CHAPITRE XII
rière elle ceUe de Machiavel. Elle ne recule en effet devant rien, et va même jusqu'à revendiquer au droit divin du moyen âge, au nom du droit populaire, l'é^ pouvantable doctrine du régicide 1
Les considérations qui tendent à établir scientifi^ quement une distinction entre la politique et la mo^ raie, s'appliquent aux autres sciences. Toutes ont un but commun que nous appellerons si l'on veut morale le perfectionnement de la société; mais elles n'en restent pas moins distinctes. Ainsi de la législation. La morale a manifestement ses justiciables qui ne sont pas ceux de la loi. Celle-ci ne peut ni comman* der tout le bien que prescrit la morale, ni défendre tout le mal qu'elle réprouve. Que d'objets tenus par cette dernière en profonde aversion , que la loi est obligée d'admettre et de réglementer !
Quant aux faits économiques, est-il possible de les concilier toujours avec la morale? On l'a vainement essayé dans des écrits remplis d'excellentes vues et d'heureux développements, sans doute, mais qui ne sauraient changer la nature des choses. Il est mal« heureusement trop vrai que la production ne sert pas seulement les besoins, elle s'accommode à toutes les satisfactions de l'esprit et il faut bien le dire aussi à tous les égarements de l'imagination et des sens. Tel établissement qui a une destination bien f&cheuse pour
les mœurs, a tous les caractères d'une excellente valeur économique. Le grand principe de la division du travail, une des bases de la science, amène un nombre infini d'êtres humains à l'abrutissement, les rabaisse presque au niveau du ressort de la mécanique, à laquelle ils sont attachés « il n'y a rien, dit à ce sujet un écrivain que nous aimons à citer*, qui tende plus que la grande division du travail à matérialiser l'honune à ôter de ses œuvres jusqu'à la trace de l'âme. »
Voyez ce qui se passe relativement à l'opium. Certes ceux qui cultivent en grand le pavot, ceux qui fabriquent la drogue narcotique, ceux qui la vendent aux Chinois, paiticipent tous à une œuvre damnable d'empoisonnement, mais leur conscience n'est nullement engagée. Des puritains prennent part à cette opération, qui économiquement parlant, ne laisse rien à désirer, et sur laquelle la philantropie anglaise édifie d'énormes capitaux. Les considérations morales sur ce détestable usage c'est à ceux qui le pratiquent qu'il faut les adresser. Mais tant qu'ils ne se réformeront pas, tant qu'il y aura demande de cet article de consommation, il y aura des gens pour le produire, l'échanger, le transporter; le véritable esprit de civilisation chrétienne peut beaucoup ici peut-être, mais la science n'y peut rien.