‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 111 sur 181 · MM. Ernest Renan, Emile Burnouf, etc · texte numérisé non relu

MM. Ernest Renan, Emile Burnouf, etc

CnAPITRE XX. 190

En somme, dans le monde chrétien, dans le monde musulman , dans le monde brahmanique (XXXVII), qui comprennent la plus forte partie du genre humain et les contrées les plus civilisées du globe, la doctrine de la révélation est le fondement de Texislonce religieuse et morale des peuples. Sans doute, sous cette crovance se sont cachées dans tous les temps, d'indignes superstitions, d'absurdes pratiques, de manifestes supercheries ; nous ne déguisons rien de ces abus de la crédulité populaire ; mais au travers de ces abus le grand fait subsiste ; l'adhésion au surnaturel^ c'est-à-dire à l'action d'un Dieu tout-puissant en dehors de l'ordre habituel qui préside à la succession des faits , reste vivante dans les âmes, en dépit des protestations toujours renouvelées de quelques philosophes. La science elle-même n*y répugne pas absolument et elle admettra par l'organe d'Euler *, qui fut un des grands igéomètres du dernier siècle, la possibilité d'une dérogation exceptionnelle aux lois de la nature, comme attribut de la souveraine puissance de laquelle tout émane. Y a-t-il donc là un long et universel égarement du genre humain, ou plutôt n'est-ce pas une loi de l'organisation de l'homme à laquelle, pnveloppé de mystère sur son origine, sur les condi-

i . Lettres à luie princesse d'Allemagne sur q^ielqucs sujets de physique et de philosophie, 1772.

tiens mêmes de sa vie présente, de sa destinée ultérieure, obligé par sa raison de chercher le secret de la propre création de son être en 'dehors du cours naturel des choses, il ne fait simplement qu'obéir ? En effet, prenons-y bien garde; les exposés systématiques qui le présentent comme le produit d'une agrégation moléculaire dû à quelque force occulte et spontanée de la nature, aboutissent toujours à un véritable miracle de la matière ; or, entre le miracle de la matière et le miracle de Dieu, l'humanité s'est toujours prononcée et se prononcera toujours sans doute en faveur du dernier. Quand on lui dit que les corps et les êtres se sont créés eux-mêmes, elle croira plus volontiers qu'ils sont dus à une cause supérieure. Cela n'est pas moins inexplicable sans doute, mais s'accorde mieux ayec les fondements de la raison (XXXVIII). En définitive, la religion révélée par une explication simple et sublime répond aux inquiétudes de la curiosité humaine, aux secrètes aspirations de l'àrae vers la solution du grand problème de l'existence universelle ; ce que ne peuvent faire ni la philosophie ni la science qui jettent quelques lueurs sur l'abîme comme pour en mieux montrer la profondeur et les ténèbres, elle le fait en quelques mots. Elle satisfait les hommes portés (c'est le grand nombre) à sacrifier la raison à la foi; elle les satisfait pleinement, elle met

Page 1