DES LOIS SUR LES CÉRÉALES
que leur rareté en a fait monter le prix : or , que font autre chose ceux qu*on appelle accapareurs? Comment se fait-il que les peuples environnent de leur reconnaissance Tadministration bienfaisante qui les approvisionne, et de leur haine le spéculateur intelligent qui, fait précisément la même chose?
Cest que quand Thomme souffre , il lui est dur de n'avoir personne à qui s'en prendre de sa souffrance €t qu'il accueille alors volontiers toute accusation vraie ou fausse; c'est que l'accusation est encore plus facilement admise, lorsqu'elle tombe sur un voisin opulent qui possède en abondance l'objet qui manque aux misérables, attendu qu'une arrière-pensée de pillage se glisse aisément dans Tàme de^ l'homme qui a faim. C'est que, dans des circonstances de triste mémoire, on a vu des hommes éclairés semer, pour des raisons à eux connues, dans les classes les plus ignorantes, la iable absurde des accapareurs, à laquelle ils ne croyaient pas. L'accapareur, tel qu'il existe, est un négociant qui trafique sur les blés dans la vue de s'enrichir et il ne peut le faire qu'en rendant un service immense au pays. L'accapareur, tel que le conçoivent encore aujourd'hui quelques cervelles mal organisées, est une espèce de monstre malfaisant qui em-» ploie toute sa fortune à entraver la circulation des blés: et pourquoi faire ? pour affamer le peuple : ces faits étant une fois admis, rien de plus équitable que de le mettre en pièces et de piller ses magasins ; rien de plus profitable non plus et la perspective d'une aussi désirable conclusion a souvent engagé les masses à fermer les yeux sur l'absurdité des raisonnemens qui y conduisaient.
Toute atteinte portée à la liberté des négocians est une
cause infaillible de renchérissement des denrées ; les violence exercées sur quelques marchés pour forcer la vente des grains n'ontjamais manqué d'en élever le prix: l'exemple invariable du passé doit servir d'avertissement aux peuples et à leurs chefs et leur apprendre que c'est par le respect de la
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propriété et la concession d*uiie liberté juste et réglée qu'on attire à soi les bienfaits du commerce toujours prêt à se retirer devant la persécution.
Le commerce des grains ne diffère en rien de tout autre , si ce n'est en ce que portant sur un objet de première nécessité, on doit maintenir à son égard, avec un redoublement de soin , le système de protection légale et de stricte probité sans lequel il ne peut exister.