‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 76 sur 181 · DE LA LOI DE CONSERVATION SOCIALE COMME BASB DB · texte numérisé non relu

DE LA LOI DE CONSERVATION SOCIALE COMME BASB DB

l'appréciation des FAITS.

Reste un dernier ordre de considérations dont les faits doivent être l'objet et qui complète l'exposé auquel est consacré ce travail. Le lecteur qui en aura suivi avec quelque attention le développement saisira facilement la portée de cette vue nouvelle.

Si nous examinons dans sa généralité la iiatvrn, nous reconnaissons que les faits qui s'y rapportent tendent tous vers un but commun, à savoir : la con-sermtion des êtres divers, qui en constituent Tensemble. C'est la loi fondamentale qui les régit, et elle se retrouve dans tous les détails de leur existence; les naturalistes en ont montré les applications diverses, et ainsi reconnu dans l'ordre naturel des combinaisons qui dépassent tout ce que pourrait inventer l'imagi-

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nation la plus féconde. Eh bien 1 il en est de cette collection d'individus qu'on appelle la société comme de l'individu lui-même ; elle est également soumise à la grande loi de conservation. Les faits sociaux en définitive, tendent essentiellement aussi au maintien de la société. Pourquoi en effet n'en serait-il pas en ceci de l'ordre moral comme de l'ordre naturel; et comment la loi fondamentale qui régit les parties ne régirait^elle pas le tout? Le corps social est donc avant tout soumis à l'esprit de conservation. Il veut se perpétuer. Cette tendance prédominante se révèle sans effort à l'observation, et l'on peut dire que dans bien des cas, c'est un sentiment intime qui lui fait connaître avec une véritable certitude les mesures propres à le mener à ce but primitif et essentiel : la conservation.

Mais se conserver pour les êtres matériels ou immatériels, c'est prendre tout Surdéveloppement, c'est accomplir la somme de progrès que comporte la nature même des choses. Les faits sociaux devront donc concourir au maintien, c'est-à-dire au développement progressif de la société. Nous disons qu'ils sont bons en tant qu'ils marchent à ce résultat, mauvais s'ils vont en sens contraire. La réflexion fera comprendre toute l'importance de cette donnée qu'avaient entrevue quelques écrivains, mais dont ils n'ont pas,

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ce nous semble, aperçu les hautes conséquences. Quelle base simple et solide effectivement dans l'appréciation des faits ! Quel sûr critérium pour les jugements que nous avons à porter sur toutes les choses du [monde social dans son présent, dans son passé!

Ainsi il est dans Fhistoire du genre humain de certains faits qui se présentent, à peu près identiques, dans tous les âges et dans tous les pays. C'est Cicéron qui ,1e premier, nous le croyons, a considéré l'adhésion unanime des hommes en toute question comme un concluant témoignage de la vérité : « In omni re, dit l'illustre Romain *, consensio firma omnium gentium est vox naturœ et argumentum veritatis. » Ce caractère d'unanimité a, en effet, beaucoup de force et la méthode s'en empare comme d'une autorité puissante ; mais il est des faits qui sans être universels se produisent toutefois avec une grande généralité dans l'histoire, et ceux-là appellent un sévère examen. Combien est-il d'erreurs en effet qui ont presque universellement dominé le monde ! L'esclavage remonte à son berceau, et il n'est encore effacé que sur quelques points très-limités du globe. L'antropophagie fut^ selon toute apparence, admise par la plupart des peuplades sauvages, rameaux d'une souche

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