‹ De la méthode d'observationChapitre 28 sur 195 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

très-ancieDne, a porté jusqu'à la démonstration la thèse établie ci-dessus. Nous voulons parler des recherches statistiques ; nous aurons à revenir plus loin sur la statistique, à lui faire sa part dans l'application de la méthode nouvelle; il né s'agit ici que de montrer que les phénomènes sociaux s'accomplissent, aussi bien que ceux de l'ordre matériel, d'après un enchaînement régulier et constant. C'est le service éminent qu'a rendu la statistique, en outre des ré* sultats partiels fort intéressants qu'on en a obtenus. Si l'on consulte, en effet, les documents publics relatifs à certains faits généraux, par exemple, ces précieux comptes rendus annuels de la justice criminelle, qui remontent à 1 825, et ont, par conséquent, quarante ans d'existence; on voit avec surprise les mêmes données se reproduire uniformément dans une périodicité déterminée. Les différences d'une année à l'autre sont, pour chaque catégorie de faits, très-faibles d'ordinaire, et si elles changent tout à coup dans une forte proportion, une circonstance nouvelle est là pour expliquer l'accroissement ou l'atténuation. Or, dironsnous, si ces différences sont dues à des causes régulières, comment les faits générateurs eux-mêmes seraient-ils le produit de combinaisons fortuites ? Cette idée même peut-elle se concilier avec l'égale répartition qui se manifeste primitivement, quand rien d'ex-

ceptionnel n'est venu troubler Tordre de succession des faits?

On est donc invinciblement amené à cette con* clusîon, que le hasard n'est pour rien en tout ceci, non sans doute qu'il nous soit donné de nous rendre compte de ce cours non fortuit des chos^ ; les lois d'après lesquelles tout s'accomplit ici-bas se découvrent à l'observation, mais n'en sont pas moins pour nous un profond mystère. On ne s'explique point à priori qu'il se produise chaque année au sein d'une population un nombre à peu près égal de faits de criminalité, qui se distribuent d'une manière, à très^peu de chose près constante aussi, selon l'âge, le sexe et les diverses circonstances de la vie sociale. Comment une telle égalité s'établit-elle en des actes auxquels préside le libre arbitre individuel? Contentonsnous de dire que cela est. On pouvait le pressentir avant l'invention de la statistique; mais il est bien positif que ce n'est que depuis que les faits sont constatés par des tableaux annuels que la certitude est acquise à cet égai^. Il en est de même .pour toutes les autres catégories de faits qu'on peut soumettre à une semblable analyse ; ils se succèdent toujours avec la plus étrange régularité. Ainsi chaque année le suicide, la folie et tous les maux qui affligent la vie se répartissent en des proportions presque égales; et

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