‹ De la méthode d'observationChapitre 96 sur 195 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

(suite)

V. LE POSITIVISME. — VI. LES SENSATIONS, LES IDÉES, LE> FACULTÉS. — VII. LA LOGIQUE ET LA MÉTAPHYSIQUE. — VIII. l'absolu ET L*INFINI.

V. — On voit comment doivent être envisagées, selon nous, ces deux notions qui s'agitent depuis l'origine des sociétés entre les sages et les savants. Il les faut insensiblement ranger dans la classe de ces principes, de ces vérités, que la conscience humaine met en dehors du raisonnement. Il suffit d'un exposé sincère des faits que présente à cet égard l'histoire philosophique , l'induction fait le reste. Qu'on nous comprenne bien , au surplus, notre pensée n'est pas de les mettre à l'écart, sous prétexte qu'il n'y a pas moyen d'arriver à des arguments de nature à clore définitivement la discussion. Nous les affirmons au contraire de toute la puissance de nos convictions ,

DE LA MÉTHODE d'OBSBRVATION — CHAPITRE XVII. i53

nous séparant en ceci de l'école positive, qui établit en principe qu'il est oiseux de s'occuper de telles questions, puisque la raison ne peut les résoudre et les raye d'une manière absolue du cadre des objets soumis à l'intelligence humaine. Singulière prétention, certes, que de tenir ainsi tout à coup pour non avenues des idées qui absorbent l'intelligence de l'homme depuis la création, et qu'il est dans sa nature de considérer, aussi bien qu'il est dans la nature des yeux de regarder le ciel. Comme s'il était possible qu'à un jour donné elle cessât d'en être saisie, et que sur le mot d'ordre d'un géomètre sans autorité (Auguste Comte, élève de Saint-Simon) (XXXII), l'humanité répudiât tout à coup cette source pure de douces émotions, de sublimes élans, d'utiles encouragements, d'indispensables consolations, ce fond dans lequel s'alimentent sa poésie et son histoire, et d'où sont sorties tant d'œuvres admirables ! Car, songez-y bien en effet, sur ces deux grandes notions tout repose dans le monde moral, depuis. qu'il s'est produit à la surface du globe. Tout absolument en porte l'empreinte ineffaçable. Si vous voulez les retrancher du domaine de l'intelligence, il faut tout changer, les arts, les lettres, les lois, jusqu'au langage; il faut tout refaire à neuf; conception qui a sans doute les caractères du rêve, et que ne saurait admettre la raison. Voyons bien en

réalité que les passions , les affections qui lient les hommes entre eux ont pour fondement les croyances spiritualistes. Chez ces deux époux, devenus par une union intime que rien n'interrompt, comme un seul être, existe le sentiment profond que ce n'est pas seulement par leurs organes corporels qu'ils sont unis, et qu'il y a entre eux un lien qui dépasse cette vie bornée et doit se continuer ailleurs. Et cette mère versant des larmes sur la tombe de l'enfant adoré qui lui a été enlevé, quel effort de positivisme pourra jamais lui persuader que c'est exclusivement à cette poussière, déjà dévorée par les vers de la tombe, que s'attache sa pensée, et non à quelque chose d'impérissable qui survit en dehors et appelle ses douloureux regrets !

Il est aisé, sans doute, de nier dogmatiquement l'action providentielle ou de prétendre qu'il n'y a pas lieu de s'en inquiéter, mais quel sceptique, quel incrédule est bien sûr qu'un jour ou un autre, atteint tout à coup d'une de ces cruelles infortunes, d'une de ces affreuses douleurs, contre lesquelles il semble qu'il ne saurait y avoir aucun recours humain, sa pensée ne se reportera pas vers quelque puissance mystérieuse, vers quelque action supérieure, à laquelle elle donnera ainsi une involontaire adhésion !

Il y a dans les choses, disent les adeptes de la

Page 1