‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 13 sur 120 · INFLUENCE DE LA LATITUDE DES CLJMATS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA LATITUDE DES CLJMATS

Quant à l'âge commun, il est pour Paiis et Maiicliesler de ili ans , pour Marseille et Toulon de 15 ans , pour Lyon et Gœttingue de 15 à 16 ans.

Une première observation que nous suggère les travaux de ces honorables médecins, c'est que généralement ces chiffres sont peu considérables. Ilsne font pas suffisamment connaître si les femmes observées ont été réglées à la ville ou à la campagne. Enfin aucun d'eux n'établit de distinction entre les classes pauvres, aisées et riches.

Roberton, par exemple, n'indique pas si toutes les femmes étaient nées à Manchester ; et Osiander a réuni dans son chiffre les femmes nées à Gœttingue et dans le territoire de la ville.

M. le docteur Marcd'Espine, qui a publié des documents plus étendus, a trouvé qu'à Paris le chiffre moyen de la puberté était de ik, 965, résultat qui diffère fort peu du nôtre, pour la classe pauvre, puisque nous avons trouvé qu'il était de ïli, 8/t2. Ce nombre est inférieur à celui de Manchester, qui est de 15, 191, et supérieur à celui de Maiseille et de Toulon qui réunis donnent 14. 015. On voit donc que dans ce cas, la latitude joue déjà un rôle de quelqu'importance , puisque la différence d'époque de menstruation, pour Paris et les deux villes du midi réunies, est d'environ un an.

11 y aurait bien quelques observations à faire sur la petite proportion des nombres, mais les variations ne peuvent faire changer les résultats. On comprend d'ailleurs que si la latitude hâte ou retarde l'apparition de la fonction , elle n'agit pas seule , car sans cela la différence de chiffre entre Manchester et Paris serait égale à celle qui existe entre ceux de Paris , Marseille et Toulon. Or il n'en est point ainsi; car tandis que les cinq degrés qui séparent M an-

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cliesler de Paris correspondent à une variation dans l'âge moyen de moins de trois mois , les cinq degrés qui existent entre Paris , Marseille et Toulon présentent une différence dans l'âge moyen de près d'un an.

L'influence du climat nous paraît encore mieux marquée. Ainsi les températures moyennes annuelles de Paris et de Manchester sont entre elles dans le rapport de IxS ou 49 à 50% 50 Farenh, et celles de Paris et de Marseille , 51% 50 à 52% 50 Far. Il en résulte donc que deux degrés dans la température font varier l'âge moyen de la puberté, d'après les tableaux précédents d'environ 3 mois , tandis qu'une différence quatre fois plus considérable (8 degrés) fait varier cet âge quatre fois plus , c'est à dire d'environ un an.

Les résultats dus aux recherches d'Osiander sont presque entièrement semblables. Lorsqu'on compare les latitudes de Gœttingue et de Londres, on trouve qu'elles diffèrent très peu ; Gœttingue même est de 2 degrés F. plus au midi que Manchester, et cependant le climat de Gœttingue est de 2 à 3 degrés F. plus froid que celui de Manchester (46% 82 F. ) ; aussi l'âge moyen de la menstruation y est-il d'un an plus, élevé que celui de Manchester.

L'influence du climat a été admise par tous les écrivains, et l'exemple des jeunes filles nubiles de si bonne heure sous la zone torride est un fait qu'on trouve consigné partout, Montesquieu fait observer que, dans ces contrées brûlantes où les femmes sont réglées à 8 ou 9 ans et déjà vieilles à 20 ans , l'enfance et le mariage vont presque toujours ensemble. La raison , ajoute-t-il , ne se trouve donc jamais chez elle avec la beauté, quand la femme demande l'empire, la raison le fait refuser; quand la raison pourrait l'obtenir, la beauté n'est plus (1). Dans les pays tempérés, leur

(1) Monlcsquieu, Esprit des lois, t. II, liv. xvi, cli. 2.

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personne et leur esprit tïcquièrent son degré de perfection presqu'au même moment, et le pouvoir réuni de ces deux qualités doit être irrésistible. Haller, dans ses Éléments de physiologie (lib, xxvin , sect, m, § l), a fait la remarque que les femmes exposées à la température des pays chauds rendent deux fois plus de sang par les menstrues que dans les pays septentrionaux.

On a vu des jeunes filles de 9 à 10 ans réglées dans les Indes-Orientales , transportées en Europe , et surtout en Angleterre , chez lesquelles cette fonction cessait jusqu'à 14 et 15 ans , sans que la santé souffrît pendant tout ce laps de temps (1).

Les fdles des climats qui avoisinent l'équateur, tels que l'Ethiopie, celles de l'Egypte, de l'Inde, de la Turquie, des pays les plus méridionaux de l'Europe, sont réglées dès l'âge de 10 ans, et môme plus tôt, comme le prouvent plusieurs exemples remarquables. Mahomet, au rapport de Prideaux , épousa Cadisha à 5 ans, et l'admit dans son lit à 8. En Suède, au contraire, en Danemarck, en Norwège et dans une grande partie de la Russie, les filles ne sont ordinairement réglées que de 16 à 18 ans ; ce retard de la menstruation est loin.de nuire à la fécondité des femmes du nord. Rudbeck et d'autres assurent que les Suédoises ont assez communément de 10 à 12 enfants , et qu'il n'est pas rare qu'elles en fassent jusqu'à trente.

On ne doit pas dès-lors s'étonner de l'excessive population de ces contrées et des immenses émigrations des hordes septentrionales vers le midi. Aussi est-ce à bien juste titre que les Romains appelent ces pays les pépinières du geiirc humain (2).

(1) The cyclopcdia ofpractical médecine, vol. HI, p. 110.

(2) Dici, de méd, en 25 vol., 2' édit., ail. nienslrualioii.

Mais , ainsi qu'on l'a déjà fait remarquer , il y a autre chose que le climat , puisqu'une différence de 2 degrés de température moyenne n'est pas réellement suffisante pour déterminer une variation d'un an dans le chiffre de l'âge pubère. C'est qu'en effet dans cette question comme dans beaucoup d'autres , il ne faut pas se borner à un ou deux éléments, mais les étudier tous. Nul doute que le lieu de la naissance, le genre de vie, la nature des occupations, la nourriture , les vêtements , l'habitation , les mœurs , les coutumes, les habitudes, l'éducation, les conditions sociales n'aient aussi une très-grande part d'influence sur le développemen t de la menstruation.

On a encore cherché à apprécier l'influence du climat, en examinant 1° le nombre des femmes menstruées dans chaque ville avant l'âge commun ; 2° les trois âges où la menstruation se faille plus communément pour chaque ville, mais les chiffres énoncés sont trop peu élevés pour qu'ils puissent nous offrir quelques considérations utiles.

En résumant les points principaux de ce chapitre, on arrive aux conclusions suivantes :

La menstruation est généralement plus tardive dans les campagnes.

Elle se montre de meilleure heure dans les villes, et, selon toutes les probabilités, dans celles qui sont très industrielles.

Mais c'est surtout dans les grandes capitales qu'elle atteint son maximum d'apparition.

Cette proposition, qui a eu jusqu'alors la force d'un axiome, offre cependant de nombreuses exceptions ; ainsi les dernières classes de la société , soumises à toutes les privations qui forment le cortège fatal de la misère , renferment un grand nombre de jeunes fdles qui ne sont menstruées que fort tard.

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les jeunes personnes, au contraire, que leurs habitudes, leurs mœurs , leur genre de Yie rangent dans la classe que nous avons appelée les métis de la civilisation, voient la fonction s" accomplir à un âge moins avancé.

Mais c'est surtout parmi les jeunes demoiselles de la classe riche, parmi celles qui font partie de la noblesse, du haut commerce, de la bourgeoisie et de la finance, que les règles apparaissent beaucoup plus tôt. Il faut noter toute fois que même chez ces jeunes personnes, la menstruation peut être relardée; cette circonstance qui tient, en général, à l'organisation lymphatique et scrofuleuse (1), est plus rare ou plus facilement combattue , puisqu'elle se trouve puissamment modifiée par la précocité plus grande du système nerveux , au développement duquel concoiu^ent tant de stimulants div ers. D'après plusieurs observations qui nous sont propres, Téducation religieuse et morale, strictement surveillée, aurait pour résultat de retarder l'apparition des menstrues.

Les principales circonstances qui semblent avoir une influence réelle sur la mise en jeu de cette fonction , sont l'habitation, le genre de vie, la misère, la fortune et l'éducation. Ces influences ne sont pas les seules , l'action de la latitude ne saurait être révoquée en doute ; ainsi le chiffre moyen de la puberté est moins élevé à Marseille et à Toulon qu'à Paris , et moins encore dans cette dernière ville qu'à Manchester. Os différences de résultats sont

(1) D'apris Cabanis , l'époque de Ja puberté est, en généra! , plus tardive pour les écrouelleux. Leur enfance , relativement à l'impression des désirs de l'amour, se prolonge, et les passions que ces désirs enfantent se développent chez eux à des degrés plus fiiibles. J'ai connu plusieurs femmes chez lesquelles la disposition écronellcuse, après avoir retardé la première éruption des règles, en avait toujour* depuis troublé le retour, et dont toutes les habitudes aniionr;iient l'espèce d'intîuenec des orga:ies de la génération.

conformes aux latitudes de ces diverses localités. Le climat doit aussi être pris en considération. L'hérédité exerce une véritable influence , car plusieurs fois nous avons vu des filles réglées aux mêmes époques que leurs mères.

MEl^STEUATlON PRÉMATURÉE ET TARDIVE.

Les recherches nombreuses et multipliées auxquelles nous nous sommes livré , ont établi de la manière la plus positive que la première apparition des règles dans nos contrées, et particulièrement en France, avait lieu de 14 à 16 ans ; mais il ne faut pas croire cependant que les choses se passent toujours ainsi. Les recueils médicaux contiennent plusieurs observations de jeunes filles, menstruées dès l'Age le plus tendre. Les auteurs ont cité des faits de petites filles réglées à 3 ans , à 2 ans , et beaucoup plus jeunes encore, puisque quelques-unes n'avaient que 6 et même 3 mois (1).

Il est assez rare, à la vérité, de voir la menstruation s'établir avant Tâge de la puberté. La plupart des écoulements sanguins prématurés que l'on a observés, étaient plutôt des hemorrhagies accidentelles que de véritables menstruations. L'époque normale est celle où il y a consennus entre les organes de la génération, où le bassin est convenablement développé (2) sous le rapport de la capacité , où les seins sont arrondis, proéminents, etc. 11 en existe cependant quelques exemples bien constatés, tel est celui que Cataîs, docteur médecin à Adge, a fait insérer dans les Annales de la société de médecine pratique de Montpellier.

(1) Haller, Élementa pliysiologica , t. viïl.

(2) Dupuylren a fait observer que chez les jeunes filles , à l'époque de la puberté, ledianvMre supérieur du bassin éprouve des changements : son dianu'lre iliaque semble s'agrandir aux déi)fns du diautctre sacro-pnl)iei!.

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