‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 116 sur 126 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la libération de Tiadustrie el de la destructioa des entraves qui

rcncbaiaent.

La puissance de l'esprit de chaque homme dépend des forces avec lesquelles il est né ; mais sa direction dépend de l'éducation qu'il a reçue et de la ligne de conduite vers laquelle on l'a poussé : les soins les plus assidus ne feront pas d'un crétin un homme ordinaire, ni d'un homme ordinaire un génie; mais l'éducation peut faire d'une masse d'hommes un peuple de guerriers, de négocians ou d'agriculteurs. On a vu des nations dirigées tout entières .vers des occupations vicieuses, tandis que d'autres s'occupaient, comme un seul homme, à la poursuite d'un but utile : d'où venait celle dif* férence?de l'éducation première et de la diversité des enseignemens qui leur avaient été donnés.

Un autre élément concourt cependant à imprimer une impulsion aux peuples ; c'est la disposition dos différentes races et les qualités héréditaires qui se transmettent par le sang ; mais il ne faut pas accorder à cet élément une influence exagérée : la race donne assurément l'aptitude, mais l'éducation donne la volonté. Il dépend donc du législateur de lancer dans une seule voie toutes les volontés

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iqdividuelles, puisqu'il dispose de l'instruction et peut la modifier à son gré. Mais s'il veut que les efforts de la nation soient fructueux et ne viennent pas se briser contre d'invincibles obstacles, il faut qu?il aide à leur succès par des dispositions législatives adaptées au plan général. Il ne faut pas qu'il y ait conflit entre l'esprit national et les institutions; ce serait une inconséquence-d'exciter par l'éducation le mouvement des intelligences , pour le paralyser ensuite au moyen des lois.

Cependant nous voyons des gouvernemens européens, qui se disent amis de l'industrie et qui, volontairement ou non, opposent à son développement des empécbemens insurmontables; ils arrêtent sa marche, sous prétexte de lui donner la main; ils la protègent comme les Romains protégeaient leurs alliés, c'est-à-dire en lui ôtant toute indépendance, toute liberté, et en substituant complètement son action et sa volonté à la volonté des hommes industrieux.

Il est incontestable que les gouvernemens doivent s'occuper sans cesse des opérations de l'industrie : c'est pour eux un devoir de la surveiller de près, et de fournir nonseulement des secours aux simples, mais encore des lumières aux habiles; mais leur sollicitude doit avoir des bornes et ne pas devenir nuisible par un empressement maladroit ; il ne faut pas qu'ils imitent les singes qui étouffent, dit-on, leurs petits à force de les embrasser.

Le devoir du gouveraement consiste à préserver, autant qu'il le peut, l'industrie de la fraude et de l'erreur provenant du fait d'autrui. Quelles que puissent être la nature et la forme d'une transaction, ^administration est son surveillant naturel ; mais elle doit se borner à la préserver de toute fourberie. Les gouvernemens sont dans leur droit tant qu'ils empêchent l'industriel de tromper les autres; ils se mettent dans leur tort, dès qu'ils prétendent l'empôehev de se tromper lui-même. Il y a des pays peu avancés en matière d'industrie où l'administration vent reo-

SSB DK LA LIBÉRATION DE l'iNDUSTRIB.

lifier le jugement de ses adnioistrés, et oe relativemeat k lears propres affaires; elle se croit non-seuiemeot gardienne de la probité et de la foi publique, mais encore tuteur uni* versel de tous les intérêts. Lorsqu'un homme veut entre* prendre une opération et l'exécuter à ses risques et périlsi l'administration se mêle d'examiner l'affaire ; si elle ne la juge pas bonne, elle en interdit Tentreprise. Les funestes résultats d'une pareille doctrine sautent aux yeux de tous.

1^ L'administration qui constitue ainsi en minorité toute une nation, assume sur sa télé une immense responsabilité; rien ne pouvant se faire que de son aveu et sous son patronage, on lui reprocbe toutes les spéculations auxquelles le succès a manqué; on lui reproche aussi toutes celles qu'elle a entravées, et l'on attribue ordinairement son opposition à des motifs plus ou moins blâmables.

V" Le tort causé à l'industrie est immense : quelque lumière et quelque probité qu'on veuille supposer aux administra* leurs, la seule pensée qu'il faudra subir le contrôle et l'inspection d'un autre glace et décourage les esprits entreprenans. L'homme capable aime en général ne dépendre que de lui-même , et il renonce ordinairement à ses profits, s'il ne peut y donner suite qu'en subissant la tutelle d'un homme dont il ne reconnaît pas la supériorité.

3^ Si les employés de l'administration ne sont pas tous d'une honnêteté rigide et d'une délicatesse scrupuleuse, l'industrie devient un coupe-gorge : le pot-de-vin décide de toutes les entreprises, et quand il n'aurait décidé que d'une seule, c'en serait assez pour décrier l'administration et pour faire rejaillir le tort d'un seul employé sur tous les autres.

li^ Si les employés de l'administration ne possèdent pas une énorme supériorité de lumières sur la nation qu'ils prétendent régenter, ils soulèvent contre eux une masse immense d'aversion et de mépris . Les hommes intelUgens se demandent tous : De quel droit ces gens viennent-ils s'immiscer dans nos aiaires? ils veulent nous mettre des lisières et nous ap-

BMPLOI DfS l'AEIIÉB AUX TRAVAUX PUBLICS. âS9

prendre à gouverner notre fortune ; mais qui nous prouve qu'ils sont bien en état de gouverner la leur ? et d'ailleurs, ne peuvent-ils attendre, pour nous donner une direction , que nous allions la leur demander? notre incapacité est-elle bien prouvée? ont-ils bien fait leurs preuves, et ne peut-on pas soutenir que nous sommes au moins leurs égaux en ba-* bileté industrielle? Si nous leur demandions des secours, ils seraient sans doute en droit d'examiner ce que nous foisons; nais nous n'exigeons rien d'eux, sinon de nous laisser dispo* ser de ce qui nous appartient, et ils refusent, sous prétexte que nous ne sommes pas en état de gérer nos afiEaires sans eux : c'est prendre trop de soin de nous et s'exposer à faire des ingrats.

£n réalité , le gouvernement ne doit prendre soin que des mineurs et des interdits : vis-à-vis des autres, ses devoirs se bornent à veiller aux intérêts des tiers, c'est-à-dire que chaque propriétaire doit pouvoir disposer librement de ce qu'il possède , pourvu toutefois qu'il ne nuise à personne autre qu'à lui.

Toute disposition contraire doit être considérée comme une des charges les plus pesantes que l'ignorance ou le despotisme ait jamais imposées à l'industrie.

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