CHAPITRE X\X
lui plail, les objets de son travail, et eu échange sans aucune gêne les simples produits. Voilà le fait fondamental . Ainsi , tandis que nous avons débuté dans la formation de la société politique par Tautorité, ici nous débutons par la liberté. C'est Tinverse de ce qui s'est passé, il importe au plus haut degré de te remarquer. Mais de même qu'on voyait alors la liberté se présenter immédiatement pour tempérer l'autorité, de même on^voit ici la liberté bientôt tempérée par l'autorité, de telle sorte qu'un régime absolu n'a pas plus de réalité dans un cas que dans l'autre. En effet, on reconnaît qu'à mesure que la société se développe, il se manifeste des circonstances de diverse nature, qui l'amènent à gêner cette liberté primitive des transactions. Ce sont des restrictions ou des prohibitions en faveur du travail intérieur contre la concurrence que vient lui faire le travail étranger. Ces faits se présentent partout, et il n'est guère d'État qui n'ait passé par là. Mais une étude attentive montre que cette action restrictive ou prohibitive s'accomplit parfois sans règle et sans mesure comme une pratique que n'éclaire point la science, et qui subsiste alors que les faits ont changé et qu'elle n'a plus de raison d'être; avec le temps la lumière se fait; on trouve qu'il y a ici deux intérêts en présence, intérêt de production, intérêt de consommation. Quand le
dernier est prédominant, on rentre dans la voie de ta liberté commerciale ; mais on n'y rentre qu'avec prudence, car il y a de nombreux travailleurs dont il faut sauvegarder l'existence. Au nom du principe absolu, on leur dirait : Changez de besogne. La société repousse cette application rigoureuse qui entraînerait d'incalculables souffrances parmi les populations ouvrières. Puis, est-on toujours libre de dire à la terre où croit le blé de produire du vin, à celle qui donne du vin de produire du œton ? Il est assurément des nécessités de nature qu'il faut subir. De là ce qu'on appelle le régime de la protection, destiné à renaplacer insensiblement partout le réginle prohibitif. Dans le fait, c'est sur ce principe que repose actuellement tout l'ensemble des transactions commerciales entre les pays civilisés (LXV), Elles sont un compromis; libre échange réel, non, mais échange rendu plus facile et tendant à l'entier affranchissement tout autant qu'il est possible. Il ne s'agit pas de faire vivre iiidéfiniment certaines industries aux dépens de la communauté. On les considère comme ces malades qu'on empêche de mourir ou auxquels on procure une mort lente, par les précautions dont on les entoure ; c'est un régime de transition sans doute, mais il ne faut pas dissimuler (jue la transition sera quelquefois longue, et il n'est pas sûr même qu'en certains points on puisse jamais