‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 106 sur 126 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

§ I. De Vouvrierf de ses devoirs.

D. Qu'est-ce que l'ouvrier?

R. L'ouvrier est Thomme qui travaille pour d'autres moyennant un salaire.

D. Quels sont les deux principaux devoirs temporels de l'ouvrier env.ers ses semblables.

(i) J'éprouve le besoin de rappeler eDCore que c*est un catéchisme partiel que j*ai entendu présenter ; je ne le propose pas comme pouvant remplacer le catéchisme religieux. Dans certains pays, il pourail lui être joint; il faudrait alors lui donner une couleur moins exclusivement temporelle, ce qui serait facile^ vu qu'il ne contient rien qui ne puisse au besoin être étayé du texte des Saintes>£critures.

216 DE l'indépendance et dk la mendicité.

R. C'est de ne jamais leur i^trc à charge ; le second de leur faire du bien aussi souvent qu*il le peut.

D. Que doit-il faire pour n'être pas à charge aux autres ?

U. Se livrer, pendant qu'il est jeune, à des travaux productifs qui lui permettent de subvenir à tous ses besoins et de se préparer des ressources pour sa vieillesse.

D. Celui qui ne possède rien peut-il , par ses propres forces, subvenir à ses besoins .et économiser encore pour ses derniers jours?'

R. Il le peut, s'il veut connaître et utiliser les ressources offertes par la providence à l'ouvrier prudent et laborieux.

D. Quelles sont ces ressources?

R. Le travail et l'économie.

D, Le travail et l'économie peuvent-ils mener l'ouvrier à la richesse ?

R. Oui, par le travail, il l'acquiert; par l'économie, il la conserve.

D. Quels sont les principaux devoirs temporels de l'ouvrier envers sa famille.

R. C'est de l'élever dans l'aisance et de lui laisser après lui autant de ressources qu'il le peut.

D. Comment peut-il obtenir ces deux résultats?

R. En cherchant à s'enrichir, comme nous l'avons dit, par le travail et l'économie (1).

Ç IL De l'indépendance et de la mendicité.

D, Le travail et l'économie ne sont pas bien nécessaires au pauvre; il peut vivre sans cela; s'il se trouve dans le besoin, il demande Taumâne et on la lui donne?

R. Oui, mais c'est une pauvre existence que celle-là; le

(i) Un catéchisme ne peut qu'indiquer les points principaux, il doit toujours être éclairci par des développemens ou commentaires oraux, par exemple, dans le cas présent, on doit expliquer à Touvrier, qu'il est question d'une

DE l'indépendance ET DE LA MENDICITÉ. 217

mendiant manque à chaque instant du nécessaire ; en outre, il se dégrade et abdique sa qualité d*homme, il n*est plus estimé de ses égaux ou plutôt il cessç d'être leur égal.

D. Le mendiant n'est-il donc pas Tégal d'un autre homme ?

H. Non, il est inférieur à tous.

D, Pourquoi?

B, Parce qu'il est inutile et à charge aux autres ; parce qu'il a besoin de tout le monde et que personne n'a besoin de lui j ce (qui fait qu'il perd sa dignité et son indépen* dance.

D. Mais il n'y a guère d'hommes indépendans; l'ouvrier n'est' il pas dépendant de celui qui l'emploie?

R. Il en dépend pour son travail et pendant le temps de son travail ; il est clair qu'ayant loué sa journée il est forcé de la donner, mais Jiors de là, il demeure libre et aussi libre que celui qui le paie.

D. Cependant lopiuion publique ne met pas sur la même ligne celui qui donne le salaire et celui qui le reçoit?

R. L'un est riche, l'autre est pauvre; l'un est instruit, l'autre ne l'est pas : voilà ce qui fait la différence. Le travail ne donne pas subitement aux pauvres l'instruction et l'opulence ; mais il lui permet de vivre honorablement sans rien demander à personne.

D. Cependant il demande du travail au maître?

R. Oui, mais par ses services, il paie l'argent qu'il reçoit; c'est comme s'il achetait chez un commerçant des vétemens ou des provisions; le travail ennoblit l'ouvrier en lui don« nant l'indépendance et la liberté réelle ; la loi ne peut lui en assurer que l'ombre.

richesse relative, et que le travail de ses mains ne le rendra jamais millionnaire ; on doit aussi lui citer des exemples d*ouvriers enrichis par le travail, uon pas ceux de Watt ou d'Arkwrigr, mais ceux de quelques voisins connus de lui.

31S DE L*INDÉPENDAKCB ET DE iA MENDICITÉ.

D, Pourquoi dites-vous que la loi n^assure au pauvre qu'une ombre de liberlé?

R. Parce que c'est en vain que la loi déclare libre le pauvre, si en réalité il dépend d'un autre pour sa subsistance.

D. Mais Touvrier tient sa nourriture de son travail cl ne tient-il pas son travail de celui qui l'emploie ?

R. Non, pasplusqu il ne tient son pain du boulanger auquel il l'a payé. Il a de même payé par son travail l'argent qu'il reçoit de son maître; celui-ci a tiré un bénéfice des travaux de son ouvrier. Ainsi l'ouvrier pourrait, en cas de besoin, trouver un autre mattre qui remploierait aux mêmes conditions.

D, Quelle est donc la position qui met le pauvre à la discrétion du riche?

R. C'est la mendicité et tout ce qui s'y rapproche.

D, En quoi la mendicité met-elle le pauvre à la discrétion du riche?

R. En ce que le riche n'est pas obligé de donner au men-* diant, et s'il ne lui donne pas il n'y perd rien; au contraire, c'est pour lui une économie, tandis que le fabricant nre pourrait se dispenser de faire travailler sans se ruiner lui-même. L'ouvrier est donc nécessaire à la fortune du fabricant, comme le fabricant est nécessaire à celle de Touvrier.

D, La ndendicîté est^ette une ressource honorable? R. Non, c'est un état humiliant.et qui ne convient qu'à ceux qui se trouvent au-dessous de tous les autres*

D, La mendicité est-elle nuisible?

R. Otfl, en ce que l'argent dépensé en faveur des mendians aurait pu être donné aux ouvriers en échange de travaux utiles.

D. La mendicité est-elle un crime?

R, Non, parce que quelquefois le pauvre n'a pas d'autres ressources; les invalides , les idiots, les veuves chargées d'enfans peuvent mendier parce qu'il vaut mieux s'humilier

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