CHAPITRE IV. i
avoués de l'humanité, des intérêts les plus manifestes de l'association, qui n'aient pu être soutenus par le raisonnement et rendus delà sorte plausibles, spécieux même pour quelques-uns. Notre être moral est de sa nature entre deux courants, la foi et le doute; notre raison réclame l'un, et notre esprit recherche l'autre; "contraste qui a frappé tous les moralistes. Dans le libre jeu de nos facultés, nous nous complaisons aux détours de la dialectique; le faux et l'absurde sont les bienvenus quand ils savent se cacher sous le voile d'une subtile argumentation. On sait le prodigieux succès, dans la Grèce, de cette école de sophistes qui prétendaient pouvoir indifféremment, en toute question, démontrer le pour et le contre. Partout et toujours il s'est trouvé ainsi des hommes pour pratiquer le sophisme, d'autres pour l'accueillir. On l'a vu plus d'une fois, en ces derniers temps, impudent et menteur, se dresser contre la société, étaler hardiment ses maximes perverses et funestes. 11 nous dira : La propriété c'est le vol, Dieu ce$t le mal (111). Dans la Uce où il entre armé de toutes les arguties du raisonnement pour soutenir ces inepties, nous lui servons trop souvent, redisons-le, de galerie; nous applaudissons aux coups bien portés sans songer au mal que fait le champion habile en ébranlant les fondements essentiels de la croyance humaine. C'est de la
sorte que l'art du raisonnement, au Heu d'être le bouclier de la vérité, est fréquemment devenu pour elle un rude et opiniâtre adversaire.
C'est, au reste, le propre de tous les esprits distingués de notre époque de tenir la dialectique pour suspecte, de n'y voir, selon l'expression de M. D. Nisard, ^< qiiwi procédé artificiel, plus propre à faire tort à la vérité quà la servir. » L'auteur ajoute : « Je me défie de la dialectique quand je vois tout le moyen âge enchaîné au syllogisme et l'esprit humain tourmmê sur lui-même pendant des siècles dans le cercle âtroit d'une vaine argumentation K »
En outre de cette tendance de l'esprit qui , entre les deux manières de procéder, l'expérience et le raisonnement, doit en général nous faire préférer la seconde, il &ut dire, conune le Causait remarquer un écrivain que nous avons cité plus haut (M. LaboulayeX qu'on arrive ainsi bien plus vite et plus facilement à un résultat tel quel. Étudier et analyser des &its est long et n'est pas à la portée de tout le monde. Ce n^st pas de suite qu'on arrive par cette voie à l'affimiation. Au contraire, sur une assimilation hasardée^ sur une anal<^e douteuse, sur une conception hypothétique , nous porterons immédiatement un jugonrat en règle et qui, dans sa iorme au moîiis, salis-
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