‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 90 sur 120 · RETOUR DES ACCIDENTS APRÈS LA CESSATION · texte numérisé non relu

RETOUR DES ACCIDENTS APRÈS LA CESSATION

iîiflaiîiîîiation de restomac. Par suites d'affeclions morales , de chagrins , ses règles présentent des irrégularités nombreuses : cette dame cesse de voir à 49 ans, au bout de deux ans , une passion violente s'allume dans son sein ; quelques mois après il se manifeste des symptômes analogues à ceux qui précèdent une éruption menstruelle ; elle a des pesanteurs de tête , des lassitudes dans les cuisses . un sentiment de gêne dans les régions lombaires; elle ressent des mouvements d'expulsion vers l'utérus. Depuis celte époque les efforts de la menstruation ont persisté; la santé ne s'est point altérée.

Obs. CLXI. — Le 15 février 1839, la nommée Desnoyers, âgée de 60 ans, Journalière, née à Paris, fut reçue à l'Hôtel-Dieu , dans le service de M. Jadioux , pour une douleur qu'elle ressentait à la cuisse. Cette femme 9 réglée à 22 ans , n'avait jamais éprouvé d'autres dérangements dans sa menstruation, que la suppression physiologique , résultat de sept grossesses. A /i8 ans , le flux hémorrhagique s'arrêta définitivement après quelques oscillations et des pertes modérées. Huit années se passèrent sans aucun accident. Au bout de ce temps, le sang reparut en abondance , des hémorrliagies utérines considérables se manifestèrent ; elle était obligée de se garnir.

Pendant trois mois elle garda le lit : ces pertes prolongées l'affaiblirent , la fatiguèrent ; elle ne pouvait ni travailler , ni se livrer à aucun exercice ; cet état dura dixhuit mois. M. le docteur Richelot , qui fut appelé auprès de cette malade , parvint à arrêter l'hémorrhagie et à calmer les accidents. Depuis dix ans la santé a toujours été excellente.

Cette observation montre qu'un long intervalle de temps peut s'écouler après la cessation des rè42,les , sans

liZU BK LA MENSTRUATION.

que ruiéms ait perdu complètement cette habitude de verser le sang qu'il avait contractée pendant tant d'années; elle fait aussi voir que riiémorrhagie utérine peut avoir lieu sans qu'il y ait maladie de l'organe ; enfin elle prouve que ces retours , dits de jeunesse , n'ont pas toute la gravité qu'on leur a attribuée.

Nous avons encore rédigé l'observation d'une femme qui , trois à quatre ans après la cessation , fut prise de phénomènes hystériques pour lesquels elle fut traitée à l'Hôtel-Dieu. Ces accidents s'étaient surtout montrés pendant la vie utérioe; à l'époque de la ménopause ils avaient été peu intenses.

Si donc la cessatiou des symptômes de l'âge critique est , pour un grand nombre de femmes , une époque d'affranchissement et de bien-être, l'aurore d'une nouvelle vie, il faut aussi reconnaître que cet heureux privilège souffre de nombreuses exceptions, et que l'expérience apprend que la mort par l'utérus peut arriver à une période avancée de la vie. il est probable que , dans nos observations de pertes et d'écoulements , la matrice n'était pas revenue sur elle-même , et qu'elle n'avait pas subi cette atrophie que nous avons si souvent notée : c'est du moins ce que nous avons constaté plusieurs fois.

L'infl!îence de la ménopause sur l'organisation et les maladies est un fait désormais hors de doute. Peu sensible pour les femmes de la campagne , pour celles qui sont robustes , qui se livrent à des travaux continuels , l'âge critique reprend son empire sur les femmes délicates, nerveuses, impressionnables, sur celles qui souffrent ou qui ont souffert. Certes , il n'entraîne pas après lui tous les dangers dont les anciens , et nos pères , avaient com-

l.NFLUENCE hV TEMPS CRIIIQUE SUll LES MAL.4D1KS. /tSf)

posé son cortège , mais il a une action réelle que d'autres exagérations ne lui enlèveront pas.

Nous avons vu , en eJQTet , son approche et sa durée rappeler des maladies qui ne s'étaient montrées qu'à la première apparition , réveiller d'anciennes affections qui semblaient depuis long -temps guéries, occasioner de nouvelles maladies , exaspérer celles qui existaient ; nous pouvons donc maintenant nous livrer à l'examen de la question que nous nous étions adressée dans la première partie de ce Mémoire : quelle est la proportion des affections de l'utérus sur la iiiorîalité du temps critique ?

C'est un fait, malheureusement trop vrai, qu'il n'esi point de médecin qui ne soit consulté pour un nombre considérable de lésions de la matrice. Nous avons entendu dire à un professeur célèbre , qu'il évaluait la quantité de femmes atteintes de cette grave infirmité dans Paris, à environ vingt mille. Celte appréciation n'a rien de bien rigoureux ; elle ne repose sur aucune donnée statistique exacte , mais cependant elle ne surprend pas les médecins praticiens. Les recherches sur ce point de la pathologie offraient trop d'intérêt pour que nous nous bornassions au rôle de narrateur, aussi avons-nous vivement désiré éclairer la question. Dans ce but nous avons étudié quCiquesunes des causes qui nous paraissent avoir le plus d'influence sur la production des maladies de l'utérus, puis nous avons cherché si l'âge critique était plus fertile en affections de ce genre , que les autres périodes , et quelle était la nature de ces affections.

Parmi les 721 femmes (1) qui ont servi de base d ces

(1) Nous exceptons de ce nombre les femmes appartenant à la classe riche, à l'établissement de M. Bouvier, parce que nous n'avons pas sur elles des renscigncmenls aoser précis.

U^t DE LA ME!SSTRUATK)N.

recherches , 373 avaient eu des enfants , et 81 des l'aussescouches. Ainsi , sur le chiffre des femmes accouchées , un peu plus du quait n'avaient point amené à terme le produit de la conception : de ces 81 fausses-couches , 25 , presque le tiers , pouvaient être considérées comme les résultats de l'avortement. Cette proportion est énorme, mais elle n'a rien qui doive surprendre. Par ignorance des principes moraux , par manque d'une bonne éducation , une foule déjeunes filles ne croient point commettre un crime en faisant périr un être qu'elles se représentent comme une masse informe et sans vie. D'autres, aux prises avec la honte, le préjugé, ou naturellement vicieuses, viennent réclamer l'assistance de cette tourbe de misérables dont pullulent les grandes villes. La misère , la débauche , certaines positions sociales , contribueiît encore à rendre plus commun le crime d'infanticide. Aussi est-il peu de médecins qui directement ou indirectement n'aient été sollicités à rendre ce service. Si l'infanticide est aussi fréquent, il est incontestable qu'il faudra bien se garder de prendre aucune mesure qui tendrait à augmenter les causes qui îe produisent ; or , il n'en est pas de plus puissante que celle qui forcerait les femmes à afficher leur honte , les filles-mères ne sauraient être assez voilées. C'est surtout chez les femmes qui paraissent s'être soumises à des manœuvres coupables, que les suites de coucties ont été douloureuses ; elles entrent pour une proportion considérable dans les affections que nous allons indiquer. Nous ne saurions trop insister sur la fréquence des avortements ; peu de semaines se passent sans que les médecins des hôpitaux ne voient venir à leur consultation déjeunes filles ondes femmes qui réclament leurs secom s pour des héraorrhagies utérines;. eh bien! Ton peut affir-

IKFLUEKCE DU TEMPS CUITIQUE SUR LES MALADIES. /i37

mer sans crainte de se tromper , que ces pertes , surtout chez les filles , tiennent , dans le plus grand nombre de cas , aux dangereuses pratiques de l'avortement.

Sur les 373 accouchées, 192 ont présenté des accidents plus ou moins graves, qui se sont répartis de la manière suivante : 23 pertes , 22 engorgements , 9 maladies indéterminées, 7 chutes ou abaissements de matrice, 10 dérangements, suppressions de menstruation, 8 métrites, [i aliénations, 3 ulcérations, 17 cas de péritonite, abcès de la fosse iliaque, thrombus, faiblesse de jambes, tumeurs, hernie crurale, écoulements, polypes, antéversion, hystérie, affection des ovaires et phlegmasie alba dolens. Plusieurs de ces états morbides existaient chez la même personne. Ainsi un peu plus du tiers des femmes accouchées ont éprouvé des indispositions plus ou moins fortes, de nature diverse, après leur délivrance. Cette proportion n'est sans doute pas la même chez les fenunes qui sont placées dans de meilleurs conditions. Dans la classe du peuple, à peine l'accouchement est-il terminé, que la nécessité oblige à reprendre les travaux , et , comme d'ailleurs aucune règle d'hygiène n'est observée, l'utérus ne tarde pas à porter la peine de toutes ces infractions. Les femmes riches ou aisées n'ont pas à subir d'aussi fâcheuses conditions , mais elles commettent d'autres imprudences qui expliquent la quantité d'accidents qui se montrent également après leurs couches.

Il est donc constant que l'accouchement rend compte d'un grand nombre de maladies de matrice, et nous voyons déjà pourquoi ces affections sont si fréquentes pendant la belle période de la vie de la femme (1). Mais ce point ,

(4) Il est certain qu'un grand nombre d'atrections de l'ulénis sont causées par l'abus (les plaisFrs de l'amour, par des stimulatious dangereuses, par des organes

438 m: la MEiVSTîUiArKy^-i.

tout intéressant qu'il est , n'aurait que peu d'importance pour nous, si nous ne cherciiions l'influence que peut avoir sur elles le temps critique , soit en les réveillant ou en les exaspérant , soit en les transformant en d'autres maladies, soit enîm en déterminant si cette époque de la vie n'est pas le point de départ d'altérations spéciales.

En faisant ces recherches nous avons désiré savoir quelle était la proportion des femmes mariées et des filles qui avaient eu des enfants : sur 200 personnes qui ont pu répondre à nos questions , nous avons trouvé que 61 fdles avaient eu des enfants, c'est-à-dire un peu moins du tiers du chiffre total. Peut-être ce nombre est-il encore audessous de la vérité, car, lorsqu'on est bien connu dans un service , les' aveux ne sont plus aussi pénibles. Le nombre des fdles mères est réellement surprenant.

Pour jeter quelque jour sur cet intéressant sujet, nous avons dépouillé les observations de 60 femmes atteintes de lésions de la matrice ; voici les résultats qu'elles nous ont présentés :

Sur ce nombre, 35 étaient dans la période utérine, et la plus âgée ne dépassait pas trente-six ans : chez aucune les phénomènes précurseurs de l'âge critique ne s'étaient annoncés. Parmi ces 35 femmes ,

24 avaient des engorgements congestifs hémorrhagiques (1) , durs , et des douleurs par suite du retour des règles ; trois étaient atteintes de métropéritonites.

1 était malade de suppression,

1 avait un œdène du col,

disproportionnés, par des coïts trop directs ; mais l'accouchement et ravortement doivent entrer en grande ligne de compte.

(1) Nous avons adopté plusieurs des dénominations de M. Duparque, qui a publié un «xccHenl ouvrage intitulé : Maladies rie la mairice , 2 vol. in-S°. 1839^

lNFLUEL>iCE DU TEMPS CRITIQUE SUR LES MALADIKS. 439

1 présentait une ulcération simple,

i une névralgie utérine,

4 seulement offraient des affections de nature cancéreuse. Chez deux de ces femmes, âgées de 36 ans, la maladie était très-avancée ; chez les deux autres, âgées seulement de 30 ans, l'affection était douteuse. Dans deux cas la maladie paraissait avoir son point de départ dans dGjS accouchements.

De ces trente-cinq femmes , seize étaient devenues malades à la suite de couches , et quinze faisaient remonter leurs accidents immédiatement à leur couche. L'âge moyen de ces malades était de vingt-sept ans. Les extrêmes d'âge étaient compris entre quinze et trente-six ans.

On voit donc que les affections de nature inflammatoire sont l'apanage des jeunes femmes, et que les maladies cancéreuses sont rares dans cette période de la vie , puisque nous n'en comptons que quatre sur le nombre total , et que même deux sont incertaines.'

Un fait bien digne de remarque , et sur lequel nous avons déjà appelé l'attention , c'est la fréquence des maladies qui succèdent à la grossesse. Nous croyons qu'on ne prend pas assez en considération cette grande époque de la vie.

Les femmes ignorent que, pendant près de six semaines , l'utérus est engorgé , augmenté de volume , et que des erreurs de régime , comme des travaux trop hâtifs, des rapprochements prématurés, des impressions, l'air froid, des fatigues, suffisent pour rendre cet état, qu'on peut appeler physiologique , de passager habituel ; et alors surgissent toutes ces maladies qui paraissent croître chaque année.

Sur les 25 autres fenunes atteintes de lésions de l'utérus à l'âge critique , ou quelques années après la cessation des

règles, voici l'ordre dans lequel se sont présentées ces affections:

14 cancers plus ou moins confirmés; de ces maladies, 6 se sont montrées à l'époque, sans symptômes précurseurs ; 5 ont été annoncées par des douleurs plusieurs années à l'avance ; 1 ne fut point soupçonnée , et la femme succomba à 83 ans à une autre altération ; 2 se sont déclarées plusieurs années après la cessalion.

9 engorgements , dont la moitié avec perte. De ces engorgements, un n'a été reconnu qu'à 78 ans, au moment de la mort.

2 tubercules de l'utérus non reconnus.

De ces vingt-cinq femmes , trois faisaient évidemment remonter leurs accidents à une couche plus ou moins pénible. Dans deux cas , la maladie avait fini par dégénérer ea une affection cancéreuse.

L'âge moyen de ces femmes (1) est de kl ans 5; mais si l'on en retranche les deux sujets chez lesquels ces maladies n'appartiennent pas au temps critique , cet âge n'est plus que de 44, 54; les extrêmes sont compris entre 39 et 57 ans.

Ainsi, sur ces 24 femmes, 14, e'est-à-dîre plus de la moitié , ont été atteintes de maladies cancéreuses à l'âge critique: de ces 14 affections cancéreuses, deux doivent être retranchées du tableau , puisqu'elles n'ont paru que plusieurs années après la cessation : on voit donc que l'âge critique n'est point sans une grande influence sur cette époque de la vie, puisqu'il développe, exaspère,

(1) L'affeclion tuberculeuse ne peut être rattachée aux lésious ordinaires de la maHic'e.

INFLUENCE DU TEMPS CRITIQUE SUR LES MALADIES. ll'\l

confirme un des plus redoutables fléaux de l'espèce humaine.

Sur 6,825 femmes entrées à la maison royale de santé dans l'espace de douze ans, madame Boivin a compté 409 squirrhes , cancers ou ulcérations de l'utérus , 203 affections semblables des ovaires , et 96 cancers des mamelles , en tout 708 affections cancéreuses , squirrheuses. Si l'on suppose qu'elles se soient manifestées chez autant de personnes différentes, elles seront , par rapport à la proportion des femmes entrées , d'un neuvième et une fraction. Si l'on ne tient compte que des lésions de l'utérus, la proportion ne sera plus que d'un seizième et une fraction , chiffre encore fort élevé.

De ces ii09 femmes il y en avait :

12 au-dessous de 20 ans 83 de 20 à 30 ans (102 de 30 à kO ansj 303x106 de 40 à 45 ans de 30 à 50 ans. ( 95 de 45 à 50 ans) 7 de 50 à 60 ans 4 de 60 à 70 ans

Ce nombre des cancers de l'utérus est donc beaucoup plus grand à l'âge critique qu'aux autres époques de la vie. Cette influence de l'âge critique sur le développement des affections cancéreuses, a fait dire à Dionis, que sur vingt femmes attaquées de squirrhes et de cancers à l'utérus , il en est quinze au moins chez lesquelles ils ne se déclarent qu'aux approches de la cessation des règles. Dans une note statistique sur les polypes , consignée dans

les leçons orales de Dupuytren (1) , on trouVe que sur 57 femmes dont on n'a pu préciser le temps où les pre- | miers symptômes de la maladie se sont manifestés ,

chez 1 ils avaient paru de 15

15 à 20 exclusivement

60 et au-dess.

Ainsi la période qui en fournit le plus est celle de dO à 50 ans.

Cette époque n'est pas moins puissante sur le développement des pWegmasies, puisqu'on en compte neuf, ce qui forme plus du tiers du chiffre total des 24 femmes ; observation importante , car elle démontre que beaucoup d'affections sont curables, et qu'il ne s'agit que d'établir un diagnostic précis. Nous avons même vu que des maladies, en apparence réputées mortelles, avaient été guéries par les seuls efforts de la nature, après une lutte longue et pénible de plusieurs années. Nous ne saurions trop insister sur ce point, car on rencontre dans le monde élevé , et surtout parmi les étrangers et les anglaises , des dames qui sont convaincues que tout écoulement, tout désordre du côté de la matrice , est l'indice d'une maladie incurable ; en un mot, tout est pour elles un ulcère. On comprend combien cette opinion est erronnée , combien il est utile de la combattre, et de répéter à ces personnes qu'elles doivent vaincre des scrupules , honorables sans doute , mais

(1) Dupuytren, Leçons orales de clinique chirurgicale faites à rHôtel-Dfeudt Pari$,T III, p. 483.

INFLUENCE DU TEMPS CRiTIQLE SUR LES MALADbES. Uk'à

qui n'en ont pas moins pour elles les suites les plus funestes. On a dit des maladies particulières aux femmes , comme de beaucoup d'autres affections , qu'elles ne paraissaient plus communes maintenant que parce qu'elles étaient mieux étudiées. Cette opinion , qui nous paraît aussi peu fondée que celle de quelques auteurs sur l'état stationnaire des aliénés , des suicides , a été l'objet d'un examen critique de la part de M. Tanchou (1); à cet effet , il a extrait des registres mortuaires de la ville de Paris et de la banlieue , le résultat suivant :

Tableau des femmes mortes de maladies sexuelles j, etMrtout du cancer de l'utérus , dans le département de la Seine , de 1830 à 1835.

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