CHAPITRE XVI
la science, il n'y a absolument qu'une différence organicpie ; qu'il n'est comme lui qu'un agrégat chimique du sein duquel jaillit quelque jour la pensée (XXX). Non, jamais l'humartité ne croira cela! toujours elle s'en rapportera à l'obseiTation qui dans sa forme la plus simple, la plus élémentaire, nous révèle qu'il y a en nous un être pensant, distinct de l'être vivant par lequel nous nous relions à tous les autres corps organisés. Cet être pensant ne se manifeste-t-il pas de soi-même sans effort? N'en faut-il pas un, au contraire, pour résister au puissant témoignage de la conscience à cet égard, et est-il permis raisonnablement de supposer que l'humanité en masse s'associant à la dénégation de quelques individus, s'anéantira elle-même un jour, de parti pris, dans l'existence des plantes et des animaux?
Pourquoi d'autre part renouveler cet interminable débat, touchant l'impossibilité de confondre la matière et la pensée comme un phénomène identique? N'avons-nous pas épuisé la démonstration et faut-il espérer encore d'arriver à l'argument qui contraindrait le matérialisme à se rendre ? Où le prendre, cet argument par lequel serait consommée sa défaite? Existet-il? Évidemment non, et s'il est vrai que le matérialisme ne pourra jamais triompher de la résistance invincible que lui oppose l'humanité, il n'est que trop
vrai qu'il ne sera jamais non plus entièrement vaincu par le raisonnement « L'école se fatigue, dit à ce sujet, un écrivain que nous aimons t citer, à démontrer l'immortalité de l'âme ; on ne démontre pas un tel dogme *. »
Contentons-nous donc de la ferme et persévérante adhésion du genre humain. Peut-être avec le temps, finira-t-on par trouver bien étrange cette prétention de l'esprit à se confondre ainsi lui-même avec la matière, à se donner tant de peine pour prouver qu'il n'existe pas. Cette doctrine est au reste, à le bien prendre, comme l'athéisme une doctrine de compétition ; c'est manifestement en vue des idées religieuses qu'on la défend et qu'on y persiste. On consentirait à avoir une âme si, sur cette croyance, ne se fondait tel culte, tel sacerdoce qu'on réprouve. Le matérialiste de nos jours, aussi bien que l'athée ou le sceptique est, avant tout, de Bayle à Feuerbach (XXXI), animé d'un sentiment de réprobation à l'égard du christianisme. Mais ce sentiment ne s'effacera-t-il pas à mesure qu'on s'éloignera de ces faits déplorables qui l'ont suscité et que la tolérance religieuse établira sa souveraine puissance sur le monde? Combien est-il d'autres points dans les sciences morales et politiques sur lesquels nous pensons de même