CHAPITRE XXVIIT
L'Assemblée nationale ne s'y arrêta guère. Dans son ardeur de réforme, elle abolit tout ce qui vivait depuis des siècles. «Nous avons vu, disait avec un solennel accent Royer-CoUard dans la session de 1822, la vieille société périr et avec elle une foule d'institutions domestiques et de magistratures indépendantes qu'elle portait dans son sein; faisceau jouissant de droits privés, vraies républiques dans la monarchie, ces institutions, ces magistratures, ne partageaient pas, il est vrai, la souveraineté, mais elles lui opposaient partout des limites que l'honneur défendait avec opiniâtreté. Pas une n'a survécu et nulle autre ne s'est élevée à leur place. La révolution ri a laissé debout que des individus : la dictature qui Ta terminée a consommé sous ce rapport son ouvrage !» (LVIII).
L'œuvre sociale de la célèbre assemblée a été grande et complète assurément. Ce fut une France nouvelle qu'elle improvisa. L'égahté était fondée, mais avec elle un vaste système de centralisation administrative qui se concilie mal avec la liberté pratique et réelle (LIX). Nous voyons quels obstacles sont semés sur la route, et combien elle s'édifie lentement 1 Tant de faux pas nous éclairent assurément sur l'avantage pour les peuples de procéder en ceci d'après une prudente expérience, de s'attacher à faire sortir des
faits la théorie, au lieu d'en prendre une toute faite dans les écrits des penseurs.
XX. — La monarchie représentative, ce grand compromis qui semble appelé, en ses modes divers, à terminer en Europe et autre part encore dans le monde, la lutte ouverte à la fin du dernier siècle, repose sur l'élection, et c'est ici que se manifeste à tous les yeux l'inévitable imperfection des choses humaines. On ne peut se passer de l'élection, et toutefois on reconnsdt fort bien le côté ricieux d'une pratique qui donne nécessairement raison au grand nombre. Tant s'en faut assurément qu'elle soit toujours avec la pluralité. Galilée avait tout son siècle contre lui, et néanmoins c'était un rayon de vérité qui illuminait cette tête illustre sur laquelle ses contemporains déversaient l'anathème et le ridicule. Les suffrages devraient se peser; ils se comptent et quand ils sont presque partagés, quand il y a par exemple d'un côté un million de votes, et de l'autre aussi un million plus un, la décision est prise; mais le bon sens s'en .accommode-t-il bien? On a proposé enAngleterre pour éviter cet inconvénient, de donner aussi une représentation aux minorités ^; il apparaît que les inconvénients résultant du mode électif seraient en grande