‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 84 sur 126 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Du gaspillage par rinconduite de Touvrier.

Lorsque les premiers principes de Téducation et du bon sens manquent à Touvrier d'une manière trop complète, il ne sait profiter d'aucune des occasions qui s'offrent d'assurer son avenir et celui de sa famille. On voit mourir dans la misère de vieux ouvriers qui, pendant quarante ans de leur vie, ont gagné quatre ou cinq francs par jour; en eussent-ils gagné le décuple, ils n'en auraient peut-être pas conservé da-

(x) Ce chapitre est, comme presque tous les autres, étranglé et raccourci au-delà de toute mesure. Je voi5 bien le défaut, mais il ne m'est pas possible d*y remédier, vu l'exiguïté de l'espace etrénormitédusujet.Je voudrais faire un ouvrage et je ne fais qu'une table des matières. On considérera ceci comme Ton voudra ; ce sera un abrégé, un sommaire, un cadre. Llauteur de la méthode Jacotot disait: tout est dans tout: s'il est un sujet qui comprenne tout et qui touche à tout, c'est bien certainement la misère. Elle se rattache à Phistoîre, à la religion, à la législation, à l'industrie, à la politique, à la philantropie. Il n'est presque aucun point des connaissances humaines qui n'ait avec elle quelque rapport. £t cependant, je suis arrêté par la crainte de dépasser les limites assignées par Fusage aux mémoires présentés au ton* cours. On me tiendra compte des difficultés de la position : Je ne puis pas faire tenir l'encyclopédie dans une brochure. —

Ift2 DU GASPILLAGE

vantage s gorgez de richesses un homme privé de raison , il les gaspillera invariablemeoi. Ce que voas verserez d'un côté ne manquera pas de s^écouler de Tautre. Ce n^ëtait point une œuvre de pure invention que le tonneau des Danaïdes ; c'était un emblème comme tous les mythes de l'antiquité, et ce n*est pas sans motifs que les Français ont adopté le mot vulgaire de panier percé ^ expression énergique qui peint au naturel une variété de l'espèce humaine malheureusement trop multipliée chez nous.

Le désordre chez l'ouvrier a trois principales racines : l'ivrognerie, la vanité^ tes femmes.

Les uns dépensent en spiritueux, les autres en colifichets; les autres se laissent séduire par la même cause qui perdit Salomon , bien qu'il fût , à ce qu'on assure , beaucoup plus sage et plus avisé qu'eux.

On doit oompler au nombre des dësordree ootasionés par les femmes les mariages prématurés qui mettent de nom* breux enfiiBs à la charge du pauvre ouvrier.

La légitimité est une eicuse devant Dieu , mais non pas devMt la misàre. Quand le besoin firappe «ur une temiUe » il n'importe guère qu'elle soit provenue d'un contrat régulier et ap|M«vé par l'auterité civile et religieuse. Ces circoastan^ ces n'arrêtent pas la mortalité et ne rassasient pas les créatures affamées.

Doit-on préférer les liaison^ illégitimes qui; souvent, remplacent pour l'ouvrjier les liens du mariage ? On ne le peat «ous aucun rapport 5 les inconvémens en sont les mêmes ^ Avec l'immoralité de plus $ ce sont les liaisons illégitimes des pauvi^s qui Iburnissent les enfàns-trouvés, plaie hideuse de notre époque qui s'élarjj^it à mesure que nous avançons. Ce que l'on devrait préférer, ce serait de mettre l'ouvrier en<- «ore jeune dans une position tioi lui permit d'élever une fiamHle$ cette perspective, si elle se présentait avec quelque degré de certitude » M donnerait la patience d'attendre jusque-là.

PAR t'ii«CôMtlt« bE l'outteÉR. ihz

La vanité i^t nvrognérie tie doivetit pas elfe seulement combattues par TéducattoA et les préceptes religienit : 6h doit s^appttyer contre elles d'une autre passion encore pins pl*ofondéaient enracinée dans le cœur de Thomme ; Je parle de Tatiiour de la propriété. La difflcnltë des placethens pour les petites isommes est la principale cause du désordk*e des ouvriers^ rétablissement des caisses d^épargnes a Tàlt )[»lUs pour les moraliser que les prix Montyon et TétablisSetnëAt des sociétés de tempérance. Gepéndaiit ce dernier moyéâ, employé siïbsidiaireinent) peut donner d'exeellens résultats ; nous Tavons déjà dit, Touvricfr fraiuçals tie peut Heu feit^e seul. L'expansion du caractère national est telle que les individus prennent presque forcément le. caractère des masses; il faut donc agglomérer les bons semimens.et jneitre en fftlsceaux l'esprit d'ordre et d'économie*

Il faudrait que là vanité de f ouvrier fût rett»ttrnée et qu'il la mit, non à dépenser , mais à économiser plus que ses cahiarades ; il faudrait qu'il fit consister son orgueil , non à porter des habits fins qui prouvent qu'U a beaucoup gagnéi mais à montrer un livret de la caissB d'épargnes qui prouv&t qn'il a beaucoup conservé (1).

(i) On me dira peut-être que les sentimens que je désirerais voir à Touvrier ne sont pas dans son caractire et qu'il ne peut trouver un motif d'orgueil dans un livret contenant des reçus? cependant le petit propriétaire montre avec fierté son champ, quelque exigu qu'il soit. Il est difficile de comprendre pourquoi la possession d'un capital rendrait Touvrier moins glorieux que celle d'une terre qui vaut moins.

Ce serait d'ailleurs aux chefs de manufactures à éclairer sur ce point leurs ouvriers. Indépendamment des conseils qu'ils peuvent leur donner tous les jours, il se présente de temps à autre des circonstances fâcheuses, mais inévitables, qu'ils devraient faire tourner aux profils de l'économie et de la moralité. Le défaut de commandes force souvent à suspendre en partie les travaux et à renvoyer la moitié des ouvriers d'une fabrique. Pourquoi ne choisit-on pas ceux qu'on veut conserver parmi les porteurs de livrets de la caisse d'épargnes? cette mesure ne coûterait rien à personne ; elle serait avantageuse aux chefs de manufactores en ce qu'elle leur conserverait des ouvriers plus

ihà DU GASPILLAGE PAR L*INCONDUITE DE l'oUVRIER.

Il faudrait , enfin , le garantir par tous les moyens de l'influence de la camaraderie qui, parmi les ouvriers, pèse de tout son poids dans la balance du désordre. Un grand nombre d*eDtre eux se laisse entraîner par ceux qu'on appelle bons vivans ; ils ne se contentent pas de boire ; ils font boire les autres et paient pour eux ; ils prêtent à des gens qui ne leur rendent pas ; ils dissipent étourdiment les gains dont ils auront besoin plus tard et ils obtiennent en revanche la réputation de farceur et de bon garçon, dont ils sont infiniment flattés. Il vaudrait mieux leur apprendre à estimer celle d*homme rangé, économe et sobre.

assidus, le travailleur le plus économe étant ordinairement aussi le plus laborieux. Ce serait en outre un utile avis pour Tavenir et un encouragement qui ne manquerait pas son efTet.

Mais nous voyons souvent au contraire les chefs de manufiactures renvoyer lesouvriei*s qui possèdent quelque chof^e en disant : ils sont à leur aîse, ils peuvent attendre^ et conserver ceux qui n^ont rieo, sous prétexte qu'ils ont plus besoin de travail que les autres. Il y a sârement de la bonté de cœur dans ce raisonnement , mais il est de nature à décourager fesprit d*ordre et de conservation. Si la possession d'une petite épargne est un titre pour être expulsé d'un atelier, on peut être sûr que les ouvriers éviteront tous d'en avoir une; et si le dénuement, résultat de Pioconduite, est un litre pour obtenir du travail, ils s'efforceront tous d'en mériter.

LE TRAVAIL MANQUE A l'OUVRIER* 145

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