‹ De la médication curative de choléra asiatiqueChapitre 1 sur 4 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

DU

La rougeur de la conjonctive cède à l'action d'un collyre de sulfate de zinc. Le même collyre instillé dans l'œil sain y fait naître de la rougeur. La douleur causée par une brûlure légère disparaît sous l'influence d'une brûlure nouvelle. Le sel d'Epsom arrête la diarrhée; cette même substance amène des évacuations chez l'homme en santé.

Les fièvres d'accès guérissent par le quinquina; et cependant le quinquina suscite dans l'économie de l'homme bien portant une excitation fébrile.

La nature intime du choléra asiatique ne nous sera probablement Jamais connue. Il est, toutefois, difficile de ne pas admettre que le : choléra agit comme un toxique qui paralyse le système nerveux et spécialement l'appareil nerveux abdominal (1).

(l) Chacun connaît les symplômcs de ce cruel mal :

Évacuations alvincs. — Vomissements incolores , sans odeur. — Suspension do l'émission des urines. — Refroidissement. — Teinto blcu-noirâlrc do la peau, ([Ui rappelle la teinte des momies égyptiennes. — Agitation. — Crampes. — Allé. . ration de la voix. — Petitesse ou disparition du pouls.— Faciès caractéristique.

Alleint vers le commencement d'aoûl 1854 d'une douleur qui ne tenait point du choléra et dont la nature m'est resiée inconnue . j'eus l'idée de prendre 20 centigrammes de poudre de racine fraîche de belladone et 20 centigrammes d'extrait de belladone en pilules de deux centigrammes chacune , dans l'espace d'une heure environ. J'en éprouvai les effets suivants :

Refroidissement très-marqué de la peau ,

Besoin incessant d'uriner, puis véritable paralysie de la vessie, qui ne s'est plus vidée que par regorgement ; évacuations alvines très-fréquentes , peu après suivies d'un besoin continuel d'aller à la garde-robe sans pouvoir le satisfaire ; 5 à 6 minutes après l'ingestion de chaque pilule, rougeur prononcée de la face, accompagnée de transpiration et suivie d'un peu de calme et de sommeil pendant quelques instants.

Après l'ingestion des 40 centigrammes, sensation de sécheresse extrême à la gorge, — excitation cérébrale intense, — altération de la voix, — véritable paralysie de la langue; à ce point qu'il m'était impossible de diriger mes paroles suivant ma volonté.

Ces effets me donnèrent à penser. Je fus frappé de leur rapport avec ceux que produit le choléra. L'adage similia similibm s'offrit à mon esprit. Il ne manquait plus que d'en faire l'application. L'épidémie cholérique qui sévissait à Tours m'en fournil immédiatement le moyen. Je saisis avec d'autant plus d'empressement cette occasion de faire un premier essai, que, je l'avoue, tous les traitements auxquels j'avais eu recours en 1849 et au commencement de l'épidémie régnante avaient échoué. Pour la première fois jo commençai à combattre le choléra par la belladone (1). Un premier

(I) Depuis l'emploi que j'ai fait de la bellailone contre le choléra asiatique, j'ai chcichc 11 savoir si d'autres médecins l'avaieiil, de leur côté, mise en œuvre, .l'ai trouvé que M. Martin Solon , entre autres , avait conseillé l'cxlrait de belladone en frictions pour calmer les crp.mpes , et que M. Boucliardat avait indiqué le principe actif de la belladone, Valropine, dans le mémo but.

succès me permit de renouveler ce mode de trailemenl; et je suis parvenu à constater que, dans les cas d'affection cholérique qui menacent de devenir mortels, l'emploi do la belladone est un moyen curatif très-efficace.

Je fais appliquer un large emplâtre d'extrait de belladone (I] à Tépigastre; un second emplâtre d'extrait de belladone sur la région vésicale. En même temps Je malade prend une pilule composée de :

Poudre de racine fraîche de belladone. . 1 centigramme.

Extrait de belladone. ...... l centigramme.

Suivant la gravité des cas, on donne chaque pilule de 2 centigrammes de belladone toutes les heures, — toutes les demi-heures , — tous les quarts d'heure, — toutes les 10 ou 5 minutes.

Il est des attaques tellement foudroyantes et daub lesquelles l'intoxication cholérique a si profondément envahi l'organisme que les pilules de belladone sont à peine digérées qu'elles sont vomies. Alors j'ai recours avec succès au suc de racine fraîche de belladone ,

Cinq gouttes toutes les 5 minutes (2).

L'absorption de ce suc s'opère encore même dans cet étal si grave.

(1) Chaque emplâtre d'extrait de belladone représente de 50 à 60 grammes d'extrait.

(2) Cent gouttes de suc de racine fraîclie de belladone pèsent 4 grammes 30 centigrammes et représentent 50 cenligranimcs d'extrait Cinq gouttes reprcsCnlent deux centigrammes et une fraction d'extrait.

Je ne saurais trop appeler l'attention sur le mode de préparation des diveis composés de belladone. L'extrait doit ôlre préparé au bain-maric. La poudre de la racine incorporée dans les pilules doit être tii'ce de la rac ne fraîche ou récemment arrachée du sol. Le suc de la racine doit ôlre rcccmnient exprime, sous peine de voir la fermentation altérer rapidement ses propriétés.

Quelquefois des frictions avec le suc de racine de belladone ont dû être faites au cou, — sous les aisselles, — à la partie interne des cuisses , etc. Quelquefois aussi ce suc dut ôtre donne en lavement à la dose de 15 à 20 gouttes dans une cuillerée d'eau tiède et à l'aide d'une seringue de très-petit calibre.

La belladone rappelle très-vîte la cbaleur, fait cesser ou diminue les évacuations alvines et les vomissements , et s'oppose si activement à l'intoxication cholérique de l'appareil nerveux, que celte substance ne pourrait être administrée avec persévérance aux doses indiquées sans les plus graves dangers.

C'est ici que l'art doit intervenir. Il faut éviter que le malade soit mis entre la terrible alternative du mal et du remède.

Dans tous les cas , sans exception, la rougeur de la face et de la peau en général m'ont indiqué que la belladone devenait toxique. Il faut donc diminuer le nombre des pilules aussitôt qu'apparaît la rougeur; et les donner, alors, toutes les 2, 3 ou 4 heures, suivant les indications fournies par l'état du malade.

lO.

D'un autre côté il y a de graves inconvénients à cesser soudainement la médication par la belladone.

J'ai vu que cette médication devait être continuée pendant 1 , 2 ou même quelquefois 3 jours après l'apparition de la rougeur de la peau. Il suffit de mettre un intervalle convenable entre l'administration des pilules pour que leur effet toxique soit évité. Je lo répète, la rougeur de la peau devra guider le praticien à cet égard (1); et si cette rougeur devenait générale et irès-intense il faudrait suspendre la belladone à l'instant.

(1) On a dit que la belladone amène une pertiirbalion déplorable dans l'organisme et dans les facultés intellectuelles. Je pourrais citer plus de 30 cholériques qui ont été guéris par cette substance au mois de septembre 185-1 et chez lesquels les fonctions physiologiques de l'encéphale sont restées parfaitement intactes.

Il faut renouveler les emplâtres d'exlrail do belladone loiiles les 24 heures.

Il arrive souvent que les vomissements et les évacuations alvines continuent malgré l'action delà belladone. Dans ce cas, on emploie avec succès des pilules, d'un centigramme chaque, d'acétate de plomb cristallisé, administrées en même temps que les pilules de 2 centigrammes de belladone. L'emploi simultané de ces deux substances augmente manifestement leur effet curatif (1).

La soif des cholériques est inextinguible. Les praticiens savent combien il importe de ne faire arriver dans l'estomac que de trèspetites quantités de liquide à la fois. De temps à autre, — d'heure en heure, — de demi-heure en demi-heure,— quelquefois de quart d'heure en quart d'heure , il faut donner une ou deux cuillerées d'eau de Seltz, — d'eau de Seltz et d'eau d'orge ou d'eau de riz, — ou de vin vieux et d'eau de Sellz, — ou de blanc d'œuf frais battu avec un peu de sucre et d'eau tiède. Cette dernière boisson m'a souvent rendu de grands services. J'en puis dire autant du bouillon éminemment nutritif (beef-tea) dont je parlerai dans un instant.

Pendant toute - la durée de cette véritable convulsion nerveuse qu'on appelle la période algide, et aussi pendant la réaction , j'ai vu qu'il y avait un avantage extrême, je ne dirai pas , à nourrir mais à sustenter le malade. Tous les quarts d'heure ou toutes les demiheures, — ou toutes les heures, — on peut donner une ou deux cuillerées de bouillon préparé de la manière suivante :

Deux parties de bœuf, une partie de veau hachées très-menu

(I) L'acétate de plomb donné en môme temps que la belladone ne doit pas être uni à l'opium, l'expérience ayant démontre que dans la majorité des cas l'opium augmente la torpeur , l'engourdissement , la paralysie de l'appareil nerveux

et mises au feu dans la quanlilé d'eau que comporte le poids de la viande, sans sel et sans légumes. On laisse bouillir 3 heures seulement, eton alterne ces petites quantités de bouillon avec le blancd'œuf mousseux. Maintes fois je ne suis parvenu à fairecesser l'agitation incessante des malades et à leur procurer quelques instants de répit et de sommeil qu'en leur faisant prendre les substances que je viens d'indiquer. J'ai, aussi, acquis la conviction que, chez quelques-uns, la vie n'a été conservée qu'à la condition expresse de les alimenter par ces liquides. Enfin, toutes les fois que l'estomac ne pouvait pas garder ces substances, en dépit des évacuations alvines, j'ai fait donner de très-pelites quantités de ce bouillon , un quart de verre par exemple, en lavement plus ou moins fréquemment répété.

Les selles colorées, — les selles verdâtres, surtout, sont un signe favorable. Elles annoncent le retour à la vie physiologique normale du tube digestif. Chose curieuse, les selles colorées en vert précèdent presque toujours, de quelques heures, parfois de plusieurs heures le retour des urines. Alors , il est bon de suspendre complètement la belladone et de donner une pilule composée de :

Acétate de plomb cristallisé. . 1 centigramme.

Extrait gommeux d'opium , - 1/2 centigramme.

Toutes les 2 , 3 ou 4 heures suivant la fréquence des évacuations.

La diarrhée, contre laquelle je viens d'indiquer l'acétate de plomb cristallisé uni à l'opium , cède quelquefois plus vite lorsqu'on a recours dans la même journée au quinquina :

Quinquina kalisaya , — 4 grammes dans un demi-verre d'eau tiède , en lavement , — une ou deux fois le jour.

Vin de quinquina (1). . 125 grammes.

(1) Les diverses formules données dans ce travail s'appliquent h. l'adulte, mais les doses sont tellement faibles qu'elles peuvent être employées même pour les enfants (voyez la dernière observation, page 15).

Sirop de quinquina. . . 30 grammes. Par faibles cuillerées lorsque le malade prend quelques substances nutritives.

Je puis fournir la preuve que les 5/6"* descbolériques soumis aux diverses médications que je viens d'indiquer ont été sauvés.

Il est inutile que j'entre dans de grands détails sur les conditions de réussite et que j'insiste sur la nécessité de l'action la plus prompte possible. Il est probable que la difficulté de se procurer, dans quelques contrées , de la belladone fraîcbe , paraîtra tout d'abord un empêchement à l'application de ce traitement. Par bonheur, j'ai constaté que l'atropa belladona n'est pas la seule solanée qu'on puisse employer avec succès contre le choléra. Le datura slramonium, qui croît très-vite et qui se trouve presque partout, peut parfaitement remplacer la belladone. Les autres espèces de ce genre sont , sans doute, dans le même cas. Les autres solanées agiront probablement aussi de même. Déjà , le docteur W. Moore paraît avoir eu recours avec succès au labac , dans une épidémie de choléra qui sévissait à Mobile. Enfin, les strychnées sont , sans doute , aussi appelées à jouer un grand rôle dans la médication anti-cholérique. D'après les très-intéressantes indications de M. le docteur Le Cœur , professeur à l'école de médecine de Gaen , d'après les heureuses tentatives de MM. les docteurs Jenkins , Manec, Cornet, etc. , j'ai moi-môme essayé la noix vomique et son principe actif ; mais j'ai trouvé ces substances si difficiles à manier , comparativement à la belladone , que j'ai dû les laisser pour m'en tenir à cette dernière plante (i).

Une dernière remarque importante doit trouver sa place ici. 11 est fort rare que, dans le plus grand nombre des cas de choléra asiatique , les symptômes caractéristiques ne soient pas précédés de ce dérangement des fonctions intestinales , qu'on appelle hcholérine.

(1) Pour justifier tout ce que je viens d'avancer, je place h la suite de cet opuscule quatre observations recueillies sur quelques-uns des cholériques que j'ai soumis h mon traitement.

L'cxpcricncG a appris que comballre sans relard ce dérangemeni, c'est presque toujours prévenir l'invasion du choléra. Dans ma pratique , j'ai été amené à reconnaître que le meilleur moyen d'arrêter la cholérine est de recourir à la médication suivante :

Magnésie 2 grammes.

Bi-carbonate de, soude. . , 1 gramme.

Un paquet dans un demi-verre d'eau sucrée, aussitôt que la diarrhée commence. Un second paquet 2 ou 3 heures après le premier.

Souvent ces 2 paquets suffisent pour arrêter le dérangement intestinal. Si la diarrhée persiste on donne une pilule composée de:

Acétate de plomb cristallisé, . \ centigramme.

Exirait gommeux d'opium. . 1/2 centigramme.

Toutes les heures ou toutes les 2 heures suivant la fréquence des évacuations.

J'ai quelquefois eu recours au charbon végétal en poudre , mois cette substance n'est pas toujours efficace.

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