OBSERVATION XIV
“Bosc (Loc. cit.).
Henri A..., 24 ans, étudiant en droit ; hérédité nerveuse et
diathésique chargée. Excès de Eva ; excès vénériens. En somme état neurasthénique moyen.
Premier accès à 21 ans, a débuté brusquement dans la rue par une douleur intolérable au niveau de l'articulation métatarsienne du quatrième orteil.
Dès qu’il s'arrête, la douleur disparaît ; dès que le mouvement de flexion des orteils du pied droit se produit, le talon étant soulevé, la douleur reparaît, vive, atroce. A. éprouve le besoin impérieux d'enlever sa chaussure. :
Il persiste, même au repos, une sensation d’endolorissement du pied, avec hyperesthésie de la surface cutanée et des crampes faciles. Le lendemain matin, tout a disparu. Tous les accès n’ont pas la même intensité.
Les phénomènes douloureux disparaissent plus vite quand . A... rencontre un ami avec lequel il s'arrête et cause : l'état de surexcitation cérébrale se calme, l’accès a disparu.
Dans certaines crises graves, la douleur peut devenir réellement atroce ; il semble au malade qu’on lui arrache brus- - quement la tête du quatrième mélatarsien, et cette douleur
aiguë peut se pronager jusqu’au tiers inférieur de la jambe.
11 peut y avoir un infervalle de quelques semaines ou de plusieurs mois entre deux accès, mais ils peuvent se renouveler pendant plusieurs jours de suite. | :
Quelques accès semblables se sont manifestés au niveau de l'articulation métatarso-phalangienne du gros orteil. Ces accès du gros orteil, après avoir remplacé quelque temps ceux du quatrième, ont disparu complètement.
Les accès survenaient surtout quand Henri A... se trouvait dans des périodes de dépression cérébrale. À - L'examen local ne révèle rien de bien significatif, — Le pied n'est pas plat. Au-dessous de la malléole externe se trouve une légère tuméfaction, douloureuse à la palpation
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profonde et qui correspond évidemment à une légère synovite de la gaine du tendon du péronier iatéral.
Au moment d’un accès, larégion est un peu rouge,chaude, un peu de gonflement au niveau du quatrième orteil. Une pression légère à ce Dee est très douloureuse : le simple contact arrive à produire une horripilation générale et une sorte de crampe du pied.
Le lendemain, le malade marche facilement, avec un peu d'endolorissement du pied. M. Bosc lui conseille de porter des souliers larges, à forles semelles, de ‘fuir les rues mal pavées. A la fin de 1893, le malade n’a pas eu d'accès depuis
longtemps.
OBSERYATION XV
Dr Gallois. Bulletin médical 1896, p. 1216.
« C’est une dame du monde, âgée d’une quarantaine d’an-
nées, ayant hôtel, cheval et voiture, marchant relative
ment peu. Elle est dyspeptique, a été atteinte d'entérite
membraneuse avec accès pseudo-dysentérique; elle est un peu neurasthénique, ce qu’elle attribue au chagrin de n’avoir pas eu d'enfants. I1y avait longtemps qu'elle avait commencé à éprouver des douleurs dans l’avant-pied. Ces douleurs, au moment où je la vis, étaient intolérables, et se produisaient dès qu'elle mettait une chaussure. Aussi elle ne portait que de petits souliers aussi larges que possible ; chez elle elle portait une pantoufle, dans sa voiture elle se déchaussait. Elle ne faisait euère de visites qu'aux personnes assez intimes ‘auxquelles elle pouvait demander au besoin la permission de sortir soh Dièd de son soulier, Chez les autres il lui arrivait souvent de quitter sa
chaussure en cachette sous ses jupes. La douleur de l'avant-
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pied disparaissait presque instantanément dès que la chaussure élait enlevée. La malade disait ne pouvoir plus marcher. Avec des chaussures à semelles fortes elle souffrait, elle souffrait encore quand elle marchait nu-pieds ou avec des pantoufles. Je sais bien qu’il faut dans ses dires tenir compte un peu de l’exagération que mettent dans le récit de leurs souffrances les personnes riches et désœuvrées. Il n’en reste pas moins que le fond de ce récit élait exact.
La malade éprouvail d’autres douleurs à distance, plus persistantes. Celles-ci, assez vagues d’ailleurs, occupaient le ‘cou-de-pied, le mollet, parfois la cuisse, elles se continuaient souvent pendan£ la nuit mais disparaissaient au malin. Ces douleurs, je crois, étaient une sorte de coùrbature due aux contractions de tous les muscles de la jambe que faisait la malade lorsqu'elle était chaussée pour éviter la douleur de son avant-pied.
L'inspection du pied n’indiquait aucune altération appréciable, ni rougeur ni déformation. A la palpation on constatait des faits à mon avis très importants. On notait tout d'abord la présence d’un point très douloureux à la pression à la plante du pied, au niveau de la tête du troisième métatarsien,
Remarquons en outre que cette douleur siégeait à la face plantaire. f
Un autre fait que j'ai constaté c'est la laxité des ligaments du métatarse. Chez la malade dont je me suis surtout occupé la laxité était telle que l’on pouuait déprimer le troisième métatarsien et relever le premier et le cinquième de façon à transformer le pied en une véritable gouttière à concavité supérieure.
Le docteur Gallois fit construire à la malade des souliers assez étroits pour maintenir le pied et placer dans les sou-
Caizergues b
de
liers une semelle connece transversalement de façon à éviter l'effondrement de la voûte métalarsienne. La malade à partir
de ce moment cessa de souffrir.