelques tubercules crus ; autour d'eux et dans le tiers supérieur de ce poumon, se trouvent quelques points assez étendus de pneumonie chronique. Les reins sont volumineux, congestionnés, mais ne présentent aucune dégénérescence.
Les capsules surrénales, surtout la droite, sont notablement augmentées de volume. Cette dernière a 11 centimètres de circonférence, 5 dans son plus grand diamètre. La membrane d'enveloppe est très-épaissie, nacrée et envoie dans l'intérieur de la capsule de larges prolongements. A la surface de coupes pratiquées sur la totalité de l'organe, on voit de gros noyaux jaunâtres à bords irréguliers, d'apparence tuberculeuse. Les uns sont encore durs, les autres, et l'un d'eux en particulier, sont mous et diffluenis; comme celui-ci est situé au voisinage de la capsule, il fait sous elle une saillie fluctuante. Il s'en échappe, à la coupe, un liquide jaunâtre, louche, granuleux. La capsule gauche présente des lésions analogues, mais moins ac-
cusées. L'examen microscopique a fait recoHnaîlre que ces masses à apparence tuberculeuse étaient de nature graisseuse. Le foie est gras, non augmenté de volume.
Obs. V. (Inédite. Due à l'obligeance de M. le docteur Moissenel. Elle a été recueillie dans son service, à l'hôpital Lariboisière, par M. Quenouille, externe).
Le 30 avril 1862 est entré, salle Saint-Jérôme, n" 30, le nommé Roussel, âgé de quaranle-deux ans, né à Paris.
En \ 857, cet homme est entré dans le même service pour des douleurs qu'il ressentait depuis un an dans la colonne vertébrale ; là on constate une carie des septième et huitième vertèbres dorsales, avec affaissement et saillie anguleuse postérieure très-prononcée à leur niveau ; abcès ossifluent s'ouvrant dans le rectum. Symptômes de cachexie purulente, et commencement de paralysie des extrémités inférieures. Sous Tinfluence d'un traitement iodé et ferrugineux, de bains sulfureux et salés, d'une alimentation substantielle, et de l'usage constant d'un corset à tuteurs latéraux destinés à soutenir la colonne vertébrale dans une rectitude et une fixité aiissi complète que possible, ce malade a pu, au bout de dix-huit mois de séjour à l'hôpital, retourner chez lui à pied et reprendre son métier de concierge. Ce n'est (\ue quinze jours après sa sortie que l'écoulement de pus par le rectum disparaît sans retour.
Au mois de juin 1861, inquiet d'un rhume persistant, il vient, comme il avait l'habitude de le faire presque chaque année, à la consultation de M. Moisnet à l'hôpital Lariboisière. Des signes de tuberculisatioii puluîonaire commençants motivent la prescription suivante : huile de foie de morue, tisane de lichen, défense de fumer. Cet homme, qui avait une très-grande habitude du tabac, est pris de sialorrhée, de votnissements abondants et répétés avec coliques, qu'il ne manque pas d'attribuer à la suppression de sa pipe.
Au mois de juillet, au milieu des accidents que je viens d'indiquer, le malade, très-affaibli, s'aperçoit pour la première fois que sa peau a bruni, non pas en certains endroits, mais uniformément de la tête aux pieds.
Au mois d'août, le malade trouve un emploi peu fatigant dans une verrerie, mais il est mal nourri, digère péniblement et ne va à la selle que tous les quinze jours ; pendant cette période, il lui vient des furoncles qui, en disparaissant, laissent des taches jilus noires que la peau environnante. La couleur brune augmente chaque jour, accompagnée do maux de reins très-violents et de maux de tête très -opiniâtres ; ces accidents ne cessent
qu'au mois de février, époque à laquelle la couleur a acquis le développement qu'elle présente niainlenant.
(Le malade insiste sur la diiïérence qui existe entre ces douleurs lombaires et celles qui correspondent sa caiie vertébrale, celles-là sont plus intenses et n'ont pas le même car;ictère ).
Le malade quitte l'usine le 15 avril, dans un état de débilité extrême, et reste chez lui jusqu'au 30, époque à laquelle il entre à l'hôpital.
Le 30 avril 1862, il rentre dans la salle Saint-Jérôme, traîné par sa femme, et obligé de se reposer iialetant et n'en pouvant plus, de trois marches en trois marches.
Il est d'une maigreui- extrême, sa peau est i)ronzée par tout le corps, la partie interne des cuisses présente une coloration plus foncée que partout ailleurs ; on remarque à la partie antérieure des jambes de petites pellicules blanchâtres qui s'enlèvent en les frottant. M. Moissenet, qui avait perdu de vue ce malade depuis près d'un an, a peine à le reconnaître. Ses cheveux et sa barbe, autrefois châtains, ont bruni; la muqueuse buccale a une teinte rouge brunâtre comme chez les nègres. Le maladi.', qui était trèsvelu aux jambes, aux bras et à la poitrine, n'a plus un seul poil sur ces parties, si ce n'est quelques poils follets à la partie interne des cuisses.
Il a au dos une gibbosité de la grosseur du poing et qui s'étend de la septième à la onzième vertèbre dorsale. Ces jambes ne peuvent le porter; la sensibilité est un peu diminuée dans les mendjres inférieurs. Il tousse beaucoup, l'examen ie la poitrine en avant ne fournit aucun signe de tubercules; résonnanie normale; pas d'expiration prolongée. Comme il soulTre beaucoup quand on le fait asseoir, on ne l'ausculte pas en arrière. Il a de temps en temps des coliques et des vomissements ; constipation opiniâtre. Le pouls est normal, pas de bruit de souffle au cœur ni dans les vaisseaux. Les urines peu abondantes ne contiennent pas d'albumine.
5 mai. — Depuis son entrée à l'hôpital, le malade se trouve mieux ayant une bonne nourriture et du vin. De temps en temps quelques nausées et vomissements, alternativement constipation et diarrhée.
18 mai. — Le malade se plaint d'une très-grande constipation, nausées et renvois bilieux. Huile de ricin, 15 grammes. Après l'administration de l'huile, il tombe dans un coma dont rien ne peut le tirer; il meurt dans cet état à une heure de l'après-midi.
La face et les mains ont un peu blanchi pendant son séjour à l'hôpital ; de sorte qu'il ressemble à ces quarterons qui habitent la France depuis quelque temps.
Autopsie.— Le cerveau et le foie sont congestionnés; les reins ont une congestion très-grande; le droit, plus volumineux que le gauche, présente
une dilatation des calices et du bassinet. La capsule surrénale droite a son volume plus que doui)lé, elle est divisée en deux lobes, dont l'un, très-petit, ne présente pas d'alléralion ; l'autre dur et bosselé étant incisé, montre deux tubercules blancs jaunâtres en voie de ramollissemenl, dont l'un est gros et a la forme d'une olive; l'autre ressemble ii une grosse aveline. La capsule gauche est lellenient atrophiée que l'on a peine à la retrouver au milieu du paquet graisseux qui l'enloure. Il semblerait, à première vue, qu'il n'y a pas là place pour un {jroduit morbide, cependatit l'incision montre une petite cavité entourée de produits tuberculeux.
Les poumons présentent quelques tubercules gris et jaunes aux deux sommets. La rate est hypertrophiée, elle a à peu près 2 décimètres de long, elle est complètement diflluente.
Des circonstances indépendantes de notre volonté nous ont empêché d'examiner la colonne vertébrale, l'estomac et l'intestin.
Obs. VI. (1). — Il s'agit d'un homme de trente-deux ans, sur les antécédents duquel on n'a pu avoir aucun renseignements. — La maladie a débuté chez lui par une toux fatigante, accompagnée bientôt d'aiïaiblissemeni et de coloration bronzée de la peau; coloration plus accusée sur le scrotum et sur le pénis. — Plus tard la faiblesse devint excessive; le malade tomba dans une éinacialion profonde; il éprouva une douleur dans la région lombaire et une vive sensibilité à l'épigaslre. — Au bout de trois ans, cet homme succomba à une pneumonie et à une péricardilc aiguë.
Autopsie. — Outre la pneumonie et la péricardite, on constate une altération des capsules surrénales, mais on ne dit pas quelle était cette altération ; toutefois il est dit qu'on n'a pas rencontré de tubercules soit dans le poumon, soit dans les autres organes.
Obs. vil — Homme de trente-cinq ans, accusant comme antécédents un rhumatisme; la maladie a débuté par des vomissements, de la constipation, du délire et une grande faiblesse. — Puis survint une coloration brun olive de la peau, avec dépôts pigmentaires sur la muqueuse buccale; le pouls était faible. — En même temps il existait une épigastralgie assez violente ainsi qu'un engourdissement momentané des doigts, des jambes et du bout de la langue. — La marche de la maladie fut trèsrapide, elle dura à |)eine six mois.
Autopsie. — ■ On trouva des concrétions librineuses dans les deux capsules ; pas de tubercules.
(1) Les onze observations qui suivent sont extraites du inémoirc d'Addison.
0ns. VIII. — Homme de iiente-six ans, ayant présenté d'abord un alïaiblissemenl iiès-prononcé, avec amaigrissement, vertiges, syncopes, -vomiuuitioiis, hoquet, doul<;ur dans le dos; puis coloration brun olive des téguiiieuls. — Après .sept mois de durée de tous ces symptômes, la mort survient dans un état irès-grand de torpeur. — En outre on avaitcoustaté de la leucémie et une courbure du racliis.
Autopsie.— Les deux capsules sont converties en une masse strumeuse ; on constate en outre une cai ie vertébrale et des tubercules pulmonaires.
Obs. IX. — 11 s'agit d'un jeune homme âgé de vingt-quatre ans, sur lequel on n'a pu avoir aucuns renseignements, mort le lendemain de son entré à l'hôpual. Pendant le peu de temps qu'on a \)a l'examiner, on a constaté une coloration très-foncée de la peau, des nausées et des voraissemenls, en même temps qu'il existait une grande prostration; la mort survint dans le collapsus.
Autopsie. — On constate une atrophie des capsules; rien dans les autres organes.
Obs. X. — Homme âgé de quarante ans, sur lequel on ne peut, de même, avoir aucuns renseignements. Il se présente avec une peau brune, irès-foncée en couleur. La face, le cou, les bras sont couverts de taches d'un brun châtain; la peau interposée entre celle-ci reste blanche. — En même temps, on constate de l'anémie, avec langueur et vomissements opiniâtres. La maladie paraît avoir duré un an ; la mort est survenue brusquement.
Autopsie. — On constate que les capsules avaient augmenté de volume, et qu'elles ne présentaient plus leur structure ordinaire.
Obs. XI. — Jeune femme se présentant avec une peau très-foncée en couleurs. Débilité extrême, vomissements bilieux, amaigrissement trèsprononcé; l'affaiblissement se prononce de plus en plus, il survient du délire, de la céphalalgie, et des vertiges. — La malade présente, en outre, un abcès de la poitrine avec un gonflement de la parotide droite.
Autopsie. — Les capsules sont infiltrées de matière tuberculeuse.
Obs. XII. — Femme âgée de soixante ans, alTectée d'un cancer du sein, présentant une coloration brunâtre des bras , de la poitrine et de la face. Elle est morte par suite des progrès du cancer ; l'observation ne donne aucun autre renseignement.
Autopsie. — Les capsules sont complètement transformées en matière cancéreuse.
MAUTiNEAU, h
Obs. XITI. — Femme âgée de cinquante-trois ans, se plaignant, depuis trois mois, de troubles gastriques avec vomissemenis ; douleurs à l'estomac; affaiblissement et très-amaigrie ; peau sèche , rugueuse , avec teinte brunâtre irès-accusée, surtout aux aisselles et à l'ombilic. Durée, trois mois.
Autopsie. — Cancer du pylore et de la capsule gauche.
Obs. XIV. — Homme âgé de cinquante-huit ans , très-affaibli depuis cteux mois, avec perle d'appétit; coloration de la peau d'un jaune bronzé; Tomissements , douleurs épigastriques ; pouls faible. Mort dans le marasme.
Autopsie. — Dépôts tuberculeux dans les capsules el dans la rate. En outre, dépôts de même nature dans le mésentère et l'épiploon.
Obs. XV. — Femme âgée de vingt-huit ans, morte d'un cancer à l'utérus.
A l'autopsie, teinte brunâtre qui ne fut pas notée pendant la vie. La durée de la maladie est inconnue. Comme altération, on trouve une production cancéreuse développée dans la capsule gauche, comprimant la veine surrénale correspondante. En outre , la capsule contenait du sang récemment exlravasé.
Obs. XVI. — Il s'agit d'un homme adulte, présentant une teinte brune de la face. Cet homme mourut par suite d'uu cancer des poumons ; une des capsules était cancéreuse.
Obs. XVII. {Médical Times and Gaz., 1856, docteur Burrows.)— Il s'agit d'un homme qui, depuis huit mois, éprouvait une douleur dans le dos, avec amaigrissement et coloration bronzée, coloration presque noire sur le pénis et sur le scrotum ; en même temps, nausées, douleurs épigastriques, amaigrissement et affaiblissement extrême.
Autopsie. — • Tubercules dans les deux capsules.
Obs. XVIII. (Même journal, docteur GuU.) — Homme âgé de vingtquatre ans, robuste, présentant une coloration brun olivâtre avec dépôts pigmentaires sur la muqueuse labiale, datant de cinq mois ; presque en même temps, nausées, vomissements, émaciatiou, globules blancs dans le sang.
Autopsie. — Les capsules sont atrophiées , la gauche conUeut des kystes,
Obs. XIX. (Même journal, docteur Bakewell.)— Homme âgétlevinglhuitans, ayant la peau d'un brun obscur; pas d'amaigrissemetit; mon brusque.
Autopsie. — Capsules atrophiées avec concrétions calcaires.
OBSi XX. (Même journal, docteur Thompson.) — Jeune homme âgé de vingt ans : coloration de la peau d'un brun sale ; affaiblissement, comû ; mort en trois jours.
Autojjsie> — Hypertrophie des capsules avec matière tuberculeusfe.
Obs. XXI. (Même journal, docteur Rove.) — Jeune homme d'une constitution délicate : peau bronzée ; diarrhée avec accès épileptiformès, vomissements, délire; mort quatre jours après son entrée à l'hôpital. Durée de la maladie, huit mois.
Autopsie. — Les capsules sont détruites et contiennent mi dépôt caséeux et demi-purulent.
Obs. XXII. (Même journal, docteur Farre.) — Homme âgé de trentesept ans, éprouvant depuis un an des douleurs lombaires : peau d'un brun jaunâtre ; mort dans un état typhoïde, avec délire. Habitudes alcooliques.
Autopsie. — Pus dans les capsules avec abcès du foie.
Obs. XXIII. (Même journal, docteur Addison.) — Homme âgé de soixanteans, ayantlapeau très-bronzée, s'accompagnant d'anémie, malaise, dyspepsie ; pouls petit, dépressiblc ; léger œdème des extrémités supérieures. La mort survient par suite d'un affaiblissement progressif.
L'autopsie n'a pu être l'aile.
0l3s. XXIV. (Même journal, docteur Stocker.) — Homme âgé de cinquante-six ans, présentant sur les mains, cou, abdomen, des taches bronzées, dyspeptiques; émaciation et affaiblissement. La mort survient au bout du sixième mois.
L'autopsie n'3 pas été faite.
Obs. XXV. (Même journal, docteur Starlin.) — Enfant âgé de douBe ans : peau cuivrée surtout sur la face el le cou, amaigrissement el émaciation ; présentant, en outre, les symptômes généraux de la maladie d'Addison. La mort survient au bout du neuvième mois, après avoir été pfécédée de diarrhée et d'attaques d'épilopsiei
L'autopsie n'a pas été faite.
Obs. XXVI. (Même journal, docteur Peacock.) — Enfant âgé de quatorze ans, ayant la peau d'une coloration brun sale très-prononcée, avec émaciation, débilité, syncopes, se montrant pendant dix-huit mois. La mort survient dans un accès d'épilepsie.
Autopsie. — On trouve des concrétions tuberculeuses dans la moelle allongée; les capsules surrénales, examinées avec le plus grand soin, sont saines.
Obs. XXVII. (Même journal, docteur Burrow.) — Femme âgée de vingt-huit ans, atteinte d'une grande débilité par suite d'al)ondantes hémorrhagies utérines. Deux ans après, la peau prit une coloration jaunâtre, il survint de l'anorexie avec soif, grand affaiblissement, douleure ombaires. Sept mois après le début de ces nouveaux accidents, la mort survint par suite de la faiblesse extrême.
L'autopsie n'a pu être faite.
Obs. XXVIII. (Même journal, docteur Rowe.) — Homme âgé de quarante-cinq ans, présentant depuis trois ans des taches brunâtres sur différents points du corps ; puis, sans cause connue, il fut pris de vomissements avec épigastralgie ; prostration extrême. La mort survint en très-peu de temps.
A l'autopsie, on trouva des tubercules dans les poumons; les capsules ne furent malheureusement pas examinées.
Obs. XXIX. (Même journal, docteur Budd.) — Femme âgée de quarante-huit ans, présentant depuis assez longtemps une coloration brune de la peau, sans éprouver aucun accident. Sous l'influence d'un typhus fever dont celle femme fut atteinte, la coloration augmenta. En même temps, survinrent des symptômes gastriques, une grande faiblesse, et la malade mourut dans un état de débilité extrême.
L'autopsie n'a pas été faite.
Obs. XXX. (Même journal, docteur Budd.) — Femme âgée de quarante ans, ayant la peau normale, mais présentant sur la muqueuse buccale des taches brunâtres. Grande faiblesse, nausées, vomissements.
L'autopsie n'a pas été faite.
Obs. XXXI. (Même journal , M. le docteur Thompson.) — Femme âgée de trente-trois ans, ayant présenté d'abord quelques symptômes généraux, tels que nausées, vomissements, faiblesse exlrênje; puis , la peau
prit une coloration brune assez foncée. Sous l'influence d'une médication tonique, la malade guérit et la peau reprit sa coloration primitive.
Obs. XXXII. (Même journal, M. Rankin.)— Femme âgée de cinquantehuit ans , présentant une teinte brun olivâtre de la face et des mains ; malaise général, nausées, anorexie, épigastralgie, affaiblissement progressif, faiblesse du pouls. — Lorsque le docteur Rankin publia cette observation, la malade vivait encore; mais le 25 avril 1856 elle mourut, et , à l'autopsie, on trouva dans les capsules des masses tuberculeuses.
Obs. XXXIII. (Docteur Taylor ; thèse de M. Laguille.) — Homme âgé de vingt-deux ans, faible, émacié, vomissements fréquents. La peau de la face et du cou présente une légère teinte brune. A mesure que la faiblesse augmente, la coloration brune devient plus foncée et se généralise. La mort survient dans le coma. — La durée de la maladie n'est pas indiquée. A l'autopsie, la capsule droite est complètement désorganisée par la matière tuberculeuse ; la gauche contient quelques tubercules.
Obs. XXXIV. (Id.) — Homme âgé de quarante-deux ans , présentant une coloration brune de la face. Mort, un mois après son entrée à l'hôpital, clans le coma , après avoir eu plusieurs syncopes et plusieurs accès convulsifs. Durée, trois mois.
A l'autopsie, on trouva une atrophie de la capsule gauche.
Obs. XXXV. (Id.) — Homme âgé de quarante-huit ans, dont la face présente une coloration bronzée très-évidente. Pas d'appétit; vomissements. Mort presque subitement.
Autopsie. — Les capsules sont ramollies ; dans la droite, on trouve une masse fibrineuse grise et opaque.
Obs. XXXVL {Gazette des hôpitaux, 1856 , M. le professeur Trousseau.) — Homme âgé de trente ans, cocher, n'ayant pas eu de maladies antérieures. La maladie débute par un amaigrissement considérable ; puis, coloration noire des mains, du visage, des lèvres , du pénis , du scrotum, plis de l'aine et du bras. En même temps, affaiblissement extrême ; bruit de souffle anémique ; urines normales ; de temps en temps, douleurs dans les flancs. Dans les derniers temps de la vie , diarrhée abondante , déhre. La mort survint cinq mois après le début de ces accidents.
A l'autopsie , masses tuberculeuses dans les capsules ; tubercules dans l'un des poumons.
Obs. XXXVH, ( Secoiid-Fétéol ; Gazette des hôpitaux, 1856.) — Homme âgé de treme-cinq ans , frotleur de i)arquels , ayant eu à l'Ùge de sept ans une fièvre intermittente. A la suite de vives contrariétés, il se livra à des excès alcooliques, et il s'aperçut bientôt que «a face revêtait une coloration bronzée; en même temps, survinrent des troubles digestifs , tels que diminution de l'appétit, dégoût pour les aliments, vomissements ; dès celte époque , le malade accuse une faiblesse musculaire excessive avec vertiges, étourdissemenls. Par momenls, la sauté paraissait se rétablir j la coloration brune du visage diminuait, s'eiïaçail presque complètement, et l'appétit revenait ; mais bientôt apparaissaient de nouvelles rechutes et, en fui de compte, le malade constatait lui -môme que la teinte brune se proftonçait de plus en plus, et qu'elle coiumençail à paraître sur les mains.
A son entrée h l'hôpital Saint-Louis , «n constata une plithisie pulmonaire avancée et une teinte sépia de ta lace qui, à distance, le fait prendre pour un mulâtre. Cette coloration est générale, recouvre toute la peau, ainsi que la muqueuse palatine. Le malade accuse une faiblesse extrême; il n'a pas d'appétit; les urines sont normales. Il existe de la douleur épigastrique, en même temps que dans la région lombaire, surtout à gauche, se montre une douleur contusive, augmentant et devenant lancinante par les mouvements, par la toux.
Le malade, en outre, est en proie à un hoquet fréquent et à une diarrhée abondante. Dans les derniers mois de la maladie, il survint un ictère, accompagné de vomissements incessants et de sueurs abondantes. L'intelligence resta intacte jusqu'au moment de la mort, qui eut lieu sans agonie.
A l'autopsie, on trouva les poumons remplis de tubercules. Quant aux capsules, elles sont hypertrophiées, converties en tissu graisseux; au microscope, M. le professeur Ch. Robin y trouva, en outre, des globules de pus. ; pas traces de tubercules.
La peau , au microscope , présente une parfaite analogie avec celle du nègre. On voit une énorme quantité de granulations pignienlaircs déposées dans toute la couche épidermique , dont la coloration brune iraucho avec la conleur jaunâtre, un peu rosée, du corps papillaire.
Obs. XXXYIIL (Docteur A! alherbe ; Gazette des hôpitaux, i^56.) — Femme âgée de quarante-huit ans , qui , ii la suite d'une vive émotion inorale, fut prise d'une grande faiblesse , avec douleurs vagues dans l'abdomen et les membres. Les ganglions cervicaux et sous- maxillaires droits sont engorgés 3 il existe un léger souffle dans les carotides et une coloration foncée de la peau. Dans les derniers temps, la faiblesse devint extrême;
le pouls lent et des vomissemenis apparurent. La mort survint au bout de dix-huit mois.
Autopsie. — Les ganglions du cou sont tuberculeux ; on n'en trouve pas dans les poumons ; les capsules surrénales sont tuberculeuses.
Obs. XXXIX. (Docteur W. Monro ; Association journal médical, 1856.) — Femme âgée de quarante ans, qui, sans cause connue, vit la peau de son visage recouvrir une coloration brune assez intense ; pendant huit ans, elle n'y fit aucune attention ; mais, h la suite de vives douleurs morales, la couleur brune de la peau devint plus foncée, cl se généralisa sur loui le corps ; en même temps survinrent des troubles digestifs avec amaigrissement, faiblesse et prostration considérable. Pouls petit, lent; la raenslrualion resta régulière, les urines sont normales. — Huit mois après l'apparition de ces nouveaux symptômes, la mort survint presque subitement.
Autopsie. — Quelques petits tubercules dans les poumons ; les capsules sont tuberculeuses, la veine surrénale est petite, comme atrophiée ; les nerfs sympathiques, depuis le petit splanclmique, sont hypertrophiés.
Obs. XL. (Docteur Christie ; Médical Times and Gazette, 1856.) — Femme âgée de trente-six ans, atteinte de phthisie pulmonaire. Deux mois avant sa mort elle vit sa peau se recouvrir d'une coloration bronzée trèsintense ; en même temps elle éprouva une douleur dans les lombes et <i la région du foie ; un amaigrissement extrême survint, et cette femme succomba dans un coma profond.
Autopsie. — Tubercules dans les poumons et dans les capsules.
Obs. XLL (Docteur Chevandier de Die (Drôme); Gazette des hôpitaux, 1857.) — E..., à la suite d'un violent chagrin, est pris d'un malaise indéfinissable qu'il quahfiait en disant que son estomac se fermait. Ces sortes de spasme épigastrique revenaient de temps en temps. Quinze jours après, il s'aperçut d'un changement dans le teint de son visage ; une couleur d'un brun foncé se répandait sur la face, le cou et la partie antérieure de la poitrine. En même temps, la tête était alourdie, les paupières pesantes. Les doigts engourdis devinrent le siège de picotements pénibles ; la marche devint titubante, difficile, puis accompagnée de grandes fatigues forçant le malade à s'asseoir comme s'il était menacé d'un évanouissement. L'état s'aggravant, il survient une céphalalgie frontale gravative, de la somnolence, des vomiluritions; la langue reste nette, la coloration brune gagne la muqueuse des lèvres et de la voûte palatine.
Le traitement consista dans des émissions sanguines, bains et tisanes dépuratives. Ce Iraiteineiil ne produisant aucun effet, on s'adressa aux purgatifs, plusieurs fois répétés. Sous leur influence, la coloration noire perdit de son intensité, les syncopes disparurent, Au bout d'un mois, la teinte brune qui s'était presque effacée, apparut de nouveau, puis s'effaça une deuxième fois. Quelques jours plus tard elle se montra une troisième fois. Sous l'ianuence de purgatifs, elle disparaît de nouveau, et le malade se croyait complélement guéri, lorsqu'il succombe quelque temps après à une plcuro-pneumonie. Pendant la durée de celle affection, la coloration sépia avait repris toute son intensité.
L'autopsie n'a pu être faiie.
Obs. XLïI. (Docteur Fresiie ; Gazette des hôpitaux, 1857.) — Cl. B..., âgée de trente ans, n'ayant jamais eu de fièvre intermittente, quoique habitant un pays où celte fièvre est fréquente. Mariée, elle a été toujours assez bien portante, lorsque tout à coup elle ressentit une douleur lombaire assez violente, accompagnée de vomissements, puis, cette femme s'aperçut que sa peau se recouvrait d'une coloration brune trèsmarquée. A l'hôpital, on constata que cette coloration se montrait de même sur la muqueuse buccale ; le pouls était petit, fréquent ; les mouvements du cœur sont accélérés ; il existe un bruit de souffle dans les carotides. Le flux menstruel est régulier; l'amaigrissemenl fil des progrès considérables, cette femme tomba dans une faiblesse extrême, et mourut subitement un an après le début de ces accidents.
Autopsie. — Les capsules surrénales sont complélement converties en matière tuberculeuse.
Obs. XLIIL (Docteur Charcot ; Mémoires de la Société de biologie, 1857.) — Homme âgé de cinquante ans, atteint d'une luberculisation généralisée; marasme, diarrhée séreuse, albuminurie; deux jours après son entrée à l'hôpital, on constate sur la peau de grandes plaques bronzées; douleur lombaire. Mort dans le marasme ; le sang ne contient pas de pigment.
Autopsie. — Tubercules dans les poumons et dans l'intestin ; maladie de Bright. Au microscope, M. Vulpian trouve dans les capsules surrénales une grande quantité de granulations graisseuses ; en outre la substance médullaire avait perdu la propriété de se colorer en rose par l'action de l'iode, comme il arrive à cette substance quand elle est saine.
Obs. XLIV. ( Docieur Gromier; Gazette médicale de Lyon, 1857. )
— Femme de cinquante et un ans qui, sans cause connue, fut prise de perte d'appétit ; amaigrissement, douleurs dans les reins; puis la peau • prit une coloration brune très-intense. Celte femme éprouva bientôt (une grande faiblesse, ne put se livrer à aucun travail, et mourut quinze mois après le début de ces accidents, après avoir présenté de légers mouvements coiivulsifs.
Autopsie. — Les capsules furent trouvées tuberculeuses.
Obs. XLV. (Docteur Giocomo-Mingoni; Gazetta medica italiana Lombardia, 1857.) — Homme ayant présenté à diverses époques des fièvres d'accès. Sans cause connue, le visage et les mains prirent une teinte obscure, et peu de temps après il survint une prostration générale avec répugnance au mouvement. Bientôt des vomissements se déclarèrent par intervalles après les repas. Plus tard la coloration devint plus accusée, et se - généralisa. Le pouls devint faible, lent ; les battements du cœur restèrent réguliers, sans bruits anormaux ; l'amaigrissement fit des progrès; il survint des vertiges, des douleurs lombaires ; les cheveux devinrent blancs tout à coup ; la température du corps présenta un abaissement notable ; le pouls devint de plus en plus faible, et le malade succomba vingt mois après le début de la maladie.
Autopsie. — La capsule droite est diminuée de volume; elle contient quelques tubercules crus ; la gauche est trois fois plus grosse ; elle est remplie par une masse tuberculeuse, protégée extérieurement par une couche mince de substance corticale. Les reins sont sains.
Obs. XLVL (Metlenheimer, de Francfort-sur-le-Mein ; Deutsche Klinik, IS.'î'S.) — Homme âgé de quarante-sept ans, ayant présenté pendant longtemps un grand abattement, un manque total d'appétit avec coloration grisbrun de la peau, et douleur continuelle dans la région rénale qui empêchait le malade de marcher; les bruits et les battements du cœur sont faibles ; le malade est d'une faiblesse extrême La mort arrive presque subitement.
Autopsie. — Quelques indurations tuberculeuses ou carcinomateuses dans le poumon gauche ; le tissu pulmonaire, ramolli, est riche en pigment noir. Les capsules surrénales avaient complètement disparu, et l'on trouvait à leur place une matière cancéreuse.
Obs. XLVir. (John Kent-Spender ; Hritish médical Journal, 1857.)— Cet auteur rapporte une observation où tous les phénomènes de la maladie
d'Addison, tels que coloration bronzée, émacialion progressive, etc. , se trouvent très-accusés.
Autopsïe. ^Les capsules sont très-développées ; elles coniienneniun kyste purulent.
Obs. XLVIII. (Cowan ; British médical Journal, 1857.)— Jeune fille âgée de quatorze ans, atteinte d'une émaciation graduelle, avec voinissements fréquents. Les ongles des mains prirent d'abord une coloration noire, puis de petites taches brunes recouvrirent la poitrine et les membres inférieurs. La mort survient trois ans après le début de ces accidents, au milieu d'une prostration excessive.
Autopsie. — Au sommet des poumons, on trouve de petits dépôts tuberculeux. Les capsules sont entièrement désorganisées et transformées en matière tuberculeuse.
Obs. XLI?^ — Dans Iç Médical Times and Galette, 1857, le docteur Cotlon rapporte une observation où tous les symptômes delà maladie d'Addison, avec coloration de la peau, se trouvent très-accusés, — A l'autopsie, les capsules furent trouvées tuberculeuses.
Obs. L. — • La Gazette des hôpitaux de 1856 signale une observation de j\L Seux (de Marseille), où tous les symptômes de la maladie d'Addison se trouvent, de même, très-accusés. Malheui-eusement, l'aulopsie ne put être faite.
Obs. LI. (Docteur Gubian, chef de clinique médicale, à Lyon; Gazettà médicale de l.yon, '1857.) — Homme âgé de trente-six ans, d'un tempérament bilieux , d'une constitution profondément débilitée ; maigreur extrême. En outre, teinte sépia de toute Ja peau, datant, d'aprè» le dire du nialade, de sa naissance ; teinte plus accusée aux bourses, à la nuque et à la muqueuse des lèvres. Il entre à l'Hôtel-Dieu de Lyon pour une fièvre typhoïde grave. Pendant la convalescence de sa fièvre typhoïde, de nouveaux symptômes se montrent : ainsi cet homme tombe dans un allangnissement qui va toujours croissant. Des troubles du côté des organes delà digestion se montrent fréquemment; en môme temps il existe une douleur fixe dans la région dorso-lombaire, augmentée par les efforts du malade pour se meure sur son séant. Le malade finit par succomber dix-huit jours après son entrée à l'hôpital, au milieu d'une grande faiblesse, sans coma, Sans perte de connaissance.
Anfopsèe. — Pneumonie; pas de lubei cules dans les poumons; les glandes dePeyeroffi ent des plaques gaufrées. La capsulesun énaie droite a cinq ibis son volume normal ; elle est bosselée, irrégulière, constituée en entier par une masse jaunâtre, casélforme, en voie de ramollissement, et affectant tout à fait l'aspect du dépôt tuberculeux, ce que confirme le microscope.
Ons. LU. {Docteav Inihevl-GouheYve ; Moniteur des hôpitaux, 1857.) — Jeune fille de seize ans, malade depuis deux ans ; aménorrhée depuis trolsmois. Ledébul de sa maladie eut Ueupar un lumbago et une coloration bronzée de la peau, puis survinrentune faiblesse excessive et de l'amaigrissement ; céphalalgie frontale se montrant fréquemment ; de même, pleurodynie droite habituelle. Quinze jours avant son entrée à l'hôpital de Clerrnont-Ferrand, celte jeune fille fut prise d'une contracture douloureuse des extrémités, d'un œdème général avec urines sanguinolentes. A l'hôpital, on constate une débilité considérable; l'œdème disparaît peu à peu; la malade s'affaiblit de plus en plus; l'amaigrissement augmente; les vomissements deviennent incessants. Elle meurt, un mois après son entrée à l'hôpital, dans un état de collapsus et de délire tranquille. Les urines sont albumineuses.
L'autopsie n'a pu être faite.
OBs. Lin. (Besnier, Bulletins de la Société anatomique, 1857.) — Homme âgé de quarante-huit ans, charpentier, entré à l'hôpital Beaujon le 21 janvier 1857, salle Saint-Louis, service de M. Barth.
Vers l'âge de quarante-six ans, cet homme fit des excès' alcooliques , c'est pendant le cours de ces excès que survinrent les troubles de sa santé, consistant dans un affaiblissement lent et graduel avec diminution de l'appétit et malaise épigastrique ; parfois un peu de diarrhée ; pas de vomissements. Vers la fin de 1856, h ces phénomènes vinrent se joindre de l'amaigrissement, une décoloration de la peau de plus en plus prononcée, de l'engourdissement avec fourmillements et sensations de froid dans les membres inférieurs. La marche devint difficile et le travail impossible. A son entrée h rhô|)ilal, on constate tous ces symptômes, déplus, il existe à la région hépatique une douleur sourde exaspérée par la pression ; le foie st augmenté de volume; le pouls est mou, dépressible; il n'existe pas des bruit anormal au cœur. La langue est pâle, décolorée ; les urines sont claires, elles ne contiennent ni albumine, ni sucre; rien dans la poitrine,
Dmtement. — Toniques et ferrugineux.
1" février . — Le malade accuse pour la première fois des douleurs vive
à la région lombaire, s'irradiant vers les membres inférieurs sur le trajet (les nerfs sciatiques, La pression, à ce niveau, n'exagère pas sensiblement les douleurs.
15 février. — Les forces diminuent graduellement, l'appétit est nul : pas de nausées, pas de vomissements; par intervalle un peu de diarrhée. On ue constate aucune lésion pouvant faire soupçonner l'affection.
1" mars. — La marche est devenue impossible.
6 mars. — Nausées sans vomissements ; élévation de la température de la peau ; pouls à 96.
8 mars. — Faiblesse encore plus intense ; amaigrissement considérable >* intelligence nette.
40 mars. — La mort survient rapidement pendant la nuit; le malade pousse quelques cris et succombe sans convulsions, sans asphyxie.
Autopsie. — Les capsules sont complètement converties en masses cancéreuses. On trouve, en outre, un noyau cancéreux à la base du poumon droit, dans le duodénum, et à la surface des reins. Tous les autres organes on t sai s.
Le sang, examiné pendant la viii, présenta comme caractères microscopiques, la décoloration générale des globules et la déformation de certains d'entre eux; les globules blancs n'étaient pas augmentés de volume et de nombre.
Obs. LIV. (Docteur Espagne ; Bulletins de la Société anatomique, 1857.) — Jeune homme âgé de dix-huit ans, qui à plusieurs reprises présenta une prostration considérable des forces, des troubles nerveux consistant en vertiges et tournoiement de tête; dérangements des fonctions digestives ; en même temps, il existait une coloration bronzée spéciale de la peau, distribuée par plaques irrégulières, surajoutées, d'un pointillé noirâtre. Après plusieurs alternatives de mieux et de plus mal, le malade finit par guérir ; seulement la coloration bronzée persista. Le sang n'a pas été examiné ; les urines étaient lim|)ides, inodores, peu foncées en couleur; elles ne contenaient que 5 pour 100 de nitrate d'urée, tandis queBerzelius indique une proportion de 30 pour 100 comme la normale.
Ce malade, pendant son séjour à l'hôpital, a raconté qu'un de ses cousins, à l'âge de quinze à vingt ans, avait été pris aussi d'un état de faiblesse générale avec coloration bronzée de la peau ; et qu'après ce laps de temps il avait recouvré ses forces et sa couleur naturelle.
Obs. LV. (Docteur Addison ; Médical Times and Gazette, 1858.) — Thomas L..., âgé de trente-trois ans, présentant depuis trois ans un affai-
blissement des forces assez marqué ; coloration noirâtre de la peau, des muqueuses labiales et palatines; pouls lent; ballemeut du cœur faibles; urine normale. Sous l'influence de l'électricité, de l'iodure de potassium, du quinquina, le malade se sentit assez soulagé pour reprendre son travail ; mais trois semaines après sa sortie de l'hôpital, à la suite d'un refroidissement, le mal apparut de nouveau ; depuis lors la faiblesse augmenta de jour en jour, elle devint extrême ; en même temps la coloration de la peau devint plus foncée ; le malade fut sujet à des éblouissements ; la vue s'obscurcit, et la mort arriva subitement trois ans après le début de la maladie.
Autopsie. — Les capsules sont tuberculeuses ; les ganglions semilunaires sont sains ; à la peau, le pigment est situé dans le réseau muqueux, sous l'épiderme , il suit la direction des papilles, et reproduit ainsi parfaitement le système tégumen taire d'un noir.
Obs. LVI. — Dans la Gazette des hôpitaux du 7 août 1858, se trouve consignée une note relative à un homme qui, entré dans le service de M. Hardy, à l'hôpital Saint-Louis, pour un prurigo pédiculaire , présenta tous les phénomènes de la maladie d'Addison; le malade mourut subitement.
A l'autopsie, les capsules furent trouvées tuberculeuses.
Obs. LVIL (Bennel; Médical Times and Gazette , 1858.) — Garçon âgé de onze ans, présentant une ^maciation considérable; coloration bronzée de la peau; diarrhée; accès cunvulsifs répétés. Mort subite.
A l'autopsie, les capsules sont complètement désorganisées.
Obs. LVm. (Addison et Hutchinson ; Médical Times and Gazette , 1858.) — Jeune fille âgée de dix-huit ans , présentant un grand affaiblissement des forces ; coloration presque noire de la peau; faiblesse extrême; éblouissements. Mort presque subite, au bout de deux ans.
A l'autopsie, les capsules sont converties en poches purulentes.
Obs. LIX. (Kent-Spender; British , médical Journal, 1858.) — Femme âgée de cinquante-trois ans, ayant toujours joui d'une santé remarquable ; depuis trois mois , malaise; la peau se recouvre d'une teinte bronzée remarquable; en même temps surviennent une lassitude et un sentiment d'épuisement extrême ; de la diarriiée. Mort subite. ^M^o^jszé-. — Absence complète des capsules surrénales. On trouve du pigment dans les glandes mésentériques , dans les ganglions bronchiques et les poumons. Les autres organes sont sains.
0ns. LX. (Docteur Page; British médical ./oMrnfl/, 1859.)^ Homme âgé de quaranle-lrois ans, ayaiU depuis longiemps une carie scrofuieuBe du sleruum ; depuis deux mois il se plaint de douleurs laiicinaiilc» dans les lombes, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, avec rétraction du testicule du côté affecté. Il est triste, abattu ; le pouls est faible; insomnie. Coloration bronzée de la peau , bornée aux parties exposées au soleil. Quatre jours après son entrée à l'hôpital Suint-Georges , il s'aflaissa paisiblement et mourut en quelques heures.
Autopsie. — Au sommet de chaque poumon, petite caverne vide avec tubercules railiaires aux deux bases. Capsules surrénales volumineuses, tuberculeuses. Les reins, les uretères, la vessie et les autres viscères sont sains.
Obs. LXI. (DocteurDumas (de Cette) ; Gaz. médic. de Paris, 1859.) — Mademoiselle X. . , âgée de vingts-cinq ans, brune, a eu le choléra en 165/i. Au mois d'août 1858, elle s'aperçut que son leint devenait de plus en plus foncé, €n même temps que survenaient des troubles digestifs ; inappétence, dégoût, amaigrissement; la coloration brune devient générale, elle se montre surtout par plaques ; faiblesse extrême; malaise plutôt que douleur dans les reins.
Au mois d'octobre 1858, douleurs névralgiques à la face, aux tempes, à l'occiput et au cou.
Au mois de décembre 1858 , vomissements fréquents; la coloration brune se prononce davantage et se nuance de jaune ; les sclérotiques deviennent ictériques , ranis cette dernière coloration disparut bientôt.
Au mois de dé-cembre 1859, la coloration générale de la peau est constituée par un fond brun pâle, uniforme^ sur lequel on aperçoit une multitude de petits points ou taches plus foncées qui, selon leur confluence, rendent la teinte plus ou moins brune ; ce sont de véritables taches pigmeniaires, quelques-unes sont d'un beau noir; elles ne présentent ni saillies, ni furfures. On aperçoit, en outre, ces taches sur les lèvres, sur a langue. L'amaigrissement est extrême ; les yeux sont caves, sans expression ; les pommettes sont saillantes , les joues creuses ; la figure est ridée ; on dirait une vieille femme; agitation fréquente ; malaise général ; lassitude dans les membres; appétit nul, nausées; selles rares; urines normales. Il existe maintenant une douleur au côté droit etun peu eu arrière, au niveau de l'extrémité antérieure des fausses côtes ; cette douleur est vive, lancinante, s'exaspérani par la pression un peu forte.
Pouls petit, dépressible ; battements du cœur faibles : aménorrhée depuis le début de la coloration. La malade va ainsi s'afl-aiblissant jusqu'au Mx jan-
vier 1859, époque où la mort arrive presque subiiemeiu, sans qu'on n'ait jamais pu'peiulant la vie constater la moindre altération dans les organes. L'autopsie n'a pu être laite.
OBS LXII. (Thèse de Châtelain). — Jeune fdie âgée de dix-sept ans, entrée à l'hôpital de Strasbourg, le 5 mars 18:)9. Elle a été réglée à l'âge de quatorze ans. En 1858, elle fut prise de vomissements composés (l'abord de matières alimentaires, puis de sang; la teinte bronzée qui, d'après elle, existait déjà depuis plusieurs années sans qu'elle s'en soit jamais préoccupée, devint plus intense à partir de ce moment. Depuis un mois, les règles sont supprimées ; les digestions sont faciles ; il n'existe pas d'amaigrissement ; la malade n'accuse pas de palpitations ; il existe un souffle dans les carotides.
Traitement. — Fer et toniques.
Le sang, examiné par M. Viliemin, donne les caractères suivants :
Les globules blancs sont peu nombreux; on ne trouve ni matière pigmentaire, ni existence d'hématoïdine, mais le sang a une grande tendance à s'empiler et à se décomposer ; à peine est-il tiré depuis une demi-heure que les globules se granulent d'abord à la circonférence, et en peu de temps le globule n'est plus qu'une agglomération de granulations. Le pigment est dans les cellules épidermiques superficielles, fait que l'on peut constater en raclant l'epithélium de la peau.
Au mois d'août de la même année, la teinte bronzée devint très-prononcée ; des douleurs plus ou moins vives se firent sentir à la région lombaire , douleurs intermittentes non exaspérées par la pression. Les règles, depuis le mois de février, sont complètement supprimées. L'appétit est bon; il n'y a pas de diarrhée, et pourtant la malade maigrit beaucoup. Le pouls est dépressible.
La malade vivait encore quand M. Châtelain soutint sa thèse.
Obs. LXIIL (Harrinson ; Brit. med. Journal, 1861 .) — Femme faible de constitution, débilitée par une grossesse et un accouchement laborieux. Pendant toute sa grossesse, elle eut des vomissements, avec perte d'appétit, faiblesse extrême; en outre, elle remarque que sa peau qui, depuis trente ou quarante join s, s'était recouverte d'une coloration brunâtre assez foncée, devint de plus en plus brune. A son entrée à l'hôpital, elle était alitée et incapable de se lever ; vomissements et anorexie j selles régulières , urines sédimenteuses. Quatorze jours après son entrée, survint une subite faiblesse de la parole qui était complètement perdue douze jours après. La débiUté, suite des vomissements incessants, était telle, que, pour
la conservation de la vie, on dut faire l'accouclieinent préniaiuré. Quinze jours après la ponction de la poche eut lieu raccouclieinent, et la malade se trouva dans un meilleur étal. Mais bientôt survinrent de l'inquiétude, perte de sommeil, diarrhée, et la malade mourut dans le délire vingt-sept heures après la délivrance.
I/autopsie montra, en outre de la peau partout bronzée, une altération tuberculeuse des capsules. Les autres organes abdominaux furent trouvés sains; quant aux autres parties du corps, elles ne furent point examinées.
Otîs. LXIV. ( Jîai'ker; Médical rimes and Gazette, 1861.) — Jeune garçon de quatorze ans, bien portant avant le début de lu maladie. Depuis quatre mois, coloration bronzée de la peau avec perte d'appétit, dégoût, vomissemeiils. Douleur dans l'hypochondre droit et à la région ombilicale.
Autopsie. — Capsules déj;énérées en masses tuberculeuses, de grosseur normale, avec enveloppe calcaire. Tubercules dans les poumons. Rien dans les autres organes. L'examen microscopique de la peau montra dans le réseau muqueux de Malpighi, non des capsules de pigment, mais seulement une coloration brune générale.
Obs. LXV. (C. Ulrich; Deutsche Klinik, 1862.) — Jeune homme âgé de vingt-quatre ans , qui avait depuis longtemps des désordres du côté de l'estomac. Depuis deux ou trois ans , coloration bleu foncé de la peau, comme un mulâtre : cachexie , vomissements , céphalalgie. Mort subite.
Autopsie. — Plaques de Peyer tuméfiées à leur surface; quelques ganglions mésentériques tuméliés. Les deux capsules sont épaissies, transformées, bosselées, présentant sur une coupe des noyaux jaunes et des tubercules gris, mais aucune trace d'un tissu normal. Les autres organes sont sains.
Obs. LXVL (Docteur Fraser; Med. Times and Gazette^ 1862.) — Femme âgée de dix-huit ans, entrée h London Ilospital pour une maladie d'Addison. La maladie datait de deux ans ; la coloration de la peau était olivâtre, marquée surtout à la moitié inférieure du tronc et aux articulalions. Il y avait , en outre , des plaques très-noires en divers points. L'examen des organes et du sang ne révéla aucune altération.
Autopsie. — Lç^ organes sont normaux, sauf les deux capsules qui sont transformées, ainsi que leur enveloppe. Le microscope ne montra aucun reste de la glande normale, mais seulement une capsule fibreuse, épaissie, dans laquelle étaient renfinés du pus et une malièie crayeuse.
OBS. IXVII. (iM. le professeur Seilz (de Munich) ? Msç/w fCUnift, \m.)^l'm^m âgée de qqarante-sept ans, qui mW- tpwjours été bien portante, à l'exception d'un mal au sein, à sei;^p ?>ns, mais im\}\ dans des conditions hygiéniques défavorables et très-adonnée à l'eau -de-vie. Depuis neuf mois elje avait maigri , et sa peau devenait livide. Depuis trois mois , symptômes gastriques , difOculié de digestion , vomissements. L'examen montre les signes d'un catarrhe chronique de l'estomac et d'une bronchite modérée. Dans la suite , voraissemenis , faiblesse , sueurs profuses. Sept semaines après, fièvre hectique, et ti'ois seiiiuines après, mort.
Autopsie, Coloration à la petiu de la tête et du cou , moins au corps , de couleur brune jaune foncée. Dans les poumons , quelques tubercules isolés Estomac mamelonné , de couleur gris ardoisé , sans cancer. Sur le péritoine diaphragmalique et stomacal , on remarque de petites saillies lenticulaires, homogènes à la coupe, d'un tissu semblable à la graisse; foie congestionné, graisseux; rate petite, anémique, avec trois noyaux tuberculeux; organes génilo-urinaires normaux. Les deux capsules, de la grosseur d'une noix, sont dures, homogènes, jaunes h la coupe, transformées en un tissu d'apparence graisseuse dont l'examen microscopique était le même que les noyaux du péritoine et de la rate. Ce sont là les caractères des tubercules en voie de régression , nommément un détritus fineuient granuleux dans lequel on ne pouvait plus découvrir ni parois de cellules, ni noyaux ; il n'y avait plus trace des glande» normales,
Obs. LXVIIL (Docteur Gouriet, de Niort; Gazette des hôpitause, 1862.] — Femmeâgéede trente-trois ans, brune, d'une constitution assez délicate, réglée à vingt et un ans, depuis règles régulières.
Au commencement de l'année 1861, à la suite de violents chagrins, cette femme devint triste et morose; vers le milieu du mois de mars de ja même année, la peau prit une coloration brunâtre si intense, que la malade devint une curiosité dans le village. En même temps perle de 80m" meil, de l'appétit, amaigrissement, débilité extrême; douleui- à la régjpn rénale et au creux de l'estomac, nausées fréquentes, pas de vomisgenjentfi ; menstruation régulière, mais moins abondante ; sang moins coloré; pas cje sovjlQe au cœur; souille dans les carotides. La coloration de la peay est plus intense dans les endroits où s'opère une coloration quelconque ; aiqsi en arrière, au niveau des apophyses épineuses.
Traitement. — Bouillons froids, bain salé tous les deux jours,
Soug l'influence de ce traitement un mieux se manifeste ; les fonctions digestives s'exécutent bien ; la ppiiu pst pjpiris forcée; |a rnalade peut se leven mais elle succombe subitement en pleine cpnpaissance le
MAHTINEAU. 5
26 octobre 1861, après avoir présenté pendant deux ou trois jours une grande faiblesse, des nausées avec vomissements et de l'assoupissement. L'autopsie n'a pas été faite.
Obs. LXIX. (Docteur Ducios , de Tours; Bulletin de thérapeutique, 1863.) — Femme âgée de trente-six ans, atteinte plusieurs fois de fièvre intermittente ; depuis dix mois, coloration brunâtre de la peau avec faiblesse extrême. Les règles disparaissent peu à peu ; douleur lombaire fixe et permanente; urines normales; peu de transpiration, la sueur ne teint pas le linge en noir; bruit de souffle anémique, au cœur et dans les vaisseaux du cou. Rien dans les viscères.
Traitement tonique, fer, quinquina, buile de foie de morue, alimentation réparatrice.
Sous l'influence de ce régime, la malade éprouva assez rapidement une amélioration notable; mais un mois après son admission à l'hôpital, elle est prise subitement d'un malaise considérable avec débilitation extrême ; vomissements fréquents, répétés, et mort presque subite.
Autopsie. — Pas de tubercules dans les poumons ; reins normaux ; dégénérescence cancéreuse des capsules.
Obs. LXX. (Docteur H. Goalden; The Lincet, 1858.) — H. Long, chirurgien à Swansea, âgé de quarante-six ans, sujet depuis longues années à des attaques de rhumatisme, se livrait néanmoins aux soins d'une nombreuse clientèle, quand il présenta brusquement, sans maladie apparente, les symptômes de l'anémie. Il olïVait l'aspect d'un homme qui a subi des pertes de sang considérables. A l'examen, on ne trouve aucune lésion d'organe, seulement l'épigaslre est douloureux à la pression; celle-ci amène le vomissement, et les aliments, quelque temps après leur ingestion, sont vomis, en partie digérés. Deux mois après ce début, le tualade ne put plus supporter la nourriture animale, il s'aflaibUt rapidement et mourut quelques mois après. Les vomissements avaient reparu, ainsi que la douleur épigastrique qui était devenue très-violente.
Autopsie. — Les organes sont parfaitement sains. La capsule droite présente l'apparence d'une large bourse affaissée; sa cavité est enduite d'une matière grenue, couleur chocolat ; on ne trouve plus de trace de la substance médullaire; la capsule gauche présente la luême altération.
Obs. LXXL (Docteur Peacock/t/ec?ica/ Times and Gaz. , 1857.) — Jeune fille âgée de dix-huit ans : douleurs dans la cuisse et dans l'hypochondre
droit; amaigrissement graduel, affail)lissement ; mort sept mois après le
début. , , • >
Autopsie. — Productions cancéreuses dans la plupart des viscères .
poumons, reins, foie, péritoine, plèvre, fémur et capsules.
Obs. LXXII. (Docteur Peacock ; même journal.) — Homme âgé de cinquante-cinq ans : anémie, toux, faiblesse générale, amaigrissement considérable, vomissements et diarrhée; mort.
Autopsie. — Productions cancéreuses dans divers organes : cœur, poumons, capsules.