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comme toujours l'application de la règle. Le travail a ses écarts de même que la volonté humaine dont il émane; il crée une œuvre sublime qui développe de bons et nobles sentiments dans le cœur de l'homme, et une production infâme qui mène à tous les égarements des sens. Qui oserait dire que la liberté des transactions doit être respectée quand il s'agit de ces ventes humainfis qui s'effectuent de temps immémorial sur les côtes d'Afrique; et quand la femme fait parfois, même avant la nubilité, un honteux trafic d'elle-même, qui pourra trouver à blâmer que la li- . berté soit gênée en sa personne? certes, la traite et la prostitution, voilà des faits en faveur desquels nul n'aura jamais l'idée d'invoquer le principe de la liberté commerciale!
VI. — En divers pays on peut observer que, dans la vie industrielle, les besoins pressants de la famille livrent les enfants à un travail excessif qui, en même temps qu'il épuise les forces et empêche le complet développement physique, exclut toute culture morale et intellectuelle. Les misères de cette situation de l'enfance ont éveillé la commisération publique et amené à cet égard une législation restrictive. Faudrat-il protester contre ces mesures au nom du droit qu'on les parents de disposer, comme ils l'enten-
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dent, de leurs enfants? Qui ne sent que ce serait l'exagération d'un principe de morale sociale que nous sommes loin de contester? L*autorité des parents sur leurs enfants existe assurément, mais le droit absfdii n'existe pas plus dans la famille qu'en dehors de la famille. Sans nous arrêter aux dispositions barbares de telle ou telle législation, nous voyons qu*en thèse générale la société a toujours pensé qu'elle doit exercer, dans l'intérêt de sa propre conservation, une action réelle sur les enfants, une action qui se manifeste souvent par des règles de protection bien déterminées. Elle ne permet pas aux parents de faire de leurs' enfants des êtres dégradés au physique et au moral, parce qu'il lui faut des citoyens jouissant de toute la plénitude de leurs facultés. Et ceci nous mène à la question tant agitée aussi pareillement de l'éducation. Le droit irait-il ici jusqu'à vouer les enfants à l'état de brutes? Non certes, cela n'est permis à personne, pas plus que d'en faire des êtres vicieux, des scélératsl La société ou l'État qui la représente a toujours cru devoir s'interposer à cet égard dans l'intérêt de l'enfant. Parfois même cette intervention a été extrême ; à Sparte, les enfants étaient la propriété réelle de l'État, qui les faisait élever pour lui et à sa guise. La famille était ainsi moralement spoliée. Mais il y a une juste mesure qu'enseigne l'expérience; elle fait
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connaître les circonstances qui n<^t'essitent cette action de l'État et la limite où elle doit s'arrêter. Hors de là tout est vain système.
VIL — " L'association est assurément excellente en soi. Elle est le fondement même de l'existence humaine, et Rossi a dit avec raison que ses applications diverses sont appelées à changer la face du monde. S'il est absurde de vouloir, comme l'entendent les adeptes du socialisme, transformer l'État en unegrande association à laquelle on fera tout faire (LXVI), il est très-sage au contraire de faire faire le plus de choses possible par l'association libre des particuliers entre eux. Il ne faut pas, comme le font quelques personnes, confondre ces deux données, entre lesquelles il y a une séparation profonde. Quand, par exemple, à l'instar des sociétés coopératives, qui existent en Angleterre depuis plus d'un siècle, se forment de ces sociétés ou-, vrières de comsommalion, de production et de crédit^ qui ont pris en quelques contrées de l'Europe et notamment en Allemagne un assez grand développement et produisent les plus heureux résultats, en faisant profiter les associés des bénéfices de l'intermédiaire commercial ainsi supprimé (LXVII), il faut en seconder l'essor. Quel immense appui trouvera aussi dans l'esprit d'association la propagation des sciences
et des arts utiles! Qu'on adopte donc cette règle qu'en général rien ne doit le gêner dans son action, et qu'il est rationnel que les individus soient libres de faire réunis ce que chacun est libre de faire en particulier. Toutefois ce n'est point là encore un principe absolu. On s'associe pour le mal comme pour le bi^n, et il faut reconnaître que le mal emprunte de l'association une force rapidement croissante et menaçante pour la société. Qu'un individu soit amené par l'exaltation de son opinion politique à admettre tous les moyens pour la faire triompher; qu'il ne recule môme pas devant l'assassinat, si ce personnage se renferme dans sa doctrine barbare, s'il reste isolé au sein de la société, il y gardera sa liberté qu'on pourra* à l'occasion lui ravir, comme on en interdit l'usage à un fou dangereux; mais devra-t-on respecter l'association fondée sur les mêmes principes? Il n'est personne assurément qui ne soit d'avis qu'il faut empêcher, si l'on peut, la formation d'une telle association. De même aussi on repoussera momentanément ou à toujours toutes sociétés religieuses, politiques et civiles de nature à compromettre la paix publique et essentiellement antipathiques aux principes sur lesquels repose la société. Vainement, on invoquerait en leur faveur l'autorité des principes, il n'en est point qui les garantisse et on ne les admettra dans aucun pays bien ordonné.
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VIII. — Tel n'est pas l'avis de certains pubiicistes qui n'aeceptent aucune transaction et veulent l'application de la donnée théorique dans toute sa rigueur (LXYIII). Néanmoins, une autorité réglementaire, une police est indispensable, et ceux-là qui poursuivent en principe à outrance toute réglementation sont bien obligés de l'admettre dans la pratique. L'action préventive est, en nombre de cas, absolument réclamée pour la sécurité mèiïie de la société, comme lorsqu'il s'agit par exemple de certaines industries nuisibles aux habitations contiguês. Voyez ce qui se passe relativement aux chemins de fer; quelques gi'ands crimes s'y sont commis, et il est tel qui est resté finalement impuni. L'attention s'est éveillée sur ce point. Il se pourrait que, par suite, fussent prises, relativement à ce mode nouveau de transport, certaines précautions spéciales propres à refréner l'audace des malfaiteurs. S'il en résulte quelque gêne pour les particuliers, qui pourra se plaindre de mesures prises dans l'intérêt général? La réglementation hors de propos est assurément chose funeste ; mais l'observation montre aussi bien souvent que l'absence de toute réglementation ne l'est pas moins. C'est ce qu'on reconnaît en quelques pays, en Angleterre notamment, où, tandis que de ce côté du détroit se poursuit la- campagne ouverte au nom de l'entier ren-
versement des gènes administratives, on introduit furtivement en certains points livrés jusqu'ici au régime de la liberté absolue des limitations et des règles reconnues nécessaires (LXIX).
Quand on pose avant tout le principe de liberté illimitée, il arrive qu'en présence des nécessités de l'ordre social, on est, à chaque pas, contraint de faire sur un objet ou sur un autre quelque concession qui le contrarie ou le renverse. Ici, ce sont des monopoles qu'il faut subir, comme la poste aux lettres, les chemins de fer, la fabrication des monnaies, l'éclairage public, sans parler de ceux qui sont institués dans un intérêt fiscal ou politique (les tabacs, les poudres, etc.) ; là c'est une prohibition à laquelle nul homme de sens ne refusera son adhésion (la maison de jeux, la pièce de théâtre mal séante, le livre infâme, la réunion compromettante pour l'ordre public, etc.), il faudrait pour être dans le vrai faire le contraire de ce qu'on fait, à savoir, poser tout d'abord l'ordre social avec ses exigences impérieuses et s'attacher à les concilier autant que possible avec la liberté , c'est-à-dire la faire prévaloir dans toutes les circonstances où ce serait véritablement sans utilité qu'on imposerait telle ou telle entrave aux rapports entre individus. Nous croyons qu'adopter cette marche et prendre ainsi pour base ce qui est en place de ce qui n'est